EXPLICATION DE L'ORAISON DOMINICALE
De la nécessité de la prière.
L'usage de la prière est si nécessaire à tout chrétien, qu'il nous est recommandé, non connue un simple conseil, mais comme un précepte qui nous oblige. Notre-Seigneur nous marque assez cette obligation, quand il dit (Luc. 18. 1.) qu'il faut toujours prier et ne se point lasser de le faire. Et l'Église, notre bonne Mère, avant que de chanter l'oraison dominicale après la consécration, dit par foniie de préface ces paroles, qui déclarent que la prière est de précepte : Étant avtrtis par des précep' tes salutaires, et formés par une instruction divine, nous osons dire ces paroks : Notre Père, (jui êtes dans les cieux ; que votre nom soit sanctifié, etc.
Nous serons facilement persuadés de la nécessité de la prière, si nous jetons les yeux sur notre propre indigence, tant des biens de la nature que de ceux de la grâce : car nous n'avons rien de nous-mêmes, et cependant nous avons besoin de tout. C'est de Dieu que nous devons tout attendre et espérer ; et comme il ne nous doit rien, notre unique ressource est la prière. îSi nous le prions, il nous enrichira de ses biens, car il est toujours disposé à nous donner ; et il est écrit (Matth. 7. 7.) : "Demandez, et vous recevrez l'eflfet de votre demande."
C'est pourquoi, les Apôtres ayant supplié Notre-Seigneur de leur apprendre à prier comme saint Jean l'avait appris à ses disciples ; ce divin Maître leur mit en la bouche les paroles de l'oraison dominicale, par lesquelles nous demandons en abrégé toutes nos nécessités spirituelles et corporelles.
La prière est une marque et un signe, de religion, que l'Écriture compare au thymiame et à l'encens, dont l'odeur et la fumée s'élèvent au ciel si tôt qu'on les met sur le feu. Ce qui faisait dire au Prophète (Ps. 140. 2.), dans le désir qu'il avait que sa prière fût agréable à Dieu : *' Que ma prière, Seigneur, " s'élève en votre présence comme une fumée de bonne odeur." " Et saint Jean (Apoc. 8. 3.) vit un ange qui vint se mettre de- " vant l'autel, tenant en sa main un encensoir d'or ; et on lui " donna une grande quantité de parfums, afin qu'il les offrît " avec les prières de tous les saints, sur l'autel d'or qui est de- " vant le trône : et la fumée des parfums jointe aux prières des '* saints s'élevant de la main de l'ange, monta devant Dieu." Et le même apôtre (Ib. 5. 8.) aperçut dans une autre vision vingt-quatre vieillaids qui se prosternèrent devant l'Agneau, ayant chacun des harpes et des coupes d'or pleines de parfums. Et ce saint apôtre expliquant lui-même quels étaient ces parfums, il dit que c'étaient les prières des saints.
La prière des saints, c'est-à-dire des justes, monte donc au ciel pour exposera Dieu les désirs de notre cœur, et pour faire descendre ses miséricordes selon nos besoins. La terre est basse, le ciel est haut, et tous deux sont fort éloignés l'un de l'autre : Dieu néanmoins entend le langage de la prière. Il l'entend lorsqu'elle est encore dans notre bouche, et même lorsqu'elle est encore dans le désir de notre cœur ; car il dit par un prophète (Isaïe. 65. 24.) : " Avant que vous me priiez et que vous m'io- " voquiez, je dirai : Me voici."
On ne saurait estimer ni comprendre les biens infinis que nous nous attirons du ciel par la prière. Dieu nous donne avant toutes choses son Saint-Esprit, qui se rend le maître de notre cœur pour le gouverner selon ses volontés. Il nous donne le secours dans les tentations, la victoire dans nos combats, la grâce pour faire toutes sortes de bonnes œuvres, l'aversion du mal, l'amour pour le bien, et une joie sainte et spirituelle qui est comme un gage et un avant-goût de celle du ciel, comme
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Notre-Seigneur nous l'a promis (Joan. 16. 24.) : " Demandez et " vous recevrez, afin que votre joie soit pleine et entière." Par la prière, l'âme contracte une hardiesse sainte, par laquelle elle dit à Dieu tout ce qu'elle veut: elle n'a quasi plus de crainte ,^ et elle dit à Dieu, avec une merveilleuse liberté, ce que le patriarche Jacob disait à l'ange qui luttait avec lui: " Je ne vou." " laisserai point aller que vous ne m'ayez donné votre bénédic- '* tion (Gen. 32. 26.)." La prière nous donne une foi vive, une espérance forte, et surtout une charité ardente et embrasée : car tout ainsi que ceux qui s'aiment sentent que leur amour se fortifie et s'enfianime, par les entretiens et par les propos familiers qu'ils tiennent ensemble, de même les âmes saintes et qui aiment Dieu, ressentent un nouveau feu dans leur cœur, lorsqu'elles parlent dans l'oraison à Celui qui n'aime pas seulement, mais qui est l'amour même ; car comme dit saint Jean : '^ Dieu " est charité, et celui qui demeure en charité demeure en Dieu, " et Dieu demeure en lui (I. Joan. 4. 16.)."
Par la prière, Dieu à la vérité demeure en nous, et nous demeurons en lui ; mais elle fait encore bien davantage, car nous unissant à Dieu, elle nous change d'une telle manière que nous devenons un même esprit avec lui, comme témoigne saint Paul (I. Cor. 6. 17.), et, s'il faut ainsi parler, nous devenons d'autres lui-même : " Celui qui s'unit à Dieu, devient un même " esprit avec lui. " C'est là le bien des biens, et déjà le paradis en terre. Mais plutôt l'âme est le paradis de Dieu, le trône de sa gloire, et la demeure de la très sainte Trinité : " Si quelqu'un " m'aime, dit Notre-Seigneur (Joan. 14. 23.), je l'aimerai et mon *' Père l'aimera aussi ; nous viendrons à lui et nous forons en " lui notre demeure. Et le même Seigneur dit ailleurs : Je pren- " drai mon repas avec l'âme qui garde ^nies paroles." Enfin la prière est si puissante qu'elle lie les mains de Dieu, non seulement à l'égard de celui qui la fait, mais encore à l'égard des autres, quoique grands pécheurs. " Laissez-moi," disait Dieu à Moïse qui le pressait de faire miséricorde à son peuple (Exod. 32. 10.); comme s'il eût voulu dire; Ta prière me lie les mains, et m'empêche de faire éclater ma colère; laisse-moi, donne-moi la liberté de me venger de l'injure qui m'est faite.
Ce qui nous doit extrêmement consoler, c'est que Dieu est si bon, qu'il nous accorde toujours l'effet de nos prières. Nous eu
^vons tant d'exemples dans l'Écriture, qu'il n'y a aucun lieu d'en douter: *' Vous invoquerez le Seigneur, dit Isaïe (58. 9.), ** et le Seigneur vous exaucera, vous le réclamerez, et il dira, me " voici." Et le Prophète dit, parlant du juste (Ps. 90. 15) : Il "m'invoquera et je l'exaucerai. Et ailleurs (Ps. 144. 18.): " Le Seigneur est près de ceux qui l'invoquent et qui le prient; " mais qui l'invoquent et le prient en vérité. Il fera la volonté " de ceux qui le craignent, et il leur accordera ce qu'ils lui " demandent." Nous lisons encore dans l'Ecclésiastique (3. 4) : '* Celui qui aime le Seigneur deman(iera pardon de ses péchés, " il s'en abstiendra, et Dieu exaucera ses prières." Mais il n'y a point de témoignage plus clair et plus précis que celui de Notre-Seigneur, quand il dit (Marc. 11. 24.) : " Je vous le dis et "vous l'assure; quoi que ce soit que vous demandiez dans la " prière, croj'^ez que vous l'obtiendrez ; et il vous sera accordé."
Ce qui est encore plus considérable, c'est que Dieu est si bon et si libéral envers nous qu'il ne nous donne pas seulement ce que nous lui demandons, mais qu'il nous donne même plus que nous ne lui demandons. Nous en avons l'exemple dans la conversion de l'enfant prodigue qui, étant rentré en lui-même et ayant reconnu sa faute, alla prier spn père de le recevoir au nombre de ses valets, mais ce père plein de miséricorde le reçut au nombre de ses enfants, et le préféra même en quelque façon aux autres, en sorte que l'aîné ne put s'empêcher de faire ses plaintes et d'en murmurer.
Que s'il arrive quelquefois que nous ne recevions pas l'effet de nos prières, c'est peut-être que ce que nous demandons nous est inutile ou contraire à notre salut : ainsi Dieu nous fait une grâce et une miséricorde de nous le refuser. Notre prière néanmoins n'est pas sans effet, parce que si Dieu ne nous donne pas ce que nous lui demandons, il nous donne quelque autre chose qu'il sait nous être plus convenable et plus utile. C'est ainsi qu'il refusa aux deux enfants de Zébédée, les deux premières places de son royaume, qu'ils lui avaient demandées, en leur disant (Matth. 20. 22.) : ** Vous ne savez ce que vous demandez. " Mais il leur accorda une autre chose qui leur fut bien plus utile, savoir, de boire avec lui le calice des souffrances.
Il arrive encore quelquefois que ce que Dieu refuse à nos prières est saint et nécessaire à notre salut ; mais nous ne le
demandons pas comme il faut. Nous le demandons peut-être avec négligence, sans dévotion, et même dans un état de péché qui oblige Dieu de fermer les oreilles à nos paroles. C'est ainsi qu'en parle saint Jacques (4. 3.) : "Vous n'avez pas ce que ** vous tâchez d'avoir, parce que vous ne le demandez pas à ** Dieu ; ou si vous le demandez, vous ne le recevez pas, parce " que vous le demandez mal. Vous demandez pour avoir de " quoi satisfaire à vos passions et à vos plaisirs."
Des parties de la prière.
Les saints Pères reconnaissent deux principales parties de la prière, qui sont la demande et l'action de grâces, lesquelles néanmoins, comme deux sources fécondes, se divisent en plusieurs autres membres ou parties subordonnées. Dieu même marque ces deux chefs de la prière dans ce passage du Prophète (Ps. 49. 15.) : " Priez-moi au temps de votre affliction ; " je vous en délivrerai et vous m'en donnerez la gloire. " Quand il dit: Priez-moi, il indique la demande; et quand il ajoute: Vous m'en donnerez la gloire, il marque l'action de grâces.
Quant à la prière, le plus haut et le plus parfait moyen de prier est celui où s'attachent les âmes justes et qui ont du zèle pour leur salut et pour leur avancement dans les voies de la grâce. Il consiste en ce que, étant appuyées sur le fondement solide de la foi, elles montent de degré en degré, jusqu'à ce qu'elles parviennent à un certain état où elles peuvent contempler la puissance infinie de Dieu, sa bonté immense, sa sagesse souveraine, sa grandeur incompréhensible, et ses autres perfections adorables. De là, elles espèrent facilement, et avec une pleine confiance, qu'elles recevront de la bonté de Dieu tout ce qu'elles lui demanderont pour sa gloire et pour leur salut.
Avec cette foi et cette espérance, l'âme juste s'élève de la terre comme avec deux ailes, et elle vole jusque dans le ciel, où elle loue et glorifie Dieu pour tous les biens qu'elle voit en lui, et pour tous ceux qu'il répand hors de lui dans les créatures.
Cette façon de prier nous est marquée dans les saintes Lettres, et le Prophète nous l'enseigne, quand il dit (Ps. 61. 9.) : " Epan- " chez vos cœurs en la présence du Seigneur. Mettez en lui tous " vos soins et toute votre confiance." Et il dit ailleurs, parlant de lui-même (Ps. 141. 3.) : '' Je répands, Seigneur, ma prière *' en votre présence, et j'expose devant- vous toutes mes afflic- " tions. " Et un autre prophète dit (Lament. 2. 19.) : " Levez- " vous la nuit et dès le commencement des veilles afin de louer '•*' Dieu. Répandez votre cœur comme de l'eau en la présence du " Seigneur;, élevez vos mains vers le ciel pour prier." Ces deux prophètes nous apprennent par cette façon de parler, que celui qui prie comme il faut n'a rien de caché, mais qu'il répand son cœur avec sa prière, et qu'il se jette avec confiance entre les bras de Dieu, comme d'un Père très aimable, qu'il voit disposé à lui accorder tout ce qu'il lui demande.
Il y a une autre façon de prier, qui est propre à ceux qui sont en péché mortel. Ils tâchent de s'élever à Dieu par la foi qui leur reste, mais comme c'est une foi morte, elle a peu de pouvoir: leurs forces sont tellement affaiblies qu'ils ne peuvent s'élever au-dessus de la terre. Si néanmoins, ils entrent dans leur conscience, s'ils reconnaissent leurs fautes, s'ils en ont la douleur, s'ils s'humilient devant Dieu pour lui demander pardon, et s'ils joignent la pénitence à leur foi, leur prière ne sera pas rejetée de Dieu. Notre-Seigneur même les invite à cela, et • lans le désir qu'il a de les relever et de les attirer à lui, il dit (Matth. 11. 28.) : " Venez à moi, vous tous qui travaillez, qui " êtes chargés du i>oids de vos péchés, et je vous soulagerai." Du nombre de ceux-là fut le publicain, qui, accablé du poids de ses péchés, n'osait seulement lever les yeux vers le ciel. C'est pourquoi il joignit la douleur à sa prière et se frappant la poitrine, il disait (Luc. 18. 13.) : 0 Dieu, soyez favorable à moi, pécheur." Sa prière fut reçue dans le ciel, et il s'en retourna absous dans sa maison.
Il y a une troisième espèce de prière, qui se remarque en ceux qui n'ont pas encore entièrement reçu la lumière de la foi, mais qui, usant bien de celle de la raison par un effet particulier et secret delà bonté de Dieu, désirent de connaître la vérité, et pour cet effet font des prières à Dieu, donnent des aumônes, et pratiquent d'autres semblables bonnes œuvres. Dieu vient à leur secours, il reçoit leur prière, et il leur donne
ce qu'ils demandent, comme nous le voyons dans le centenier Corneille qui faisait, quoique païen, les bonnes œuvres dont je viens de parler, et à qui Dieu envoya saint Pierre pour l'instruire dans la foi. Ce saint apôtre lui dit (Act. 10. 31.) : " Cor- " neille, votre prière a été exaucée, et Dieu s'est souvenu de " vos aumônes." L'ange lui avait dit la même chose lorsqu'il lui apparut et qu'il lui commanda d'envoyer guérir saint Pierre : " Vos prières et vos aumônes sont montées jusqu'à Dieu, et il " s'en est souvenu (Ib. 10. 3.)." Ces paroles marquent clairement la troisième espèce de prière dont nous parions.
Il y en a encore une quatrième espèce qui est de ceux qui, ayant la conscience chargée de péchés, bien loin d'en faire pénitence, ajoutent péchés sur péchés et crimes sur crimes, et dans cet état, ils n'ont pas de honte de paraître devant Dieu et de le prier. Tels sont les chrétiens qui sont en péché mortel, et qui, demeurant volontairement en cet état, osent bien dire l'oraison dominicale et faire d'autres prières, quelquefois plusieurs fois le jour. Tel était encore le détestable Antiochus dont l'Ecriture parle ainsi (II. Mach. 9. 13.) : " Ce roi impie et scélérat " priait Dieu, duquel néanmoins il ne devait recevoir nulle " miséricorde." Le texte remarque que, encore qu'il priât, il n'y avait point de miséricorde pour lui; car, comme dit l'Evangile (Joan. 9. 31.): " Dieu n'exauce point les méchants; mais si " quelqu'un l'honore et fait sa volonté, c'est celui-là qu'il exauce."
Les trois premières espèces d'oraison méritent proprement ce nom ; mais cette dernière mérite plutôt le nom d'insulte que celui de prière. N'est-ce pas une insulte ot un outrage, de demander quelque grâce à une personne à <)ui l'on donne actuellement le coup de la mort ? C'est ce que fait un chrétien qui prie Dieu de lui faire des faveurs, et qui est actuellement dans des péchés mortels, où il veut persévérer, et dont il ne veut pas faire pénitence.
Des trois premières espèces d'oraison, la première est la plus sainte et la plus parfaite, parce qu'elle est uniquement fondée sur la grâce. L'âme qui s'y applique fait de grands progrès dans la voie des suinis, parcequ'elle est toute pénétrée de l'onction sainte de la divine union : de cette onction, dis-je, qui lui enseigne tout ce qu'elle doit faire, ot qui lui donne de la facihté et même du plaisir A le faire. C'est ainsi qu'en parle le Disciple
bien-aimé (I. Joan. 2. 20.) : " Pour vous, mes petits enfants, " vous avez reçu l'onction du saint et vous connaissez toutes " choses. L'onction que vous avez reçue du Fils de Dieu de- " meure en vous, et vous n'avez pas besoin que personne vous " enseigne; mais comme cette même onction vous enseigne " toutes choses et qu'elle est la vérité, vous n'avez qu'à demeu- '* rer dans ce qu'elle vous enseigne. "
L'action de grâces est l'autre partie de la prière. Et il n'y a rien de si juste que de remercier Dieu des bienfaits que nous recevons continuellement de sa bonté. C'est pourquoi lorsqu'à la sainte messe, le prêtre élève sa voix pour dire : Rendons grâces au Seigneur notre Dieu ; tout le peuple répond : C'est une chose très digne et très juste. Notre-Seigneur nous a donné l'exemple de cette façon de prier ; car lorsqu'il voulait demander quelque chose à son Père, il commençait ordinairement sa prière par l'action de grâces : comme quand il voulut multiplier les sept pains pour en repaître quatre mille personnes, il commença sa prière en rendant grâces à son Père (Marc. 8. 6.). Il fit de même quand il ressuscita Lazare (Joan. 11. 4L). Et encore quand il institua le sacrement de son corps et de son sang (Matth. 26. 26.).
Il faut rendre grâces à Dieu des bienfaits en général qu'il a faits aux hommes, particulièrement de nous avoir donné son Fils pour nous racheter, d'avoir institué la sainte Eglise, de lui avoir enseigné les moyens de parvenir au ciel, de lui avoir donné les règles de bien vivre, de l'avoir fortifiée des sacrements, de l'avoir protégée jusqu'à présent contre tous ses ennemis visibles et invisibles, et même de l'aimer jusqu'à la prendre pour son Epouse, en sorte que toutes les âmes qui se conservent dans sa grâce et qui tâchent de lui plaire, se peuvent glorifier d'être les épouses de Dieu.
Il faut encore rendre grâces à Dieu des faveurs qu'il a faites à ses saints, des victoires qu'il leur a fait remporter sur les démons et sur les tyrans, des grandes vertus qu'ils ont pratiquées par sa grâce, et dont ils nous ont laissé l'exemple, de nous les avoir donnés pour protecteurs et patrons, et de l'honneur qu'il leur fait rendre dans ce monde, outre la gloire qu'il leur donne dans le ciel.
Surtout il faut le remercier des faveurs immenses et extraor-
diuaires qu'il a faites à la très sainte Vierge, lesquelles fc^urpassent tout ce qui se peut imaginer ; particulièrement de l'avoir choisie entre toutes les créatures pour être la Mère de son Fils ; de nous l'avoir donnée pour Mère, et de la gloire prodigieuse dont il la couronne dans le ciel et sur la terre.
Enfin, il^faut le remercier des grâces et des faveurs que nous avons tous reçues en notre particulier, comme de nous avoir faits chrétiens et enfants de la sainte Eglise catholique, de nous avoir donné un bon ange pour nous garder, de ne nous avoir pas envoyé la mort lorsque nous étions en état de péché mortel, de nous avoir donné le sentiment de la vertu et de notre salut, de nous donner la grâce et la force de pratiquer de bonnes œuvres dans les occasions, et de nous faire mille grâces secrètes qui ne sont connues que de nous, sans parler d'une infinité d'autres qui nous sont cachées. Cette façon de prier est très puissante et très efficace, parce que la reconnaissance des grâces reçues oblige Dieu en quelque façon de nous en faire do nouvelles.