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UNE VOIX EN FRANCE 3OI

Un jour, comme un bravo, te jetait, en passant, Ce que tu demandais pour la reine : du sang ; Tu frémirais en vain, poète, il faudrait boire, En grimaçant d'horreur, ton calice de gloire, Céder au bras de fer qui te pousse en avant.

Et moissonner l'orage où tu semas le vent... » Mais je t'ai lu, Berthaud, je l'avoue à ma honte, Et je respire enfin d'une alarme trop prompte : Apollon soit loué 1 le pamphlet n'est pas chaud ; Où manquait la raison, le talent fit défaut.

Nulle muse d'enfer cette fois n'est venue Réchauffer et parer l'injure froide et nue; Le lauréat des clubs n'est pas poète, non, Car il ne suffit pas, pour conquérir ce nom, D'emprunter au public de banales pensées, Qjie l'on rend au public en phrases cadencées; De tourmenter des vers maigres, boiteux, hideux. Et, comme des forçats, se traînant deux à deux. C'était peu d'insulter les rois dans vos libelles. Ardents républicains ; vos attaques rebelles Montent plus haut encore, et blessent dans ses droits La grammaire, qui sait régenter jusqu'aux roisl Dès qu'aux amis des lois une épigramme crue, Dès qu'une calomnie a poussé dans la rue.

Un journal affamé la cueille en sa primeur. Puis son dédain la jette en pâture au rimeur. Et le public, séduit par la métamorphose.

Souvent accepte en vers ce qu'il sifflait en prose. Ainsi, tardif écho des cris injurieux.

Tu noas parles encor d'assommeurs furieux;

En style boursouflé tu dis que la police

Aux mains des ^orgeurs tend une main complice.

Qui donc montra Paris à tes yeux fascinés?

Où ton pied heurta-t-il des corps assassinés?

Qjiel mirage odieux l'égaré et te révèle

Des pavés teints de sang et des blocs de cervelle ?

Chaque aurore, dis-tu, vient trahir dans Paris

Les stigmates d'un meurtre 1 EnÊmt, aurais-tu pris

Pour un corps moribond l'homme ivre qui se traîne,

Et pour des flots de sang des taches de Surène?

Vers un siècle maudit sommes-nous ramenés.

Et les truands, dans l'ombre, errent-ils déchaînés?

S'il te feut, à tout prix, de l'horreur et des crimes,

Interroge l'histoire, antidate tes rimes,

Et, leur prêtant d'un mot le sens qui leur manquait,

Adresse à Cardillac ta satire à Gisquet.

Les Castor et Pollux de la littérature

N'ont fait que préluder à leur gloire future,

Dit-on ; l'un a tenté la carrière, et demain

Tous deux vont y bondir en se donnant la main.

lit nous aussi, debout sur le char satirique.

Nous combattrons à deux comme un couple homérique.

Entre les deux partis nous ferons, en marchant.

Flamboyer notre glaive et son double tranchant;

Au Parnasse français, si la révolte bouge.

Nous courrons déchirer son drapeau blanc ou rouge.

Comme vous enchaînés et frères, c'est à nous,

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