S V<BUI
J'en connais trop le poidi . „
Que mon pré soli en fleut3,et que mon champ t»"'"'' ' Peuples qui mendiei des rois. Dieu vous bénisse) ■
L'^'P'P^'R.ir/OU
(6 août 1833 )
^ vous, qui, recueillant ma première parole.
Au ménestrel quêteur glissâtes votre obole,
Je vous devais une hymne, et je soupire un lai ;
Au poète insolvable accordez un délai.
J'ai promis d'exploiter les trésors de nos fastes ;
K XOXX.S Txos )ours de gloire, à tous nos jours néfastes,
J'ai promis un salut, et ma voix sommeillait
Qi3AXi<i\a\s\\x.\x d\i canon solennisa Juillet.
La rime, dont Boileau se plaignait à Molière,
Regimbe quelquefois sous ma plume écolière:
Il est de ces moments de fatigue et d'ennuis
Où Ton dort, enfumé par la lampe des nuits ;
Où le front studieux est labouré de rides
Sans qu'il fleurisse un vers dans leurs sillons arides.
Pour déranger le vol des habitants de l'air
Il ne faut qu'un atome; or il advint qu'hier
Mon sylphe pèlerin, dansant autour du globe,
S'égara par hasard dans les plis d'une robe,
Et depuis, loin du jour, fermant ses ailes d'or.
Dans ce filet de soie il se berce et s'endort.
Et pourtant je rêvais à ce plan d'épopée.
Le plus large de ceux qu'on taille à coups d'épée ;
Je voulais étourdir sur les chagrins présents
Les Français à ma voix rajeunis de trois ans ;
Galvaniser, armer pour leur oeuvre qui tombe
Ces morts qu'un deuil railleur insulte dans leur tombe;
Ce peuple qui, sur l'or jonché devant ses pas.
Vainqueur, marchait pieds nus, et ne se baissait pas;
Et ces adolescents déjà mûrs pour la gloire.
Déjà fiers de mourir, et qui ne pouvaient croire,
Hélas! qu'ils se livraient en pâture aux canons
Pour conquérir des mots et détrôner des noms ;
Et puis j'aurais fouetté d'ardentes philippiques
Les Thersites fuyards de nos combats épiques,
Spectateurs nonchalants qui, de leur balcon d'or,
Applaudissaient Paris comme un toréador;
Qjii, le drame achevé, tombèrent de leur loge
l'apparition 57
Poar s'inscrire vivants sur un martyrologe, S'enivrer au banquet dressé pour les vainqueurs, Et rougir de cordons leurs poitrines sans cœurs.
Je marchais : les rayons qui brûlaient mes paupières, G)mme des diamants Élisaient briller les pierres, Et je me rappelais qu'aux Trois Jours le soleil Sar les dalles du Louvre étincelait pareil, pexplorais d'un coup d'oeil les maisons pavoisées De bannières au vent, de femmes aux croisées; Errant de groupe en groupe, avec des yeux ravis. Je m'arrêtai soudain, car je vis..., ohl je vis Une de ces beautés qu'entre mille on rencontre, Qjie le ciel ironique un seul instant nous montre, Frais mirage qui glisse aux yeux du pèlerin Dans un désert brûlant et sous un ciel d'airain. Types de la peinture et de la statuaire, Si pures que leur toit devient un sanctuaire, Si belles qu'un cœur mort s'épanouit auprès, £t qu'en se rappelant, un demi-siècle après.
Cette femme sans nom qu'on n'a plus retrouvée. On se dit : « L'ai-je vue, ou bien l'ai-je rêvée ? » L'étendard, agiunt son ombre sur le sol, Noos éventait tous deux de son frais parasol ; Mais, rouge de pudeur, la figure charmante S'abrita sous ses plis, comme sous une mante. Immobile à la place où son œil me troubla.
Je répétai longtemps encore : « Elle était là 1 » Et cependant la foule inondait l'avenue...
Li Rjûoa
ini»; fcnninn:. a, annme Dten,
nnis iin : • Liiimttae ëteïai le feu. •
Qiii mi: cïm-iilfc i:i salcil « ion la cUii de lune, ^ktiT ^û a^ji pou: Clju; bien- cjoume oa gaeui espaz QjiemesdLmQ.augoiun:, un beuidd, un beau sol, Ji n'ai pa laur jeter l'oboIc qui me manque; Mib je ^aéiE =n t^nr oom : uns poûer i U Banque, MoQ ponelèuille e$t nctw, ei tk ses plis ouverts J'ai lecoaé soi ïuï mes sïuIs trésors; Des Vers.
LE T^ILTI 'BO'H.oi'P^%TISTE
A JOSEPH BONAPARTE (27 juillet 1833)
T toi, vieillard, aussi 1 tu viens dans le champ clos 6 la plume combat, où Tencre coule à flots, ^er aux Êictions, disputant la puissance, n forme de cartel, un acte de naissance 1 i travers les grands noms, refrain de nos débats, Ion nom mystérieux est prononcé tout bas.
tpelques agitateurs, ralliés pour détruire, oldatesque sans frein qu'on rougit de conduire,
6o LE MYOSOTIS
Et je me souviendrai, si son vol me réclame, Qpe ces nobles couleurs sont celles de ma dame...
Mais, paladin rêveur, mon culte extravagant N'aura pas conquis même un baiser sur le gant : Comme dans un harem, captive au gynécée.
Nul souffle ne ternit ta limpide pensée ; Dans les sentiers connus on ne te froisse pas, Le grand air est trop vif pour tes frileux appas. Ainsi dans nos vallons la rose orientale, Qjie Thibaut transplanta de la rive natale, S'exilant à Técart, semble dire à nos fleurs : « Pâles filles du Nord, vous n'êtes pas mes soeurs. » Si la presse demain, bruyante entremetteuse, Te glisse, humide encor, mon épître flatteuse. Hélas I comme au hasard, ta main froide ouvrira Cette page qui brûle, et rien ne te dira Qji'un souffle de ta bouche a fait vibrer ma lyre, Qjie ton regard créa les vers qu'il vient de lire ; Et peut-être la feuille où je les ai semés Bouclera sur ton front tes cheveux parfumés.
^ sa. OTOIX T>E TXOVI'MS
EX'CO'H.yETLTIOTL'HjEL (»833)
i-»E poète aux débris voua toujours un culte: Pour une âme rêveuse ils ont un charme occulte. L'imagination en fait sortir des voix Qjii parlent aux vivants des choses d'autrefois, Et le vers pousse bien, comme la giroflée, Aux crevasses d'un mur, au pied d'un mausolée. Ohl rouvrir sous mes pas, au désert d'Orient, Les traces de Byron et de Chateaubriand ;
Respirer, accoudé sur un tronc de colonne,
La poussière qui fut Palmyre ou Babylone,
duel bonheur I Mais, hélas 1 c'est un rêve : le sort
A de sa main de fer encloué mon essor.
Et, comme le chevreau captif au pied d'un chêne.
Pour brouter quelques fleurs je tiraille ma chaîne.
Du sol natal au moins j'exploite les trésors.
Et que me servirait d'aller, de bords en bords.
Évoquer du tombeau quelque nation morte?
Une grande ruine est debout à ma porte.
Oui, venez parmi nous, curieux pèlerins
Dont la voile frissonne à tous les vents marins.
Des voyageurs ont dit que, dans sa vieille enceinte,
Provins rappelle aux yeux Jérusalem la Sainte.
Voilà pourquoi sans doute, infidèle au Jourdain,
La fleur qu'y moissonna le comte paladin.
Cessant de grelotter loin du soleil d'Asie,
Comme au fleuve natal se mire à la Voulzie.
Là, quand le vent du soir soupire, on croit cncor
Entendre au pied des tours la fanfare du cor.
Ou descendre, furtifs, des créneaux dans la plaine,
Les appels amoureux de quelque châtelaine.
Là, quand sur la montagne il chante comme un luth,
On écoute et l'on dit : « Comte Thibaut, salut 1 »
Et, si vous ignorez quel savant artifice
Des siècles abattus restaure l'édifice.
Vous interrogerez l'ermite qui, souvent,
A travers ces débris erre, débris vivant.
Comme Champollion au pays des califes.
A M. OPOIZ DE PROVINS 65
Il VOUS expliquera de vieux hiéroglyphes,
Et k baguette d'or de ce magicien
Exhumera pour vous l'Agendicum ancien.
Regardez; il chancelle en foulant des décombres,
Cet homme séculaire, ombre parmi les ombres ;
Le bâton qui soutient ses pas mal assurés
Heurte sur des tombeaux comme pour dire : « Ouvrez ! »
Sur sa tête, volcan qui sous la glace brûle,
De quatre-vingts hivers la neige s'accumule ;
Mais, quand même la foudre ou les vents pluvieux
Dégraderaient encor ce monument si vieux.
Quand il ne resterait de cet homme débile
Qu'un son dans Tair, semblable à l'antique Sibylle,
Oh! cette voix serait un oracle pour nous,
Nous en recueillerions la parole à genoux ;
Car, aux jeunes croyants qu'attire l'ermitage,
Elle répéterait (sublime radotage 1)
Ces mots, qui dans les cœurs brûlants de puberté
Ne tombent jamais froids : Patrie et Liberté I
La sainte Liberté, naissante au Jeu de Paume, Comme Cincinnatus, l'enleva sous le chaume.
Certes, ce n'étaient pas alors de vils crétins. Qui de la noble France agitaient les destins ; Des écoliers barbons, tremblants sous la férule, Automates mouvants sur la chaise curule.
Bétail que le pouvoir engraisse de ses dons.
Bâillonne d'un frein d'or et sangle de cordons ; Alors les députés haranguaient les tempêtes.
Banoctaient an scmtin lenis boules et lenrs têtes ; Le bounean runassait tous les partis tombants ; La mort k plein sillon fincbait entre les bancs ; Le tocsin dans la Chambre étonfi^t la sonnette. Et rÉmeute y frappait à coups de baïonnette... Eh bienl s'enveloppant d'un héroïsme obscur.
De l'époque sanglante il sortit le front pur; n osa pour Capet armer sa boule blanche.
Au pied de la Montagne a&onter l'avalanche.
Et, bravant du malheur le contact dangereux.
Coudoyer sans pâlir les Girondins lépreux...
Q}ie sont-ils devenus, ces hommes consulaires ? Les martyrs échappés aux lions populaires Ont traîné dans l'exil leurs destins ignorés. Et la terre d'exil les a tous dévorés.
Si de la France un jour l'idolâtrie avide Revendiquait leurs os pour le Panthéon vide, Dans un large sillon, creusé du sud au nord.
Il nous faudrait glaner sur les pas de la Mort, Et, labourant le sol de chaque cimetière, Comme une Josaphat fouiller l'Europe entière. En vain la Liberté, renaissante aux Trois Jours, Rappela ces proscrits : hélas I les morts sont sourds I... Lui du moins nous resta : la vieille dynastie N'atteignit pas son front des coups de l'amnistie. Comme l'Italien, harcelé de héros, Qui dans un temple ouvert se sauve des bourreaux, Le vieillard, poursuivi par Tartufe et Basile,
A M. OPOIX DE PROVINS 65
S'enfuit vers le Parnasse, en s'écriant : « Asile I » .Mais, dédaigneux du monde et de ses lauriers vains, Comme un linceul précoce il revêtit Provins; Et l'aigle, qui peut-être eût dévoré l'espace, Se tapit, ver obscur, dans cette carapace.
C'est le magicien de nos bois enchantés, Le £intôme rôdeur de nos débris hantés; n ordonna trente ans ce funèbre musée, Trente ans épousseta chaque peinture usée, Et vieux, pour récompense il ne demanda rien. Rien, que l'honneur obscur d'en mourir le gardien. Du haut de nos remparts, philosophe stylite, Planant sur le champ clos où l'Europe milite. Il voit, depuis quinze ans, voyager tour à tour Les Bourbons fugitifs, les Bourbons de retour. Et, détournant l'oreille au bruit de leur passage. Il dort, enveloppé dans le manteau du sage.
Nul rayon de faveur sur ses vieux jours n'a lui ; Les rois (se souvenant I) reculaient devant lui. Quand Juillet s'alluma, du moins on pouvait croire Qja'il se réchaufferait à ce soleil de gloire, Qji'une langue de feu Tirait chercher ; mais non : Rien aux puissants du jour ne révéla son nom. Et seule, quand il pleut tant de croix dans l'ornière, La rose de Provins brille à sa boutonnière.
Q}ie dis-je? son pays renia ses travaux; n lui fallut subir d'ironiques bravos.
L'outrage médité, l'insulte irréfléchie.
Essuyer des crachats sur sa barbe blanchie,