II
Et passer sous les yeux des pharisiens jaloux, Vêtu, comme le Christ, de la robe des fous.
Il dut se rappeler, dans ces jours d'amertume, Qjie de vieillards, sans foi dans leur gloire posthume, De l'âge et du malheur ont cumulé le fiaix, Et recueilli l'injure en semant des bienfaits : Dante est mort dans l'exil d'une agonie amère. Et des chiens ont bavé sur les haillons d'Homère !
Tu peux dormir enfin, Nestor des Provinois,
Je veille à ton repos, comme l'enfent chinois
Dont l'éventail défend la tête paternelle
Du moucheron qui peut l'eifleurer de son aile ;
Je ne trafique pas d'un hommage vendu ;
Mon luth aux lambris d'or ne fut jamais pendu :
Mais si, montrant du doigt le front nu d'Elisée,
On l'insultait encor d'une lâche risée.
Oh 1 mon vers gronderait, semblable à l'ours vengeur
Qui, s'élançant des bois vers le saint voyageur.
Dispersa, déchira son escorte insolente
Et lui lécha les pieds de sa gueule sanglante...
Je ne le connais pas ; des accents de sa voix
Mon oreille est encor vierge; mais que de fois,
Dans la bruyante rue ou dans la solitude.
J'ai suivi son pas lent avec sollicitude I
J'aurais voulu pour lui ramollir le chemin ;
Ma main s'égarait prête à tomber dans sa main ;
J'épiais sur sa bouche un sourire prospère.
Et la mienne s'ouvrait pour lui dire : « Mon père... »
A M. OPOIX DE PROVINS 67
Et puis, je veux semer afin de recueillir :
Moi, fiévreux de jeunesse, il me £iudra vieillir;
Uhuîle, un jour, doit manquer âmes veilles ardues,
Ma voix balbutiera des paroles perdues ;
Mais quand, désenchanté de mes rêves d'enfant,
L'oubli m'aura couvert d'un linceul étouffant;
Qpand mes concitoyens, en me voyant paraître,
Se diront : « Quel est-il? » et passeront; peut-être.
De la sainte vieillesse un poète amoureux
Les fera souvenir que j'ai chanté pour eux.
Réjouira mon cœur d'une parole amie,
Versera des parfums sur ma gloire momie.
Et, payant au rimeur la dette du savant,
De funèbres lauriers m'embaumera vivant.
LE 'POÈTE E'K T'IIOVI'MCE
Lie moi présomptueux de Montaigne et de Sterne Est mal reçu, venant d'un auteur subalterne; Mais, comme un premier-né, Diogène m*est cher; Je ne distingue pas mon œuvre de ma chair, Et je dois me laver des reproches qu*on lance Tantôt à mes discours, tantôt à mon silence.
Sur des abus flagrants, dit-on, je me suis tu; J'ai porté des défis et n'ai point combattu ;