LE CO%SE
A, rheure où, pâle encor, le jour hésite à naître, Une étrange rumeur passa sous ma fenêtre :
« N'est-ce pas au réveil la voix du Carnaval? » Dis-je ; et dans le brouillard déchiré par les sabres Je vis, comme on en voit dans les danses macabres, Passer des ombres à cheval.
Pais un peuple hideux, dont le vrai nom s'ignore, Tombant, je ne sais d'où, sur le pavé sonore, Grouillait... Un même espoir semblait le remuer. Attiré par le sang dont le parfum Tenivre, Le Paris de Tégout s'en relevait, pour suivre Un homme qu'on allait tuer.
Qjiand la Corse eut donné Napoléon au monde, De ses couches de gloire arrière-£siix immonde, Elle y jeta Fieschi, l'opprobre tout vivant.
Mais ne lëgue-t-il pas un remords à notre âge, Cet homme? et son destin est-il bien son ouvrage? « Q]ii sait? murmurais-je en rêvant...
« Il va rendre au supplice une âme bien trempée, Dit-on; ne pouvait-il s'allonger en épée, Ce poignard qui frappa sans demander pour qui? Le ciel, dans ce bravo qui meurt aux pieds d'un prêtre, Voulut donner au monde un grand homme peut-être; Et le monde lui rend... Fieschi !
ff Si l'étude eût passé sur cet âpre génie, S'il eût bu la morale à sa source bénie.
Quand il gardait pieds nus ses chèvres au coteau ; Si le monde eût ouvert à sa jeune fortune Ce chemin qu'il voulut dans la foule importune Se tailler à coups de couteau 1