‹ OEuvres complètesChapitre 6 sur 111 · BÉRANGER · texte numérisé non relu

BÉRANGER

On Va frappé dans sa noble misère; n £aut de Tor, et je n'ai que des pleurs :

Jeune soldat, quêtant pour Bélisaire, Ma voix du moins attendrira les cœurs.

Qjii ne voudrait, bravant la tyrannie.

Payer sa gloire au prix de ses revers ?

Enflammons-nous aux rayons du génie :

Tout bas, tout bas, amis, chantons ses vers 1

L'oi'BEILLE

lOMME l'Abeille fugitive, Qpi fait son miel en voyageant, Le chansonnier, de rive en rive.

Va bourdonnant et voltigeant ; Comme elle, du myrte à la treille Il recommence vingt détours :

— Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

l'abeille II

— Hélas I je rampais, demi-nue.

Sans ailes d*or, sans aiguillon, Qjiand tout mon essaim, vers la nue, S*envola dans un tourbillon; Mais Dieu me sourit. Dieu, qui veille Sur un insecte sans secours, Me dit : « Vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

« Loin des tourbillons de poussière Qiie font les grands et leurs laquais, Dans la mansarde ou la chaumière, Murmure à de joyeux banquets ; Mais, en fuyant, pique à l'oreille Les Midas qui peuplent les cours ; Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

« Oui, garde bien, pauvre orpheline, Un dard caché pour les méchants; Mais, si quelque vierge enfantine Cueille des bluets dans les champs.

Va bourdonner dans sa corbeille.

Ht £iis-la rêver aux amours ; Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

« Mon souffle a reverdi la terre.

Teinte du sang des oppresseurs ; Longtemps l'éclat du cimeterre Sur l'Hymette effraya tes sœurs ; Mais à la Grèce qui s'éveille La Liberté rend ses beaux jours, Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours. »

Moi, dans les paroles divines Je me confie, et, sans savoir Si sur des fleurs ou des épines Il faudra m'endormir le soir, Quand vient la brise, je sommeille, Et je m'abandonne à son cours :

— Vole, vole, petite Abeille, Vole, vole, vole toujours.

vJ UAND les muses, pleurant la gloire de la France, Avec des souvenirs lui rendent l'espérance, Poète et citoyen, de quel œil peux-tu voir Une ligue hypocrite alarmer le pouvoir, Et, frappant au guichet de Sainte-Pélagie, Tantôt pour la chanson, tantôt pour l'élégie, Avec le fer des lois poursuivre sans repos Un art dont la lumière a trahi ses complots ?

Mais de ropinion, souveraine immortelle, Il éclaire les pas, il triomphe avec elle.

Et le pontife-roi, fulminant un édit, En vain sur leur empire a lancé l'interdit.

Ils ne sont plus, ces temps où la sainte parole Tonnait et foudroyait du haut du Capitole; Où la raison timide, en butte aux oppresseurs, Dans l'exil ou les fers suivait ses défenseurs. Et, comme leurs écrits, aux pieds du Saint-Office Les voyait quelquefois brûler en sacrifice.

Zélateurs du passé, qui vers cet âge d'or Prétendez aujourd'hui nous repousser encor.

N'avez- vous donc jamais déroulé ses annales? Elles offrent à peine, à de longs intervalles. Au lecteur, fatigué de tableaux odieux.

Quelques pages de gloire où reposer ses yeux. Comme le diamant perdu dans la poussière, Qui n'attend, pour briller, qu'un rayon de lumière, Que de talents, alors méconnus, avilis.

Dans un cercueil obscur tombaient ensevelis 1 Un Voltaire, un Rousseau, sous le chaume champêtre, Ignorés de leur siècle, et d'eux-mêmes peut-être, Expiraient tout entiers : l'étude au feu divin. Qui, captif dans leur dme, y bouillonnait en vain, Pour éclairer le monde eût ouvert un passage. L'étude... Mais, hélas 1 de ce trésor du sage Les peuples malheureux ne sachant pas jouir, A l'ombre des autels le laissaient enfouir.

Ces transfuges légers de Grèce et d'Ausonie,

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