‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 25 sur 76 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

Mon cher enfant (pardonnez l'expression, la langue du cœur» n'entend pas le cérémonial); jamais vous n'éprouverez tant d'amitié et tant de sévérité. Je vous renvoie votre épître apostillée, comme vous l'avez ordonné. Vous et votre ouvrage vous méritez d'être parfaits : qui peut ne pas s'intéresser à l'un et à l'autre ? Madame la marquise du Châtelet pense comme moi ; elle aime la vérité et la candeur de votre caractère; elle fait un cas infini de votre esprit ; elle vous trouve une imagination féconde : votre ouvrage lui paraît plein de diamans brillans. Mais qu'il y a loin de tant de talens et de tant de grâces à un ouvrage correct ! La nature a tout fait pour vous : ne lui demandez plus rien , demandez tout à l'art. Il ne vous manque plus que de travailler avec difficulté. Vingt bons vers en quinze jours sont malaisés à faire; et, depuis nos grands maîtres, dites-moi qui a fait vingt bons vers alexandrins de suite. Je ne connais personne dont on puisse en citer un pareil nombre : et voilà pourquoi tout le monde s'est jeté dans ce misérable style marotique, dans ce style bigarré et grimaçant, où l'on allie monstrueusement le trivial et le sublime, le sérieux et le comique, le langage de Rabelais, celui de Villon, et celui de nos jours. À la bonne heure, qu'un laid visage

(i) En lui renvoyant V Epître sur l'Amour de l'Étude que nous avons insérée dans cette édition, page 1^7.

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