VOYAGEANT EN ALLEMAGNE
Eh bien ! depuis que dans d'autres climats Vous portez loin de nous vos pensers et vos pas , Partout , Helvétius , vous aurez vu des hommes ; Ceux de l'antiquité , ceux du siècle où nous sommes , Diogène nouveau, vous les connaissez tous. Il les estimait peu 5 que nous en direz-vous ?
Le soleil en faisant sa ronde
Éclaire mille esprits divers.
L'un paraît en cet univers Ne respirer que le malheur du monde j
Un autre , presque aussi pervers , Peu sensible au bonheur , peu touché des revers , Sur tout ce qui se passe en la machine ronde , Insensible, muet, ne s'échauffant de rien, Regarde du même œil et le mal et le bien ; Tranquille également quand le tonnerre gronde,
Prêt à frapper la vertu sans soutien , Et quand le doux espoir d'une moisson féconde Charme dans ses travaux l'agreste citoyen.
Mais il est des cœurs nés sensibles , Doués d'un naturel heureux , Justes , éclairés , généreux , Qu'un sage poursuivi par le sort rigoureux N'éprouva jamais inflexibles.
DIVERSES. 243 En avez-vous beaucoup envisagé De cet excellent caractère ?
Sans avoir beaucoup voyagé ?
Je le crois rare sur la terre.
Peut-être je me trompe, et les charmans récits Que vous vous apprêtez sans doute de nous faire Sur les penchans des cœurs , les talens des esprits , Et sur les mœurs des différens pays , Nous assurerons du contraire. Avancez ce plaisir nouveau ; Pour moi , j'en accepte l'augure , Heureux de voir i'auteur de la peinture Dans le modèle du tableau.
Je suis, avec une extrême considération et le plus inviolable attachement, etc. etc.
Lefebvre.