PREMIÈRE LETTRE DE M. LE COMTE DE*** A HELVÉTIUS
Monsieur,
Vous avez acquis si justement une estime universelle, que vous n'êtes point surpris de recevoir des pays les plus éloignés l'hommage qui vous est dû. Votre génie supérieur, s'étant communiqué, par la voie de l'impression, semble vouloir partager avec nous autres les faveurs dont la nature vous a comblé. En révélant vos connaissances, il a développé les nôtres. Vous avez droit, monsieur, à la reconnaissance de tous les hommes. Je n'ai pas l'honneur d'être connu de vous; mais je croirais manquer à ce qu'on doit aujs personnes qui nous instruisent, si, après avoir lu l'ouvrage immortel de V Esprit 9 je ne remerciais son illustre auteur des avantages que j'en ai tirés. Je m'estimerai heureux si ma vénération pour vos lumières vous prévenait pour une nation qui a malheureusement passé dans l'esprit de bien des gens pour barbare. La plus forte preuve que vous pourriez me donner, monsieur, de vos sentimens favorables à mon égard, serait de me procurer l'occasion de vous être de quelque utilité dans ma patrie , et de prouver l'admiration et la considération distinguées avec lesquelles j'ai l'honneur d'être ,
Monsieur,
Votre très-humble serviteur.
A Saint-Pétersbourg, le 20 sepjjpmbre 1760,