‹ Œuvres complètes (volume 2)Chapitre 65 sur 76 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

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PENSÉES

Il y a des gens qu'il faut étourdir pour les persuader.

La vérité est pour les sots un flambeau qui luit dans le brouillard sans le dissiper.

Quelque temps après qu'une erreur a disparu, les hommes ne conçoivent pas comment on l'a pu croire. On se moque aujourd'hui des Egyptiens qui adoraient leurs dieux sous la figure d'un oignon; on rit de la sottise de ces moines qui se disputaient entre eux sur la propriété et l'usufruit de la soupe qu'ils mangeaient : nous apprêtons à rire à nos neveux sur bien d'autres absurdités pour le moins aussi ridicules! Cependant il vient à la tête de peu de gens sensés de se demander : « Que croyons-nous donc de plus raisonnable que les » Égyptiens ou les nations les plus barbares? »

L'humanité est un sentiment réfléchi; l'éducation seule le développe et le fortifie.

Je sais , disait une dame malade , d'ailleurs assez heureuse, je sais que je suis heureuse, mais je ne le sens pas. Différence entre le sentiment et la réflexion.

On pourrait calculer la bonté d'un homme par son bonheur. J'entends par bonheur, non celui qu'on attribue à la fortune , mais celui qui naît d'une bonne santé , de la satisfaction ou du moins de la modération de ses désirs.

ET REFLEXIONS, 2Ç)i

Ceux-là seuls sont propres à écrire de la morale, qui n'ont pas besoin d'attribuer leurs actions à d'autres causes qu'à celles qui les leur ont fait faire , et qui n'ont pas besoin de s'attraper eux-mêmes sur les motifs qui les font agir, crainte de se trouver trop méprisables à leurs propres yeux. Il n'y a que celui, par exemple, à qui l'envie n'aura fait commettre aucune mauvaise action qui avouera qu'il a eu de l'envie.

L'intérêt donne toujours de l'esprit. Mes fermiers m'ont toujours attrapé quand ils ont voulu , pour deux raisons : la première, parce qu'ils connaissaient mieux que moi la matière dont il s'agissait, et que cette connaissance est la base de l'esprit; la seconde, parce qu'ils avaient plus d'intérêt à m'attraper que je n'en avais à ne l'être pas, vu qu'ils étaient gueux et moi ricbe.

L'édit qui établit les notaires insulte plus les hommes que le livre de l'Esprit. L'un dit que les hommes sont fripons, l'autre dit seulement que les hommes n'agissent qu'en vue de l'intérêt personnel.

Lorsque l'on combat les principes d'un homme , on peut montrer les conséquences qui en suivent, mais ne pas assurer qu'il les ait eues en vue, et attendre ce qu'ilrépondra.

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