I.i: TRlOMniD DE L.\ CROIX. — l'AUT. II
l'IitiiiiH'ur tie iintro gloriousp dnitic, qu'onliii l'onrciiiarquc'i>irt(iuif]n'ello est le uraiid iiiovcn et lo plus général dont se sert la divine Providence. (Vcst ce qui a fait dire au j^rand Cvriilc, palriarche d'Alexandrie, dans le concile général d'Epliôsc, et nous l'avons ra[)porté dans nos avis (■atii(di(|n('S touchant la véritable dévotion de la hienlicurcuse Vierge; que c'est par elle que la Trinilé est honorée et sancliliée, par qui la croix e>t nommée |)récieuse et est adori'e par tout lo monde; (|ue le ciel est rempli trallégresye, et que les anges et archanges ^c réjouissent, par qui les démons sont mis en fuite, et par ijui l'homme tombé est relevé dans les cieux; ijue c'est par elle que toute créature engagée dans les ténèbres de TiilolAtrio est an ivée à la connaissance de la vérité, par cpii les fidèles reçoivent le baptême, par (jui toutes les églises de la terre ont ('té fondées, par qui les gentils sont portés à faire pénitence; ci enfin, jiar qui le Fils unique de Dieu, la véritable lumière, a éclairé ceux (|iii étaient dans les ténèbres et les ombres de la mort, par qui les prophètes ont annoncé, et par qui ies apôtres ont prêché le salut aux nations.
Knfin, ce glorieux patriarche assure qu'il n'y a point d'homme (jui puisse jamais assez dire à la louange de la Mère de Dieu. Disons donc tout ce que nous [lourrons, parlons-en rians toutes les occasions; néannmins, jamais nous ne pourrons assez en parler. Cependant, comme elle est bonne, et la reine de toutes les bontés, elle .igiéera nos petits efforts pour la louer; et de jdus, l'une des plus douces consolations de la vie est de s'entretenir de cette Mère d'amour. C'était bien le sentiment de son dévot cha[)elain saint Bernard qui proteste qu'il n'y a rien (jui lui donne plus de plaisir que de parler des louanges de la bienheureuse Vierge. Il est vrai que Dieu n'a aucun besoin d'elle, et il me semble l'avoir déjà dit, car cet Etre infini, qui trouve toute sa suffisance en soimême, n'a besoin de personne; et tout ce qui se fait par cette bienheureuse créature, c'est Dieu qui le fait, ne pouvant rien par elle-même sans son divin secours. C'est ce Seigneur (jue nos âmes doivent magnifier avec cette Vierge très-pure, parce qu'il a fait en elle des choses grandes. C'est le nom de Dieu qui est saint dans toute sa sainteté; qui n'est qu'une [larticii ation de celle de Dieu, et qu'elle a, au nom et par les mérites de Jésus-Christ; car il faut que tous mrheni, dit le prince des .\pôtres dans les Actes IV, 12), qu'il n'fi a point, sous le ciel, d'autre nom donné aux hommes, par Ic/ucl nous devions cire sauvés. Sans Jésus-Christ, personne ne peut rien faire ; ce n'est donc qu'en sa vertu et par sa grâce que sa très-digne Mère est tout ce qu'elle est. Mais comme, tlans l'ordre de la nature, il se sert du soleil pour éclairer tout l'univers, de même dans l'ordre surnaturel el dans son corps m\sti(|ue, Marie en est » onune le cou, selon le témoignage de saint Bernard, [lar lequel il répand toutes les influeni'es de ses grâces sur tous les fidèles qui sont ses membres ;
mais c'est toujours «el a.lorahle Dieu-Homme (pi'd faut voir, lou<!r et ai mer en toutes choses. C'était donc (et aimable Sauveur qui se servait de la lrès-|iure Vierge sa mère dans toute l'atl'aire de la possession d'Elisabeth, couuiie les diables étaient forcés de le publier. Kt si elle n'a pas été délivrée de tous les malins esprits qui la possédaient par les exorcismes, au moins plusieurs ont été chassés de son cor|)s par cette voie, et l'agilalion de ceux qui ont resté plus modérée. Dieu est le maître et le grand maître qui se sert de tels moyens qu'il lui jilaît pour exécuter ses desseins. Ainsi, on lit dans l'histoire d(! l'Eglise que |jlusieurs possédés ont été délivrés en des manières bien ditrérentes, les uns, en recevant le saint ba|itôme; les autres, par la divine Eucharistie ; quelques-uns, par l'attouchement d(!S sacrées reliipies; (juehpjes autres, par la fidèle et solide prati(pie rie la vertu; un grand nombre, par la seule prière des saints. La parfaite libeité de la persoiuie dont nous écrivons, était réservée aux dévotions qu'elle a faites dans plusieurs pèlerinages en des lieux de. piété, comme nous allons le dire. Cependant, il faut remarijuer que les exorcismes ont eu de grands etfets; mais outre ceux dont nous avons parlé, il faut de plus savoir que plusieurs maladies, qui étaient incurables à l'art des médecins, ont été guéries par ce moyen, el quelquefois en un iu'^tant. C'étaient des maladies qui venaient du maléfices qu'on lui avait donnés. Plusieurs desseins des magiciens découverts et ruinés, et. quantité d'ojiérations de la uiagie détruites. Le pouvoir de faire ses dévotions lui a été donné, et l'usage libre de ses puissances pour s'occuper de Dieu,
Mais enfin l'entière et parfaite délivrance de tous les démons qui la possédaient était réservée aux dévotions qu'elle a faites à l.i très-sainte Vierge allant adorer Dieu en elle dans plusieurs lieux de piété qui sont consacrés à ce Dieu de toute grandeur oi< son honneur. Elle employa, pour ce sujet, un temps considérable à faire plusieurs [)èlerinagcs en différents lieux; mais c'était toujours en des églises ou chapelles de Notre- Dame. Elle la regardait avec lEglise comme son espérance, et elle savait qu'elle est toute-puissante auprès du Souverain de toutes choses, qui ne lui dénie rien de ce qu'elle lui demande; car, que pourrait refuser un tel Fils à une si digne Mère? Elle entreprit tous ces [lèlerinages avec l'obéissance (pii est la vraie luaniue d'une solide vertu: elle les lit donc (lar l'ordre de son évoque, par l'avis de >L Viardin, (jui étail l'une des dignités de l'Eglise (irimatiale de Tv'ancy, el un docteur considérable qui a toujours eu pour elle une très-grande chanté |iar les avis du P. Colon el (Ju P. Poiré, tous deux religieux célèbres de la Compagnie de Jésus; mais il faut remarqucrqu'elle avait reçu les avis (jui lui en avaient été dounés, par le P. Colon, bien des années auparavant ses voyages; cet iiouimede Dieu n'étant plus au monde lorsqu'elle les fit. Ils d)jri,Tcnl
ttlVUliS COMPLETES DE BOUDON.
environ neuf mois , les ayant commencés au mois de juillet, et ne les avant atlievés qu'au mois tl'avril de l'année suivante, lille alla à PJotre-Dame de Chartres, à ^otre-Daïue de Liesse, et en d'antres lieux de dévotion de ja très-pure Xierge. Elle était aceomiiagnée d'un ecclésiastique d'une singulière vertu, Ljui lui avait rendu de grands services lors même qu'elle était mariée, comme nous l'avons dit, de sa tille aînée, de quelques personnes de piété, de deux servantes et de deux liomroos de pied, le reste étant dans lo carrosse qu'elle avait pris, • Comme les démons savent que Dieu se plait à honorer sa Irè.s-sainte I\Ière , qu'ils n'ignorent jias les faveurs qu'il fait, et les miracles même qu'il opère en sa faveur, et que d'autre part ils voyaient que la divine Providence avait donnéàcette auguste Heine la conduite particulière de toutes les all'aires d'Elisabeth , iH préjugèrent bien que ces voyages en son honneur ne seraient pas sans • eflet. Ils tirent donc pour les em[>ôchertous leurs efforts. Ils la menaçaient étrangement, et des menaces ils en venaient aux effets, lui causant di^s douleurs qui la réduisaient à l'extrémité, et jusqu'à la mort. C'était un miracle continuel comme |)armi de si jirodigieuses soufl'rances, elle pouvait faire de si longs et de si pénibles voyages. L'on était quelquefois contraint de rester les douze et quinze jours dans un lieu pour l'y veiller incessamment à raison des tourments extraordinaires qui lui étaient causés par ces cruels es|iriis, et surtout durant toutes les nuits, à laison qu'il semblaitqu'ello allilt expirer continuellement.
Mais le Seigneur étant le protecteur de sa vie, elle n'avait rien à craindre. Si les méchants s'avançaient vers elle jiour dévorer sa chair, connue parle le Psalmiste ( /*.•«/. cxxui, 2), leurs attaques restaient inutiles, et ces ennemis rjui l'affligeaient, eux-mcmcs devenaient faibles et tombaient. Ils demeuraient toujours >urpris dans leurs desseins. O mon Sauveur et mon Dieu ! vous e'ies le refu(je du pauvre , son appui dans le besoin et dans le temps de l'affliction. Que ceux qui connaissent votre nom espèrent en vous, purce que vous navez pas abandonné ceux qui vous cherchent. Ovous tous qui l'aimez, chantons tous ensemble des cantii/ues à ce Seigneur qui habite dans Sion , annonçons ses ouvrages parmi les peuples. Parce qu'en venijcant le santj des justes, il s'en est ressouvenu , il n'a point oublié le cri des pauvres. i^Psal. ix, iO etseij.)
Elisabeth a crié et le Seigneur l'a entendue, et il l'a tirée de ses peines; car il est près de ceux qui ont le cœur brisé de douleur, et il sauvera ceux qui ont res|irit humble, (Psal. cxLiv, 1819.) Il a regardé !a bassesse où l'avaient réduite ses ennemis, et il l'a retirée des portes de la mort. (Ibid., 14, lo.) Ses yeux , durant ses voyages étaient toujours élevés veis Dieu, et les pensées de gon cœur toujours en sa [>résence. Son ref.ueillement était perpétuel. Un cœur fermé ôu tiiuhdc, disait un ancien , est une porte
ouverte à la vérité. Or, celui qui marche dans la vérité voit dans une merveilleuse évidence le néant des créatures , et les créatures ne lui paraissant plus, Dieu le manifeste dans une grande lumière. Dans cette manifestation divine, oiî l'ûme découNre les excellences inénarrables, ei les grandeurs suradorables de celui qui est, elle ne peut plus voir que lui seul, et dans une entière désoccu]>ation des créatures elle demeure uniiiuement occupée du Créateur. Une personne de la sorte divinement occupée a beau aller, elle trouve Dieu de tous côtés, quelque changeaient de lieu qu'elle fasse , elle demeure toujours en lui. Tous les objets qu'elle rcncmitre ne la détournent point de son divin objet : elle le voit toujours en toutes choses, et elle ne voit que lui seul en touteschoses. C'était l'heureux étal ofi se trouvait notre soutirante, et c'est l'une des parties du triomphe de la croix en elle, qui, l'ayant séparée saintement du monde, l'avait toute perdue eu Dieu. 11 ne faut donc pas s'étonner si l'ou rapporte qu'elle ne parlait qu'à Dieu, ou de Dieu. Comment |iouvoir s'entretenir avec ce que l'on croit n'être rien? Comment pouvoir parler de. ce qui n'est rien, comme le monde et toutes les choses du monde 1 Si les yeux du corps apercevaient les objets sensibles , ils ne lui servaient qu'à s'élever vers celui qui les a créés, à s'abîmer dans son pur amour.
Elle pouvait dire avec le Prophète-Roi : J'avais le Seigneur toujours préseul devant moi, parce qu'il est à ma droite, de peur que je ne sois ébranlée. C'est pour cela que mon cœur se réjouit, et que ma langue chante de joie. Aussi chantait-elle dans une grande joie le Magnificat [Luc i, kG et seq.), le cantique de sa glorieuse Maîtresse. Soit âme avec elle gloritiait le Seigneur et rendait grâces à Dieu son Sauveur, de ce qu'il avait daigné regarder sa bassesse, et pour les choses qu'il avait faites en elle. Elle chantait avec la bienheureuse Vierge , que sa miséricorde et sa bonté passe dans la suite de plusieurs âges, pour ceux qui le craignent et qui le servent; qu'il a déployé la force de son bras , qu'il a renversé l'orgueil des suptrbes en dissipant leurs desseins; qu'il a fait descendre les grands et les jjuissants de leurs trônes. Elle en avait elleniôme la douce expérience, tous les démons qui étaient restés dans son corjis en étant sùitis à la faveur de la Reine du ciel, après avoir eu recours à ses miséricordes dans plusieurs lieux qui sont consacrés à Dieu sous l'invocation de son nom.
C'est de la manière qu'elle en fut entièrement délivrée. Il est vrai qu'ils ne donnèrent ]ias des certaines marques de leur sortie, comme il arrive assez souvent quand ils sont chassés jiar les exorcismes; mais combien de fois »onl-ils sortis des corps qu'ils piossédaient sans donner aucun signe , au seul commandement qu'on Kur faisait au nom de Jésus-Christ, et par la seule prièi'e des saints ? Voilà néanmoins le peu de fon-. deujcnl qu'ont eu de certaines pertonncs
LE TR10MPI^E DE LA CROIX. — l'AUl . II.