‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 99 sur 436 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le triomphe de la croix dans sa délivrajice des démons.

Notre divin Sauveur, parlant de sa passion douloureuse, déclare que Tiieure est venue que le monde sera jugé, et que le iirince de ce monde sera chassé dehors. '(Joan.xii, 31.) Nous pouvons dire qu'Elisabeth qui l'a imité fidèlement en toute sa vie, a participé d'une manière très-spéciale à ses états. Ainsi ses grandes et étonnantes croix seront le jugement du monde corrompu dans les plaisirs, et après avoir beaucoup soutl'erl, les princes de ce monde et de ces ténèbres seront chassés de son corps.

• Ils y étaient entrés il y avait plusieurs années, et ils l'ont jiossédée environ dix ou onze ans. Comme elle était une vraie fille de l'Eglise ayant eu recours à son pouvoir dans cette vexation diabolique, l'Eglise se servit de ses remèdes ordinaires à de si grands maux, c'est-à-dire des exorcismes, dont l'usage établi par les apôlres a continué dans tous les siècles pour chasser les diables des corps, qui est une autorité que Dieu a donnée à son Eglise, et une promesse qu'il lui a faite. L'Evangile y est exprès en saint Marc, oii notre Maître ci. Ire les signes qu'il Uotine que feront ceux qui auront la foi, il

promet qu'ils chasseront les démons en son nom. Aussi nous lisons dans les Actes (c. XVI, 16), que saint Paul ayant rencoiitié une tille qui était jiosséJée par un esprit de Python, (c'était le nom du démon qui la possédait, le 1" livre des rois [ xxviu, 7 et seq.] apprend ce que faisait en quelques magiciennes cet esi)rit de Python, car une de ces femmes qui en élait' possédée fit venir l'àme de Samiiel, ou un démon qui la représentait) ; saint Paul, dis-je, ayant rencontré une fille possédée de ce malin esprit, (laquelle apportait un grand profit à ses maîtres en devinant, non pas que le démon puisse prédire l'avenir qu'il ne sait [)as, mais il lui est facile de révéler les choses secrètes, les lieux où sont les choses que l'on a perdue*, et les personnes qui les ont, et autres choses pareilles); celte fille suivait saint Paul, et ceux qui étaient avec lui, et criait, disant : Ces hommes sont serviteurs du grand Dieu, qui vous annoncent la voie du salut. {Ibid., il.) Ayant fait la même chose plusieurs jours, ce qui faisait peine au grand Apôtre, il se tourna et dit à l'esprit : Je te commande au nom de J('susChrist, de sortir hors d'elle, et il sortit tout à l'heure. (Ibid., 18.) Tous les siècles nous donnent d'illustres preuves de l'accomplissement de cette promesse, et les anciens Pères même nous parlent des exorcismés dont l'Eglise se sert pour cet effet.

Quand cependant lesexorcismes n'ont pas l'etTet pour lequel l'Iîglise les destine, comme on l'a remarqué dans notre souffrante, qui n'a pas été délivrée par cette voie, c'est que Dieu le suspend pour des raisons qui regardent sa gloire, ou le bien spirituel de la personne, qui, quoiqu'elles soient inconnues à la sagesse du monde, sont toujours adorables et dignes de nos respects. Les exorcismes qui ont été continués durant plusieurs années ont été avantageux aux exorcistes, leur donnant lieu de beaucoup pratiquer la patience, de se mortifier courageusement et d'exercer leur zèle. Ils ont été utiles à la personne exorcisée qui, dans la continuation d'une vexation trèscruelle, entrant dans les desseins de Dieu par une perte totale de sa propre volonté, et un abandon sans réserve à la conduite de la divine Providence, pratiquant toutes les vertus dans un degré héroïque, est arrivée à une éminente sainteté. Ils ont été glorieux à Dieu, comme nous l'avons uionlré, glorieux à son immaculée Mère, aux anges bienheureux, et à tout le paradis. Ils ont été honorables à l'Eglise, et ont servi d'occasion à de grandes grâces qu'ont reçues les personnes qui y ont assisté.

C'est pourquoi les démons se plaignaient d'être retenus jiar une force secrète et divine dans le corps d'Jilisabeth, y étant liéscomme des esclaves et y soufi'rant nenucoup. Mais ils disaient qu'ils étaient détenus par l'autorité de la Mère de Dieu, dont la divine Providence se servait pour conduire toute cette atl'aire à la gloire de son Fils, et à la confusion de l'enfer. Considérons encore ici avec toute la joie que nos cœurs doivent avoir d9

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