‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 101 sur 436 · IU · texte numérisé non relu

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pour contester sa (l(?livraiice : el c'osl une (.iiosp assez étrange, iiue, quand elle a été jiosséJée, l'on a disputi^ sa |iossession, l'on a parlé et i"on a éciil roulre, et qae quand elle ne l'a plus été. l'on a voulu (pTelle ne fi^t pas délivrée; i-'est qu'il l'nllnit qu'elle fût toujours en bulle à l;i conlradii lion.

Mais, comme [lour rcconnailrc une réelle possession , nous n'avons point d'autres marques que les elïuls qui en arrivent, el qui viennent d'un principe étranger , de même, pour en rcconnaitre la délivrance, il suffit de ne les plus rcmanpier du tout; car c'est une bonne [ireuve que la cessation entière de tous les eiïets (|uand elle dure. Or, c'est ce que l'on a remarqué dans Elisabeth depuis ses pèlerinages aux lieux île dévotion de Notre-Dame, car liepuis ce temps-là l'on n'a plus vu en elle ni les troubles de son esprit, ni les mouvements de son corps, dont elle était agilée durant sa possession. Elle a été dans une jileine liberté. C'est ainsi que, s'étant abandonnée entre les mains de Dieu, il en a été le protecteur; qu'elle a trouvé sa joie dans le salut qu'il lui a donné, la délivrant de ses ennemis , la sauvant de ceux qui s'étaient élevés contre elle, la tirant des mains des ouvriers d'iniquité, qui avaient formé dans leur cœur de mauvais desseins, qui lui avaient fait la guerre par la vexation de !a possession durant tant d'années, qui lui avaient préparé tant de filets, qui lui avaient dressé tant d'embûches, et qui enfin sont demeurés pris dans leur orgueil et dans les pièges qu'ils avaient tendus.

Mais quand sa possession aurait duré toujours, comme l'ont prétendu les personnes dont nous venons de parler, ce lui aurait été un sujet |)erpétuel de soulfrances extraordinaires, qui, loin de préjudicier à sa sainteté, lui aurait servi à monter aux plus éminentes vertus, comme il est arrivé à |ilusieurs personnes d'une rare saiiueté, qui ont été possédées jusqu'à la mort.

eu A PITRE VL

Le Iriomjihe de la croix dans le dessein que la diiine Providence lui donne de l'elablissemenc d'une nouvelle conrjréijation.

Nous pouvons dire que les grandes croix sont des préjugés des grands desseins que Dieu a sur une personne. S'il destine saint Paul à la conversion du monde, il le destine à toutes sortes de souffrances. Si cet homme dans le dessein de l'adorable Jésus est un vase d'élection pour porter son nom devant les gentils, et les rois, et les enfants d'Israël, il lui montre co-abien il doit souffrir pour son nom. Notre Elisabeth l'une des personnes du monde qui a le plus soufl'ert, notre bon Sauveur l'associant à ses douleurs s'en servira pour de grandes choses jiour sa gloire. Cette personne si crucifiée sera fondatrice d'un nouvel ordre. Elle en avait eu connaissance par révélation divine bien des années auparavant que ce dessein eût été exécuté. Après qu'elle eut fait plusieurs

vœux parliculiers , Noire-Seigneur lui (it voir qu'il lui manquait queli)ue chose, oui était de ramener la brebis égarée , et il lui semblait qu'on lui en mettait une sur les épaules; c'est ce (jui l'obligea de faire vœu de prendre soin des filles et des femmes égarées dans ie péché. Elle avait vu, longtemps auparavant rinstitution de sa nouvelle congrégation, qu'elle serait mère d'une famille nombreuse. La sainte mère Alix le Clerc , dont nous avons déjà parlé , qui a été l'un des prodiges de grAces de notre siècle, et le premier fondement sous le grand serviteur de Dieu et de son immaculée .Mère, le P. de Matainrourl, dont la divine providence s'est servie pour l'établissement des religieuses de la congrégation de Notre-Dame avait une grande liaison avec elle. Elles étaient toutes deux mortes au monde, toutes deux unies jiarfaitemcnt à l'aimable Jésus, et ainsi toutes deux entièrement unies ensemble en ce divin Sauveur. Or la sainte mère .\lix le Clerc, dite en religion Thérèse de Jésus, faisait ce qu'elle pouvait pour la gagner [lOur son Insîitut. Elle y pensait beaucou[) elle-même ; mais un jour Notre-Seigneur lui fit connaître qu'il avait d'autres desseins sur elle ; qu'il la destinait pour être fondatrice d'un nouvel ordre, et il lui montra dans une grande lumière tout le dessein de la congrégation de Notre-Dame du Refuge. Mais il lui découvrit tant de grâces qu'il voulait faire à son Eglise }iar ce moyen , que dans son extase elle criait toute transportée qu'il y aurait un nouvel ordre, oîi il se ferait des prodiges admirables, qui donnerait grande joie aux anges et à tout le paradis, faisant un lieu de délices , et un temple sacré pour Dieu des âmes qui étaient dans l'immondice du péché, et les esclaves des diables.

Dès sa jeunesse elle ne pensait qu'au cloître. La seule proposition du mariage la faisait |âlir, trembler et tomber en pâmoison. Cependant ses parents l'y destinent par leur profre mouvement, et par les inclinations de l'homme. C'est assez l'ordinaire que l'on consulte jieu Dieu quand il s'agit de marier des personnes : si les pères et mères consultent, c'est leurs inclinations, leurs pensées qui leur servent de règle. Chose étrange, quand il s'agit de se faire religieux, c'est-àdire suivre les conseils d'un Dieu, c'est-àdire de prendre les moyens les plus efficaces pour la gloire de Dieu, et pour le salut, l'on demande que l'on fasse de grandes délibérations, que l'on prenne avis , que l'on ne se hâte pas. L'on y ajiporte du retardement ; l'on considère, l'on fait voir , l'on parle des inconvénients qui peuvent arriver. Mais s'il est question de se marier, l'on ne pense firesque point du tout aux incommodités qui sont atlachéss à cet état , et qui sont telles que le grand Apôtre qui parlait par le Saint-Esprit, conseille pour cela de ne s'y pas engager (/ Cor. vu, 25). Les personnes qui se marient y pensent peu, et eflês en trouvent peu qui lesy fassent penser. Il est rare de trouver dans le monde qui est tout

ŒIYUES COMPLETES DE BOUDON

ilans les ténèbres, des gens qui découvicnl la vérité.

I! ser.iit à tli'sirer qu'il s'en rcnroiitrAt jiîusieurs coninie i:es fKièles serviteurs do l'illustre Doiuitillc, parente île l'oiiipereur Doiiiilieii, que le prince Auri^lien, prétendant à l'empire, rccliercliait en ui.iriage. t^ar, tes deux serviteiii-s, (pii s'appelaient Nérée etAchillée, et qui ont été tou.^ deux glorieux martyrs de Jésu>-('hrist, un jour, lorsciu'ello se parait curieuscinent à son miroir, prirent occasion de lui uiontrer combien il lui serait ilus avantat;eux de s'occuper sérieusement

orner son âme de vertus, et (jue si elle prenait autant de soin de se rendre asréablo à l'adorable Jésus, comme de plair(; aux veux du prince Aurélien, que sa beauté, qui lui était si cbère, et qui devait bientôt passer, durerait ù jamais; qu'au reste, elle serait incomparablement plus beureuse si elle avait assez de couraj^c pour (juitter un liomme mortel, et cboisir uniquement un Dieu pour é|ioux, qui est la plus grande gloire qtii puisse arriver.

Mais, pour la porter plus elTicacement à une si généreuse entreprise, ils lui parlèrent de la vanité des plaisirs de la vie qui n'ont rien que des apparences, et qui sont des ombres qui disparaissent jiresque aussitôt qu'ils se montrent; et en môme temiis, ils l'entretenaient des biens solides que Dieu pré[)are à ceux qui le servent, qui sont bien grands et qui ne finiront jamais. C'est une erreur assez commune, lui disaient-ils, de ne regarder le mariage que j)ar les choses qui peuvent plaire, et de ne donner nulle attention à mille (leines qui l'accompagnent. Quoique cette illusion soit assez générale, ce|)endant. Madame, la raison demande que vous ne vous laissiez pas tromper. Considérez que l'engagement au mariage est une captivité perpétuelle, que l'on s'y lie pour y demeurer enchaîné le reste de ses jours; que le premier jour des noces est un commencement d'esclavage qui ne finit qu'avec la vie; que c'est une chose bien dure d'avoir pour seigneur et maître un homme qui aura des humeurs souvent fâcheuses, qui voudra que l'on vive à sa fantaisie, qui sera peu raisonnable en mille occasions; qu'il ne faut pas s'arrêtera ce qu'ils promettent ou ce qu'ils font dans leurs recherches, oîi les plus emportés se modèrent, où la plupart se contraignent et dissimulent leurs sentiments et leurs inclinations, en sorte qu'il y a peu de filles qui connaissent bien les hommes avec qui elles se marient.

Mais, quand tout cela ne serait jias, les peines et les ennuis, qui sont inséparables de cet état, sont bien cajiables d'en dégoîiter. Si l'on n'a point d'enfants, c'est une peine : si l'on en a, les incommodités de la grossesse en sont une |)lus grande. Que de maux durant ce temps-lh! que de douleurs dans l'accouchement ! Combien de mères ont |)erdu la vie en la donnant à leurs enfants! Que de frlclieux soins [lour les élever! Que de tourments s'ils sont vicieux! Combien y

en a-t-il (lui servent de terribles croix à (eux (jui les ont. mis au monde, qui sont le déshonneur de leur famille et l'infamie de leur maison! Mais combien d'accidents tristes et inopinés arrivent tous les jours dans les familles! Ah! Jladame, qu'il se trouve d'épines dans ce que le monde a do plus riant 1 Combien de procès, de disputes, de pertes, d'inquiétudes parnn les embarras (i'all'aires! Non, c'est une grande vérité, si les lilles savaient ce qu'elles' font (psand elles s'engagent dans une si dure cafitivité, il n'y en aurait point qui voulussent le faire. Ces sentiments a yant pénétré l'esprit de la princesse, elle prit un tel dégoût du monde, qu'elle résolut, quoi iju'il pût arriver, de le quitler. Elle renomma h toutes les recherches du prince Aurélien, et demeura invincible dans sa résolution malgré toutes les tempêtes et les orages que lui suscita ce prince irrité de son refus. Il lui en coûta même la vie (|u'elle perdit au milieu des supplices pour l'Epoux céleste qu'elle avait choisi à la place d'un hon.me mortel. Mais, heureuse perte, qui, en privant de ce qui n'est rien, fait entier dans la bienheureuse possession du grand et unique Tout. Ce furent cependant les réflexions qu'elle fit sur les discours de ses deux saints eunuques, qui ne servirent jamais mieux leur bonne Maîtresse, puisque ces discours avancés, dans une entière liberté chrétienne, furent la source des grandeurs éternelles et de la gloire incomparalile oîi elle a été élevée [lOur jamais dans le beau séjour des bienheureux.

Mais ces entretiens sont rares qui devraient néanmoins faire l'occupation des Chrétiens. L'on n'a des yeux que pour une vie qui n'est qu'un moment comparé à l'interminable éternité. L'éternité entre peu dans les esprits des hommes. La tcire et les choses de la terre emporteuit presque toutes les pensées et toutes les affections, et l'on devient tout terrestre en les aimant. Les faux biens temporels sont les sujets de l'es-r lime, c'est ce dont l'on fait état, c'est ce que l'on recherche. L'on est élevé dans ces erreurs, et les pères et mères y nourrissent leurs enfants. Il ne faut pas s'étonner ensuite s'ils n'y cherchent que leur propre consolation et leurs propres intérêts. Il est vrai que souvent l'engagement où ils les mettent a ])our prétexte l'amour qu'ils leur ])ortent, mais que cet amour est une grande haine! Le monde, jiar le témoignage de Dieu même, est toutdans la malignité, il est environné de préciiiiccs de toutes parts, tout pleins de périls, et l'on y court risque d'une damnation éternel le. Je demande, est-ce aimer que de presser d'entrer dans un lieu si dangereux? La séparation du monde, comme la vie du cloître, est la voie étroite de l'Evangile; c'est le chemin le plus assuré du bonheur éternel ; est-ce aimer que d'empêcher de prendre ce chemin? Oh! s'écrie saint- Bernard sur ce sujet, après le Fils de Dieu, que les domestii|ues, c'est-à-dire ceux ijui approchent le plus près de l'homme, en sont bien les véritables'ennemis ! Que ï'n-

LE TRIOMl'llK DK LA CUCL^i. — l'Allï. I!.

tiiour qui est selon la chair, cl qui n'est pas L-liretien , a d'étranges eireisl

C'était cet amour qui dominait dans le Père et 1(1 mère d'Elisabelh , qui voulaient à touie force qu'elle se niaii.U. Cc|iendarit Dieu l'attirait nuire part, et la résolution qu'elle montrait de suivre la vocation divine lui fit soullVii- un vrai martyre. Car voyant qu'elle voulait élie religieuse, ils la maltraitèrent avec des vi'..leni es extraordinaires, jusqu'à la Lattre cruellement, et lui faire (lorter loules sortes de confusions et les plus humiliantes. L'on a cru qu'il fallait que iediables'cn mélAl, car/a nature ne jiouvait presque pas en aller là, encore dans un père et une mère qui l'aimaient tendreuient, et dans une personne des plus aimables de son siècle, que les plus farouches et les jilus barbares auraient aimée. Nous avons déjà dit que les démons ont de forts préjugés de l'avenir, et par l'extrême vivacité de leur esprit qui tire des grandes conjectures de ce qu'ils voient, et |:ar la longue expérience de tout ce qui est arrivé dejiuis la création du monde. Mais quelquefois même Dieu par les conseils inqiénétrables de sa divine sagesse leur donne quelque connaisssance de ses desseins sur une personne, et c'est ce qui fait qu'en de certaines occasions ils ont attaqué avec une furie toute particulière les saints dans leur jeunesse, lorsqu'à peine avaient-ils l'usage de la raison. De quelque manière que se soit jiassée la chose à l'égard d'Elisabeth, il est toujours cerlaiii qu'ils l'ont tourmentée extraordinairement dès lorsqu'elle est venue au monde, et s'il est vrai ce qu'ils ont dit, dansle ventre même de sa mère. L'on [icut bien juger que le cruel procédé de son [lère et de sa mère venait des mouvements que leur donnaient ces malheureux esjirits qui, craignant ce qui est arrivé, pensaient remjiêchei- par l'enga-

C'est (lourquoi ils en donnaient de si fortes inclinations à ses |)arents, qui n'oubliaient rien pour lui persuader. Mais tout ce qu'on pouvait lui dire Je plus avantageux sur ce sujet ne faisait aucune impression sur son esprit. Ce que voyant, son père et sa mère, ils prirent une résolution assez étrange, qui était de traiter l'atTaire, et de la concluie sans lui en parler davantage. Ainsi ils la [iromettent à un gentilhomme de considération dans sa province, ils dressent tous les articles du contrat de mariage à sou insu; et après cela ils lui font des menaces ell'royables, si e le n'y consent. Us ne purent néaiuuoins en tirer aucune parole qui marquât le moindre consentement, elle ne parla que par ses larmes qui lui coulaient en abondance des yeux. Elle se retire de leur présence, etelies'enfuitdanssachambre, pendaiitqueles menacesqu'on lui fait en vont jusqu'à lui faire perdre la vie si elle n'obéit.

Mais tout cela ne tait rien sur un courage qui était invincible. Elle persiste donc inviolablemenl dans la résolution d'être religieuse, et son esprit demeure dans la dernière çynstance sur ce sujet. Mais comme

les sentiments de la partie inférieure ne sont pas toujours au jiouvoir de l'homme, son corps demeura tellement abattu par les mauvais traitements qu'on lui faisait, qu'elle en tondja malade, et en danger. L'on peut ici remarciuer l'aveuglement des parents, et leur extrême injustice. lU veulent contraindre leur lille dans la chose du monde qui doit êlre la plus libre, et sous prétexte d'un grand amour, ils la réduisent dans un danger de mort, (pii est tout ce que pourraient faire les plus cruels ennemis.

La voilà donc dangereusement malade, se mettant j eu en peine de tous les remèdes que les médecins lui donnaient ; et il n'y avait que la seule crainte d'oQ'enser Dieu qui l'obligeait à les prendre , ayant avoué depuis, que si elle eût cru pouvoir en bonne conscience s'en priver, elle eût mieux aimé ])rendre du poison ijue de s'en servir, afin d'éviter le mariage où elle jugeait n'être pas appelée de Dieu, tjuand elle aurait dû épijuser un roi qui lui auiail donné la monarchie de l'Univers. Cependant la |iensée de la mort la console, sa joie est qu'elle pourra bien mourir de sa maladie ; c'e^t où tendent tous ses soupirs et tous ses vœux.

Dans ce temps-là le bruit se répandant dans la ville de la violence qu'on lui fait, le gentilhomme à qui on l'avait promise à son iiisu, la vient trouver, et il lui dit qu'ayant appris l'aversion qu'elle avait pour le mariage, il jiroteste que dès lors qu'elle lui en aura fait connaître la vérité , il se déportera aussitôt de sa reclierche, et d'une telle manière, que ses parents même n'auront pas sujet de se mécontenter; qu'elle peut se lier à lui et lui dire bonnenjent ses pensées. Cette innocente fille, le croyant de bonne fui, avoue la vérité dans la siuqilicité de sou cœur, et elle déclare hautement que c'est contre sa volonté qu'on la veut marier; que son cœur ne peut avoir d'alïection [lour aucune créature , qu'elle ne veut aimer que Dieu seul.

Une déclaration qui fiaraissait si avantageuse à ses desseins l'ayant consolée, son corps s'en trouva aussi soulagé par l'étroite liaison qu'il y a entre les ueux. Mais le Psalmistc avait raison de dire, que les vérités sont alfaiblies parmi les enfants des hommes; ijue chacun ne dit que des choses vaincs à son prochain, (jHe leurs lèvres sont trompeuses, et (jH ils parlent avec un cœur douille. [Psal. SI, i-'*.) Qu'ils méditent pendant tout le jour (les tromperies et des anipces. [Psul. xxsvu, 13.) Ce gentilhomme était de ce nombre , et son cœur n était aucunement sincère. Il ne t>arlaiique pour découvrir les sentiments d'Elisabeth, et non pas pour s'y rendre : et de vrai, un aveu si simple le mit en fuiie, et sans ses amis qui l'emiiêchèrent, sa colère aurait éclaté. 11 se contenta de presser l'affaire, et de telle sorte, qu'on fit lever cette fille du lit qui à peine pouvait se soutenir, pour la conduire à l'Eglise, et elle fut mariée de la sorte. Elle a déclaré depuis que, si elle eût pu trouver en conscience quelque moyen de s'échap|:er. elle lauraiV l'ris à quelque prix que ce l'ùl être, quaud

tELVRLS COMPLETES DE BOLDO.N.

elle aurait su qu'il lui en eût dû coûter la vie sur un gibet.

Mais étant obligée de rester en cet état, il lui en coûtera «lueique chose de plus fâcheux que la mort. Elle sera ploni^ée dans un abîme Ue ruaus dont nous avons parlé dans la preuuère partie, et elle surabondera en toutes sortes de peines. Dieu néanmoins, dont la Providence dispose de toutes choses avec une sagesse admirable et une force nonpareille, ne sera pas frustré de ses desseins. 11 destine Klisabeth au cloître, et Elisabeth y entrera , les ordres de ce grand maître seront exécutés malgré toute la rage des démons qui s'y oftposent, et tous les vains efforts des hommes. Mais comme l'état du mariage est incom[iatible à ces desseins, il en rompra les liens, et donnera la liberté à celle qu'il veut avoir uniquement à lui. En elfet elle ne fut pas longtemps mariée, la divine Providence lui ôta >on mari en peu de temjis, et elle demeura veuve toute jeune. C'est une chose qui est bien à remarquer, la jilupart de ceux qui s'engagtMit dans le mariage avec des personnes qui ont eu une véritable vocation à la vie religieuse, et séparée du siècle, ne vivent jas longtemps. Car enfin l'on ne se moque pas de Dieu (Gulat. VI , 7) , il f,!ut que la créature lui suit soumise, et elle ne lui est pas véritablement assujettie se tirant de ses ordies.

Notre jeune veuve ne fut [las sitôt en liberté, qu'à même temps elle pensa à se lendre où Dieu l'avait afipelée dès sa jeunesse. Pour ce sujet elle jette les \eux sur [jIusieurs communautés de diUérents instituts, et elle n'oublie rien pour arriver à la lin où les mouvements de la grAce la portent. Elle poursuit l'entrée aux Kécollettes de Verdun, et ces bonnes religieuses Tarant vue lurent si touchées de sa modestie angélique et de sa veitu éminente, qu'elles la reçurent avec beaucoup de joie. Mais comme ce n'était pas le lieu où elle était destinée, la divine Provitlenee, qui la voulait ailleurs, disposa les choses de telle sorte qu'elle ne put p;<s exécuter cette résolution. Elle demande d'être reçue dans une autre sainte communauté qui la désirait beaucoup à raison de sa rare jùété et de toutes les qualités qu'on aurait pu désirer; maïs la même divine Providence y apporta des obstacles, et euqiêcha, par des secrets ressorts de sa sagesse intinie, que tant de bons désirs n'eussent leur effet, ayant d'autres desseins sur elle qui jionr lors lui étaient inconnus.

Elle était réservée non-seulement pour être religieuse, et une excellente religieuse, mais pour être la mère d'un grand nombre de religieuses ; jjour donner à l'Eglise un nouvel ordre ([ui serait une édilic-.tion à tous les vrais fidèles; elle était appelée nonseulement à une haute sainteté, mais jioiir y conduire les autres, |>our tirer de la captivité des démons une infinité d'âmes, et ies préserver d'un malheur éternel. Dieu la voulait mettre dans son Eglise comme une grande lumière pour dissi()er les ténèlires de ceux (iui marchaient au milieu des om-

bres de la mort, pour aider à avancer dans les voies de la perfection ceux qui voulaient se consacrer entièrement au pur amour; et il voulait s'en servir comme d'un canal sacré pour répandre ses grâces. C'est où l'avaient préparée tant de soutîrances qu'elle avait portées. C'a été la glorieuse matière du triomphe de 'ses croix.

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