‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 103 sur 436 · I.L TIUOMPIir: DE I,A CROIX. — ^\nT. II · texte numérisé non relu

I.L TIUOMPIir: DE I,A CROIX. — ^\nT. II

rPiix (lanslocicl.fvnirvenirclioi'clH'rl'linmaie (jiii s>ri était nuillieiirciiseiiiont éj^art-. C'('>t [Kiiir le raiiioiiLT lieurcMisonieiit dans Ips siiinles voies de ce lieu de félieiié que cet aimaltle Sauveur (Mivnie le Saiul- Ks|iril ; et r'est en cela rjue la bonté et l'auiour do ce Dieu iiolre Sauveur a paru envers les liom- Dies. Car il nou.s a sauvés, lioii par les œuvres de justice (lue nous avions faites, mais |inr sa inisérieoiile, par le luiplénie de la réi^éiiération, et du renouvellement du Sainl-Esprit ipi'il a répandu sur nous ahondainiucnt. C'est par celte ell'u-ion abondante de cet esprit adorable (jue nous sommes sancliliés, étant séparés du péché et de la corruption du monde, pour Être unis à Dieu.

Or l'institut des filles de Notrc-Dame-du- Refuge entre dans tous ces desseins, il est tout dans l'imitation des trois Personnes divines par son application à tirer les âmes du péclié. Il était grand dans la gloire qui en devait arriver à Dieu : car si la gloire de ce Souverain des êtres consiste ilans une claire connaissance de cequ'ilest,ai'ion3pagnée de louahge, toutes les ;lmes ù qui il les fera connaitre, et qui le loueront,-seront autant de sujets (jui le glorifieront. Mais n'est-ce |ias ce que cet institut fait tous le jours? 'l'out |)éclieur est dans l'igiiorance, enseigne la tliéologie. Quiconque pèche connaît peu Dieu. C'est jiourquoi notre divin M.iître étant sur le point de retourner à son Pèie, lui rend ce témoignagne : Père junte, le mur.de ne vous a point cuniiu. {Joau.wu/io.) Et de vrai, counnent serait-il possible d'offenser une si haute Majesté, jiour peu que l'un fût [)énétré de ses grandeurs et de ses excellences ? Toutes ces pauvres créatures donc, que les maisons du Refuge retirent, ne connaissent jioint Dieu dans leur état de péché : mais en leur donnant lieu dans leur retraite de se laisser aller aux mouvements de ta grâce, elles les font entrer daris la vraie lumière; et pour lors, le Dieu de toute grandeur en est glorifié avec son immaculée Mère, les bons anges et les saints.

Après cela, il ne faut pas être surpris si les diables disaient qu'ils avaient une haine extraordinaire contre les maisons du Refuge, parce que l'on y eui|jêchait des maux qui iraient à l'inlini, (]u'ils ne cesseraient de les troubler pour em^^èclier l'œuvre de Dieu. Aussi, lorsque noire très-digne fondatrice y recevait des filles, elle voyait tiue ces maudits es)irits enrageaient, et la mena(,aient de lui faire bien [layer. Des menaces ils en venaient aux etTets.'et ils la battaient cruellement. Ils tâchaient de la dégoûter des filles, tantôt lui causant' des répugnances étranges de les gouverner, et tantôt lui mettant en esprit qu'une autre viendrait, qui détruirait tout ce qu'elle aurait fait; et dans la suite des tern[is, ils lui donnaient des tentations plus subtiles et plus dangereuses, et couvertes du prétexte de bien. Dans ses fondations, ils lui suscitaient mille oppositions; elle y était rebutée des uns, batl'ouée des autres," et balotiée d'un chacun. Allant

h la f(Midation d'Avignon, les diables tourmentau'nt les chevaux, les rendaient las, appesantissaient les hardes , tâchaient de mettre le trouble dans les esprits, et ils n'oublièrent rien pour lâiber de l'empêclier. Ils faisaient paraîlie leur lagc! au dedans îles maisons, exei(;ant les filles par toutes sortes de peines, les tourinetilant par toutes sortes' de tentations intérieures et extérieures. Au dehors, ils en faisaient dire mille maux, ils leur faisaient iini>oser d'étranges calomnies, faisant courir le bruit qu'elles se battaient, (pie tout était en désordie; qu'au reste, elles y étaient très- maltraitées, qu'il n'y avait que les seules filles qui avaient couru lès chamiis, qu'il les fallait brûler.

Mais si cette œuvre donnait tant de peine à l'enfer, tout le ciel en était dans la joie. Si les démons marquaient tant de rage dans la réceiition des filles, notre lion Sauveur donnait de grandes démonstrations du plaisir qu'il en recevait, et il disait que c'était comme si on l'eût reçu lui-même. Sa trèsmi>éricordieuse Mère faisait le même, ella témoignait h Elisabeth le plaisir (|u'elle lui donnait dans cette œuvre, (loinme un jour elle congratulait sainte Marthe d'avoir logé notre bon Sauveur, celle saiide se fit voira elle, et elle lui dit quelle lui préparait bien un autre logement par l'établissement de ces maisons. Mais nous avons (juehjue chose de plus assuré, qui nous ôte tout lieu de douter que le ciel n'ait reçu une grande joie de cette nouvelle congrégation, c'est la parole de Dieu que nous avons rap()orlée : qui nous enseigne que la pénitence d'un seul pécheur môme i-orte la joie dans lo ciel.

Aussi son établissement est un ouvrage de la grâce, et non |ias de la nature. Ceux des créatures périssent avec elles; et voilà la cause de tant de maisons religieuses désolées, d'un si grand nombre de filles qui ne savent où aller; car enfin, c'est une vérité juononcée jiar la ^"érité môme: Si le Seigneur n'édifie la maison, en vain travaillent ceux qui lùclienl de la bâtir. [Psal. cxxvi,t.) ■ 11 faut, disait très-bien notre digne fondatrice, que les établissements soient faits par l'esprit de Dieu, autrement ce n'est rien. Au>si, si ces maisons subsistent, c'est d'une manière pitoyable, et pour l'/ntérieur et jiour l'extérieur. Comme elles ne viennent jias de Dieu, elles n'en reçoivent pas les assistances qu'il donne aux ouvrages de ses mains. Elles manquent souvent des secours nécessaires pour le temjiorel, ce qui donne lieu à l'un des plus grands dérèglements des communautés ; chaque religieuse ayant quelque chose en particulier, et de la sorte la jiauvreté évangélique, qui met tout en commun, n'étant plus observée. Le prétexte du besoin est encore la source de tous les autres maux, du peu de silence, de la trop grande fréquentation des grilles, de la liberté aux pai-loirs, des grandes communications avec les personnes séculières, du relâchement des constitutions, des complaiianoes lâches aux créatures que l'on pense

OF.lVr.ES COMPLETES DE BOUDO?^.

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être nécessaires. Pour l'intérieur il y en a peu, peu (ie reeueilloinenl, l'esprit d'oraison y est rare, l'on y marche peu en la pvésejiee de Dieu. L'oii n'y sait guère ce (jnc c'est que la sainte haine «le sol-uiôine, l'entier dégagement des créatures; cette mort parfaite à tout l'être créé, cette seule vue de Dieu seul en toutes choses dans l'ouhli do tout propre intérêt, n'estimant, ne recherchant, ne s'a[)iilicpiaiit qu'aux seuls intérêts de Dieu seul, lùitin ces communautés sont des corps sans ;\me.

Voilà quelque chose des pernicieux effets des desseins des créatures qui ne sont pas dans les desseins de Dieu. Ce qui arrive à plusieurs maisons nouvelles que l'esprit de l'homme établit, et non pas l'esprit de Dieu. Des parents voudront placer plusieurs tilles, ils tâcheront d'établir une maison, si toutefois on peut aiijieler ces maisons un établissement; ou une tille voudra être abbesse, ou supérieure, ou sortir du lieu où elle est parce qu'elle n'y est pas satisfaite. Voilà le fondement de ces sortes de maisons, qui n'ayant rien de solide, il ne se faut pas étonner si elles ne subsistent point, ou si elles subsistent si mal. Mais si l'on objecte que l'on a des bonnes intentions, il est aisé de répondre que la seule bonne intention ne suint pas, il est nécessaire que Dieu le veuille.

Mais ce n'est pas encore assez pour entreprendre une œuvre que Dieu le demande; il le faut vouloir en la manière que Dieu le veut. C'est donc sa gloire qu'il faut envisager, ce sont ses divins intérêts qu'il y faut rechercher; et dès lors le désintéressement s'y trouve, l'on s'oublie entièrement du propre intérêt. Notre sainte fondatrice en avait de l'horreur, c'est pourquoi elle se mettait si peu en peine des choses temporelles. Elle ne l'a jamais regardé dans les fondations de ses maisons, dans les réceptions des filles, dans tout ce qu'elle faisait. Un jour on vint lui dire, et c'était dans le commencement de la maison de Nancy, et ensuite dans un temps de besoin, que l'un de ses amis, et des plus considérables, M. Viardin,écolàtre de l'église primatiale, était à l'extrémité, et qu'il avait fait un legs notable d'une rente perpétuelle, mais qu'il lui mandait qu'il avait dessein de l-ui donner encore plusieurs choses. Après avoir témoigné la part qu'elle prenaitàsa maladie, et beaucoup de reconnaissance pour son obligeante charité, elle lui lit dire qu'elle ne désirait pas qu'il leur donnât rien davantage.

Elle attendait toutde la divine Providence, des ricliesses d'une si bonne Mère. Ce n'est pas qu'elle ne se servît des moyens oniinaires, donnant ses soins à pourvoir ses luaisons'du nécessaire, son ordre n'étant [las mendiant, faisant un sage usage de ce qui lui était donné, sans le dissiper en superlluité de bâtiments, ou autres choses pareilles, mais .ses soins étaient sans empressement, sans inquiétude, s'a|>puyant uniqneluent sur l'aimable providence de son Dieu. C'était en elle qu'elle avait mis toute sa

confiance; aussi l'œuvre qu'elle entreprenait surpassait beaucoup ses forces, elle n'avait pas do quoi le soutenir.

Elle pouvait dire avec le Psalmiste {Psnl. XXX, "2), mettant ma conliance au Seigneur, je ne serai point ébranlée ; aussi on ne la voyait jamais troublée dans tous les accidents qui lui pouvaient arriver. C'était une grande perte pour elle et pour la maison (|ue la mort de .M. ^'iardin. C'était lui qui connaissait tout l'intérieur de la mère Elisabeth, qui savait toutes ses atTaires extérieures; c'était un homme de grande autorité et d'un grand crédit aujirès des princes de l'Eglise, et aufirès du prince souverain; on le p.erdait lorsqu'il semblait que l'on avait plus atfaire de lui, dans les besoins pressants d'une maison, d'un institut naissant. Ceiiendant elle reçut la nouvelle de sa mort dans une tranquillité admirable. Elle reçut dans la même paix celle de la mort de Mgr do Porcellets, évoque de Toul,qui l'avait beaucoup assistée dans son état de vexation diabolique, et qui l'a favorisait en tous ses desseins. Elle fil la même chose quand elle apprit la mort du saint homme le P. Poiré, religieux de la Compagnie de Jésus, qui était l'une des personnes qui avaient plus de charité pour elle, et qui s'employait avec plus de force pour son institut. Elle demeurait toujours inébranlable au milieu de tous les accidents les plus capables de donner quelque peine à une âme moins appuyée sur la divine Providence ; elle espérait toujours parmi les rencontres les plus fâcheuses , quoiqu'elles parussent très-désavantageuses à ses desseins

Tous les torrents des eaux des contradictions qui l'inondaient de toutes parts, loin d'éteindre le divin courage que le Saint- Es|)ritlui donnait, ne servaient qu'à l'allu- Uier davantage. Mais de quels avantages aurait-elle privé l'Eglise, et de quels secours lésâmes, si elle se fût laissé aller aux oppositions que les démons et les hommes lui faisaient, ou aux considérations 'de sa faiblesse I Aussi elle disait qu'il ne fallait pas s'arrêter aux vues humaines; et puisque l'on avait tout donné à Dieu, qu'il ne fallait plus se soucier de rien, ni des jieines du coriis, ni de l'esprit, ni des biens tem[iorels, ni de l'honneur, ni de sa propre vie; ce qu'elle montrait efficacement par ses exemples, méprisant les desseins que l'on jirenait de la faire mourir. Elle avertissait d'une ruse dont le diable se servait dans les œuvres de Dieu, tâchant de faire qu'en plusieurs l'on ne réussît pas pour empêcher qu'on ne se mêlât des autres, en dégoûtant de la sorte et faisant croire que cela serait inutile. 'Mais, retirée dans i'asile du Très- Haut, elle écha[)|)ait heureusement tous ces liiéges. Dieu lui servant de protecteur et de refuge.

Ce fut sous une si puissante protection que son institut eut ses premiers commencements dans les octaves de la fête du trèssaint Sacrement de l'autel, et c'est dans ce saint temps que nous écrivons ces choses.

LE TllIOMl'lli: I>i; LA CHOIX. — PAUT. il.

Uieii iraii'lve -s.iiis In comluite do la diviiu; l'roviiii'iico ; elle ;nall .Ics'.iiié ce temps du trioniplie de l'aiiioiir île raiiiiableJùsus dans le saciement de l'amour, pour donner les ( omiiiencemenls è une nouvelle (■onj;ri5i^alion "lui serait un onlre tout de elianlé. Kl voici connue radornlilo iirovidence tie Dieu disposa la chose, l'iie demoiselle (|ui lui était amie l'étant venu voir, et lui awinldit qu'elle avait trouvé dans un coin de rue deux pauvres lilles ilébaucliéos, h qui ayarit jiarlé de leur uiallicureux état, elles avaient témoigné des , résolutions de mieux faii'e, mais quelles n'avaient pas d'aulrtis maisons de retraite (juc celles de leurs débauches : k ces jiaroles le cœur d'Elisabeih lut vivement touché et s'écria : il ne l'uut pas (jue nous en rendions com|jte à Dieu, il faut en prendre le soin, et à même temps prie cette demoiselle de les aller chercher ; ce qu'ayant fait, et les ayant trouvées, elle les amena à son logis, où elle les ie(;ut avec des bontés tout extraordinaires, leui- faisant donner à manger, et les entretenant avec une douceur lavissanle. Après cela se coiitiant en sona[ij)ui ordinaire, la ilivine Providence, ô le solide et divin apjiui ! sans se mettre en i)eine de ce que le mimdc en dirait, et les humiliations qui lui pourraient en arriver par ceux qui la contrariaient, elle s'en chargea.

Or le bruit s'en étant répandu, plusieurs autres la vinrent trouver, la priant d'avoir la même compassion jiour elles, en sorte qu'en peu de temps elle se vit chargée de vingt de ces lilles, dont elle prenait des soins trèsgrands avec une charité suriirenanle, car la j)lupart n'étaient couvertes ipie de mé..hanls nsillons, sans coiffes ni souliers, et avaient je ne sais quoi qui donnait de l'horreur : mais elle ne s'arrêtait jias à cet extérieur, elle voyait en elles le sang de Jésus, et ertt volontiers donné pour elles non-seulement ses soins et son bien, mais encore sa |)ropre vie. Quand ses affaires l'empochaient d'être aujirès de ces pauvres créatures, elle les faisait servir [lar ses trois tilles, dont la plus âgée n'avait que quinze ans. L'une avait soin de leur ap[irêter leurs viandes, une autre les instruisait, la troisième leur faisait la lecture à table. Cependant le démon entrant en rage prévoyant les grandes choses qui arriveraient de ces petits commencements, leur suscitait des contradictions de tous côtés, et par toutes sortes de personnes, et peut-être de personnes bien intentionnées ; mais chacun s'arrête à sa lumière, et }ilusieurs voudraient que l'on ne vil les choses que comme ils les regardent. Nous voyons bien présentement les grands maux qui seraient arrivés, si l'on eût suivi les bonnes intentions de ces gens-là ; et c'est ce qui doit apprendre à ne pas s'opposer aux ^ bonnes œuvres quoique sous de lieaux prétextes. La tentation du démon fut si violente parmi ces pauvres filles, qu'il y en eut qui attentèrent à la vie de leur charitable hôtesse, quelque bontéquelle eût pour elles, et quoiqu'elle les traitât avec la dernière douceur.

Les démons néanmoins avec tous leurs oIToils ne purent pas empOi lier que les personnes véritablement éclairées ne reconnussent les grandes bénédictions ipie Dieu donnait h ccttti ouuvre toute de charité. Le révérendissime évoque de Toul fut l'un des premiers qui en remanjua les gr;lees extraordinaires; aussi en était-il le légitime pasteur, c'est ce (lui l'obligea d'encourager beaucoup Elisabeth à le continuer, donnant ordre au P. Poiré de catéchiser les lilles, et de les confesser. C'étaient i)Our lors Mgr de Porcellets qui gouvernait ce grand diocèse; mais ayant achevé saintement sa course, le digne prélat qui lui succéila, qui était de la maison de Lorraine, jugea à projios d'en faire une communauté religieuse qui aurait pour fln de travailler à retirer les filles et les femmes débauchées. Ce qui lui donna ce dessein furent les etfets d'une miséricorde toute singulière que Dieu faisait paraître sur celte petite société, qu'il comblait même de faveurs toutes |)articulières, donnant par Jà des marques évidentes que c'était un ouvrage de son esprit.

Cependant il ne voulut rien faire qu'après avoir pris l'avis d'un grand nombre de personnes illustres pour leurs mérites, et spécialement pour leur science et probité. Ce qu'ayant fait il ordonna que l'on en clioisirait un nombre de cette société, que le divin amour avait rendues, comme d'autres Madeleines, des anianles du Fils de Dieu, pour commencer cet œuvre, et que l'on gardât les autres lilles dans la maison qui y seraient comme des Qlles réfugiées. Il s'en rencontra une qui, couuiie un autre Judas dans la compagnie des apôtres, trahit malheureusement le divin Maître qui l'avait apjielée avec tant d'amour et tant de miséricorde à sa sainte société; car ne se voyant pas choisie })Our être du nombre (les religieuses, elle fut tellement irritée qu'elle protesta que jamais elle ne rendiait aucun service à la maison; cl,faisant des imiirécations terribles, elle dit qu'elle aimerait mieux que tous ses membies fussent pou iris. La vertueuse mère n'oublia rien pour adoucir cet esprit; mais, voyant qu'elle continuait toujours ses imprécations, et qu'elle faisait même du mal à la maison , pleine du zèle de l'esfirit de Dieu, elle lui dit, il vous arrivera ce que vous voulez. Et peu après tout son corps fut plein de plaies, et tous ses membres pourris de telle manière que sa chair tombait jiar pièces avec une puanteur insupportable; et ce qui est épouvantable, c'est qu'elle mourut de la sorte dans l'impénitence, et sans donner aucune marque de conversion. Voilà comment Dieu jmnit l'inlidélité de ceux qui abusent de ses grâces

Les lilles qui furent choisies pour être religieuses, en prirent l'habit selon les ordres du prélat, au nombre de treize, à un premier jour de l'année 162i. La divine Providence que nous voulons toujours regarder en toutes choses, et dont nous ne nous lassons jamais de i)arler, en aya;-:t de grands sujets par sa divine miséricorde, voulut que

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celle congn^^atinn religieuse qui se donne toute pour 'le salut Jes Ames péclierL'sses, cominen(,ath un premierjour de l'année, où le Dieu (le toutes clioscs s'étanlfait lioinuie a comniencéde donner son saui; |irécieux pour le salut de tous les liotnnics. Il y en eut donc t^ei^e qui prirent l'haliit religieux, dont il y en. avait onze qui étaient du chœur, et deux converses. Elisabeth l'ut du nombre des onze, et la première supérieure en étant la digne fondatrice, lille fut a[)i:clée Marie-Elisabeth de la croix de Jésus, et sa lille ainée, Françoise du Cois, (]ui [uit l'habit avec elle; Marié Paule de l'Incarnation , à qui l'on donna la charge de maîtresse des novices. Ce fut le Père recteur du collège de la Compagnie de Jésus, de Nancy, qui lit la cérémonie, à la prière de M. Viardin, à qui il appartenait de la faire, ce qu'il ne put pas à raison de ses incommoililés. Elles prireiU la règle de saint Augustin, et leurs constitutions furent composées sur cette règle. Après l'auguste Vierge, la grande patronin' de cet institut, ils choisirent pour i)rincipaux patrons, saint Augustin et saint Ignace, le fondateur de la Compagnie de Jésus. Elles font un quatrième vœu, par lequel elles s'obligent de ne consentir jamais que la congrégation de Notre-Dame-du-Refuge, quitte le soin de retirer les tilles débauchées. L'on rapporte de plusieurs saints qui sont entrés dans des nouvelles congrégations, que l'un des motifs qui les y a engagés, a été qu'elles étaient dans leur commencement; car pour l'ordinaire, c'est un temps où fleurit l'exacte observance de la règle et îles constitutions, où l'humilité règne, le détachement des créatures, le mépris du monde, l'esprit d'oraison, l'esprit d'une parfaite pauvreté, personne n'ayant rien de particulier, et entin une ferveur divine en toutes choses. C'est ce qui s'est remarqué dans le noviciat de ce nouvel institut, les novices faissnt des jirogrès merveilleux dans les plus saintes voies de la perfection; il semblait que ce fût un paradis, car l'on n'y voyait que Dieu, l'on n'y aimait que Dieu, et" dans cette pure vus et ce pur amour, l'on y pratiquait toutes les vertus d'une manière éniinente, surtout la simplicité, l'humilité, l'obéissance, l'oraison et une charité admirable. De si heureux et si saints commencements répandirent une si bonne odeur et eurent de si grands etfets, que l'on pensa sérieusement à faire approuver l'institut par le saint siège, ce que l'on obtint environ dix ans après son établissement. Ce fut Urliain \'lll, souverain jiontife, dont la mémoire est en bénédiction, qui approuva cette nouvelle congrégation, et en l'approuvant, il en fit paraître une haute estime, disant que c'était bien une autre chose que les fondations des hô|)itaux et autres œuvres extérieures, la relevant autant au-dessus que l'âme l'est au-dessus du corps. L'institut étant ainsi reçu par le saint siège, les jiremières religieuses avec quelques autres qui étaient entrées dans le noviciat avec elles, lirent profession le premier

jour de mai mil six cent tirnie-quatre- Elles étaient au nombre de quiii/e, la sainte Mère Elisabeth de la croix do Jésus, accom- |iagnée de ses trois (illes qui paraissaient comme des anges, de l'une de ses parentes, et dn dix autres qui étaient restées des premières qui |irirent l'habit.

Mais auparavant que de finir ce chapitre, il est juste que nous marquions les personnes dont la divine Providence s'est voulu servir pour coopérer à une œuvre si avantageuse à sa gloire, et dont le souvenir mérite d'être conservé à la postérité. Ces [lersonnes donc ont été les Eminentissimes cardinaux de Lorraine et de lierulle ; Mgr Jean des Torcellets, évèque de Toul, et plusieurs autres évoques de la maison de Lorraine ; le prince Cliailes, duc de Lorraine; M. deMauléon, vicaire.-général et officiai de Toul ; j\LViar-din,écolâtretlo laprimatisledeNancy; M. Rose, archidiacre de Langres ; M. d'Allainonl, abbé commendataire de Beaupré ; les RR. PP. Colon et Poiré, religieux delà compagnie de Jésus ; M. Simonin, curé de Saint- Epre de Nancy ; M. Beibis et .\L de Villers, tous deux conseillers au [larlement de Dijon ; M. Uennei, conseiller de S. A. de Loriaino.

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