‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 106 sur 436 · I.E TRIOMPHE Di: I.A CROIX · texte numérisé non relu

I.E TRIOMPHE Di: I.A CROIX

l'AIlT. 11.

\iô dans lellesabominaliiuis, elqiipsans cela elle auinit commis conl fois plus tle crimes. Klle travaillait bien avec douceur, avec cliarilè, avec zèle à leur conversion, mais sans se rebuter jamais du peu de succès qu'elle pouvait avoir. Elle les supportai! toujours avec un cœur tout de misi^ricordc ; et elle disait : Il y a de nos lillessi mauvaises, que d'autres les mettraient à la porte ; et la considération humaine ou le raisonnement en irait là : mais il faut considérer les maui qui en ariiveraient, car toujours l'on en empêche Iteaucoup lorsqu'on les tient enfermées. Elle parlait à dessein de celte conduite afin qu'on la sût, estimant qu'elle pourrait servir en d'autres pays, et donner exemple à faire la même chose.

Quelques fautes que l'on eût faites dès lors que l'on en témoignait le regret, elle recevait cordialement et avec accueil celles qui les avaient commises, et elle agissait avec elles comme si elle ne s'en fût t>lus souvenue. En sorte qu'il ne restait aucune peine à ces pauvres lilies de ce qu'elles avaient fait, hors celle qui est inséjiarable de la véritable pénitence. Elles n'étaient pas même inquiétées de ce qu'elles avaient commis à son égard, et celles qui avaient attenté à sa vie, ce qui est arrivé plusieurs fois, n'en rei avaient qu'un traitement plus doux. Elles savaient qu'il n'y avait aucune dissimulation en elle, que son cœur ne gardait rien, que l'on trouvait toujours auprès d'elle un accès favorable, et qu'elle avait de la bonté pour toutes, et sans la moindre réserve de qui que ce fût. C'est ce qui obligeait les plus déréglées et les plus 0[)iniâtres à lui avoir une grande confiance; mais atin de leur donner une entière liberté de découvrir leurs tentations, elle leur déclarait naïvement celles dont elle était attaquée. Elle les occupait dans le travail, mais c'était un travail modéré, et Notre-Seigneur voulut bien lui dire lui-même, que ces tilles étaient assemblées pour gagner le paradis, et non pasleSrs vies, voulant^dire que ce n'était pas là le princijial, mais l'accessoire, et qu'ainsi il ne fallait pas tant s'en occuper. C'est un défaut qui arrive en de certaines maisons, où l'on assemble des filles, et que l'on surcharge de travaux manuels avec beaucoup de dureté. Après tout, elle considérait que c'était glorifier Dieu d'une haute manière, de procurer le paradis à ces pauvres filles; et qu'au moins si on ne pouvait pas les conduire à une grande perfection, on devait travailler à les retirer de leur perte éternelle, qu'il valait bien mieux selon la maxime de saint François Xavier, les envoyer en purgatoire qu'en enfer, que par ce moyen, l'on empêchait des blasphèmes infinis, et que l'on donnait à Dieu une gloire qui durerait toujours.

Cependant il faut remarquer qu'il n'y avait rien de lâche dans la douceur ûe sa conduite, car sa conduite ne tenait rien de la nature; sa douceur était une douceur de grâce, et qiii lui était donnée par le Saint-Esprit. Ainsi, elle était bien éloignée de ces molle*

complaisances qui accompagnent si souvent la bonté purement naturelle dans les supérieurs, ce «jui est cause du reUlchemenl do l'esprit intérieur, de la pauvreté, de l'oraison, et (.le toute la ilisiipline régulière dans les communautés, et dos autres iié>urdres qui y arrivent. 1^1 mère Marie-Elisabeth déclarait la guerre au péché, à l'esprit du monde, à ce que le monde estime avec un courage indicible. Elle châtiait le dérèglement avec une grande force, et elle donnait même de la terreur à ceux qui la voyaient dans son zèle. Aucune vue d'intérêt, de respect humain, de lionsidération de la créature ne lui eût pu faire commettre la moindre lâcheté.

C'est d'où venait sa fermeté invincible à garder, et faire garder toutes les observances. Pour ce sujet elle ne dissimulait rien dans le gouvernement de sa maison, et les fautes n'y étaient jias philàl commises et venues en sa connaissance qu'elle y apportait le remède sans délai seulement d"un demi-quart d'heure, examinant l;i vérité autant qu'elle le pouvait, et ]iour quoi que ce soit ne laissait rien vieillir. Lorsque ses maladies ne lui permettaient jias d'assister aux observances, elle s'en informait exactement pour tout tenir dans l'ordre, et elle voulait qu'on lui répondît sincèrement.

Quelquefois même, ne pouvant presque pas se remuer, et soutirant de grands maux, elle ne laissait de se traîner comme elle j)0uvait pour donner ordre partout. La paresse et la négligence étaient ses ennemies mortelles; rapportant sur ce sujet souven'. ces paroles de l'Ecriture : Celui-ià est maudit qui fait l'œuvre de Dieu avec négligence. [Jer. xLviii, 10. ) Elle savait que la négligence des petites fautes a donné lieu au relâchement des plus saints ordres; et elle avait appris par expérience que la régularité avait pensé être renversée dans l'une de ses maisons par le peu d'exactitude d'une supé^ rieure. C'est pourquoi elle avait une application dernière à faire observer exactement la règle et les constitutions ; elle témoignait hautement que son grand désir était quelles fussent bien gardées, qu'en les gardant on pouvait devenir très-grande sainte; leur exacte observance lui causait une joie si particulière et si grande qu'elle ne la pouvait contenir; c'était là sa grande récréation, Ce qu'elle fit bien voir lorsqu'elle dit comme on lui conseillait un jour de se promener un peu pour recevoir quelque soulagement dans ses douleurs. Oh ! que plût à Dieu que que je pusse bien me promener par mes rèr gles, et leur observance. 0 la belle promenade 1

C'est le zèle divin qui l'a dévorée durant tout le cours de sa vie depuis l'établissement de son ordre, et qu'elle a fait encore paraître après sa mort. Car on Ta vue après son saint décès , exhortant à l'ob^ servance des règles, et reprenant quelqu'une des sœurs de ce qu'elle n'y était pas assez fidèle : et comme cette sœur voulut l'approcher pour l'eDobrasser, on la vit se re-

tirer aussilôl pinii' lui l;iire connaître combien son peu li'fxaciilude des oliscivances lui était (lésagréabie. Dans ce même temps, relie pauvre sœur vit comme un serpent qui se liait à elle, ce qui marquait que son défaut venait du démon, ce qui est bien à considérer par les religieuses négligentes, et par les supérieures qui ne tiennent pas assez la main à l'exactitude des observances, les unes et les autres donnant lieu aux démons de se lier à clle>, ce qui est une étrange horreur. .Mais comme elle n'ignorait pas que les filles qui ont peu de vocation, sont sujettes à la négligence, à la paresse, ïi la tiédeur et ordinairement ont lieu de zèle, elle foulait aux [deds toute considération humaine, quand il s'agissait d'en recevoir. Tous les intérêts imaginables, tous les respects humains possibles ne lui auraient pas fait recevoir une fille, tout ce qu'elle considérait dans leur réception était IJieu seul, ses seuls intérêts, sa seule divine volonté. Oh ! quel malheur pour les communautés que les intérêts temporels font agir, ou la considération des proches, ou des |iersonnes puissantes, ou autres vues humaines quand il s'agit de recevoir des filles. 11 ne faut pas s'y tromper, i)ersonne ne peut aller à Dieu véritablement dans le cloître, si Dieu ne l'y attire. Mais miséraldes que l'on est, l'on veut accommoder la volonté de Dieu avec la sienne.

11 ne faut pas s'imaginer néanmoins que la fermeté invincible à faire observer les règles soit incompatible avec la douceur de la conduite; il est aisé de remarquer ces deux choses Irès-unies dans notre sainte fondatrice. Elle veillait, comme nous venons de le dire, à aiijiorter le remède prompteiuent et courageusement aux plus légers manquements des observances ; mais s'jI arrivait que quelque sœury manquât et qu'elle fût touchée, et avouât sa faute dans la résolution de n'y plus relonibcr, elle la recevait avec un cœur de mère, disant : Jlon enfant, je jirie Dieu qu'il vous pardonne, et dans la correction qu'elle lui en faisait, elle lui faisait voir quelle n'y jirétendait rien que la gloire de Dieu, que celles qu'elle mortifiait le plus, étaient celles qu'elle aimait davantage. Elle l'encourageait ensuite, lui disant : Courage, mon enfant, vous avez vaincu le diable. Si elle était obligée de faire donner la discipline, elle assurait qu'elle eût voulu la jirendre deux fois au lieu d'une qu'elle ordonnait. Si quelque sœur était touchée sensiblement de sa faute, et qu'elle en jdeurât, elle pleurait avec elle, et mêlait ses larmes avec les siennes.

La tlouceur et la charité de sa conduite [larai^saient beaucoup dans le soin qu'elle avait que toutes les sœurs eussent toutes leurs nécessités, et elle s'appliquait particulièrement à ce qu'elles fussent bien nourries, huand elle le [louvait, elle laisait les portions elle-môiiie avec tant de propreté et de charité, que c'était une consolation jarliculicre que de la regarder seulement en cet état. Elle servait les sœurs au réfectoire

avec une humilité iionpareille. Si ses maladies ne \ui iieruiettaicnl pas de marcher, elle se faisait a|i])Orter les portions pour voir si elles étaient snlfisantes, et si tout le monde avait ce qui lui était nécessaire. Elle envoyait des sœurs h la cuisine à l'insu des cuisinières, et se faisait apfiorter ce que l'on devait servir; et lorsqu'elle ne le trouvait |ias comme il fallait, elle leur en faisait la correction, et déclarait aux ofiicières qu'elles en répondraient devant Dieu. Elle se privait môme de ce qui lui était nécessaire quand elle voyait les j)ortions i)etites pour leur en donnei' de meilleures. Surtout elle s'appliquait aux malailcs, et comme elle regardait en elles l'adorable Jésus, elle en avait tant de compassion, et les servait avec tant de bonté, que l'on a écrit que l'on aurait souhaité de l'être ]iour en être assisté. Elle faisait leurs drogues, se retranchait de sa nourriture pour leur donner, de ses habits pour les vêtir ; car c'était lune de ses maximes : rien pour soi, tout pour les autres. Elle allait i'aire sa récréation avec elles, leur faisait la lecture, les exhortait à la patience, au divin amour. Si ses maladies Tarrêtaient, elle faisait venir les infirmières et les cuisinières pour savoir comment elles les traitaient, et si rien ne leur manquait. Elle disait qu'il serait plus à propos de vendre les ornements de l'église pour les assister, que de les laisser manquer du nécessaire. Elle exposait elle-même leurs maux aux médecins, et enfin elle n'oubliait rien de tous les soins possibles que l'on en pouvait prendre.

Une charité si générale et si forte était accompagnée d'un zèle inexplicable pour empêcher qu'aucune sœur n'eût rien en son jiarticulier : désordre lamentable qui se glisse tous les jours dans plusieurs maisons régulières, et qui y détruit malheureusement la jiauvreté évangélique. Notre digne fondatrice qui avait vraiment l'es] rit régulier, et qui ne^iémentait en rien le vœu de jiauvrcté qu'elle avait fait, empêchait courageusement et par ses exemples , par ses paroles et par ses ordres, toute particularité soit au vivre, soit au vêtir, soit à l'égard des chambres et des plus petites choses. Toutes choses étaient communes, et la dernière sœur converse avait autant qu'une religieuse qui aurait aj^jiorté beaucoup de bien à la maison. Elle regardait avec unn sainte indignation, et comme un dérèglement digne de larmes de certaines particulalités que l'on joulfiait en quelques maisons en de certaines religieuses sous j)rétexte que les parents donnaient quelque chose de considérable. Ah 1 non, disait-elle, celle qui est sans jiarents, sans aucuns secours, en aura autant que les autres, et tout ce que l'on donnera sera toujours j'arlagé également; il n'y a que les besoins de maladies qui demandent ae l'extraordinaire ; mais cet extraordinaire sera commun à toutes les malades selon leurs dilférenles nécessités. Elle soupirait sur le prétexte que les sufiérieures permettent ces particularités. Ohl

Li; rmoMi'HE de la ckoi\. — part. ir.

quelle permission, s'écriait-elle, de ne pas garder la pauvreli^évangéli(iue qui demande que tout soit en coiiiiiiuii, et les règles, et les eonslitotioiis! (juel comiite tes supérieures en rendront-elles à Dieu, et détendront-elles à son redoutable Iriliunal de justice à la mort ('es |)ersonnes ainsi relAehées. Pour elle, elle n'eût |)as voulu manger une pomme ipie les sœurs n'en eussent eu leur part. Si l'un envowiit quelque chose ù ses tiois filles qui étaient en( ore toutes jeunes comme de petits i)résents, elle leur Uiontrait sans leur donner, leur faisant voir (|u'il le l'allail donner à la communauté. Mais l'esprit du monde et l'aninur-proiire n'entendent et ne peuvent goOier la vraie pauvreté évangélique ; et l'on ^oul^rira le uarticulicr en de certains sujets, parce que l'on a peur d'être privé des commodités que l'on reçoit des parents qui ne les donneraient pas autrement. O maudit intérêt propre qui te glisses même où l'on fait profession de te détruire, que tu es cause de maux ! Marie-Elisabeth qui ne s'appuvait (|ue sur Dieul seul, le détestait : et coiiime un jour l'une de ses religieuses eut demandé à son frère des ciseaux, elle l'en reprit, et l'empêcha, disant: Dieu pourvoira toujours à nos nécessités; mais si nous avons recours à d'autres qu'à lui, il pourra bien nous laisser. La vue des intérêts temporels n'entrait point dans cette âme i)ari'aitement désintéressée, au contraire elle craignait l'abondance du bien pour ses maisons, et elle disait que c'est ce qui les pourrait ruiner.

Ce parfait désintéressement qui avait pour fondement le pur amour de Dieu seul, el l'unique ajipui en sa divine [irovidence, léloignait de l'amusement des créatures et des conversations superllues des parloirs, (jiii ne sont que trop communes, quoique l'amour-propre s'y cache quelquefois sous le prétexte du besoin : car l'on allègue le bien de la maison, et qu'il en faut entretenir les amis. Mais il est écrit , et le Saint- Esprit nous l'a enseigné, qu'à ceux qui <:herchent premièrement le royaume de Dieu et sa justice, toutes choses seront données par surcroît. C'est pourquoi elle se mettait l'CU en peine de se priver des secours temporels, parce qu'elle était extraordinairemenl retenue à aller au parloir, et qu'elle y parlait peu quand elle y allait par obliga'tion, ce qui éloignait les'personnes, et qui lui faisait dire: Je sais que le monde nous hait, et l'un des principaux sujets est que nous n'entretenons personne à nos grilles, dont il est fâché; mais il faut ])eu se louer de ce qui le fdche. Elle aimait mieux même ne se pas justifier des calomnies qu'on lui imposait en laissant le soin à l'aimable providence de Dieu, que d'aller au parloir. Souvent et particulièrement à la fin de sa vie, elle di- .-n il à ses religieuses :« Mes filles, gardez bien vos grilles, tenez-les fermées, et les fuyez, car si vous y allez, vous perdrez l'esprit de Dieu. Pendant que vous serez exactes à vous en éloigner vous serez de bonnes

religieuses. » Elle était bien du sentiment de la séraphique sainte Thérèse de Jésus qui voulait, lorsque ses filles y allaient par nécessité, qu'elles y |iarlassenl de Dieu et de l'oraison, afin que les gens du monde n'y revinssent plus, s'ils cherchaient d'autres entretiens. Nous avons écrit antre |iart que la bienheureuse Madeleine de Pazzi apprit par révélation ciue sa grâce recevait quelque diminution lorsqu'elle se trouvait aux parloirs; et cependant elle n'y parlait que du divin amour d'une manière admirable. Il ne faut donc i>as s'étonner si Marie -Elisabeth, quand elle y allait [lar nécessité, faisait mettre ses religieuses en prières, et si elle prenait de l'eau bénite.

Etonnons-nous ici, mon cher lecteur, de la différence des sentiments des saints, d'avec ceux (]ui vivent dans une justice ordinaire. Ah! les saints craignent tout, et ils apportent des précautions surprenantes, quand il leur faut converser avec tes créatures ; et ceux qui ont bien d'autres sujets de craindre par l'expérience de leurs faiblesses n'ont peur de rien, et se produisent librement dans toutes les occasions.

Notre véritable religieuse qui avoit renoncé sincèrement au monde (et il n'y a point de religieuse qui ne l'ait dû faire) ; ne voulait plus ni lui parler, ni le voir, ni en être vue hors la pure nécessité, et avec bien de la justice, puisqu'elle n'y avait plus de part. Ainsi, après avoir été dix-sept ans sans voir une dame à qui elle était trèsobligée, il lui fallut un exprès commandement jiour se dévoiler : et comme jamais elle ne le faisait que par un ordre exprès, c'était une chose bien rare, et l'on peut dire qu'on ne la voyait presque jamais. C'est pour([uoi une dame qui avait un grand désir de la voir, lorsqu'elle passait par Dijon , ne put jamais obtenir d'elle de lever son voile.

Or, si elle était si retenue à parler aux externes, elle désirait aussi que le silence fût exactement observé dans la maison ; et elle ne pouvait souU'rir qu'on le romi.it , assurant qu'il était d'une grande importance pour la discipline régulière , et qu'une religieuse qui parlait beaucoup, ne ferait \a-. mais rien. Elle voulait néanmoins que dans, les récréations l'on y fût sainteiyent joyeux, assurant que la méfancolie était le siège du diable, et elle-même tâchait de récréer les sceurs j^ir des discours innocents mais religieux : car elle voulait que l'on fit des récréations religieuses, et non pas mondaines ; de là vient qu'elle désirait que l'on y mêlât quehjue chose de Notre-Seigneur, et de la bienheureuse Aierge qu'elle ne pouvait oublier, et c'est ce q'ue nous écrivons avec une joie singulière en Notre-Seigneur, n'y en ayant point d'autre véritable. Si l'on y mantiuait, elle le faisait pour passer cette faute sans correction. Notre-Seigneur lui avait fait connaître qu'il avait pour agréable que les su?urs se récréassent en son nom : et c'est en ce divin nom que le Chrétien doit tout faire . et les actions même les [dus basses.

(*;l'VRES COMPLETES DE BOLDON.

C'est dans l'union dei'el adorable Sauveur que toutes Jes personnes des communautés doivent être saintement et parfaitement unies, n'étant toutes qu'une même chose en lui, jiuisqu'ellesnesont avec le restedes Chrétiens (ju'un corps mystique. Elleadéclaré surcesujet que la sainte Vierge lui avait répété plusieurs fois.et souvent qu'elle souhaitait celte union dans ses fil les ; et que celles qui pour la conserver céderaient aux autres lui seraient très-agréables. Aussi elle était saintement ravie de joie quand elle la voyait bien établie parmi ses religieuses. Elle avait en horreur tout ce qui la pouvait diminuer ou ôter; ainsi elle disait qu'il fallait fuir les murmures comme le diable, et qu'il exécutait par cette voie, ce qu'il ne pouvait pas par toutes ses tentations. La séraphique sainte Thérèse était très-persuadée de celte vérité ; et c'est ce qui l'a fait ordonner aux prieures de son Ordre, si elles apercevaient la moindre désunion, de mettre toutes les sœurs en prières pour crier toutes ensemble miséricorde.

Mais comme les amitiés particulières sont souvent cause que l'union commune n'est pas si établie, notre digne fondatrice recommpudait extrêmement de les éviter; car enfin, si c'est Dieu que l'on aime dans les sœurs, on l'aimera dans toutes. Et si c'est la nature qui lie l'amitié, dès lors elle n'est plus chrétienne à moins qu'elle ne soit gouvernée par la grâce, qui est au-dessus de toutes les inclinations, des symiiatliies, et des considérations humaines, et qui n'écoute ni inclination, ni répugnance, mais seulement l'esprit de Dieu pour le suivre. C'est pourquoi la sainte institutrice voyant une novice flatter sa mère maîtresse,' elle lui donna une bonne pénitence, lui disant que cette amitié était trop dans les sens, qu'elle devait être plus mâle et plus forte. Enfin, elle voulait un détachement entier de la créature, qui est le renoncement que le Fils de Dieu demande de ses disciples; et elletnôme avait été reprise de Notre-Seigneur, un jour qu'ellevoulait voir si l'on entendait bien chanter ses filles de la chapelle du dehors, comme si en cela son pur amour y eût trouvé du mélange. Aussi elle exhortaTt incessamment ses religieuses à la pure mortification, et pendant de certains jours qu'on leur donnait pour se relâcher l'esprit et se récréer saintement, elle jeûnait, se souvenant de Job qui otfrait des sacrifices à Dieu pour ses enfants lorsqu'ils étaient assemblés pour banqueter et se réjouir.

Elle recommandait fort la modestie aux novices et à toutes les religieuses professes, et elle désirait qu'elles en fissent une profession [lerliculière, disant ([ue la modeslie et la retenue étaient la demeure (ie Dieu qui se plaisait à demeurer dans les personnes modestes ; le grand Apôtre f)ropose celle de Jésus-Christ aux premiers fidèles, et il veut que comme étant les élus de Dieu, wiints et chéris, ils aient des entrailles de mibéricorde, de douceur, d'humilité et de modestie; il désire que leur modestie soit connue à lous les hommes. Elle fuyait l'oi-

siveté comme la peste et m mère de tous les vices.

-Mais comme elle savait que nous ne pouvons rien sans l'adorable Jésus, sa grande maxime était qu'il y fallait avoir recours en toutes choses, et que l'esprit d'oraison était ce qui soutenait tout l'édifice s()irituel, que sans cet esprit tout cet édifice na peut pas subsister. Elle voulait que l'on quittât toutes choses pour ce divin exercice, et quand elle entendait sonner la cloche qui y appelait, à même temps elle désirait qu'onlaissât toute autre occupation, rapportant i)lusieursexem* pies des saints Pères sur ce sujet. Elle gardait aussi une grande exactitude [lour la lecture spirituelle, et elle y était aussi exacte qu une novice. Si ses maladies ne lui permettaient i)as quelquefois de se trouver au lieu où on la faisait, elle demandait aux sœurs ce qu'on avait lu. Elle voulait que les sœurs converses fussent soigneuses d'y assister, et elle avait été reprise de notre bon Sauveur lorsqu'on laissait quelque sœur au travail durant ce temps-là, lui faisant voir que c'était le spirituel qui était le principal. 11 serait ici à souhaiter que l'on fit réflexion sur celte vérité dans plusieurs communautés religieuses, où les sœurs converses sont appliquées si excessivement au travail, qu'il ne leur reste presque point de temps pour vaquer aux exercices spirituels : car après tout Ton doit reg'irder la fin en toutes choses, et considérer qu'une fille qui embrasse l'état religieux pour se donner à Dieu plus fortement, ne doit pas être |)rivée des moyens qui y conduisent, et qu'elle aurait quelquefois trouvée avec plus de facilité dans une maison séculière de piété : quoique d'autre part la retraite dans le cloître soit toujours la plus assurée. 11 serait encore à désirer que l'on considérât que les |iauvres sœurs converses no doivent pas être traitées en servantes, et d'une manière dure, ce qui arrive quelquefois comme je l'ai vu, dans le traitement qu'on leur fait, soit pour leur nourriture, soit pour leur vêtement, soit pour la manière d'agir avec elles. Certes parmi les premiers fidèles, les Chrétiens étaient d'une condition bien inégale, mais la charité commune, comme ils n'avaientqu'un cœur et qu'une âme, tout ce qui était à l'un était à l'autre, et il n'y avait point de particulier. Si les communautés religieuses en sont, ou en doivent être les images vivantes, elles doivent en imiter la charité.

Notre vertueuse mère qui avait le premier esprit duchristianisnje, en avait la pratique dans un éminent degré, et l'on peut assurer que l'on voyait revivre en sa digne personne les vertus les plus éclatantes el les plus solides des premiers Chrétiens. L'on jiouvait dire qu'elle était pleine de foi, rem- [ilie du Saint-Es[)rit, qui la possédait dans une telle plénitude, que tles personnes ont assuré que c'était assez de s'approcher d'elle pour être porté 5 la vertu. Et de vrai, quand ses religieuses s'en aporochaient, elles ressentaient (ju'il en sortait comme une divine vertu qui les consolait dans

l.E TmOMPlIL UK LA CROIX. - l'AKT. II.

leurs eiimiis, iCs iissurait dans luurs perplexités, et les fortiliait dans leurs faiblesses. Finissons ce elianitre par celui qu'elle faisait des coulpes, ou elle remédiait à tou- ! les les lailile,«ses dans tesciuelles les sœurs 's'étaient laissées aller. Les Vies des saints nous apprennent l'horreur ciue les démons ont témoignée de ce lenif)s, ou l'on s'accuse de ses fautes, parce qu'ils y pttrdaient tout ce qu'ils avaient gagné. Ils firent voir leur rage pendant que les lilles de la sainte mère disaient leurs coalpes ; et à môme temps, notre bon Sauveur lui montra combien cela lui était agréable, et qu'elle ne devait rien diminuer île ce lem|)S-lii dans la jiensée qu'elle avait pour lors d'en retrancher quelque chose.

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