CHAPITRE IX
Le triomphe de la croix dans sa dernière maladie et sa pre'cieuse mnrl.
Jésus parlant d\i temps de sa mort et élevant les yeux au ciel, il dit : Mon Père, l'heure est venue , glorifiez votre Fils , afin que votre Fils vous glorifie (Joan. xvu, 1.) Âlais si cet aimable Sauveur est glorifié à Kheure de sa mort, les saints qui sont ses véritables membres, et qui lui sont parfaitement unis quand ils sortiront de ce monde seront aussi glorifiés avec lui. C'est pour lors qu'après avoir souffeit beaucoup de croix, ils entrent victorieux dans la gloire. C'est pour lors qu'après avoir été éprouvés par Je feu de la tribulation , comme on éprouve l'argent, que leurs épaules ayant été chargées d'un fardeau pesant, après avoir eu des hommes sur leur tête, pour parler le langage de l'Ecriture, après avoir passé par le ieu et par l'eau, ils sont mis ensuite dans un lieu de rafraîchissement , et qu'ils entrent dans la maison éternelle de Dieu pour y rendre leurs vœux que leurs lèvres ont prononcés, et que leur bouche a faits lorsqu'ils étaient dans l'affliction.
La digne mère Marie-Elisabeth de la Croix de Jésus avait appris par révélation le temps de cette heure favoralole de la mort auparavant qu'elle arrivât; et dès le mois de juillet de l'année mil six cent quarante-huit, la divine Providence l'y prépara par une maladie qui l'obligea de garder le lit. Mais quelque temps après sa maladie s'augmentanl toujours après la fête de tous les saints, elle donna ordre que Ion fît assembler la communauté ]>our lui parler. Elle leur |>arla donc, et leur parla en sainte dans des sentiments très-bas d'elle-même , car les saints qui marchent dans la véritable lumière voient toujours leur néant, ils voient toujours leur misère, leur impuissance, leur corruption. Ils savent qu'ils sont pécheurs, et que d'eux-mêmes ils ne méritent que l'ire de Dieu. Elle leur demanda pardon de la mauvaise édification qu'elle leur avait donnée, elle dont toute la vie avait été la bonne odeur de Jésus-Christ. De son peu de charité, elle qui en était toute divinement emiwasée. Les larmes qui coulaient pour lors
la sincérité donc de lui
profonde
de ses yeux faisaient bien voir de ses sentiments. Elle les pria pardonner et de prier pour elle.
Ces paroles d'une humiliation s dans une mère i)our (pii ses filles avaient tant de respect leur percèrent le cœur, et les firent bien soupirer. Elles gémissaient d'une manière lamentable de se voir à la veille d'une perte si considérable. Mais comme elles savaient le grand pouvoir que ses prières avaient auprès de Dieu, elles la supplièrent de les employer pour obtenir sa santé; ce qu'elles ne purent jamais gagner sur elle : car quoiqu'elle vît leur cœur comme autrefois celui des apôtres rempli de tristesse, néanmoins elle leur disait avec son divin Maître: Il est expédient que je m'en aille. Elle leur <lit qu'elle les servirait davantage dans le ciel qu'en la terre, ce qu'elle espérait des infinies miséricordes de son Sauveur. Si cependant elle leur donnait quelque peine dans les as.>istanccs qu'elles lui rendaient, elle leur en faisait mille excuses avec autant d'humilité que ferait un enfant à sa mère; ce qui donnait de l'admiration et de la confusion à ses pauvres filles qui estimaient à grand honneur iju'elle voulût se servir d'elles : mais c'est une vérité que si l'humilité est le fondement de toute solide vertu, si c'est l'eniiée du christianisme, si c'est le soutien de tous les bo.î:> desseins, et l'appui des plus saintes grâces, si elle donne l'accroissement aux mérites, c'est encore elle qui termine heureusement le cours d'une sainte vie. Ainsi il faut vivre, il faut mourir humble, et sans cette vertu il faut que les autres périssent. Tout édifice de la perfection qui ne l'aura point pour fondement ne subsistera jamais, il est de nécessité qu'il tombe. Car le Seigneur gui est le Très-Uaut regarde les choses basses , et voit de loin celles gui sont hautes. (Psal. cxxxvu, 6.) II en détourne son visage pendant qu'il tourne ses regards sur la prière des humbles et qu'il ne méprise i)as leur demande. (Psal. xxi, 25.)
C'était dans cet esprit humble que notre digne fondatrice est morte comme elle y avait vécu. Mais comme les flambeaux jettent plus de lumière lorsqu'ils sont sur le point de s'éteindre, de môme les vives Qammes de l'ardente charité de la mère Marie-Elisabeth brillèrent avec plus il'éclal dans sa dernière maladie. Cette sainte institutrice d'une nouvelle congrégation toute de charité en avait une si extrême pour le prochain , (jue dans un lem|is où les plus désintéressés s'appliquent à leurs propres besoins , elle s'oubliait treile-même pour penser à ses sœurs , s'informaut soigneusement de leur santé et de toutes les malades, et si rien ne leur manquait, si elles étaient bien nourries, et les recommandait souvent à la mère économe , et surtout les pauvres filles pénitente:» qu'elle chérissait plus que sa vie, et cent fois elle l'avait sacrifiée pour leur salut. Elle avait grand soin des sœurs qui l'assistaient et que celles qui veillaieiit la nuit dormissent le jour. Sou-
OEUVRES COMPLETES DE BOijl>ON.
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vont elle demandait h voir les sœurs, et leur narlait avec des tendresses admirables capu- Dles d'amollir les cœurs les plus endurcis; mais elle les exhortait particulièrement à ne point fréquenter les çrilles. f.e sujet a él6 l'une de ses dernières applications, et l'on peut dire que c'était l'une des choses qui la touchait 'e plus. Cette grande Ame dans son intime union avec Dieu par >'otre-Seigneur Jésus-Christ en connaissait l'importance.
Dans Teipérience qu'elle avait du bonheurde l'union divine elle eût voulu tout faire pour y conduire saintement les autres; et parce que l'attache aux créatures en est le grand obstacle, elle travaillait incessamment et fortement à en déprendre. C'est ce qui l'obligeait à en persuader la fuite, sachant que les approches en sont toujours dangereuses, et spécialement aux personnes ipii par leur j)rofession doivent garder la retraite. Comme il est difficile de toucher la poix sans en être gAté. il est rare de converser beaucoup avec les créatures sans y commettre plusieurs défauts. C'est |KJurquoi elle insistait si fortement à la fuite des grilles; et que l'un des derniers soinsdesa vie a été d'exhorter beaucoup à leur éloignement.
Sa iiatieiice qui avait toujours été extraordinaire parmi une infinité de maux qui l'avaient inondée (car la divine Providence, comme nous l'avons fait voir, l'avait comme ftlongée dans un abîme de croix), paraissait d'une manière à jeter l'étonneuient dans sa dernière maladie. Elle soutfrait ses douleurs dans une tranquillité admirable. Si par mégarde on ne lui doimait pas ses besoins, ou qu'on la bl(.•s^âl, elle ne se plaignait jamais. Il semblait que ce fût quelque intelligence du ciel incapable de sentiment. A la voir souffrir, on l'aurait [irise pour un ange. Elle endurait m'anmuins des j)eines et de trèsgrandes [leines, son cor[)s, qui était extrêmejuent délicat, soulfrait beaucoup; mais lu vertu de Jésus-Christ qui était en elle, et sa fidèle corresiiondance relevaient au-dessus lie la nature et lui faisaient mener une vie toute de grâce.
Aussi étant encore ilans le monde, elle ne tenait plus rien de la lerre, sa conversation était dans les cieux. Son esjiril était tout occupé de Dieu, son cœur tout plein de son ])ur amour, ses paroles et ses actions tout animées de l'esprit de cet aimable Sauveur. Elle ne vivait plus que de sa vie. Malheur à toi, ô monde, dans ton occupation de 'a terre et des clioses de la terre. Malheur ci toi dans Ion application aux créatures. Malheur à l'amour que tu as pour elles. Malheur à toi dans ta désoccuiialion du Créateur, et dans le vide que tu en jiortes. Car les amateurs du siècle, après avoir passé leur vie dans l'oubli de Dieu, ils la Unissent de la môme manière. Considérons iii avec frayeur ce qui se jiasse à leur mort. Ils savent qu'ils vont (juittei- le monde pour un jamais ; c|u'à jamais ils n'auront plus de part à ce monde, et que ce monde n'aura plus de part h eux pour une éiernité, et néanmoins, le conçoive qui pourra, vous les voyez apidiqués aux choses de la terre
avec soin, avec empressement, avec inquiétude; ayant vécu dans leur attache, ils cii sont encore tout embarrassés quand ils sortent de la vie. Hélas! il faut bien qu'ils les quittent bon gré mal gré, et cejiendant leur cœur y demeure toujours pris. Souvent môme 5 peiiie écoutent-ils les vérités importantes dont on les avertit, ou s'il les entendent, elles n'ont aucun effet. S'ils paraissent donner quelque ordre à leur conscience, souvent ils ne le font qu'à demi. Ils pensent faire lieaucoiipde restituer une partie de ce qu'ils doivent ; et il y a des gens qui auront commis mille injustices qui s'imagineront y satisfaire, parce qu'ils en restituent quelque chose? Combien d'ecclésiastiques à la mort (jui résignent, ou changent leurs bénéfices avec des personnes, sans examiner si entre les dignes ils sont les plus dignes comme le veulent les conciles et linlérêt de Dieu et lie son Eglise. Malheureux et infortunés qu'ils sont, ils regardent seulement la créature, la paieiité, l'alliance , ou d'autres motifs humains, sans penser à l'outrage qui en arrive à Dieu devant qui ils vont paraître, ne pensant qu'à de chétives créatures qu'ils vont quitter.
Mais quelle horreur de se soucier si peu de déidaire, et de faire la guerre à un juge d'une graiuleur infinie dont l'on va être jugé. Je ilis faire la guerre, car c'est lui bien faire que de donner des armes pour le combattre» co qui arrive lorsque l'on met des bénéfices entre les mains de personnes qui ne s'en acquitteront pas bien. Mais dira-t-on, on ne le Soit [.as? Mais jiourquoi ne s'en |)as assurer les donnant aux [ilus dignes? Ainsi vivent et meurent les amateurs du monde, mais il n'en va pas de môme de ceux qui aiment Dieu. Comme Us l'ont aimé en leur vie, ils l'aiment à leur mort. Les pécheurs ayant vécu dans les ténèbres, meurent dans l'aveuglement. Les enfants de lumière allant de clarté en clarté achèvent leur course dans une vue pénétrante des plus grandes vérités. N'ayant respiré que Dieu, et n'ayant soupiré qu'a[irès Dieu, enfin la mort leur en donne la pleine possession.
C'est ce qui rend la mort des saints précieuse en la présence du Seigneur de toutes choses. C'est ce qui n rendu précieuse celle de la mère Marie-Elisabeth de la Croix de Jésus qui dans la fin de son voyage de l'Egypte (Jii siècle s'entretenait dévoiement du voyage en Egypte de l'adorable Jésus, de sa très-douce .Mère et du glorieux saint Joseph. Elle en (larlait à ses sœurs et seplaignaitde ce que l'on ne pensait pas assez à ce mystère. Elle ne l'oubliait jias, puisqu'un jour avant sa mort le médecin lui demandant comment elle avait passé la nuit, elle lui lépondit fort agréablement , qu'elle l'avait passée d'une manière bien douce, dans la compagnie de notre bon Sauveur, de sa très-heureuse -Mère et du glorieux saint Joseph, allant ea Egy|)le, et qu'il faisait beau dans une si sainte compagnie. Itépétaiit ces [)aroles, ah! qu'il y faisait beau. Son amour tendre pour ces trois (lersonnes sacrées ne lui periuottail pJ!»
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LE TRIOMPliK DK LA CUOI\. - PART. II.
(l'en Mie di'Soccii|iée. Oli ! l.i douce et s.iiiiti; n( ciipalion el à la vie, et h la iiiorl 1
Elle reçut tousses sacrements avec des sentiments d'une piété ravissante el elle pailail des choses célestesd'une manière nngéliiiue, et qui surpassait l'ordinaire en jiac! té de lacréatuie. Klle passa tout le malin du dernier jour avec un visage ri.int,et comme manpiant que son intérieurélait dans une joie divine. I!lle parlait toujours de Notre-Seigneur, de ■(111 immaculée Mère, du grand saint Joseph, comme s'ils eussent été présents, sans aucune plainte des douleurs de son corps (pii ne pouvaient être cpie très-grandes, ayant été trois mois dans le lit sans se pouvoir remuer (ju'avpc })eine, et étant écorchéc en jdusieurs endroits. M. d'Allamont, abbé de Beau|)ré lui donna l'extrêmc-onction, et s'élant a-<soupie, comme le médecin lui eut (liinné /juekiue chose |:our |)rendre elle ouvrit les yeux, les regardant tous d'un regard fort doux, et prononçant les doux noms de Jésus et de Marie d'une voix et d'un ton très-dévot, elle les referma pour ne les plus ouvrir, et elle fut depuis les trois heures «près midi dans cet assoupissement jusqu'à sa mort, qui arriva le li* jour de janvier de l'année 1G49.
C'était une chose pitoyable pendant ce temps-là d'entendre les pleurs et les lamentations de ses religieuses, et plus encore quand elles virent leur Mère morte. Elles se jetaient toutes sur son corps avec des cris capables de faire fendre les cœurs les plus durs: et il fut impossible de les en séparer durant deux jours entiers qu'il demeura exposé à la grille. L'alUuence du monde qui venait de tous côtés pour le voir par respect ne les pouvait faire retirer, ni empocher qu'elles ne l'embrassassent, témoignant qu'elles auraient voulu donner leurs vies pour conserver la sienne. Toute la ville accourut pour lui rendre ses derniers devoirs. Son visage paraissait dans une beauté admirable, et il ne semblait pas qu'elle fût morte. 11 semblait ciu'eiie était dans une sainte extase, et on ne pouvait se lasser de la regarder. M. le maréchal de la Ferté, et madame sa femme, et toute la noblesse ne savaient assez l'adiiiirer. L'on s'empressait è lui l'aire toucher des chapelets, et l'on demandait connue des reliques quelque chose qui lui eût servi. 11 sortait (le son saint corps une odeur miraculeuse qui causait une dévotion particulière. Son cœur fut trouvé d'une façon tout extraordinaire doni il sortait une liqueur qui a lait des miracles. Ce béni cœur a été porté au monastère de Notre-Dame du Refuge d'Avignon, où il est gardé dans une grande vénération dans un cœur d'argent.
Elle avait demandé qu'on ne l'enterrât que vingt-quatre heures après sa mort, et il serait à désirer que cela se fit, ë l'égard de tontes sortes de personnes. L'expérience a fait voir plusieurs fois que des personnes que l'on a crues mortes ne l'étaient pas, et qu'ainsi on les eût enterrées vives si l'on se fût pressé. L'on en a vurevenir du cercueil
IK'iidant qu'on les portait en terre ; mais il n'y a rien de plus pressant en celte matière que l'exeniple de sainte Thérèse. Tout le monde la jugeait morte, et après que l'on en eût gardé le corps non-seulement durant vingt-(pialre heui-es, mais par une spéciale conduite de la divine Providence plusieurs jours, comme l'on faisait la cérémonie de l'cnltMiemeiit elle donna des marques de vie. Elle dit elle-même qu'ayant été exposée le visage découvert, comme c'est l'ordinaire des religieuses, la cire qui coulait des cierges qui brûlaient proche du cercueil où elle était, lui étant tombée sur les yeux les tenait si fermi's qu'elle eût de la peine à les ouvrir. 11 est vrai que la plupart des prélats donnent des ordres sur ce sujet ; mais ces ordres souvent sont très-mal gardés, et pour cela, Userait nécessaire que l'on veillât à les faire observer exactement.
Le corps de la très-digne mère Marie-Elisabeth fut trois jours sans être enterré à raison de la loule du peuple qui venait le voir jiar respect. 11 fut mis dans un cercueil de idomb, puis de bois, sous l'autel du chœur des religieuses. L'année 1652, il fut transporté dans un autre endroit avec le môme autel, ce qui se lit avec grande cérémonie. El durant ce lem|is il exhalait une odeur suave qui dura un l)on espace de tem|)S. Enfin l'année 1676, l'on a embelli ce torubeau de peintures, et on l'a environné d'un t)alustre,avec cette inscription en lettres d'or.
Ci-git la rh-érende Mrre Marie Elisabeth de ta Croix dcJcsas, issue de la noble maison de Ranfaiiuj, institutrice de l'ordre de Notre- Dame du Refuge, et fondatrice du premier 7nonastère érigé à Nancy, et du second à Avignon. Et est décédée en son premier monastère de Nancy le quatorzième de janvier de l'année mil six cent quarante-neuf, âgée de cinquante-six uns.
O mon cher lecteur qui est semblable au Seigneur notre Dieu, qui habite dans les lieux les plus relevés, qui relève les plus vils de la poussière, qui glorilie et sauve les humbles, el les comble de joie dans leur gloire, qui les délivre de toutes leurs peines. [Psal. cxii, 0, 6.) Si ses saints ont beaucoup d'allliclions, il les en tire d'une manière admirable. H garde tous leurs os môme, il ne s'en brisera pas un seul qu'il ne rende quelque jour glorieux (Psal. xsxiu, iil, 22.1 O serviteurs du Seigneur, louez un si Lon et si magnifique maître. [Psal. cxxxiv, 1,3.)
Que son nom soit béni, ilepuis ce temps jusque dans l'éternité, depuis l'Orient jusqu'à l'Occident. {Psal.cxu, 2-3.) Eh bien I voilà Elisabeth quia servi de jouet aux démons et aux hommes, qui a été la fable du peuple et l'opprobre du monde, qui dans le siècle même présent y reçoit des honneurs que Ton ne fait pas aux monarques de la lorre. Voilà Elisabeth qui, après avoir souffert durant une vie qui a jiassé, possède des plaisirs divins qui dureront toujours. Que lui rcste-t-il de toutes ses ilouleur^? Que lui resle-t-il de toutes ses humiliations? !*o
œUVKES COMPLETES DE BOL'DON.
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tHiit d'opiJDsitions (les (réaliires! O vie qui n'es qu"uii instant (•omparée h l'éternité, comroenl peut-on, mais rommenl peut-on s'arrêter, se mettre en peine, ou se réjouir de ce qui se passe en loi ! O enfants des hommes, maisjusqu'ù quand aimerez-vous le mensonge ; jusqu'à quand vous altacherez-vous à ce qui n'est rien ! (Psal. iv, 4.) 0 Jours, années qui passez si vite, et qui à vrai dire n'êtes cTue des moments, que vos peines sont douces, e vos humiliations sont glorieuses qui iduisent h des joies, à des grandeurs ines. O plaisirs, ù honneurs, ô biens de la terre, qui n'êtes q'ue des ombres; qu'il est juste, qu'il est avantageux (le vous tuépriser, mais que vous êtes à craindre, puisque les attaches que l'on a à vous ont des suites si funestes. Oli ! qui me donnerait à choisir des abjections, des croix d'Elisabeth, ou de tout ce que le monde appelle plaisirs et honneurs, que je pcél'éreiais de tout mon cœurses humiliations el ses souffrances à tout ce que le siècle a d'agréable et d'élevé. Car enfin, car enfin, il n'y a (jue vous, ô longue et interminable éternité, qui êtes considérable, il n'y a que ce que l'on possède en vous. Oh! si nous pouvions savoir les sentiments de ceux qui y sont entrés, qu'ils nous crieraient tous hautement ces grandes vérités. Ajiprenonsles aux i)ieds de Jésus crucifié pendant le peu de jours qui nous restent. Apprenons à ses pieds adorables qu'à proprement parler il n'y a que Dieu seul. Oui, ù mon Dieu ! il n'y a que vous seul. Que les mondains pensent et disent tout ce qu'ils voudront, qu'ils s'imaginent [larmi leurs illusions que ce qu'ils cherchent, ce qu'ils aiment soit quelque chose, pour moi, ô mon Dieu ! j'en veux pour jamais demeurera vous seul. C'estvous seul que je veux et à la vie et à la mort, et éternellement après ma mort. Disons-le donc, mon âme, et disons-le toujours sans jamais nous lasser de le dire; Dieu seul, Dieu seul, et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ.
C'est ce Dieu seul qui a toujours été toutes choses en tout, à la sainte mère Marie Elisabeth de la Croix de Jésus, qui lui faisait mépriser si saintement l'estime du monde pjarmi tous les abaissements où la divine Providence la mettait. Cependant sa grande et éminenle sainteté n'a pu être si cachée qu'elle ne se soit fait voir à travers de tous les brouillards dont les démons et les hommes lâchaient de l'obscurcir, à des personnes dont les vives lumières pénétraient tous les nuages (pii l'environnaient.
Elle a été hautement louée et approuvée I>ar une assemblée d'émincnlissimes cardinaux qui en ont parlé avec admiration dans un temps même où l'on tâchait de l'obscurcir davantage. Les révérendissimes évêques de ïoul ses prélats en faisaient une estime Irès-particulière. M. Rose, grand archidiacre de Langres, dont le mérite est assez connu, et dont la cliarité (pi'il m'a témoignée me logeant chez lui avec grande bonté, passant fiar la villeoù il était, demande ici ma reconnaissance, dans une lettre écrite après sa
mort à une dame de qualité, ditque sa venu aussi invincible qu'elle a été combattue, et ses mérites lui faisaient considérer comme un trésor sur terre, riche et précieux en grâces et bénédictions, et qu'il croit que les anges n'ont pas manqué d'accompagner celte belle âme dans son entrée triomphante dans le paradis, que durant sa vie ses amis en recevaient des secours qui étaient au-dessus de la nature. Le feu P. Coton de la Compagnie de Jésus, personnage d'un rare mérite, el d'une grande expérience dans la conduite des âmes, admirait son incomparable vertu dans les souffrances, et les hauts desseins que Dieu avait sur elle. Dans une lettre écrite à un Père de sa Compagnie, il lui recommande comme la plus belle âme qu'il eût vue en sa vie, et cependant combien en avait-il connues dans tous les différents lieux où il s'était trouvé, d'une vertu extraordinaire ? Parlant à l'un de ses confesseurs qui l'avait assistée dès qu'elle était encore mariée, et qui l'accompagnait dans ses voyages, dont la singulière probité,la sainte vie, et l'incomparable charité méritent que l'on en conserve le nom à la postérité, parlant, dis-je à ce saint homme nommé M. Varinel, il lui témoigna qu'il se réjouissait avec lui de la grâce que Dieu lui faisait d'assister une si sainte personne, et si agréable à Dieu, et d'avoir les occasions de lui rendre service, marquant en même temps qu'il lui portait une saintcî envie, et que si sa condition lui permettait, il se tiendrait trop honoré, et serait ravi de prendre sa place. Mais voici une lettre qu'il en écrivit à Son Altesse Sérénissin^e de Lorraine le duc Henri, qui fait assez voir la haute estime qu'il en avait.
Lettre du P. Coton à Son Altesse Sére'nissime de Lorraine Monseiancur le duc Henri
a Monseigneur, « La lettre dont il vous a plu m'honorerea date du 26 de février a tardé plus que je n'aurais désiré à arriver entre mes mains, qui servira d'excuse à ma |ilume, qui aura conséqueinmenl trop attendu de voler vers votre Excellence et satisfaire à ce qu'elle désirede moi. Jevous dirai doncqu'ilne sefaut pas étonner si le père du mensonge falsifie les vérités humaines, puisqu'il a les industries de déguiser et (J'ol)scurcir les divines. 11 faudrait, ou qu'il ne fût pas ange, et eût perdu les dons de la nature, ou que le péché mortel ne lui donnât pas les avantages qu'il a sur l'imagination des semblables à celui dont il vous a plu m'écrire, pour ne pas produire les monstrueuses imaginations de ceux (|ui sont plus protjableraent possédés en leurs âmes, que cette vertueuse demoiselle ne l'est au corps. Ils ont plus besoin de cure qu'elle sans comparaison, car avec le démon volontaire ils se perdent, et avec le forcé elle se perfectionne et se sauve, et ce avec un tel surcroît de mérite, qu'elle peut être comptée au nombre des martyrs quant à la gloire essentielle. J'envoie avec l'attestation que votre Excellence demande un grain du cha-