CHAPITRE X
Le triomphe de la crois dans les grâces ex- Iraordinaires qu'elle a reçues.
Mes Irès-chers, dit le disciple bien-aimé, ne croyez pas à tout esprit : mais jufjez si les esprits viennent de Dieu: parce que plusieurs faux prophètes se sont élevés dans le monde. (I Joan. iv, 1.) 11 ne faut donc pas croire à tous ceux qui prétendent avoir l'es- ])rit de Dieu, comme nous l'avons remarqué ci-devant, car (ilusieurs ont été des trompeurs, et plusieurs ont été trompés. Il V a eu grand nombre de faux propbètes dans l'ancienne loi. Il y en a eu dans la nouvelle, et dès le temps des apôtres, aussi bien que dans les siècles qui les ont suivis. Saint Jean dans sa //' t'pitre [ i, 7.) nous apprend qu'il était sorti plusieurs séducteurs pour aller dans le monde. C'est pourquoi notre divin Maître nous avertit de nous en garder ; et il nous dit en la personne de ses disciples. Prenez garde que personne ne vous séduise, prédisant que plusieurs viendraient ea son nom, et qu'ils séduiraient plusieurs personnes. {Matth. xxiv, k, 5.)
Cela se vit bientôt après pendant le siège de Jérusalem, où entre plusieurs faux prophètes il yen eut un qui assura le peuple que ceux qui se retireraient dans le temple ne périraient point, et sur sa parole six mille hommes s'y étant réfugiés, ils furent tous consumés par le feu. Dans la suite des temps, il y en a eu qui ont séduit une partie des fidèles par leurs nouvelles et méchantes doctrines.
Mais il y en a aussi eu qui n'ayant pas dessein de séduire ont été trompés, soit par leur imagination, sou par le malin esprit, qui se transforme même selon la doctrine de l'Apôtre en ange de lumière. {II Cor. xi, li.) C'est en celte manière qu'il a séduit plusieur solitaires ; et la bienheureuse Catherine de Boulogne, quoique de grande prudence et sainteté, n'a pas laissé d'en être trompée, comme elle l'assure elle-même.
C'est pourquoi le bienheureux P. Jean de la Croix, homme tout divin, comme l'appelait la séraphique mère sainte Thérèse dans sa doctrine céleste, tient pour maxime qu'il ne se faut j.as arrêter aux choses extraordinaires, comme les visions, et révélations, les laissant pour telles qu'elles sont aux yeux do Dieu ; mais qu'il faut toujours se "conduire par In foi. Est-il vrai que le démon se Bièle souvent dans ces choses extraordinaires,
Idchant de contrefaire l'opération divine, et souvent il n'est pas aisé de le discerner, je djs môme dans les bonnes âmes, et qui sont favorisées de vérital)les grâces, quoiqu'on de certaines occasions, comme l'enseigne très-bien sainte Thérèse, il soit facile à ceux qui sont dans l'expérience des communications de Dieu, par la grande ditlérence qui se trouve entre les effets de l'esprit de Dieu, et de l'esprit malin. De plus l'imagination y apporte encore bien du mélange, ce qui l'ait que les véritables prophètes ne parlent }ias toujours en prophètes : ce qui est bien à icnsidèrer dans les personnes qui sont mues (juclquefois extraordinairement par leSaint- Ksprit; et qui en de certaines choses pensant parler par ro[)ération de cet Esprit- ^!ainl, ou croyant en avoir eu quelque révélation, n'agissent néanmoins que par leur propre esprit.
C'est ce qui a fait dire au séraphique docteur saint Bonaventure que l'on devait même s'éloigner de ces choses. Ainsi sainte Colette ayant reçu plusieurs de ses grâces, et voyant que notre bon Sauveur voulait lui révéler bien des choses, le pria avec grand respect de ne lui accorder ces sortes de faveurs ; qu'il lui suffisait de le connaître, et de pleurer ses péchés. Ceux qui les désirent s'exjiosent à toutes sortes d'illusions ; et les personnes qui i'y arrêtent par leur propre lumière tombent en de grandes tromperies. Le pieux Gerson rapporte qu'un certain solitaire s'étanl trop atlaché.à ses visions, comme l'attache du propre jugement vient de l'orgueil, les saints Pères le firent lier de chaînes, lui firent manger de la viande, et boire du vin, ce qui humilie bien de granils jeûneurs dont plusieurs, à raison de la secrt^te présomption qui leur arrive de leurs austérités, auraient grand besoin de ce remède ; et ce pauvre solitaire par ces humiliations fut délivré de ses illusions. Le même célèbre docteur que nous venons de citer remarque très-bien ijue c'est une mauvaise conduite que d'applaudir comme l'on fait ordinairement à ceux qui ont des dons gratuits, parce que, comme dit sainte Thérèse, ils peuven', com[)atiravec le péché mortel; mais déplus quand ils se trouvent en de bonnes âmes, ce n'est pas toujours une marque d'une sainteté éminente. Dieu les déniant quelquefois à des personnes d'une vertu admirable, et les accordant à tl'autres qui ne sont pas dans une si grande perfection. Cependant c'est une erreur qui ne règne pas seulement parmi le commun jieuple, mais parmi les pei'sonnes considérables, des personnes spirituelles, des directeurs même, de faire une trop grande estime des personnes qui ont des dons gratuits, en sorte que dès lors que ipjelqu'un [tasse pour en être favorisé, chacun court après, chacun le v^ut voir, et lui parler, et l'on n'eu parle que comme d'un saint. (jOnduite qui a été suivie d'effets dangereux, et funestes, et désavantageux à la solide [>iélé, et préjudiciables à ceux que l'on a lecherchés, et honorés de la sorte. Vous verrez des gens môme nui se mêlent
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I,E TRIOMnii; DK LA CROIX. — P.\l\T.
(l"^li-e spiriluels doiuior fncilemuiU dans ce que ces |)t'i>oniies tli.seiil , on les ciuisulle Mir rét.'it t\(is âmes qui sont en l'aune vie, sur l'intérieur de celles qui sont enrcire au fiiondc, sur lesclioses secrètes ; ce qui donne lieu au dùnion de se niôler dans leurs grâces, car jesu|i|iose ([u'elles en ont de véritables, et à leur es()rit d'a^^ir par sa propre opération, pendant qu'elles s'iiuaginenl être mues par le Saint-Esprit.
Il faut néanmoins ne pas lomberdans l'autre extrémité, dans le sens de ceux qui ne croient pas, ou qui méprisent les véritaules grâces des saints, sous prélex'.t' (]u'elles sont extraordinaires. Car si d'un côté la divine parole nous donne avis d'éprouver les esjirits, pour jugers'ils viennent de Dieu, d'autre part elle nous déclare de ne pas éteindre l'Esprit-Saint quand il se trouve dans une per-sonne, et de ne jias mépriser les grâces extraordinaires. Au reste, selon la doctrine de saint Fr-ançois de Sales, après les communications que Dieu a faites à ses créalures, et dans l'ancienne loi, et dans la nouvelle, que l'Ecriture nous apprend, et que nous sommes obligés de croire, il n'est pas dillicile de croire celles que l'on nous ra()porte qu'il a eus avec ses saints. Si la foi nous enseigne qu'un Dieu donne son corps ci manger, et son sang à boire à ses plus cruels ennemis s'ils sont assez téméraires de s'approcher de la sacrée table de sa divine communion, nous étonrierons-nous des communications qu'il a avec des personnes qui ne respirent que son pur amour, qui sont bien éloignées de celui qu'il fait paraître par une chanté excessive dans la divine Eudiaristie. Mais n'a-t-rl pas engagé sa jiarole qu'aux derniers jours il répandrait de son esprit sur toute chair-, et que les enfants, et les tilles prophétiseraient , que les jeunes gens auraient des visions, et les vieillards des songes : et qu'en ces jours-là il répandrait son esprit sur ses serviteurs, et sur ses servantes, et qu'ils prophétiseraient. {Joël, n, 28 et seq.)
C est ce que 1 on a vu en sainte Gertrude, fille de Pépin duc de Br-abant qui vivait il y a plus de mille ans, en sainte Angèle, tille du roi de Bohème, en sainte Hildegarde, en sainte Elisabeth de Sconau, religieuse de l'ordre de Saint-Benoît, en sainte Brigitte, en sainte Angèle deFoligny, en sainte Thérèse, et en plusieurs autres que Dieu a honorées du don de prophétie, à qui il s'est communiqué familièrementen la manière qu'un ami parle à son ami, comme il est écrit dans l'Exode (xxxiii. 11) de Moïse. Mais toute l'histoire des saints est pleine de ces communications divines.
C'est pourquoi, à l'imitation des auteurs qui ont écrit leurs Vies , et les Vies même des personnes de notre temps, décédées en odeur de sainteté, je rapporterai ici quelque chose des grâces singulières que Dieu tout bon, et tout miséricordieux, a bien voulu l'aire à la mère Marie-Elisabeth de la Croix de Jésus; et je le fais après que ses grâces ont été sévèrement examinées par des per-
sonnes illiislres en doctrine, en piété, et d'une grande expérience ilans la conduite (lésâmes, et cela jiar l'ordre de ses supérieurs, ei jirélats qui ont jugé qu'elles venaient de l'esprit de Dieu en avant reconnu tontes les marques que les saints, et les docteur's deinandenl. Ce qui a fait dire à une per'sonne considérable qui l'a beaucoup connue, que ces marques étaient si évidentes qu'il n en pouvait aucunement douter. Et de vrai si les saints demandent pour marques du véritable esprit de Dieu une vraie humilité, une vérité sincère, une soumission parfaite, un détachement du iiropre sens, un renoncement à la propre lumière, une sainte vie, l'amour des soutfrances, la bonne doctrine, une foi i)ure, la haine de soi-même, une grande charité |iOurlec autres, des effets qui glorifient Dieu, toutes ces vertus ont été d'une manière éminente dans la mère Marie- Elisabeth. Et certaincinent si David a dit autrefois à Dieu : Vos cousolaliuns uni rempli de joie monâme, à propurliundcs douleurs qui ont accablé mon cœur. (Pnit. xciii, 19.) Les douleurs de cette digne .Mère, et dont elle a fait un usage si chrétien , awuit été étonnantes et dans leur grandeur, et dans leur durée, il ne faut | as être sur-jiris si notre bon Sauveur le Père des miséricordes l'a consolée de tem[ii en temps par des faveurs particulières; et si elle a eu une conversation familière avec cet aimable Dieu-Homme, et son immaculée Mère.
Dans les commencements d'une conversation si divine, regardant une image du saint enfant de Jésus, ce béni enfant lui parla, et lui donna des connaissances de son imarnation qu'elle n'avait jamais eues, et d'une façon si admirable quelle assurait que tout ce qu'elle en pouvait dire n'était rien. Dans uu premier jour de l'année assi.^taiit au redoutable saci ifice de notre religion, après que ce Seigneurde toutes clioses lui eut dit que sa volonté s'accomplirait en elle coiiiii.e elle ])Ouvait s'accomplir en terre , il lui sembla qu'il la couvrait de son sang, et qu'il entrait dans elle s'insinuant dans tuules les [larlies de son corps. Comme nous avons parié d'une pareille grâce dans la Vie du P. Seuiin, nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit sur ce sujet. Il s'est fait voir à elle tout couvert de plaies, et comme il était dans sa douloureuse llagellation. Dans une autre occasion il lui montra la plaie sacrév de son côté qu'elle eut l'honneur de toucher, lui permettant même d'y a|ipliquer sa bouche, et quelquefois il lui semblait qu'il était coinmo enfermé dans sa poitrine. 11 en prenait des soins miraculeux, et quelquefois ne pouvant prendre les remèdes qui éiaientnécessaires à ses maux, il opérait [lar toute sa puissance ce qu'ils eussent dû faire. Elle a élé guérie tout à coup, jilusieurs fois recevant la communion vivifiante de son précieux corps, et lorsqu'elle était environnée de toutes parts de croix, en de certains temps, il lui paraissait comme étendant sa divine main pour [larer aux coups et pour la soutenir. ^Otre-Seigueur lui dit comme à sainte Thé-
ClF.rVRES COMPLETES DE BOLDON.
i.ïî
rèse qu'il lui appliquait ses mérites, el qu'il était tout à elle. Les mémoires authentiques de ses giûces portent (]iie le second jour de 'iTiars de Tannée 162'i-, pendant que le P. Poiré célébrait les divins mystères, l'ador.ible Jésus [)rit son cœur, que la place ensuite en est demeurée vide, un temps considérarable, et que pendant ce temps-là l'on n'y pouvait pas apercevoir le moindre mouvement. Toujours est-il certain que les médecins et cliirurt^iens qui ont assisté à l'ouverture qui se lit de son corps après sa mort ont atteste que le cœur que Tony a trouvé était extraordinaire tant en sa forme qu'en sa substance ; et ils en [larlaient avec un extrême étonnement. Ils ont déclaré qu'ils n'avaient jamais rien lu de pareil dans les auteurs de leur profession, et qu'il y avait en cela quelque chose au-dessus de la nature. Nous avons cru pouvoir écrire cette faveur après ce qui est rapporté de sainte Catherine de Sienne, dont l'on remarque la même grâce, mais d'une manière plus surprenante. CepiMidant c'est ce que l'on a jirèché dans les premières villes du christianisme ; c'est ce que prêchent encore tous les jours à la fête de celte grande sainie des l>rédicateurs , non-seulement très-éloquents, mais d'une profonde érudition. Après qu'un Dieu s'est fait houime, (|u'il a pris les infirmités de la nature humaine à l'excei^tion du péché et de l'ignorance, qu'il nous a donné son corps en viande et son sang en breuvage, comme il a déjà été dit, il n'y a plus rien de difficile à croire de ses faveurs particulières envers des âmes qui lui sont extraordinairement chères, et qui sont uniquement à lui.
Ce doux Sauveur lui faisait encore la grâce de lui dire beaucoup de vérités qui regardaient le bien public et le bien particulier, qui la regardaient, et le prochain ; il la reprenait lui-même de ses défauts, et lui faisait voir ses imperfections. L'n jour n'ayant pas parlé avec a<sez de douceur aux pauvres (illes du refuge, il l'en reprit, et lui dit que l'on en devait avoir grande compassion, se souvenant que si l'on n'était pas tombé dans leurs fautes, c'était jiar sa pure miséricorde. Ce débonnaire Sauveur les lui recommandait souvent. Et quoiqu'elle eû\, une charité abondante pour elles, elle désirait quelle en eût encore davantage, que quand ses religieuses manquaient dans la charité qu'il demandait d'elles, que leurs manquements ne la devaient pas empêcher, puisque ce n'étaient |)as ces créatures qui en devaient être l'objet, mais lui-même. Que si elles donnaient peu de sujet de les aimer, il y avait moins d'amour-propre ; et pour lors il se lit voir comme il était dans sa «lûuloureuse passion, et il montra ce qu'il avait souifert pour elles. Oh 1 vue infiniment pressante bien capable d'embraser tous les cœurs d'une dilection sainte pour le cher prochain, et pour les plus misérables et délaissés 1 Oh 1 hommes , arrêtez les yeux sur lui spectacle si divin et si étonnant, et voyant ce qu'un Dieu a souffert pour nous, et un
Dieu qui veut que nous nous aimions comme il nous a aiiués, |irenez sur ce modèle admirable la règle et la mesure de l'amour que vous devez avoir pour le [irochain. Après cela, comment est-il possible de se rebuter de ce qui se doit au momie, quand ce serait la iiersonne la [ilus misérable, la plus dégotl tante , la plus insupportable! Comment est-il possible de se lasser de la servir? Comment y pouvoir épargner rien ? Comment ne pas tout souffrir? Un Dieu fait homme veut que nous aimions comme il nous a aimés. .\hl que faisons-nous donc ici, avons-nous tout quitté , avons-nous tout donné, avons-nous tout souffert pour lo cher prochain , avons-nous été crucifiés , avons-nous donné jusqu'à la dernière goutte de notre sang; et néanmoins nous prendrons le peu que nous faisons pour quelque chose. Hélas ! que les créatures ont toujours sujet de s'humilier et de reconnaître qu'après avoir tout fait quand cela serait elles sont toujours bien inutiles. Mais comme cette sainte mère veillait toujours sur son cœur de peur que, sous prétexte de chaiiié divine, il ne se laissât aller à l'amour naturel , et qu'elle craignait que sou naturel complaisant ne se mêlât trop dans le soin qu'elle donnait à assister les filles du refuge, Notre- Seigneur lui dit : N'y regarde que moi, et ce que tu feras à la moindre d'elles je le tiendrai comme fait à moimême.
Il lui dit qu'elle ne se troublât point pour ses défauts; qu'il avait laissé des im[ierfections à ses saints comme des mouvements de colère, et d'autres mouvements pour apprendre aux autres hommes que les saints ayant eu ce qu'ils avaient, et ressentaient, ils l'avaient surmonté avec son secours , ce qu'ils pouvaient donc aussi faire, el ce qui les rendaient inexcusables; que l'inquiétude lui était désagréable aussi bien que la mélancolie; qu'il voulait être servi gaiement. Et comme elle se plaignait de sa faiblesse, il lui montra qu'elle était encore bien plus grande qu'elle ne la voyait ; mais que ce» jiendant elle devait avoir bon courage ; et elle a assuré que c'était souvent ce que tout le ciel lui disait: « Courage, courage, patience, patience (Nolre-Seigrieur, la trèssainte Vierge, les saints l'encourageant toujours), »pt que puisque c'était le moyen de posséder son âme, et de vrai sans un grand ccrarage, je ne dis pas naturel, ni sensible ; car i'i est quelquefois très-grand lorsque l'on n'en sent point du tout, et q>i'on ne laisse pas de faire les choses quoiqu'avec répugnance que Dieu tout bon demande de nous, sans un grand courage, dis-je, Ton nefera jamais rien. Et c'est une grande maxime que le découragement ne vaut rien à rien et qu'il est toujours à surmonter quelque péché que Ton ait commis, car il ne remédie à rien, et est cause d'un grand mal. Il ne faut donc jamais ni se décourager, ni s'abattre, ni se laisser aller à la mélancolie, ni perdre espérance, quoi qu'il arrive : et si Ton ne peut pas éviter les mouvements de ses passions, il ne
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l,F. TRIOMPHE DE l.A CROIX. — PART. II.
faut pas .s'y lai.s.sor aller voloiiiairoiiieiil, innùs (liMuciiicr ilniis la paix daius le l'oiul de l'Ame, (JtHeslant, ref^retlant, soupirant .sur se.s picliés, uiais >^aiis (iécourageiiieiU ni inquiétuiio.
Notre-Seigneur lui recommandait de prier pour ceux ipii la persécutaient, et il lui faisait connaître combien ce lui était une chose agréable d'avoir un amour sincère pour ses ennemis. Il lui disait qu'il ferait miséricorde aux miséricordieux et de plus grandes miséricorde.^ à ceux qui l'auraient été davantage. Il lui faisait voir ce (ju'il avait fait lui-iu(>n;e jiour tous les hommes, qui, étant tous pécheurs et l'avant olfensé, avaient besoin de sa miséricorde, car il lui montra qu'il avait olfert sa mort, et répandu .son sang pour tous, et que c'était le mauvais usage que l'on en faisait qui empêchait que tous n'en ressentissent pas les effets. Qu'il bénissait les personnesà proportion qu'elles coopéraient à ses grâces ; et elle voyait le Saint-Ks[)rit se communiquer selon leur disposition intérieure. Noire bon Sauveur lui assura qu'il ferait la volonté de ceux qui ne cherchaient que sa volonté; que dès lors que l'on travaillait pour ses intérêts, il prenait soin des [lersonncs qui s'y appliquaient et môme, ce qui est une bonlé admirable, des intérêts de celles qui lostouchaient. Oh! que si les liommes savaient combien le Seigneur que nous servons est bon, et combien il est avantageux de s'oublier soi-même pour ne penser qu'à lui 1 Oh I quel honneur, quel avantage dans une maison, dans une famille, quand il s'y trouve quelques personnes qui y servent Dieu en vérilélquelles bénédictions Il 'attirent-elles pas, non seulement pour le spirituel, mais pour le temporell Mais , ô aveuglement criminel des hommes et ce qui est digne de larmes de sang, d'hommes chrétiens, il semble qu'on ait peur de la dévotion, et qu'une personne qui la pratique (il faut la bien pratiquer], est à ciiarge et à déshonneur.
L'adorable Jésus lui dit encore que plus on était éloigné du monde, plus on était proche de lui et il la reprit de ce qu'écrivant une lettre elle pensait à se servir de bons termes et s'appliquait à la bien faire. Il lui fit voir que les moyens humains étaient peu de chose en sa divine présence; qu'il prenait plaisir de se servir de ce qui ne paraissait rien, ou de ce qui était chétif aux yeux du monde pour confondre la sagesse humaine. Un jour y ayant eu du beau monde à la réception de deux filles dans son monastère d'Avignon, il lui manifesta que ce n'était pas dans cette pompe qu'il se trouvait. Il lui témoignait que son plaisir était dans les croix ; que c'était une grande folie de s'attendre à autre chose, qu'il fallait nécessairement souffrir ou en ce monde, ou en l'autre ; qu'elle devait être toujours attachée à la croix; qu'il avait eu ses desseins sur ses saints, mais que pour elle il l'avait choisie particulièrement jiour les souffrances , et pour empêcher qu'il ne filt olfensé; qu'elle n'eût pas de peur pour la dépen.se de ses
maisons, mais qu'elle se fiât à sa providence.
Il la reprit de ce (lu'elle ne priait pas assez pour les rois catholiiiuivs et nécessités publiques : aussi est-il vrai que les jirières de ces Ames sont toutes-puissantes auprès de Dieu et poui' les besoins des particuliers et du public. Une personne considérable assurait (ju'il ne l'avait jamais suppliée de jirier Dieu pour quehjue chose, (pi il n'eût vu ses jiriùres exaucées,, et (pie la chose n'eût réussi par-dessus son esjiérance même. L'Et:riture nous donne des exem()les admirables de la force des prières des saints auprès do Dieu, comme il se voit en Moïse et en lilie. L'on peut dire que les prières des saints soutiennent l'ire de Dieu et em|>êchent qu'il no [mnisse le monde en sa colère. C'est pourcjuoi ce Dieu do majesté voulait que la mère Marie-Elisabeth priât jioiir les nécessités publiipies et [larticulièremont pour celles de son Eglise; et il lui fit connaître le mal qu'elle recevrait d'une nouvelle hérésie qu'elle voyait pour lors comme une fumée épaisse et puante de l'enfer, et qui se répamlait en ))lusieurs lieux avec du feu qui se glissait peu à jieu et qui embrasait bien du monde. Elle connut que cette nouvelle hérésie ferait une grande plaie h l'Eglise, et un saint qui lui parut témoigna qu'il fallait bien [irier pour son extirpation.
Notre-Seigneur lui faisait connaître l'intérieur des personnes et d'autres choses secrètes et très-cachées. Un magistrat de probité et considérable a laissé ce témoignage. Elle savait toutes nos actions qui étaient secrètes et qu'elle ne pouvait connaître que par révélation divine. Elle dit à un religieux ce qui se jiassait dans sa maison et qu'elle ne pouvait savoir. Elle voyait les disjiositions des filles qui se présentaient jiourètre reçues religieuses et ce qui se passait dans l'intérieur de colles qui l'étaient. Mais non-seulement elle connaissait leurs pensées, mais quelquefois bien plus qu'elles-mêmes. Elle voyait plus clair dans leur intérieur qu'elles-mêmes. Elle leur disait leurs fautes secrètes, avec les circonstances comme si elle les eût vu faire, et par cette lumière prophétique elle a empêché de grands maux et fait de grands biens. • Elle a empêché des maux que certaines lilles du refuge avaient dessein de commettre, leur découvrant leurs sentiments, quoiquelles ne les eussent dit à personne, et comme elle leur déclarait leurs tentations, elles n'osaient s'y arrêter, de peur qu'elle ne le sût, et quelquefois môme elles s'en sont trouvées délivrées. Elle a empêché plusieurs sacrilèges, ne permettant pas la sacrée communion à de certaines qui étaient danslepéché, ce qu'elle discernait parune lumière divine, ces filles celant leur malheureux état qu'elles ont avoué depuis. Elle en faisait communier d'autres qui voulaient s'en retirer mal à propos, leur disant ce qui se passait dans le secret de leurs consciences, quoiqu'elles ne lui en eussent rien dit. Elle
UKLVRES COMPLETES DE DOIDON.
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a fall recevoir les sacrcmonts à plusieurs, les assurant qu'elles devaienl hienlôt ruourir, et ce qui est arrivé contre lavis des médecins qui n'y voyaient aucun danger.
l-"lle prévenait ce que ses roligiunscs avaient dessein de lui dire, et répondait à leurs pensées, leur donnant de bons avis.
Elle a prédit plusieurs choses qui ne regardent pas seulement les |;articuliers, mais les villes, les communautés et les provinces. Elle a prédit la peste qui arriva à Saint Nicolas en Loiraiiie; une grande iiersécu lion qu'a soutleiie une congrégation religieuse; elle a jiréiiit riieurouv succès d'allaires très-embrouillées à des personne,-., à d'autres qu'elles ne verraient pas la paix de leur province, les particularités du voyage d'Avignon. Elle avait dit dès le coniiiiencement de sa possession qu'auparavant sa mort plusieurs de ceux qui la soulenaient se retireraient, que de ceux-là il y en aurait qui parleraient mal d'elle, que d'autres suspendraient leur jugement et ne diraient mot, qu'il y en aurait peu qui ne demeureraient l)as ébranlés et fermes : et tout cela est arrivé. Un jour le Père recteur du noviciat de la Compagnie de Jésus de Nancy lui ayant mené trois jeunes novices, et l'ayant pViée de lui dire ce qu'elle en pensait, elle dit que le premier persévérerait, que le second fiortirait, que le troisième était entré à dessein de dérober: et l'expérience a fait voir que le tout était véritable. Elle a dit à un seigneur, qui était fort bien à la cour, que Dieu l'en retirerait jiar une disgrâce, et cela pour le sauver :1a disgrâce est arrivée comme elle l'avait dit.
Elle avait prédit à un grand serviteur de Notre-Seigneur et de sa .-ainle Mère, le P. Poiré, dont nous avons parlé plusieurs fois, l'auteur de la Tiiple Couronne de la sacrée Vierge, que Dieu le visiterait; elle ajipelait les grandes et extraordinaires croix les visites du bon Sauveur. L'événement Qt" bien voir les véiilés <ie ses paroles : car ce bon Père eut une jiersécution furieuse, et les pesantes croix qu'il y porta peuvent être considérées comme la grande récompense de la singulière dévotion qu'il avait à l'immaculée Mère de Dieu et des choses considérables qu'il avait faites en son honneur. Car enfin, il 6st vrai, les croix extraordinaires sont une faveur particulière du ciel; et qui n'est accordée qu'à ceux qui en sont les plus aimés.
Elle a prédit la mort et le temps de la mort à plusieurs personnes, comme àM.d'.Mlamont, abbé commendataire de Beaupré; à M. Kennel, conseiller du duc de Lorraine, à qui elle avait des obligations indicibles pour toutes les charitables assistances qu'elle en avait reçues, et pour le zèle invincible et constant qu'il a témoigné pour elle jusqu'à sa mort, qui arriva environ six semaines après la sienne; au P. Coton, Jésuite, comme on l'a su (lar une lettre qu'en écrivit ce Père à un religieux de sa Compagnie. Or sa mort étant arrivée le dix-neuvième de mars, jour de la fête du glorieux
saint Joseph, elle le vit dans la gloire aussitôt après sa mort ; il lui apparut jilusieurs fois, et elle en a reçu de grands secours. Le libelle ditTamatoire que l'on a écrit contre ce Père, intitulé VAnli-Coion, m'oblige, pour soutenir l'honneur qui est justement dû à sa sainte mémoire, et détromper quelques personnes qui pourraient être abusées par les calomnies de ce libelle, de rapporter ici ce que j'ai appris par des témoignages authentiques de sa vertu. 11 est vrai qu'elle a été étrangement noircie, et que la calomnie, qui n'épargne pas ce qu'il y a de plus saint, a bien osé lui imputer les derniers désordres. Les hérétiques, les libertins et mauvais catholiques n'ont rien oublié pour le perdre. Ils suscitèrent une créatuie effrontée, qui eut bien la hardiesse d'aller se j)laindre à Henri IV qu'il avait voulu attenter à son honneur; ce qu'elle fit d'une manière bien précipitée et dans un étrange aveuglement, puisqu'elle ne le connaissait point, ne l'ayant jamais vu; mais son iniquité et la malice de ceux qui la suscitaient les aveuglèrent tous. Ce grand roi (la divine Providence en disposant de la sorte), ayant entendu la plainte de cette malheureuse créature, envoya sur-le-champ au P. Coton pour le faire venir, donnant ordre en même temps à plusieurs autres Pères de sa société de l'accompagner; ce qui ayant été exécuté, cette créature s'adressant à un autre religieux que le P. Coton, l'accusant du crime dont elle venait de se plaindre, et implorant la justice du roi, la calomnie fut découverte et l'innocence entièrement reconnue. L'on eut recours même à la magie pour le mettre mal dans l'esprit de ce monarque; mais \init cela inutilement. Entiii on alla jusqu'à attenter à sa vie, et il reçut un coup de couteau dans le carrosse de mademoiselle Acarie, qui depuis a été religieuse Carmélite, et qui est bien connue sous le nom de Marie de l'incarnation, décédée dans une haute estime de sainteté. Une religieuse, qui demeurait dans un lieu éloigné de Paris où le coup lut donné, vit dans le même temps la tièîdouce Vierge qui empêchait que le coup ne fût mortel ; aussi les chirurgiens assurèrent que i)our ]jeu que le coup eût porté de côté ou d'autre hors du lieu oîi il fut donné, que le Père n'en eût pu échapper. C'était un homme d'une grande oraison. 11 en faisait régulièrement cinq heures tous les jours au milieu de tous les embarras que sa qualité de confesseur du roi lui donnait; et comme on lui objectait qu'il s'ôtait bien du temjis qu'il pouvait donner aux affaires pour la gloire de Dieu, il répondait qu'une heure employée dans l'esfirit de Dieu pour ses divins intérêts aurait plus de bénédiction et ferait plus qu'un temiis considérable dans l'esprit de l'homme et de la nature; mais que pour agir dans l'esprit de Dieu, il fallait avoir lesprit d'oraison. Il l'avait d'une manière bien singulière, puisque l'on assure qu'il était toujours en la présence de Dieu, et qu'il conversait visiblement avec les anges gui l'avaient assisté exiraordinai-