CHAPITRE XL
Le triomphe de la croix dans les miracles que Dieu a opéras par elle durant sa vie.
Les miracles ne sont pas i.écessaires pour être saints, car nous lisons dans l'Evangile que sa:nl Jean-Baptiste n'a fait aucun miracle. Et 1 ependant le même Evangile nous enseigne (Luc. vu, 26 etseq.) qu'il était plus que projiliète ; que c'était de lui qu'il était écrit; J'envoie mon ange devant vous, pour tous préparer le chemin [Malach. xi, 10); ([u'entre tous ceux qui sont nés des femmes il
n'en a point paru de plus grand ; qu'il est KKlie qui doit venir , c'est-à-dire qu'il a fait devant le premier avènement du Messie ce qu'Elie fera devant le second ; qu'il [iréparait les hommes à le recevoir par la force de ses paroles prôchonl lapénilence; qu'il agit selon son esprit et selon son zèle. L'Évangile nous apprend qu'il était envoyé de Dieu; qu'il est venu ôtro téiuoin jiour rendre témoignage à la lumière; qu'il baptisait et [irêchait dans le désert le bafitême de la pénitence [lour la rémission des péchés, et que tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem allaient à lui, et qu'ils étaient baptisés par lui dans le fleuve du Jourdain, en confessant leurs péché> {Joan. i, 6 et seq.j; c'est de lui que l'ange d;t à Zacbarie, que plusieurs se rejouiraient de sa [irésence ; qu'il serait grand devant le Seigneur, qu'il ne boirait point de vin, ni de tout ce qui peut enivrer, et qu'il serait rempli du Saint-Esprit dès le ventre de sa mère; qu'il ramènerait beaucouf) d'enfants d'israël au Seigneur leur Dieu; qu'il marcherait devant lui, pour réconcilier les pères avec les enfants, pour réduire les incrédules à la prudence des justes et pour préparer au Seigneur un peuple parfait (Luc. i, 11-17) ; c'est de lui qu'il est écrit qu'il a tressailli dejoie dans le ventre même de sa mère (Ibid., 44), qu'à sa naissance son père recouvra la par<)le et la liberté de la langue, et qu'il parla en bénissant Dieu ; que tous les voisins en furent saisis de crainte, et que le bruit de toutes ces choses se répandit par toutes les montagnes de la Judée; que tous ceux qui en ouïrent parler , les considérant altenlivcluent, dirent : Que pensei-vous que sera cet enfant ? car la main de Dieu était avec lui. {Joan. I, 64-66.) C'est lui qui a eu l'honneur de baptiser le Sauveur du monde, et qui enfin était en telle estime parmi les Juifs qu'ils lui envoyèrent des prêtres et des lévites de Jérusalem, pour savoir s'il n'était pas le Messie [Joan. i, 19), et cependant il n'a fait aucun miracle.
La sainteté ne consiste pas dans ces choses éclatantes et qui étonnent les peuples, qui souvent sans aucun discernement courent ajjcès les personnes qui font ces œuvres extérieures. C'est pourquoi le grand saint Augustin sur ces paroles de notre divin ^iaîlre : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur [Mallh. xi, 29), remarque très-bien qu'il ne nous enseigne pas à faire des miracles, mais qu'il nous exhorte à imiter sa douceur et son humilité. La véritable sainteté se trouve dans la séparation des créatures et dans l'union avec Dieu. C'est cette sainteté que le Fils de Dieu demande a sou Père pour ses fiiltîles hirsqu'il lui fait ■cette |)rière : ^]on Père, sanctifie: tes en vérité. [Juan. XMi, 17. j Car il le faut èire véritablement : l'on a beau avoir un extérieur Hiodeste et coini)Osé, que l'on fasse que d'austérités exlérieuresi}ue l'on voudra, tant l'on donne tout son bien aux pauvres, que l'on |i«rle de Dieu aiigéliqueinenl, que 1 on convertisse les ûmes, si l'iiuéricur n'est jias
vide de la créature, l'on n'est pas saint. Il faut que l'esprit soil séparé de toute attache à sa |>ropre lumière, que la volonté soit séparée de toute atîeciion étrangère; il faut môme être séparé de soi-même, ne vivre jilus de sa propre vie, n'agir plus par sa propre vertu, il ne faut plus tenir à la terre, et l^ar cette séparation ou détachement général de tout l'être créé, aller et se laisser perdre heureusement dans l'Etre incréé, devenir une même chose avec Jésus-Christ, vivant de sa vie, et oi)érant par sa grâce. C'est ce que demande la qualité de membre de cet adorable Sauveur qui est une qualité commune à tous les Chiétiens, mais qui les oblige tous à être saints quoiqu'en des degrés diïTérents.
Mais ce qui est bien considérable en ce sujet est que le don des miracles est quelquefois accordé à des personnes qui sont dans le péché, et qui sont hors la grâce de Dieu, et cjue ce don n'est pas incompatible avec le péché mortel. C'est jiourquoi notre divin maître voyant que ses disciples se réjouissaient du pouvoir miraculeux qu'il leur avait donné de commander aux démons , il leur dit : Je vous ai donné la puissance de fouler aux pieds les serpents et les scorpions et toute la force de l'ennemi , sans que rien vous puisse faire mal; néanmoins ne vous réjouissez pas de ce que les esprits vous sont soumis. (Luc. x, 19, 20.) Et de vrai le don de faire des miracles n'est pas un véritable sujet dejoie, puisqu'il y en aura plusieurs de ceux qui en auront été favorisés qui seront damnés. C'est encore ce que notre même Maître nous ajiprend par ces pai'oles, parlant du jour du jugement. Plusieurs me diront en ce jour-là : Seiijneur, Seignetir, n'avons-nous pus prophétisé en votre nom? N uvons-nous pas chassé les démons en votre nom? Et n'avons-nous pas fait en votre nom beaucoup de miracles ? Alors je leur déclarerai : je ne vous ai jamais connus. Retirez-vous de moi vous qui avez vécu dans l'iniquité. (Mat th. vu, 22, 23.)
C'est ce qui a fait dire aux saints qu'ils auraient mieux aimé faire un acte d'humilité, que d'avoir le don de ressusciter les morts. Il est certain que les choses éclatantes et glorieuses exposent à bien des dangers ; et à moins que d'une très-profonde humilité elles donnent une secrète suffisance, si elle n'est [las toutà fait connue; l'on pense être quel(]iie chose, et ra|)plaudisseaient qui en arrive, l'estime et la recherche des créatures, est toujours un grand malheur en ce que ces choses éloignent des états humiliants qui nous rendent le [dus conformes à notre aimable Sauveur. De là vient que l'Evangile nous enseigne que chacun désirant de le toucher, parce qu il sortait de lui une vertu qui les guérissait tous, jetant les yeux sur ses disci|)les, il leur dit : Vous êtes bien heureux vous qui êtes pauvres, vous qui souffrez maintenant la faim, vous qui pleurez maintenant ; et vous serez bien heureux lorsffie Us hommes vous haïront, qu'ils vous chas.itrcn', qu'ils mas diront des injures, et
LK TrilOMPIIF. DE LÀ CROIX. - PAhT. II.
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qu'ils aiirnnt vntrf nom m nhitmitiation à cause du Fils de t'hoinnie. Itpjouissrz-vous en ce j')ur-là,el soyez transjxtrtef dcj'n'e, parce t/uc votre récompense sera ijrunde dans te (■(>/. (Luc. VI, 19-23.)
Voilh les siiji'ls (les joies dos chi*6li(^n<;, seloii le témoigringo (le leur gr.ind Maîice, et lion pas ce qui est hniuiralile et glorieux comme le don des miracles. Il ne veut (tas que nous nous réjouissions d'un pouvoir iiiiracilleux, mais non-seulement il veut, mais il nous recommande luôinc d'avoir une si grande joie que nous en soyons transportés quand nous serons délaissés, rebutés et haïs des créatures , quand nous serons dans la privation des Liiens, des plaisirs et des honneurs. Voilà le véritable bonheur de la vie, quelque répugnance qu'en puissent avoir les sens, quoi qu'en puisse penser ou dire l'homme.
O mon Seigneur et mon Dieu, j'adore ces vérités que voire divine bouche a (iroférées ; je les crois de tout mon cœur. Ahlje veux vivre avec Votre secours et mourir dans leur créance. A bas l'entendement humain et .ses petits raisonnements, les opinions elles Sentiments du monde. O Seigneur, c'est Vous qui avez les paroles de la Vie éternelle. {Joan. VI, 69.) Oh ! (ju'il est bon de s'y arrô ter inviolablement; qu'il est lion lie vous avoir pour .Maître ! mais qu'il est juste d'être du nombre de vos véritaLiles disciples, non- -seulement par la profession de votre culte et do la religion chrétienne, m.iis par une fidèle créante et une solide pratique des vérités que vous nous avez révélées. O mon Seigneuretmon Dieu, délivrez-moi des dangers où la vie piésenle nous expose, ne permettez pas que je tombe jamais dans les folles illusions (iu siècle. Ah 1 ne souffrez pas, selon la multitude de vos grandes miséricordes, que je fasse jamais état ni do l'honneur, ni des plaisirs, ni des biens |>érissables du monde. Ouvrez toujours mes yeux au bonheur de la pauvreté; de la douleur et de la vie abj.^cte. 0 mon bon maître, il est juste, il est doux do vous tenir compagnie. Ohl quel bonheur de [loiivoir dire avec Vous et avec voire suite, mon royaume n'est pas de ce monde.
0 chrétien, qui lisez ceci, apprenez que c'est en cela que consiste le véritable bonheur, et non |)as dans les choses grandes, comme l'opération des miracles. Mais en voici encore une grande preuve, c'est que l'adorable Jésus qui était obligé de faire des miracles pour prouver qu'il était le Messie, et sans cela ceux qui ne l'ont pas reçu auraient été excusables, comme le même Sauveur le déclare en saint Jean ( xv, 22, 2i) ; néanmoiiis il promet à ses disciples qu'ils en feront de plus grands qu'il n'avait fait. Ce Dieu caché qui les faisait par ses apôtresj ne les ayant pas voulu opérer immédiatement pendant les jours de sa conversation visible avec les hommes, pour nous apf)i-endre toujours que le Chrétien ne doit pas fechercherce qui éclaleaux yeux des hommes, PI n'y pas mettre sa joie'piànd cela arrive»
Mais s'il a été obligé de Ifiiie des miracles par la nécessité indispensable de sa niissionj cela a duré peu de temps, pendant (ju'il demeure ( aclié diirnril trente années. Nous avons parlé de cet état d'anéaiitissemenl incompréhensible dans notre livre do la vie cachée ; mais ne laissons pas ici d'aller en esprit dans la petite maison oii il ad(;nieuré si longto 11 ips retiré et dans la pauvre liouli(j ne où il a travaillé, et laissons-nous perdre dnns dtl abtiiie d'admiration , laissons-nous (jcrdrë dans un abîme d'amour Ji la vue de ce(pii s'y passe. O mon âme, celui (pie tu vois travnii- 1er comme un pauvre cliai|ienticr,et (pij fail le métier d'artisan, c'est celui ([ui fait la fé* licite (io tous les bienheureux ilans le cieli C'est ce Dieu de majesté, c'est ce grand Dieti des éternités devant qui les séraphins^ ces sublimes intelligences, voilent leUrs faces) ne pouvant soutenir les éclats infinis de SA divinité. 0 la hauteur des richesses de lA sagesse de Dieu» et où est la créature qui pourrait en comprendre les voies? Où est l'esprit pour lumineux qu'il pût être qui aurait f)u avoir la moindre conjecture d'url état si anéantissant? L'n Dieu, il le faut répéter, un Dieu, je le (lis en votre présence j intelligences sublimes du [)aradis, vous ète-S pénétrées de ses grandeurs, un Dieu se faik hommcj el ayant à demeuier trente-trois ans ou environ avec les hommes, il y deuieun* trente ans caché dans une chétiv(i boutique avec la très-pure Vierge^ et l'humble saint Joseph. Néanmoins l'homme après un t(d spectacle veut toujours paraître, il veut connaître, et il veut être connu. C'est ce que notre bon Sauveur fit voir à une sainte âmef qui s'élonnait du temps qu'il avait donné à la vie cachée, en ayant si peu passé dans la vie conversante. Ahl ma lllle, lui uit-ii; qu'auraient fait les hommes si j'avais conversé longtemjis en terre, puisqu'après l'exemple d'une vie cachée de trente annécsj presque personne ne veut de cette vie, et qu'un chacun pense à se produire et à se manifesterf
La sainte mère Marie-Elisabeth était bien éloignée de ce dérèglement. Elle aimait à être anéantie dans l'esprit et dans le cœur des créatures, et notre Sauveur venait ad secours de ces désirs anéantissants par les humiliations extrêmes qu'il lui a fait porter» l'ensevelissant dans les opprobres. Mais comme au milieu de son anéantissement épouvantable il a fait des miracles poi>r l'honneur de son Père, il a voulu faire la même chose dans Marie-Elisabeth pour sa plus grande gloire. C'est ainsi qu'il lui plait de faire triompher sa croix dans tout ce qu'il y a de plus aliject. Il y a donc de certaines personnes oii il veut se rendre admirable malgré toutes les oppositions de la nature, des homnies et des démons, et qu'il destine pour l'honneur de son Eglise et le bien de quantité d'âmes, et il rend ces personnes grandes par les grâces extraordinaires qu'il leur fait.
Notre d-igne mère a été de ce nombre < fftjssi l'avait-il choisie pour être l'institutrico d'un nouvel ordre tout dédié à la charité^ el
OEUVRES COMPl.ETES DE liOUDON.
tjui s emploie tout (iour le bien des ;lmes ; et il l'a voulu liimorer d'un ^raïul iiomhre de niiracle> duiant sa vie , et «près sa mort. Nous en rapporterons seuleîuenl dans ce cliapilre i(nelqnes-uns de ceux que Dieu a opérés par elle, lorsqu'elle était encore dans cette vie morlelle. L'une de ces religieuses du monastère de Nancy, nommée Marie- Françoise Séraphiijue. étant à l'extrémité de sa vie par ur.e grosse lièvre accompagnée de jiourpre, et abando/inée des médecins, la mère lui ayant mis son chapelet ù son cou. fut incontinent guérie au grand étonneaient de tout le monde, et a même assuré que jiiusieurs fois elle a été soulagée de ditl'érentes inconnnodités, la mère lui faisant le signe de la croix sur le front, et lui disant: Mon enfant, je vous défends d'être malade ; ce qu'elle faisait atin qu'elle pût s'acquitter de ses ollices. Sœur Marie-Euphrosine, religieuse çiu même monastère, étant très-malade d'une fièvre continue accomiiagnée d'hydropisie, et le médecin assurant qu'elle ne pouvait guérir; cimiuie celte pauvre malade iipprit cette nouvelle, elle se jeta entre les bras de la mère la priant avec beaucoup de larmes de lui obtenir le temps de faire pénitence ; et en ayant reçu la bénédiction avec promesse que Dieu et sa saiutt; Mère l'assisteraient, sans prendre davantage de remèdes humains, elle revint en bonne santé. Plusieurs filles du Hefuge plaçant le bois de la provision, et étant montées sur des échelles pour se le donner les unes aux autres, il arriva qu'elles tombèrent avec quatre ou cinq cordes de bois qui roulèrent, et qui devaient ies écraser: mais, comme elles eurent recours à la mère, lui criant, ma chère mère, secourez-nous, pas une n'eut aucun mal. Un maçon et un tonnelier, qui travaillaient à la maison furent aussi préservés par ses prières d'une chute très-dangereuse.
Une religieuse converse nommée Marie de l'Incarnation ayant une loupe aux genoux, la mère l'ayant touchée, et ayant élevé les yeux au ciel, elle fut guérie, et n'en a jamais été incommodée depuis. La mên;e asiure qu'en plusieurs autres incommodités elle s'en est trouvée délivrée par son assistance. Une autre religieuse nommée Elisabeth qui tombait du mal caduc il y avait bien vmgt-seï tou vingt-huit ans, allant voir la mèie qui lui dit: vous voilà guérie, en même temps elle fut délivrée de son mal, dont elle n'a jamais depuis ressenti aucun etl'et. Un malade dans Nancy fut guéri par l'attouchement de son mouchoir. Mais l'on a remarqué très-souvent que plusieurs personnes du dehors, qui venaient se recommander à ses prières pour leurs maladies ou leurs affaires, en avaient de bonssuccès. Il sortait une certaine vertu de tout ce qui lui avait touché: ainsi ses mouchoirs appliqués sur les malades les guérissaient. Un jour cette bonne mère ayant pris jiar "harité et par une forte mortification la chemise (l'une fille du Kefuge qui avait un mal contagieux , et l'ayant vêtue, cette fille ayant poieillement vêtu la chemise de la mère, la
lille se trouva guérie de son mal , et la charitable mère n'en fut pas incommodée. Une religieuse étant devenue si furieuse par 1h perte de son esprit, qu'il la fallait lier, recouvra son bon sens par les prières de la mère , qui lui disait qu'elle aimait bien mieux la voir dans cet état que dans le moindre péché.
L'on a vu bien des fois des secours miraculeux de la divine Providence en sa faveur; et c'est une chose tpii est bien à considérer (ju'il semble que Dieu en fasse ressenlir les etl'ets à mesure de la confiance que l'on y a. La plupart des créatures se rendent indignes Ile ses assistances (lailiculières , parce (ju'elles la regardent jieu dans tout ce qui arrive; elles s'y contient peu, pendant <iu'elle5 s'appuyent sur leurs soins, ou sur d'autres créatures fragiles comme elles.
Nous parlerons dans la troisième partie de la parfaite confiance que la mère avait en la divine Providence; mais nous remarquerons ici qu'elle a été assistée , et sa communauté plusieurs fois miraculeusement. Elle a expérimenté ce que dit le Psalmiste : Rejetez vos soins sur le Seigneur , et il vous nourrira. 11 leur donnait miraculeusement de l'argent dans leurs besoins ; car l'on était tout étonné que l'on en tiouvait où il n'y en avait point. La farine, le pain, le vin, la viande se sont trouvés [ilusieurs fois multijiliés. Un jour avec une livre de viande et un peu de pain elle a rassasié vingt-deux personnes ; et il y en eut encore de reste pour donner l'aumône aux pauvres qui étaient à la porte. Une fois l'huile ayant manqué, et n'y en ayant point jiour mettre dans la lampe devant le très-saint sacrement de l'autel, ni pour mettre dans le dortoir, l'oliicière l'en ayant avertie , elle vit qu'il ne fallait pas laisser le très-saint sacrement sans lumière, et elle dit qu'il n'était (las à propos que les sœurs du Kefuge fussent la nuit sans clarté ; c'est ce qui l'obligea se confiant en Dieu, de dire à l'olficière: allez, vous en trouverez. On fut donc voir les vaisseaux oii il n'y eu avait point, et l'on en trouva.
Or, si la divine Providence faisait des choses si merveilleuses à la faveur de la mère [lour l'assistance dont on avait besoin dans les choses temporelles, ou dans les maux du cori'S, elle en faisait encore de bien plus considérables dans les maux de l'âme, et [lour ce qui regarde l'éternité. Aussi est-il vrai que toutes les choses temiior'elles ne sont rien que dans le rapport qu'elles ont aux choses éternelles; ainsi on ne les doit considérer que dans celle vue, et hors de cette vue elles sont grandement méprisables. Elisabeth en était (>arfaitement convaincue, ce quelle montrabien lorsc^u'elle obtint de Di>'u [lar la très-sainte Vierge, que la plus jietite de ses trois filles perdit le grand éclat qu'une beauté extraordinaire lui donnait. Cette petite fille était parfaitement belle, et particulièrement elle avait des yeux dont les attraits pouvaient être ddiigcreux. Cette vraie mère, qui
LE lUIOMI'lli: DL LA CHOIX. - VXIVÏ 11.
ne considérait que les avantages éternels (1,'ins ses |iro|ircs filles aussi bie.i que dans K's autres, avait peine de C(!lle beauté; ec ijui enlin la (H'esse d'avoir recours à son K't'uge ordinaire, la Mère de nii,>-éricorile. Kilo lui deuianda d'obtenir de son cher Fils (|ue sa lillc l'erdît de cet éclat ([ui brillait (Lins .-es >eux , et une prière si sainte fut exaucée. La chose arriva coniuie elle l'avait désirée, et |iar un coup d'une grande yiAce jiour cette tille, car depuis ce teaips-l;i elle ne pensa plus qu'à plaire à Dieu seul , et à s'enleriuer tiaus le cloître , quoiqu'auparavaut elle n'en eût pas la pensée; et elle se fil religieuse de cette manière. (> heureuse perte Je ce que le monde estime tant jtour se rendre agréable aux créatures, pour gagner les bonnes grâces du Créateur, à (juoi le monde corrompu ne pense guère.
L'on a remarqué que les secours que l'on recevait par ses |)rières dans les maux du corps coiitriljuaient souvent à de grandes grâces (lour l'intérieur. Mais c'est ians ces sortes de secours que la divine Providence s'est rendue plus favorable. Un religieux capucin a assuré que l'un de ses frères, qui était novice , a été délivré de ses scrupules par ses prières. Une sœur converse de son monastère , nommée .<œur Marie - Agnès , étant fortement travaillée d'une tentation , et l'ayant dit à la mère, elle lui fit le signe de la" croix sur le front, et à même temps elle en fut délivrée, et ne l'a jamais eue depuis ce temps-là. Une autre religieuse nomluée Marie-Zoé, qui était travaillée de [lei- !ies intérieures qui l'affligeaient beaucoup, a déclaré qu'elle en était soulagée lorsqu'elle entrait dans la chambre de la mère, et qu'elle se trouvait même dans une paix admirable, ce qui lui est arrivé plusieurs fois.
Un conseiller du duc de Lorraine a assuré que sa femme ayant accouché de six ou sept enfants morts sans baptême, il alla la trouver dans l'estime qu'il avait de sa sainteté, cl dans la créance (lu'il avait du grand i)0uvoir que ses prières avaient aujjrès de la divine Majesté. Il la pria donc d'intervenir auprès de Dieu pour en obtenir un heureux accouchement à sa femme. Elle lui iiromit , et elle pria Dieu d'accorder cette grâce; mais ses prières ne furent pas inutiles, car h quelque temps de là la femme de ce conseiller accoucha heureusement, et eut un fils qui reçut le saint baptême, et (jui fat nommé Gabriel, qui étant décédé dans l'innocence baptismale parut à la mère, pour la remercier de la grâce du baptême qu'elle jUi avait procurée par ses prières , et [lar suite de la gloire éternelle dont il jouissait; mais il lui parut plusieurs fois pour lui témoigner sa reconn lissance, et de vrai dans l'étal de la vraie lumière où il était, voyant le bien infini qui lui était arrivé par le saint baptême, il ne pouvait pas se lasser d'en marquer sa gratitude. Ohl si les hommes avaient un l'Cu de cette vraie lumière, qu'ils verraient bien que toul le reste n'est rien ! Elle a ol)tenu la grâce du baptême à l'Iu-
sieurs autres enfants, qui étant aussi décédés dans l'innocence, lui ont paru souvent pour la remercier avec «les témoignages étonnants de leur reconnaissance. Unfin finissons ce chapitre par une rcmanpie qu'a faite feu M. Vianiin Kcolâtre , de la (irimatiale de Nancy, dont il a été parlé, et qui a été sou directeur : elle avait le don des miracles dans un si éminent degré, que cet illustre chanoine lui avant commandé d'aller guérir les malades (|i'ii étaient en sa maison, et y allant en simplicité comme l'obéissance le voulait, elles se trouvèrent guéries.