‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 112 sur 436 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le triomphe de la croix dans les miracles

que Dieu a opérés par elle après sa mort.

La croix du Fils de Dieu qui a triomjihé au milieu de toutes les ignon inies de sa douloureuse passion, a remiiorté aussi de glorieux triomphes en la nersonne de la mère Marie-Elisabeth de la Croix de Jésus, parmi tous les op|)robres qu'on lui a fait souffrir; et comme la victoire de la croix a paru d'une manière admirable a[irès la mort de notre bon Sauveur par les miracles qui ont été faits , de même elle a éclaté après la mort de la mère par des miracles étonnants qui ont été o[)érés par une conduite merveilleuse de la divine Providence. « O admirable pouvoir de la croix, s'écrie le grand saint Léon, Pape, ô gloire qui ne se [leut expliquer 1 ô croix qui est la source de toutes les bénédictions, et la cause de toutes les grâces; c'est par elle que l'on trouve ta force dans la faiblesse, l'honneur dans les opprobres , et la vie dans la mort. »

« C'est dans la croix, dit saint Augustin , que le Fils de Dieu a bien fait voir sa toutepuissance, y opérant tant de merveilles dans son anéantissement. Car ce n'est pas dans cet état qu'il commandait aux vents et à la mer; et cependant lorsqu'il est chargé de confusion et délaissé de tout le monde, c'est pour lors qu'il attire toutes choses à lui, et (}ue se fait la conversion du monde. Mais comme Moïse avait élevé le serpent ilans le désert, de même il fallait que le Fils (ie l'homme fût élevé. Dieu étant irrité contre son peu}ile à raison des murmures contre sa divine providence, envoya des serpents pour les punir; et comme 11 en mourait un grand nombre ils eurent recours à Moise afin qu'il apaisât la colère de Dieu. Ce grand homme , touché des misères et de la i énitente des Israélites, pria le Seigneur de toutes choses poureux ; et il en reçut l'ordre de taire un serpent d'airain, dont" la vue guérirait tous ceux qui auraient été blessés. C'était une figure du mystère de la croix et de ses triomphes, car comme tous ceux qui regardaient le serpent d'airain étaient préservés de la mort, de même tous ceux qui regardent avec une vraie foi notre adorable Sauveur élevé sur la croix, sont guéris du venin mortel du [éché, et vivent de la vie éternelle. »

« Le signe de la croix, dit saint Augn'itin, sera si brillant de lumières au jour da ju-

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gciiient, que le soleil s'ol)siuriMia et nue la Jiine lie rendra point de clarté, car elle sera plus lumineuse que tous les astres cjui seront cachés en sa présence. Dès lors que ce signe du Fils de rhoniiue paraîtra dans le ciel, en ce monient toutes les tribus de la terre déploreront leur malheur, et elles verront venir le Fils de l'homme dans les nues du ciel, dans une grande puissance et dans une grande majesté, qui enverra ses anges avec une trompette et un son éclatant, qui assembleront les élus des quatre vents depuis une eïlrémité du ciel jusqu'à l'autre. »

^ais si ce signe sera suivi de tant de pièrveilles à la fin des siècles, dès qu'il a paru sur le Calvaire il s'est fait des prodiges jnouïs. Depuis la sixième heure jusqu'à la peuvième, les ténèbres se firent sur toute la (erre, et l'on n'a jamais vu une éclipse paceille; et à même temps que le Sauveur de jous les hommes eîit rendu l'esprit, le voile du temple se rompit en deux, depuis le haut jusqu'au bas ; la terre trembla, les pierres se Tendirent. Les tombeaux furent ouverts, et les corps de plusieurs saints qui étaient laorls ressuscitèrent, et sortant des tomi),eaus après sa résurrection, s'en vinrent à ici sainte Cité, et apparurent à plusieurs. Le çentenier et ceux qui avec lui gardaient Jé- ^us, voyant le tremblement de terre, et tout pe qui se passait, furent saisis de crainte et (.iirent : En vérité cet homme était le Fils ^e Dieu.

C'est ainsi que la crois a triomphé dans l5 mort du Sauveur du monde, qui, associant ses véritables disciples à ses anéantis- £<^.ments, les rend aussi participants de sa gloire. C'est ce que l'on a vu en la persor.ne (le la mère Marie-Elisaoeth de la Croix de ^ésus; car à peine était-elle sortie des misères de la vie présente |)ar une mort précieuse en la présence du Seigneur, qu'il l'a rendue glorieuse par les miracles qu'il a Oi-érés jjar ses mérites ; comme il s'est vu pu une fietite fille d'une femme de Nancy, liommée Françoise Perrenolte. Cette enfant, ^gée d'environ quatre ans, était malade (l'une fièvre continue depuis quinze jours, et si dégoûtée qu'elle ne pouvait prendre aucune nourriture ; elle vomissait tous les fouillons, et toute chose qu'on lui donnait à boire ou à manger, aussitôt qu'elle l'avait pris. Or s<\ mère l'ayant mise entre ses bias |a [lorta proche du corps de la mère qui n'était |ias encore dans le tombeau ; et elle n'y çut pas été l'espace de temps que l'on mettrait à réciter deux ou trois fois l'Oraison doluiiiicale, qu'elle demanda à manger, disant qu'elle avait grand faim, ce que fit sa mère avec bien de la joie, lui donnant une croûte de (lain qu'elle avait dans sa poche qu'elle mangea avec f icilité, et sans aucune incommodité. Elle se trouva aussi sans fièvre, et ei.Éiit rapportée à la maison elle dîna bien, et alla jouer avec les autres enfants dans la rue, au grand étonnement de ceux qui l'avaient vue malade. La susdite Françoise l'enenotte étant dangereusement malade, ftSiiiçe uuc la mère lui parut, qu'elle la

toucha, lui disant : lève-toi ; et elle se trouva guérie.

Dieu a opéré un grand nombre d'autres miracles en faveur de sa fidèle servante, dont nous rapporterons ici seulement quelques-uns. t'n pauvre artisan s'étant blessé le bras, et ne pouvant plus travailler, ce qui le mettait dans un découragement extrême, fut guéri ayant honoré quelque chose qui lui a[)t)artenait. Une fille du médecin du monastère de Notre-Dame du Refuge d'Avignon, nommée Marie Joachim, étant sur le point de mourir, et étant abandonnée môme de son père qui l'avait quittée n'ayant pas la force de la voir en cet état, recouvra sa santé ayant eu recours à ses intercessions. Une femme stérile a obtenu un enfant par ses prières. Un nommé François Richerdemeur,int à Nancy, étant à l'extrémité par une maladie mortelle, et ayant reçu le saint viatique a été guéri par ràjiplication de son chaj)elet. Sœur Marie-Agnès de Pertuis, religieuse professe du monastère de Notre- Dame du Refuge d'Avignon, étantdemeurée malade durant une année et demie, et ayant été condamnée plusieurs fois à la mort par les médecins, étant enfin réduite à l'extrémité, et se souvenant d'avoir reçu plusieurs secours par la vénérable mère, demanda instamment à la supérieure, qui était p{mr lors la mère Marie-Lsabelle, qu'elle voulût bien permettre qu'on lui apjdiquât le cœur de la sainte mère qui est conservé en grande vénération dans ce lieu, y ayant été apporté de Nancv. Ce que la supérieure ayant accordé, elle supfîlia un vertueux ecclésiastique de l'aiiidiquer à la sœur, s'en estimant elle-même indigne. Ce qui ayant été fait, ce fut une chose admirable de voir cette fille guérie dans le même instant. Elle demanda pour témoignage de sa guérison miraculeuse à prendre un œuf qu'elle n'avait pu manger le matin, car elle rejetait tout ce qu'on lui donnait, et elle le prit facilement sans même vouloir attendre qu'an le récliaullât ; et elle pria qu'on lui apprêtât à dîner, et elle dîna fort bien. Dès le lendemain elle se leva à cinq heures du matin, fit son lit, balaya sa chambre, alla à l'église, et y communia avec la communauté; elle qui, durant sa maladie, n'avait pu même communier à Pâques, à raison de ses fréquents, vomissements ; et depuis ce temps là, a joui d'une parfaite santé. Ce miracle a été authentiquement examiné l'année mil six cent cinquante-six, le huitième de juin après midi, qui était arrivé à la fin du mois de mai de la môme année, par l'illustre et noble seigneur Louis-Marie Suarez, protouotaire du Saint-Siège apostolique, prévôt de l'église métropolitaine, vicaire général de Mgr l'archevêque d'Avignon, après avoir pris le serment en tel cas requis, et avoir fait jurer sur les saints Evangiles, la religieuse guérie, les religieuses infirmières, le prêtre qui avait appliqué le cœur, les docteurs en u édecine qui l'avaient traitée, 6', Içs chirurgiens (|ui ont déposé que l'ayant vue dans un danger inévitable de la mort»

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