LE TRIOMPIIK DE LA CROIX. — FAUT. III
Peut faire endurer et flu corps el à l'esprit, plutôt que de voir faire le luoiiidre mal à un inisi'rable luagicicn qui en est la ciuse, cl endurer ces cruautés durant tant d'années sans se lasser, il faut assurément pratuiucr la vertu dans undejjré bien héroïque, elmèuie admirable.
C'était donc une vertu bien solide, une vertu bien héroïque, une vertu rare, mais stable et ferme comme un roiher au milieu des combats et tentations (jua le monde, le diable et la chair lui ont livrés. On l'a vue dans un mémo temps nialchciée , son esprit furieusement a^^ilé, son âme comme inondée sous les plus cruelles tempêtes de toutes sortes de-tentations, son corps accablé de diverses maladies, et tourmenté furieusement Car les diables, de grandes affaires sur les ras sansy pouvoir vaquer, ses biens ruinés; et tout cela n'ébraidail point sa consiance. Dans ce même temps ses servantes lui étaient opposées, et à gage de certaines jiersonnes qui lui étaient contraires, qui s'en servaient contre elle. Plusieurs personnes en disaient du mal, et des personnes de probiié, et quelques uns de SCS proches, et elle demeurait inébranlatjle.
C'est qu'elle était semblable à l'homme prudent de l'Evangile, qui bâtissant une maison a creusé dans la terre fort avant; et a j)Osé le fondement sur la pierre ; et lorsqu'il est venu un débordement d'eaux, le fleuve s'est jeté contre cette maison, et il ne l'a pu ébranler, parce qu'elle était fondée sur la
S)ierre. La divine Providence lui avait donné I faire un grand et merveilleux édifre durant les jours de son pèlerinage en celte vallée de larmes, et dont le sommet devait s'élever jusque dans l'erapirée, ,il fallait faire de bons fondements. Dans ce dessein elle a creusé dans la terre bien avant, et si avant, que l'on peut dire qu'elle est allée jusqu'au centre, par son humilité abîraale. (!!ar il n'y avait rien de plus bas qu'elle, au moins à ses yeux, elle se voyait au-dessous de toutes les créatures, et c'est là qu'elle a i>osé le fondement sur la pierre, c'est-à-dire Jésus-Christ, qui est appelé dans les Ecritures la pierre angulaire , qui a réduit les deux peuples en un.
C'est ce qui fait dire au Prince des apôtres en sa /" Epitre (ii, i el seq.) , parlant de notre bon Sauveur aux fidèles : Approchez-vons de lui comme de la pierre rivante, que les hommes ont rejetée (car les prêtres des Juifs qui devaient être les architectes du vrai temple, n'en ont pas voulu), mais que Dieu a choisie, et tient précieuse. Vous aussi dans l'édifice qu'elle soulienl, soyez construits sur elle, comme des pierres vivantes, qui formez une maison spirituelle, et un saint corps de prêtres. C'est-à-dire, non pas des prêtres véritables, mais des personnes qui offrent des sacrifices intérieurs par la destruction du péché, des désirs du siècle, des passions el des mouvements de la nature. C'est [lourquoi saint Pierre ajoute, qui devez offrir des victimes spiriiuelles, et qui soient agréables à ^!fi< p<;r jff5i's-(rt».!s.', f•'e^•■à-4ll■':• V du un
savant et pieni interprète, Jps victimes spirituelles, qui ne sont victimes que par l'intention du cœur qui leur sert d'autel, et <pii ne sont pasvéritablementelsnbslantipllemenl innnolées sur un autel visible el fonsacré.
Le Prince des ajiôlres ajoute {Ibid., 6) : C'est pourquoi il est dit dans l'Ecriture (^Isa. xxvin, HV},je mets en Sion la pierre principale de t'ançilc; elle est choisie el précieuse, et quiconque croira en elle ne rougira point. Car Jésus-Christ n'est pas seulement la ()ierre fondamentale, mais la (lierre élevée au haut de l'angle, qui lie les deux murailles, c'està-dire Tes deux |ieu|iles, les Juifs el les gentils. C'est sur cette pierre qu'Elisabeth avait posé le fondement de l'édifice qu'elle bâtissait à la gloire de Dieu; c'est pourquoi il était inébranlable. Elle pouvait dire avec le Psalmiste : Lorsque mon cœur était accablé d'ennui, vous m'avez élevée sur la pierre ferme. {Psal. LX, 3.) Vous uvrz affermi mes pieds sur la pierre, et vous avez conduit mes pas. {Psal. XXXIX, .3.J Le Seigneur est le protecteur de ma vie, de r/»! aurai-je peur? Il m'a élevée sur la pierre , el maintenant il a élevé ma tête au-dessus de mes ennemis. [Psal. XXVI, 1, 6.) Il est venu un débordement d'eaux, ayant été affligée de toutes sortes de peines; le fleuve s'est jeté contre elle, ayant été persécutée violemment en toutes manières; mais elle n'a pu être ébranlée, elle est demeurée immuable dans sa jiaix. parce qu'elle était fondée sur la pierre, elle avait pour fondement, pour appui, pour soutien Jésus-Christ.
l\ n'en est pas ainsi do ceux qui ne bâtissent pas sur ce fondement; car, [lour parler avec l'Ecriture (Matth. vu , 26, 271, ils sont semblables à un homme imprudent qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les rivières se sont débordées, les vents ont soufflé et ont attaqué celte maison. Elle a été renversée el la ruine en a été grande. Car enfin Jésus-Chriït est le fondement de notre prédestination, de notre justification, de noire sanctification, de toute la grâce et de toute la gloire que nous pouvons avoir. Ainsi l'adorabre Jésus est l'objet que nous devrions toujours avoir devant les veux, c'est à lui que nous devons penser, c'est de lui que nous devons parler, c'est lai que nous devons aimer ; nous ne devons rien faire qu'en lui et pour lui; c'est le moilèle que nous devons incessamment regarder. C'est ce (]ue tous ceux qui conduisent les âmes devraient persuader fortement, et il est vrai aue plusieurs personnes spirituelles ou ont fait de pitoyables choses, ou n'ont [JasDeaucoup avancé dans les saintes voies de la perfection, parce qu'elles n'ont pas été assez appliquées à cet aimable Sauveur. C'est un dérèglement qui se glisse parmi (ilusieurs personnes qui d'autre part mènent une vie assez intérieure; elles ne s'occupent presque jamais de leur Sauveur; et sous prétexte qu'elles sont appliquées aux grandeurs de la Divinité, elles s'oublient de ses anéantis' sements infinis eu l'humanité sainte.
Ceppud'iut c'est une grande vérité qui
nous a élé rfivélt^e parla Verne môme. Jésus est la voie, la vérité et la vie [Joan. xiv, 6.) Quiconque ne marche pas pai ce cliemin , est égaré. Ce qui n'est pas conforme à cette vérité, n'est que mensonge; quiconque ne vit [>oint lie cette vie est mt)rt. Nous avons parié de ce sujet dans le traité qu'il a plu à la divine Providence de nous faire donner au public, intitulé : La scietice et la pratique du Chrétien, où nous avons montré qu'il n'y a point li'autre es|irU dans les membres que dans le chef; ettpi'ainsi en qualité de Chrétiens qui ne faisons qu'un corps mystique avec Jésus-Christ, nous n'avons point d'autre esprit que celui de ce divin Chef; et que celui qui n'en est point animé, n'a point de véiitable vie. Mais comment être liés si étroitement avec cet aimable Sauveur, et n'être point occupés de lui, et de ce qu'il a fait, et de ce qu'il a souffert pour nous? Au moins si, dans de certains temps, l'on n'est occupé que des grandeurs de sa seule divinité , il faut se souvenir en d'autres de ses humiliations. Kt certainement c'est une étrange ingralituile que de s'en oublier. Mais comment les reconnaître si l'on n'y pense |)as 1 0 mon Seigneur et mon divin Maître, que je m'oublie plutôt de moi-même, que de ne pas penser à vous, à ce que vous avez fait, à ce que vous avez souffert jiour moi ! O amour immense, ô amour intiniqui avez réduit un Dieu dans les derniers anéantissements, ehl comment ()Ourrais-je ne me pas occuper de vos ravissantes bo;ités 1 Serait-il bien possible que je les pusse oublier? .Mais notre bon Sauveur pouvait-il nous marquer plus expressément sa volonté en ce sujet qu'en instituant le très-saint sacrement de Tautel pour nous servir de mémorial de sa douloureuse passion ? Car l'Apôtre nous apprend (i Cor. xi, 24-26) que dans son institution, il dit : Prenez et mangez : ceci est mon corps qui sei-a livré pour vous, faites ceci en mémoire de moi. Ce calice est la nouvelle alliance par mon sanij : Faites ceci en mémoire de moi , toutes les fois que vous le boirez. Car toutes les fois que vous mangerez ce pain, et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort duSeiqneur jusqu'à ce qu'il vienne. En véiité ce divin Maître pouvait-il nous engager plus fortement au souvenir de ses mystères!
Marie-Elisabeth savait bien l'importance de cette a|)]ilicanon à noire bon Sauveur Jésus-Christ, à qui elle était unie entièrement ; et c'est iians cette bienheureuse et divine union qu'elle a fait de si grands progrès dans la vertu depuis les premières années de sa jeunesse jusqu'à la fin de sa vie. Je dis dès les iiremiôres années de sa vie , car dès son bas-âge elle a excellé dans la pratique des vertus. Dès ce temps elle était tellement liée à Jésus-Christ qui est la véritii, que, ce qui est bien rare parmi les enfanta, jamais elle n'a fait le moindre men- ^onge. Ce qui était si constant parmi ses maîtresses et ses compagnes, que (luand on voulait savoir la vérité de quelque chose l'on s'adressait à elle, dans la créance où
ji:lvues t:oMrLLTES de boudon.
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l'on était (ju'elle la dirait iiiiailliblement; ce qu'elle a fait durant tuut le cours de sa vie, car jamais elle n'a menti. Dès sa plus grande jeunesse, elle a eu un amour incroyable pour la jiaix, et elle appli(iuail tous ses soins à la conserver parnn ses domestiques. Jamais on ne lui a entendu dire la moindre parole capable de la troubler, jamais elle n'en a donné aucun véritable sujet.
Mais une vertu si aciievée dans un flge où les autres enfants à peine commencent-ils à la connaître, parut extraordinairement lorsque, n'élantâgée ijue de dix ans, elle prit résolution d'imiter les saints solitaires, et de se cacher dans quelque désert. Et pour venir à bout de son dessein, comme un jour on l'avait menée avec ses com|)agnes au Saint-Mont, qui est un lieu de dévotion proche de Uemiremont, et qu'aux environs de ce saint lieu il s'y rencontre des grottes creusées dans les rochers, et fjuantité île grands bois, elle crut qu'elle pourrait y^e cacher dans ce désert pour y vivre inconnue aux yeux des hommes, et n'être connue que de Dieu seul. C'est ce qui la fit écarter de ses compagnes et s'enfuir clans le bois pour y vivre dans le creux do quelque grotte de ce lieu solitaire, et pour empêcher que l'on n'en, fît beaucoup de recherches, elle avait porté lies ciseaux pour coujier une partie de sa robe, qu'elle avait dessein de teindre de son sang, pour faire croire qu'elle avait été dévorée par quelque bête sauvage. Mais Dieu qui la destinait autre part ne permit pas que cela réussît. O mon Seigneur, vous aviez dès ce temps-là ouvert les }eux à votre petite et grande servante à vos plus pures lumières qui lui découvraient la vanité elle mensonge du monde, qui lui montraient le néant des créatures, qui lui faisaient voir qu'à proprement [jarler il n'y a que vous seul. C'est de ces pures clartés que lui naissaient les désirs de la solitude, et l'amour de la vie cachée; car voyant que vous étiez le grand et unique tout, elle ne pouvait plus sou[urer qu'après vous seul ; son cœur n'était plus capable d'aucun autre amour. Ehl comment aurait-elle pu s'arrêter, ou aimer les créatures dont elle ne voyait que le néant! Néanmoins elle ne put ]jas s'en séparer extérieurement comme elle le désirait : mais ce qu'elle fit pour satisfaire en quelque manière à des désirs si pressants, fut qu'elle demeura retirée dans sa chambre comme une religieuse dans sa cellule ; et elle y vivait si solitaire que ses compagnes l'apjielaient la sauvage. 0 mon Dieu ! vous vous réserviez cette âme d'élite pour vous. Mais, mon débonnaire Sauveur donnez-nous quelque [lart à cet esprit de séparation du. siècle. O mon Dieu ! sanctiliez-nous en vérité.