‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 117 sur 436 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le triomphe delà croix dans son amour pouf

Dieu.

Après avoir jiarlé de« vertus en général de

laineuse mère Marie-Elisabelh de la Croix

de Jésus, nous allons inec le v^ecours divin

i.i: ip.ioMi'in. i>i: i. \ i.aoïx. — part. m.

en traiter en particulier : et |ireiniùreineiit de sdu aiiiuur envers Dieu comme la plus excelleiuc el In [Hus parfaili; de toutes les vertus; niais si les croix portées clirélienneuient sont île fortes preuves du divin amour , nous jiouvons dire qu'ayant beaucoup souffert, elle a beaucoup aimé, et que la croix de Jésus a triom[ilié iJans la grandeur de son amour. Son amour était grand envers Dieu dans l'éloigneirieiit qu'elle avait de tout ce qui lui était désagréable. Ainsi elle avait une liaine extrême pour le plus petit péché, et même pour la plus légère imperfection. Tout ce qu'il y a de plus atfreux en la vie ne lui faisait pas tant de peur que le moindre péché véniel. Les gibets et tous les autres supplices lui auraient été plus doux. Ah! disait-elle, que j'aimerais bien mieuv mourir par la uiaiii d'un bourreau (]ue de commettre la jjIus légère olfense ! Mais son amour ne s'en arrêtait pas là, elle cûi aimé mieux descendre vive en enfer.

Elle aurait mieux aimé endurer cent millions d'erd'ers que de faire le plus petit péché véniel de pTopos délibéré. .Mais ses lé- .solulions généreuses n'étaient pas seulement lies idées, car tians les temiis cpie les diables la possédaient, el (|u"ils lui faisaient souffrir de cruels tourments , el qui sont inexplicables, h même temps ils la pressaient lie consentir à ijuelque péché, pour être délivrée de ces maux insupiiortables, et on l'eniendait dire d'une voix intelligible dans l'excès du divin amour qui la transportait. Non, j'aime beaucoup mieux endurer tous ces tourments jusqu'au jour du jugement que de consentir à la moindre offense contre la divine bonté. Les tentations mêmes du péché lui étaient dans une telle horreur, que toute jietite elle s'en accusait comme de grands crimes , et elle détestait avec larmes dans le tribunal de la confession des choses pour lesquelles les anges lui préparaientdans lecieldes couronnes immortelles.

Elle n'oubliait rien pour ap|)orter tous les soins imaginables à éviter toute sorte de péchés. C'est ce qui l'obligea un jourde prier une personne considérable de dire d'elle dans les occasions qu'elle était une personne grossière et mal nouiiie, alin que ceux qui la venaient voir ne fussent pas étonnés si elle ne leur faisait pas de compliments; parce que, disait-elle, il est malaisé d'en l'aire sans dire queUiue chose contre la vérité. C'est ce qui la portait à se confesser tous les jours, conduite (jue Notre-Seigneur lui fit voir lui être Irès-agréahle. C'a été la jiratique de plusieurs saints, ce qui ne doit pas surprendre, car dans le rayon de lumière qui leur est donné, ils découvrent des fautes inconnues à ceux qui ne marchent pas dans une clarté si pure et si vive; et la force de leur amour n'en permet pas la vue sans que dans le même moment ils n'en conçoivent des horreurs inexiilicablcs. Je ne saurais ici passer sous silence l'éioniiement où je suis de certaines |iersouiies qui o;iSseiil uour ilévotes, qui assurent qu'elles

n'oseraient se conlesser sfitivcPi, oe peur «le n'avoir pas le regret nécessaire de leurs fautes, ou la résolution de ne les plus commettre. Car comment apercevoir non-seulement une chose qui soit désagréable à Dieu, mais en voir l'ombre sans en même temps en avoir toute la haine possible. Je ne parle pas de la douleur sensible, mais de celle qui est dans la cime de l'Ame? O mon Dieu, ô bonté souveraine, ô bonté iiiliniinent aimable, ne le iiermettez pas ! Ah ! qu'à la moindre découverte de ce qui vous déiilait, nous en prenions dans le même instant toutes les horreurs imaginables, que dans le même moment nous [iroiiions de fortes résolutions de l'éviter de toutes nos forces, secourus de votre divine grâce.

Or, notre bon Sauveur, qui ne inniupie jamais d'assister ceux qui le cherchent dans une vraie droiture de cceur, venait au secours de Marie-Elisabeth avec des bontés toutes particulières. 11 lui montrait luimême ses défauts et ses manquemenls, ce qui l'humiliait beaucoup. O mon cher lecteur, que doivent faire ceux qui sont tout lileiiis d'imperfections et de grossières imperfections , et quelquefois de [)échés.

iMais , ô aveuglement des hommes, quelquefois ils ne voyaient pas des fautes visibles comme des montagnes, quelques-uns s'imaginent être fort parfaits parce qu'ils n'en ont que de légères, el d'autres ne s'aperçoivent pas de celles qu'ils ont. O mon Dieu 1 si vous en trouvez dans vos saints, eh ! que deviendrons-nous 1 Ah! mon cher lecteur, que nous en avons dé cachées, et que nous avons sujet de nous humilier en toutes manières. Le Dieu de toute bonté ne faisait pas seulement voir à sa fidèle servante ses défauts, mais comme un bon [lère il les châtiait. Un jour ayant commis quelque imf)erfectii'n dans le parloir, elle vit une main divine qui la menaçait; main divine qui s'appesantit sur elle, el la fit beaucoup souffrir pour avoir mangé quelques raisins sans nécessité. Oh ! SI l'on savait combien la pu^elé de l'âme doit être grande, à quelle sainteté nous devons arriver pour être unis au Dieu saint! Ainsi nous lisons de la sainte dame de Cardoiine, que, s'étant retirée déguisée en homme j^ar un mouvement [larticulier de l'esjuit de Dieu, pour demeurer cachée à la cour d'Espagne dont elle était l'une des dames, et demeurant dans un désert où elle ne vivait que des herbes que la terre produisait naturellement , elle fil une grande pénitence pour avoir mangé deux as[ierge3 sauvages qu'elle y avait trouvées, croyant s'être nourrie trop délicatement. Oh! que les sentiments des saints aussi bien que leur vie sont éloignés de ceux îles autres hommes 1 Oh! quelle confusion pour tant de Chrétiens qui son; si difficiles à l'égard de la nourriture qu'ils jireiinenl, ou au sujet de la manière qu'elle est apprêtée, el des Chrétiens quelquefois qui font profession d'une dévotion paiticulièie. Hélas I que devons-nous penser, et que devons - nous dire à la vue d'une uame Ue grande qualité, nourrie si délicate-

OKLVRES COMPLETES DÉ BOUDON

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ment, élevée dans les délices de la cour, qui mbne une vie si effrovahleuieiil austère, et qui fait une sévère pénitence pour avoir mangé deux asperges sauvages toutes crues. >"()tre lîlisabetli fut encore reprise de notre bon Sauveur, à cause du dessein oti elle était, laisant les [)ortiou3 de ses tilles , d'en donner une moindre à quelqu'une, pensant néanmoins en avoir quelque raison, et il lui dit, n'est-ce pas pour moi cette portion ? Car uiMis lavons assez dit, il répute l'ait à luimême, ce que l'on fait pour l'amour de lui aui aulresi

C'est de la sorte qu'elle a toujours vécu uans l'innocence; car dès sa jpiinesse elle avait HM horreur le péché. Les dénions forcés par l'autorité de l'Eglise ont avoué celte vérité; mais ils disaient encore que c'était le grand Maître qui l'avait gardée par les prières de Marie. Oh ! combien d'âmes, disent les saints, eussentété éternellement damnées .sans la iHotection de cette mère de miséricorde ! Combien d'âmes ont été sanctiûées par les secours de ses puissantes intercessions ! toute l'Eglise en reçoit continuellement des assistances inexplicables. Notre digne fondatrice en a été soutenue durant tout le cours de sa vie avec des soins de la meilleure des mères, et spécialement dans les voies du divin amour.

Il a élé grand en elle dans sa pureté, qui consiste à ce qu'elle disait à ne vouloir rien par soi-même, ù ne vouloir que ce que Dieu veut, point plus de talents de nature ou de grâce que ceux qu'il nous donne, à ne vouloir servir qu'autant qu'il le demande de nous, et en sa manière, à ne rechercher que ses seuls intérêts dans un oubli entier des nôtres. Ayant élé mise saintement dans cet état elle disait : il me semble qu'autrefois j'étais fâchée quand je ne sonlfrais point, maintenant je ne veujt plus rien. Elle a été trente ans à d';mander toujours le pur amour, la grâce d'être à Dieu seul; et pour cela elle demandait que tout le monde la quittât, et (}ue Dieu seul lui suffisait. Un jour il plut h Dieu lui faire connaître quelque chose du pur amour dans une lumière SI vive qu'elle en tremblait, et elle en demeura comme sans sentiment tout absor^ bée, ce qui lui dura plusieurs jours; mais elle assurait que l'on ne pouvait dire jiarfaitement ce que c'est que ce pur amour. Elle y était quelquefois toute plongée, et abîmée, sans qu'elle pût dire ou exprimer ce qu'elle sentait. H lui semblait seulement qu'elle était tout en Dieu , comme une goutte d'eau ipii tombe dans la mer est toute dans la mer, il lui semblait être toute perdue en Dieu seul. Tout le monde dans cet état ne lui semblait rien ; c'est pourquoi les soins des choses extérieures ne lui faisaient jilus d'obstacles, et ne l'empêchaient point. Dans cet état elle ne voyait plus notre Dame en elle-même, ni les bientieiireux anges et saints, toutes ces bienheureuses créatures ne lui paralysaient plus que comme tout abîmées en Dieu ; ainsi c'était Dieu seul qui faisait toute son annlicaiion et tout son

amour. 11 lui fut néanmoins révélé que c'était par la très-pure Vierge, la mère du bel amour, qu'elle avait été introduite dans cet état, et que c'était elle qui conduisait au cabinet de l'amour pur de son bienaimé Fils. 0 ma bonne et sainte Dame, que votre pouvoir est grand auprès du.'l'out- Puissant !

Elle n'était touchée que du seul intérêt do Dieu seul. Elle ne regardait ni à ses bienfaits, ni au mérite qui se trouve dans son service, hi aux récompenses que l'on en peut attendre, ellene siarrêtait pas même au paradis, elle nese souciait quedu Dieu du (laradis. Ce nous est trop de grâce et trop d'honneur, disait-elle, de le servir pourluimêine. Elle le priait que ceux qui ne l'assistaient purement pour lui la quittassent. Elle aimait mieux en être délaissée , et privée de leurs secours, que d'en être assistée par quelque autre motif que celui de ses divins intérêts. C'est ce qui lui faisait dire: Je ne prendrais chose aucune que l'on nous donne, si on nous la donnait pour nous , et noti pour l'amour de Dieu. Ahl que je suis aise, s'écriait-elle, quand les serviteurs do Dieu font toutes leurs actions dans la seule vue de Dieu seul sans regarder autre chose ; et toute sa (ilus grande joie était de voir ses sacrés intérêts établis. Elle s'écriait : O si j'avais toutes les vies des hommes, je les donnerais toutes pour l'intérêt de Dieu! je vaudrais souffrir jusqu'au j(jur du jugement pour en donner de véritables lumières aux créatures! Si j'avais cent millions de mondes, et le paradis même, je le donnerais pour l'intérêt de Dieu. Pour cet intérêt, s'il était nécessaire, je descendrais vive dans l'enfer. C'était cet intérêt divin qui lui faisait aimer le jugement, quand elle pensait qu'il justifierait l'adorable Jésu-, et ferait voir la justice de ses conduites ; que l'on verrait qu'il y a des âmes dans l'enfer, qui ont eu plus de grâces que plusieurs qui sont dans le ciel, qui ont coopéré plus fortement à celles qu'elles avaient reçues.

La seule gloire de Dieu seul faisait toute son occupation en toutes choses. Elle la cherchait en toutes ses pensées, ses intentions, ses paroles, ses actions, dans l'église, à l'ouvroii*, au [larloir, au réfectoire, dans tous les lieux où elle se trouvait, dans tout ce qu'elle faisait sans réserve, dans les raoinares actions aussi bien que dans les grandes; ainsi elle glorifiait plus Dieu [lar l'une de ses actions, que d'autres par un très-grand nombre. Elle ne commençait jamais d'ouViage qu'elle ne se mît à genoux, lorsqu'elle le pouvait, (lour l'oU'rir à la divine majesté. Tout ce qu'elle voyait la portait à Dieu ; elle s'en servait pour l'aimer et la faire aimei'. Elle invitait les animaux à le loUer en tant qu'ils en donnent l'occasion aux créatures raisonnables. Leur fidélité, leur innocence lui donnaient sujet d'exhorter ses tilles aux louanges de leur Créateur. Quand elle était nialaue^ elle était consolée de les voir ailjirès d'elle, considérant qu'ilâ ne sortaitnl point de l'oi'dre de Dieu, -il mS

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