‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 118 sur 436 · LR TRIOMPHE DE LA CROIX. — PART · texte numérisé non relu

LR TRIOMPHE DE LA CROIX. — PART

iflù

souvient, sur ce sujet, d'avoir connu un grand coiitein|ilalif, lionuue de doctrine, mais houinie de Dieu, qui vivait comme un reclus au milieu des villes, (|ui m'assurait que, dans sa retraite, les animaux le portaient heaucoup au divin amour, et qu'il trouvait dans ces créatures ce qu'il ne rencontrait pas dans les raisonnables dont la plupart avaient je ne sais quoi ([ui retirait du pur amour, et il croyait que celte dilFérence venait de riiiriocence des unes et du dérèglement des autres. Le long des chemins, quand la mère .Marie-lilisabeth allait à .'ies fondations, ce n'étaient qu'élans d'amour, des paroles par lesquelles elle invitait tous ceux de sa comi agnie à bénir, à louer et à dimer Dieu.

L'on a dit d'elle avec bien du sujet, que sa vie dans celte terre d'exil avait bien du rapport à celle des bienheureux, è l'égard de son application à Dieu ; car dès son bas-âge elle ne le perdait point de vue, et elle lui parlait avec la môme liberté et la même simolicité que si elle l'eût vu conversant avec les hommes; et cette continuelle présence de Dieu qu'elle a eue dès sou enfance, lui n continue au milieu môme des embarras du mariage et des distractions extérieures (lue les affaires y donnent. Il ne se faut pas étonner ensuite si elle en parlait si souvent; et si l'on y mêlait quelque autre discours, elle les tournait aussitôt dans ceux de Dieu. Pour être bien venu auprès d'elle, il ne lui fallait parler que de laimable Jésus, et elle réjiétait souvent : « Oli'.que béni soit le trèsdoux, le très-saint et le très-purnora de Jésus. )j Quand elle était encore dans le monde, l'on ne parlait ordinairement chez el'e que des choses spirituelles. Tout son plaisir était de s'entretenir de Dieu et de son amour, et c'était avec tant d'ardeur que quelquefois son visage en paraissait tout lumineux, et il semblait que son cœur séraphique allait se fendre. « Oh ! qu'heureux sont ceux, s'écriaitclle, qui aiment Dieul Que je voudrais bien tenir celui que j'aime plus que tout le monde, plus que moi-mèaie, |jIus que mon âme; ># et proférant ces mots, on découvrait le feu admirable qui t)iillait dans son cœur et dont elle était divinement embrasée. Elle mettait au commencement de toutes ses lettres : Le très-pur amour du bon Jésus et de son immaculée Mère vous soit pour très-humble salut, et elle trouvait un tel goiit dans cette manière d'écrire qu'elle ne la pouvait cLaiiger.

Les souffrances de son doux Sauveur la pénétraient vivement, et elle en était tellement touchée, qu'elle n'en pouvait entendre |iarler sans verser une grande abondance de larmes. L'on a dit qu'il étailimpossible d'expliquer sa dévotion envers le très-saint sacrement de l'autel, et assurément il n'est pas aisé d'exprimer les mouvements que l'esprit de Dieu donne à ses saints. Klle s'approchait tous les jours de la communion viviliante du corps adoralile de Jésus-t^hrist, et fou en remarquait des effets merveilleux jusque sur son corps même ([ni s'en portait

mieux; il en rejaillissait un certain éclat stir son visage qui donnait de la dévotion. Les jours qu'elle ne communiait pas, elle tombait en des faiblesses extinordinoires. Si je ne communiais tous les jours, disaitelle, je ne sais jias ce que je ferais, ce serait le plus grand tourment (jui me pourrait arriver à la vie. 11 est facile de concevoir cette jieine, si l'on considère que c'est le corps d'un Dieu formé dans les entrailles de la très-[iure Vierge, |iar l'opération du Saint- E^pl■it, (lue l'on mange quand on communie- Car quel moyen de se priver d'un tel don, de ce bien inlini lorsque l'on en peut jouir?

0 mon Sauveur, que les hommes pensent peu à la grâce que vous leur faites! Certninemeni, pour jieu que l'on en fût pénétré, l'on perdrait tous les empires du monde si on les avait, l'on quitterait tous les anges et tous les hommes pour une seule communion; car qu'est-ce que tout le monde angélique et humain, ô mon Seigneur, comiiaré à vousl Cependant, ô dureté inénarrable du cœur de l'homme, une attache à la créature, à soi-même, nous arrête et nous en prive, puisque, pour participer tous les jours à ce divin mystère, il faut être dans un grand dégagement de toutes choses. Ahl que serait-il nécessaire pour jouir de cette grâce, sinon d'aimer Dieu en esprit et en vérité, et c'est ce que l'on ne fait pas. Ces vues jettent dans un abime d'élonnement, d'où l'on ne peut revenir.

Je conçois bien que l'on peut se priver de la divine communion par nécessité , ce qui arrive à raison des maladies ou d'autres empêchements légitimes , qui ne le permettent pas , par direction, par respect; car pour lors c'est l'ordre du divin amour à qui l'on doit se soumettre , qui en dispose de la sorte. Mais de perdre une seule communion quand ce ne serait qu]une fois en la vie par sa faute , par ses [léchés , par ses attaches , par les obstacles que l'on y apporte jiar ses indispositions , c'est ce que je ne comprendrai jamais. Ah ! que les hommes neferaientils pas, ne soutfriraient-ils pas, ne quitteraient-ils [las pour un empire, et, hélas! pour un peu d'argent, jiour quelques trésors? et voici que l'homme peut jouir d'un Dieu, et un rien l'arrête. Il faut ici remanjuerqu'i! y a de certaines [lersonnes qui ont des désirs de la sainte communion que l'amour d'ellesmêmes leur donne , et non pas l'amour de Dieu; cela arrive particulièrement à de certaines personnes qui passent pour dévoles, et qui le sont bien peu, qui veulent communier souvent, et qui s appliquent peu au renoncement d'elles-mêmes, qui ont un orgueil secret, et qui sont remplies d'amourpropre; et quelquefois, ce qui est déplorable, c'est qu'elles veulent communier à leur tête, se plaignent de leurs directeurs lorsqu'ils ne sont pas dans leurs sentiments, et demeurent attachées à leurs pensées avec une opiniâtreté lamentable. Il faut à la vérité faire choix avec une grande prudence chrétienne du directeur , et c'est un sujet où il ne se faut jns hâter- 11 faut orenore

»:i YRrs COMPLETES DE BOUDON.

garde qu'il n'ait point d'opinions nouvelles , eontraiies ou écartées de la voie commune des saints directeurs, qu'il soit bien ù Dieu, qu'il ait de l'expérience; et ensuite ilfauttle 1 obéissance.

La mère Marie-Elisabeth était très-souluise dans l'exercice de ses dévotions, dont l'une des plus grandes était à la [lersoniie suradorable du ï^aint-Esprit Dieu. L'on a écrit qu'il faisait toute sa félicité ; et de vrai si c'est le pur amour (]ui fait le bonheur de l'âme dans l'union parfaite qu'il lui donne avec son princi|ie, son centre et sa tin, comme c'est lui qui en est le Dieu, et qui est l'amour même, c'était avec sujet qu'il faisait toute la félicité de celte sainte mère; elle en [larlait souvent, et avec tant de force, qu'elle en imprimait une dévotion toute >ingulière dans les cœurs. Elle voulait qu'on tût recours à lui en toutes choses ; mais surtout jiour obtenir le pur amour. L'on remarque que les âmes qui ont eu une vocation spéciale au divin amour , lui ont été appliquées particulièrement, et l'on devrait beaucoup exhorter à cette application , comme une source des grandes bénédictions du saint amoui'. Je peux dire que j'en ai connu de grands effets , et si je pouvais crier par toute la terre à l'adoration , à l'amour, au culte de cet Esprit-Sainl et intiniment adorable , je le voudrais faire de toutes mes forces en la vertu de celui sans lequel nous ne j)ouvons rien. Il descendit le jour de sa fôte sur notre bonne mère avec tant de plénitude, que les grâces surabondant au dehors, elle en était si transportée qu'elle en jiaraissait comme folle; mais c'était de ces folies dont |:arle la séraphique sainte Thérè>e, qui sont une [ilus grande sagesse que toute lu prudence du monde. Elle vit que c'était par sa très-digne épouse la bienheureuse Vierge qu'il se communiquait à elle, et que sa volonté était de donner ses grâces par son mo.yen. Grande consolation jiour tous ceux qui lui ont une véritable dévotion, et un juste sujet d'espérer de la divine bonté ses plus douces miséricordes. 0 ma bonne et lidèle .-uattresse, qu'à jamais la divine Providence en soit aimée et gloriliée.

Une communication si extraordinaire du Dieu de l'amour et de l'amour de Dieu ne fut pas sans de grands effets. Elle ressentait de si grands élans d'amour qu'elle était contrainte de se jilaindre tout haut de ses divines langueurs, et on l'entendait crier soupirant amoureusement :0 Dieu, que vous êtes bon à ceux qui vous cherchentl qu'un •demi-quart de se^ célestes consolations valait mieux ()ue tout ce que le monde pourrait donner en mille ans. Elle allait et ve- Jiait dans la maison pour se divertir des assauts du divin amour, et pour empêcher qu'ils ne parussent dans cet état, elle paraissait comme un ange, on la vo^-ait dans •une mode>tie ravissante, ses paroles, ses -'ictioiis, SCS gestes animaient un chacun à l'amour de Dieu. Quand elle entendait des exhortations de cet amour sacré, elle se

sentait dans des langueurs divines si pressantes qu'il lui semblait devoir mourir, et elle disait que, si elle eût entendu souvent de ces sermons, elle n'eût pu vivre. Si elle en lisait des livres, comme celui qui a été composé par saint Framjois de Sales, elle fondait en larmes. Oh 1 que ce vrai serviteur de Dieu, disait-elle , avait de grands sentiments de Dieu 1 et s'adressnnt à la fille Paule, elle lui disait : « Paule, il se faut confesser quand l'on ne fait pas usage de ces livres; quelle confusion sera-ce pour moi de ne l'avoir pas fait. »

De cet amour sacré naissait une vénération merveilleuse pour tout ce qui lui appartenait. Dans lecomineniement de l'établissement elle balayai telle-même la chapelle, l'ornait et l'accommodait; elle pliait le linge, et elle exhortait les filles à en faire de même, disant que c'est trop d'honneur que Noire- Seigneur nous fait de nous permettre de lui rendre ce petit service : et noire bon Sauveur lui voulut un jour faire voirie plaisir qu'il lirenait de lui voir dresser un cor|ioral. lille avait un respeclélonnant fiour toutes les choses bénites, et elle assurait qu'elles avaient de grands effets contre les dénions et les sorciers, ce qu'elle savait par sa propre expérience. Elle ramassait lespajiiersoù éiaie::t écrits lesuoms de Jésus et de. Marie, de peur qu'ils ne fussent foulés aux pieds, elelle les baisait respectueusement. L'un des plus célèbres ordres de l'Eglise a pour l'un de ses règlements de prendre garde ànese servir jamais de pa|)iers à aucune usage profane. Le |:ea

d'ammir de Dieu nés

fort ces choses, et

néanmoins c'e^t un dérèglement insupportable parmi les Chrétiens de les voir em- |)loyer des écrits de clioses saintes oii le nom de Dieu se trouve souvent à faire des envelopjies, et à quelque chose de plus profane. Le grand Constantin n'eut pas siiùt reçu la foi, qu'il fit une ordonnance jiar laquelle il était défendu de graver le signe de la croix sur ia terre, de peur qu'il ne fût foulé aux pieds ; et ce premier empereur chrétien ne crut [las que ce soin l'ût indigne de sa majesté impériale. Marie-Elisabeh nonseulcmeiil faisait ramasser les écrits ou jiapiers où les noms de Dieu et de son immainalée Mère se irouvaieiit, mais tous ceux où il y avait la m'^indre manjue de quelque piété. Mais les pratiques du pur amour ne s'entendent guère par ceux qui aiment peu. J'en sais des exemples ail mirables que je passe sous silence, car l'esprit du monde n'en est pas capable.

Enfin son amour élait arrivé au comble de ce que Dieu demandait d'elle. Les démons ont été contraints de l'avouer ; mais après avoir prié Notre-Seigneur qu'il la fît telle qu'il la désirait, il lui fit connaître que sa [jrière élait exaucée. Mais ce qui est bien considérable, c'est que si son amour a été si grand, il a été conlinuel. Dès qu'elle commença d'avoir un peu de lumière, elle commença d'aimer Dieu, dont elle ressentait le feu divin ([ui l'embi-asait ; elle sentait dans sa petite poilrine des feux brûlants que le

Page 1