‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 12 sur 436 · I.IIOM.ME DE DIEU. — PART. I · texte numérisé non relu

I.IIOM.ME DE DIEU. — PART. I

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pngiiie, L'iuis du ToiU. Il dit qu"il j avait un religieux île celle com|inj;iiie si vivement péiiélié «le l'amour du tout aimnble Jésus et dans des désii'S si vi'diéineiits de le voii-, que loute sa corisolation élfiii (lu'il élait lotijours en dani;er de la nioit, et qu'il (louvait espéier cli.iiiuo jour de mourir; en soile qu'il assurait (]ue s'il avait su avec certitude devoir vivre iMi jour entier, relie connaissance aurait été tapalile de le faiie mourir.

Cependant il ne faut jias s'imaginer (pie les désirs de la nioit causés jiar l'amour aient toujours été tels dans ceux qui les ont jiorlés, soil par la crainte naturelle que nous en avons, ou par la crainte sui-natiirelle qui nous en est donnée par les jugements de

Dieu. L'un des plus grands amaïUsdu Fils iie Dieu ijui fut jamais, ie saint .Vpùtre {Pliilipp. I, i'.i , ipioiqu'il désire la dissolution de sou corps pour être avec Jésus-Christ, ne laisse jias d'avoir peur d'être réprouvé a|ircs avoir l'rêclié tant de fois aux autres la science du salut. 8ainl Hilarionqui avait vécu dans une continuelle fuite des créatures, n'aimant que Jésus seul, est saisi de frayeur à sa uiurt; il est obligé de s'encourager saintement pour sortir de cette vie : mais le zèle de l'amour et de l'intérêt de Dieu élevant l'âme au-dessus (Je toute crainte et de tout ))ropre intérêt, il faut (ju'elle s'oublie d'ellemême, pour ne se plus souvenir que de ce qui glorilie son souverain , c'est ce que le jeune homme que le P. Seurin rencontra dans le coche de Houen à Paris, comme nous l'avons dit, lui lit remarquer ; car comme le Père lui parlait du grand jugement, il prit garde qu'il dit plusieurs fois: « Que n'est-ce bienl(jt, que n'est-ce bientôt! » Hé quoi ! mon fière, lui dit-il pour lors, vous voilà tout dans le désir de ce quij a fait trembler les plus grands saints. Il est vrai, mon jière, lui répondit-il, mais ces âmes émincntes en ce temps-là envisageaient leurs intérêts quoique très-saints. Quand on ne voit [dus que l'inlérêt de Dieu, l'on ne songe qu'à ce qui legloritie; et c'est ce qui me fait désirer ie jour du jugeiuent, parce que ce sera le jour de sa gloire sans considérer ce qui m'y arrivera. Or les âmes les plus [tures peuvent bien quelquefois être saisies de iVayeur à la vue de la mort; mais l'amour non-seulement fort comme la mort, mais plus fort que la mort, les fail passer au-dessus de toutes les craintes, pour ne s'attacher qu'au seul intérêt de Dieu seul.

Dans cette vue du seul intérêt de Dieu, ces âmes défirent de mourir dans la cime de leur volonté, quoique quelquefois elles en aient toute la crainte et toute la répugnance (lossible, et (jue dans la partie inférieure même raisonnable, elles en portent une très-grande aversion, u.algré toutes les horreurs de la mort, elles la désirent, (larce qu'elle fera cesser le péché qui n'est jamais entièrement anéanti à l'égard des fautes légères dans la vie [>résente; elles veulent la mort, parce qu'elle éiabliiua le divin amour en sa perfection, et que l'on aimera Dieu nécessairement sans l'inlerruption d'un seul

instant; elles veulent la mort, parce (juo c'est par elle (lue le règne de Dieu sera parfaiteiuciit établi. C"est ce règiiequ(! notre divin Maître nous a ordonné de demander à Dieu son Père dans la jirière qu'il a bien voulu lui-même nous dresser par une excessive bonté. C'est cette venue du Fils de Dieu que l'Esprit et l'Epouse, c'est-à-dire, le Saint-Es|irit et l'Eglise, souhaitent avec tant d'ardeur ; c'est cet avéneiueut (ju'ils veulent ijuc nous désirions avec eux ; c'est dans ce désir ipie se termine toute l'Ecriture sainte : lihuliciiretix les morts qui meurent auSeigneur ! {Apoc. xiv, 13.) Mais c'est une chose bien rare de s'oublier entièrement de soi-même dans ce lem[is-|à. Nous l'avons remarqué autre part : il va des personnes qui, durant le cours de leur vie, sont assez détachées de tout propre i:!lérét, quoique s[)irituel; mais dans le tem|isde la mort elles .s'en occupent et s'en inquiètent. Heureuse l'âme dans cet ('lat, (]ui s'écrie avec le Psalluiste : Que veux-je au ciel, que veux-je en la terre, sinon vous le Dieu de mon cœur et ma part éternelle ? [Psal. lxxii, 23 )

C'est la disiiositioQ dans laiiuelle le P. Seurin a vécu et est mort: « Non, disait-it, le monde n'a rien qui me contente, rien qui me retienne. » .Mais son dégagement allait jusqu'à son propre intérêt le plus saint, comme nous le verrons avec le secours divin. Dans cetre liberté il regardait la mort dans une paix inelfable ; et sa pensée, à ca qu'il assurait lui causait une consolation })resque insupiiortabie, quoique ses péchés d'autre part lui donnassent la crainte : ils n'étaient pas bien grands, puisi|ue, comme il a été rai)])orté ci-dessus, il avait toujours conservé son innocence baptismale.

.Mais des imperfeclions qui ne paraissent que comme des atomes aux yeux des autres,, sont vues des saints comme de grosses montagnes; cependant s'élevant au-dessus de toutes les craintes, il écrit à la mère Jeanne des Anges : « J'ai peur du moment de la nouvelle de ma mort au temjis que Notre- Seigneur voudra qu'elle me soit apportée, comme d'un coup qui me doit donner un trans[iort de joie, contre lequel je ne sens point de forces suflisantes dans la nature. » Or, ces dispositions n'étant pas à l'âme la jiarfaite inditléreuce à l'éganl de la vie et de la mort, ne voulant jamais rien par aucun propre (lésir ; ainsi l'homme de Dieu est ]irêl à vivre, est prêt à mourir selon ie bon plaisir divin; mais sans rien [lerdre de son entière indifférence, il se lai^se aller aux justes mouvements que son amour de Dieu et le zèle de ses intérêts lui donnent.

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