‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 120 sur 436 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le triomphe de la croix dans sa solide et

incomparable dcvotion à l'immaculée Mire

de Dieu.

Les grandeurs de la bienheureuse Vierge sont lies abîmes où il faut (|uc tout esiirit se perde ; car qui pourrait jamais '.comprendre son élévation glorieuse à la qualité de Mère de Dieu. Que le grand Dieu des éternités prenne un corjis du pur sang d'une Vierge, qu'il se lasse homme dans ses entrailles, qu'il lui soit assujetti, comme nous l'apprenons de sa divine parole, c'est ce qui surpasse toute pensée. Ainsi ses (-.riviléges sont inelFables, puisqu'on ne peut pas même les concevoir. Mais toutes ces grandes et étonnantes grâces sont des ellets du pur amour de Dieu envers elles. Ce sont autant de voix qui nous crient que si elle a été la plus privilégiée de toutes les créatures dans les dons qu'elle a reçus du Dieu de toute bonté, elle en a donc été la plus aimée; et voilà le solide fondement de sa dévotion, l'amour d'un Dieu devant servir de règle au nôtre. A'oilà la source de tout le culte que les saints lui ont rendu, et si leur amour a été rare, a été grand, a été extraordinaire pour cette Mère du bel amour, c'est parce qu'ils ont été unis extraordinaircuienl à Notre- Seigneur Jésus-Cbrist. Mais comme tout l'amour de Dieu est l'un des fruits princi-. |iaui de la croix, dans l'amour rare qu'ils ont eu pour notre bon Sauveur, et par suite pour son immaculée Mère, car on ne les peut séparer, l'on peut dire que la croix a triomphé. Disons donc que la croix a rem[)Orté de glorieux triomphes dans l'amourde Marie-il isabeth pour la très-glorieuse Vierge.

ISous avons dit dans le titre de ce chapitre que sa dévotion pour cette souveraine des anges et des hommes était incomivirable ; et nous ne parlons de cette manière qu'après de grands personnages qui l'ont ainsi pensé. L'on a écrit qu'il n'était pas i)Ossible de l'expliquer : et un religieux de grande piété et de grande doctrine, qui l'a beaucoup connue, en a écrit ces paroles. Pour ce qui est de sa dévotion envers la sacrée Vierge, c'est ce qui surpasse toute créance. Ce|)endant nous ne pouvons nous taire dans un sujet qui nous touche vivement le cœur, et dont nous parlons toujours avec une joie qui nous ravit, et dont nous ne nous lassons jamais de parler. O ma Reine et bonne Maîtresse, je voudrais avoir en mon pouvoir toutes les bouches, et toutes les langues des hommes pour publier par toute la terre que vous êtes la tout aimable, pour annoncer les bé-

OEuvr.ES COilPL. DE BOLDOX. 111.

nédictions et les grâces (pii sont attachées à votre sincère dévotion, pour y exhorter tous les peuples, pour annoncer la grandeur de votre nom à toutes les nations de la terre, jiour crier partout à votre pur amour. Au moins est-ce le dessein ijue la divine Providence me donne en écrivant ces lignes de presser les cœurs do vous aimer, et de |)resser fortement le mien avec les autres, alin que tous ensend)le nous vous aimions, et que nous aimions Jésus dans votre anlour ]iour un jamais. .Mais paice i]ue, Ci ma glolieuse dame, tout l'amour i]ue nous pouvons avoir i)Our vous est bien (leu de chose, faites ([ue nous vous aimions plus fortement, et (jue nous croissions toujours de plus en plus dans votre saint amour à l'imitation de voire bien -aimée fille, dont nous écrivons le zèle pour votre gloire.

Dès sa jeunesse elle avait une tendresse amoureuse accompagnée d'une entière contiance envers la glorieuse Vierge, laquelle elle regardait comme sa chère maîtresse, et comme sa bonne mère; c'était là tout son asile. C'est dans le sein de cette mère d'amour t|u'elle déchargeait avec liberté toutes ses petites détresses, c'est entre les bras amoureux de cette sainte mère qu'elle se jetait, abandonnant à ses soins toute la conduite de sa vie; c'est sur son béni cœur ([u'elle se reposait parmi tant de maux qui laffligeaient, et au milieu des tempêtes dont elle était agitée : et cette dévotion a pris des accroissements de jour en jour jusqu'au dernier période de sa vie. Oh 1 qu'heureuse, et mille fois lieureuse la personne qui commence, continue et achève sa vie dans le chaste amour de la très-pure Vierge, elle ne conféra que des jours de grâces, tous les temps de sa vie seront de.s temps de miséricorde. Le Seigneur bénira et couronnera SCS années de biens , ses jours seront tous riants par l'abondance des faveurs divines, dont ils seront remplis. C'est là qu'il répand ses bénédictions , et donne une vie éternelle.

Car , que pourrait refuser un tel fds â une telle mère. L'amour qu'il a pour elle ne lui permet pas de lui dénier rien de tout ce qu'elle lui demande; et comme elle est la reine et la mère de miséricorde, elle ne rerejette personne de celles qui s'adressent à elle avec un cœur contrit et humilié. C'est de là que les saints ont dit, et que le reste des fidèles disent avec eux, que jamais il n'a été ouï que personne ait eu un sincère recours à cette très- pieuse Vierge , et en ait été délaissée. Son cœur, le plus doux, le plus obligeant, et nous l'avons déjà bien dit, le [ilus charitable de tous les cœurs après le cœur de Jésus, n'est jamais fermé, les plus misérables y trouvent un accès favorable. O sainte Vierge, qui pourrait raconter vos miséricordes ! De là vient que notre zélée servante de cette auguste reine, exhortait tout le monde à y avoir recours. Elle disait , si les gens qui" ont des affaires d'une dernière conséquence, comme lorsqu'il s'agit de leurs biens, de leurs honneurs et de leur vie, sont

toi

œiYIŒS COMI'LKTLS DE IJOUDON.

in

ravis de les luellre entre les mains du plus ftmeux avocat que l'on imisse trouver, comment ne devons-nous pas mettre les nôtres entre les mains de la puissante Mère de Dieu, qui a tout cré'ilit au[irès du Roi des rois, et du Souverain de toutes choses , et qui nous aioie plus que nous ne l'aimons , et fait plus pour nous que nous ne lui demandons. Ali donc, s'écriait-ellc, que ne lui confions-nous tous nos besoins, que ne l'iiivoquons-nous à toule heure , que n'imjilorons-nous ses assistances en toutes sortes d'occasions.

Oh! si l'on savait !e pouvoir qu'elle a auprès de son cher fils. Elle dispose de tout, Dieu veut tout accorder par elle (et en cela elle jtarlait avec les pères et les docleurs de l'Eglise), dans le corps mystique de l'adorable Jésus c'est elle qui en e.^t le cou, ce divin Chef fait couler par elle toutes les intluences qu'il répand sur le reste de ses membres. Elle est plus devant Dieu Cjue tous les anges, elle est plus devant Dieu fjue tous les saints , qui sont , et qui seront jamais. Oh! avec quel amour assiste-t-elle les hommes, et est elle prête de les assister! 11 faut s'adresser à elle en toutes choses , et dans les moindres ;oh!si l'on savait l'amour que Dieu lui porte , c'est une chose qui ne se peut concevoir. C'est de la manière que parlait cette zélée servante.

Elle en parlait de la sorte par l'heureuse eï(>érience qu'elle avait de ses secours; ce qui lui faisait dire à il. d'Allamont , dont il a été parlé ici devant, et qui a été l'un des supérieurs de sa maison de Nancy. Je me trouve merveilleuseuient bien de m'adresser à la Mère de Dieu en toutes choses, et dans les moindres de la maison , et infailliblement elle m'assiste et est jnête à me secourir; faites la même chose, et vous éprouverez infailliblement son assistance. Oui , la protection de cette puissante reine du ciel vaut mieux que la possession de cent mille mondes ; j'espère bien que nos filles lui seront toutes dévouées, ce qui est arrivé avec des succès inénarrables.

Comme un jour elle disait le Salve Reyina, quand elle fut à ces jaroles, Eia ergo advocata nostra , elle vit la très-sacrée Vierge se prosteiner aux pieds de son Fils, faisant l'ollice d'avocate pour elle, et pour tous ceux qui le récitaient avec elle; et elle lui fit voir qu'elle était plus prête à faire des grâces , qu'on n'était à lui demander. Aussi est-ce une chose merveilleuse , qu'avec toute l'application qu'elle avait à celte mère de toute bonté, le recours fréquent et ordinaire à ses miséricordes, des voix célestes ne laissaient pas de lui dire souvent, f}u'elle ne s'adressait pas encore assez à elle; qu'elle et ses amis y devaient iieiiser davantage. Comme ils l'invoquaient tous comme leur bonne mère, elle lit voir que ce lui était une chose fort agréable de l'invoquer sous celle qualité , et qu'elle ne désirait rien tant que de se montrer leur bonne aière. I^t un jour l'invoquant de la fcoile. cl ré;ilanl trois fois le verset, Monslra

le esse malrem, h la [iremière fois , la Irèssainte Vierge lui montra une iirotection vraiment maternelle ; et à la troisième elle lui fit des caresses tout extraordinaires.

Cette glorieuse reine des anges parlant d'elle à une sainte âme l'appelait sa fille: et de vrai, elle en a eu des soins que la meilleure des mères ne pourrait jamais prendre de ses enfants, soit dans les instructions (lu'elle lui a données , et Uans la corrections qu'elle lui a faites; soit dans les caresses dont elle l'a honorée , et dans les assistances qu'elle lui a rendues. Elle l'a bien voulu instruire comme une bonne et sage mère son enfant; et [lour ce sujet elle lui donna de grandes lumières de l'élernité, lui faisant connaître la vanité de tout ce qui se passe; car dès lors qu'une âme est bien pénétrée de ces vérités, il lui est aisé de méjiriser le monde, et toutes les choses du monde, et ce lui serait une étrange peine de s'occuper d'autre chose que de Dieu. G aveuglement, ô aveuglement des hommes qui s'amusent aux choses périssables, et qui sont tout dans l'oubli de ce qui ne finira jamais. Mais parce que le péché est la cause d'un aveuglement si funeste, elle lui en découvrit rim|)ortance, et qu'il n'y avait rien qu'il ne fallilt faire pour empêcher la plus légère des offenses contre Dieu ; surtout que les rechutes étaient très-dangereuses , et qu'il fallait bien prendre garde de ne pas retourner en arrière : aussi la divine parole nous apprend que celui qui retourne en arrière est destiné au glaive. C'est ce qui faisait dire à celle mère d'amour qu'elle aimail bien qu'on la priât pour obtenir le don de persévérance : et elle lui dit qu elle avait été faite Mère de Dieu pour ètie l'avocate des hommes, qu'elle retirait bien des âmes qui étaient presque perdues, que plusieurs qui sont damnées avaient reçu des grâces singulières par son moyen , qu'elle tendait les mains à tout le monde, ne rebutant personne pour misérable qu'elle pût être ; qu'à son imitation il fallait avoir une grande chalité pour les pécheurs, qu'il les fallail faire revenir doucement et avec beaucoup de patience; que la miséricorde lui était agréable, que son fils et elle la demandaient, qu'ils voulaient que l'on eût grand soin des filles pénitentes, qu'on leur donnait un singulier contentement quand on les recevait, qu'il fallait beaucoup en supporter, et n'être pas facile à les laisser soi tir ; que ce leur était une chose fort agréable de leur recommander les pauvres âmes du purgatoire

Elle lui découvrait les grands biens des souU'rances, (lue son fils bien-aimé tenait compte de toutes, que rien n'était perdu pour le ciel ; ainsi quelquefois lui promettant de lui donner quelque consolation, elle lui procurait des moriiiications, c'est ainsi (jue cette reine des lumières parlait des croix. Et après lui en avoir bien procuré, elle l'avertissait de se préparer à de nouvelles, comme si toutes celles qui lui étaient arrivées n'eussent encore été rien. Les démons dans lei temps de sa possession, forcés

Li: TUIOMPIIE DE LA CHOIX. — rAUl. III.

par l'nutorité de l'Rglise, ilisaiciil que la tiC's-sainle Vicri^o oxer(,ail ceux qu'elle aimait; et lor.scju'olle éluit allli^^L'C de maladies, il» lui donnaient de reiidion|ioint |ioiii' cm|i6(,lier que Ton ci-ût (Qu'elle soullVil t.iiil. l.a liienlieureuse Vierij;e l'instruisait dans les voies les plus saintes de la pcrl'eetion , lui a['iirenait h renoncer à loute propre volonté, que c'était en cela (lu'eiie était sa vérilaltle lille ; et qu'enl'ui c'était Dit'u seul qui devait être la lin tie tous les amours , et (le tous les honneurs (ju'on lui rendait. Le pur amour (jui rèj^ne souverainement ijans son saint cœur, ne lui permettait pas de donner une autre instruction : et si vivante dans celte terre d'exil, où l'on ne voit (ju'auuisenicnt des créatures, jamais elle ne s'y est rien approprié, à plus l'orle raison" régnante dans le ciel, où Uieu seul est toutes choses en tous, elle ne s'arrêtera personne. Aussi est-il vrai (lu'elle n'est qu'un moyen }>our arrivera notre lin, qui est Dieu seul; si l'on va à elle, c'est pour aller a Dieu; mais l'on ne lait cpic [lasscr par elle pour arriver à notre hn. Elle ne prend les âmes que i)0ur les donner à Dieu, elle ne les re- <;oit que pour les y conduire. C'est donc Dieu seul qu'il faut chercher en elle, comme dans tout le reste des choses. C'est lui que l'on honore dans ses honneurs, (ju'on loue dans ses louanges, à qui l'on rend grâces en la remerciant, que l'on aime dans l'amour qu'on lui porte. Lorsqu'on aime la Irès-sacrée \"ierge , c'est iiour l'amour de Dieu, quand on aime Dieu, c'est jjour l'a- KiOur de lui-même.

Mais si cette mère toute rl'amour voulait bien l'instruire comme sa fille , elle la corrigeait aussi dans ses [jetits manquements. Elle la reprit un jour la voyant abattue ; car comme il a été dit, l'abattement ne vaut rien à rien. Une autre fois , uexergant pas assez la miséricorde, elle lui parut irritée; et c'est la seule fois qu'elle s'est montrée à elle de cette manière. C'est que celle qui a engendré celui qui est la miséricorde même, ne demande que miséricorde ; et les cœurs durs et rebutants ne doivent pas |)rétendre grande part à ses faveurs. Elle l'a honorée par des grâces surprenantes, par des caresses admirables , et lui a témoigné toutes les tendresses de la plus douce des mères, aussi lui parut-elle comme un Océan immense de grâces. Récitant quelquefois son chaitiir let, elle disait le Miserere avec l'Oraison dominicale, et après la Salutation angélique à chaque fois : mon Dieu, je me donne et me fie toute à vous, qui vous êtes abandonné tout à nous.atin que nous nous donnassions tout à vous. Et pendant ce temps-là elle voyait la mère de miséricorde prier son fils de le recevoir, et le fils accepter son of- Irande. Mais la mère d'amour l'embrassait tendrement toutes les fois qu'elle récitait la Salutation angélique. Nous avons déjà dit qu'elle lui avait mis entre les mains son saint enfant. Elle l'encourageait au luilieu de ses peines, et en de certaines occasions où le ciel semblait être de bronze pour sa

servante, elle le faisait fondre dans une pluie de consolations. Elle se montrait souvent h elle, et durant ses voyages elle en prenait un tel soin, qu'elle lui disait tout ce ipi'clle devait faire, jus(|ue dans les moindres choses. Nous trouvons iilusieurs exemples de ces bontés de la Mère tle Dieu dans la vie des saints ; et il n'est pas dillicilo do les croire à des Chrétiens (]ui ne j)euvent douter iju'un Dieu s'est fait îiominc, qu'il a conversé visiblement et familièreinent avec les hommes, et (pi'il demeure avec eux jusqu'à la cùiisouimation des siècles, leur donnant son coi'ps et son sang en nourriture , comme il a déjà été remarqué.

Faisant voyage , et étant en bateau sur le Rhône, il s'éleva une tempête ijui les mit en danger de périr, mais sa bonne mère vint aussitôt au secours, et lui promit que ni elle , ni personne de sa compagnie , ne perdraient pas un seul de leurs cheveux , ce qui arriva. Etant un jour malade, et ses inlirmières aussi, et n'ayant jiersonne qui la put assister dans sa chambre durant une nuit, elle vit la très-sainte Mère de Dieu qui, s'apiirochant d'elle, lui mit sa main sacrée sur sa tête, ce qui lui apaisa aussitôt toutes ses douleurs. Elle passa le reste do la nuit avec sa chère fille, et je laisse à penser avec ijuelle consolation. O mon cher leeteur, si nous savions ce quecette douce mère lui dit, et ce qu'elle dit à une si bonne mèrel Si nous savions les saintes joies du paradis dont l'âme de Marie Elisabeth fut comblée dans l'honneuriioniiareil de la conversation qu'elle eut avec celle qui en est la reine 1 Mais sachons au moins combien le ciel est libéral, et celle qui en est la dame de leurs célestes faveurs à ceux (lui se sèvrent des consolations vaines de la terre. Ah! qu'il est doux de se priver des douceurs de la vie, qui dans le fond ont bien de l'amertume, pour jouir des pures joies que notre bon Sauveur, et sa très-digne mère accordent avec tant de bonté Ohl si les mondains connaissaient ce qui se passe dans les communications divines aux saintes âmes 1 s'ils connaissaient le bonheur de ces gens qui à leurs yeux paraissent si misérables ! 0 mon Seigneur et mon Dieu, 6 bienheureuse Mère de Dieu, ma glorieuse et bonne dame, si les personnes du siècle savaient un peu ce que c'est que de vous servir en esprit et en vérité, elles quitteraient bientôt leurs malheureux amuseuients auprès des créatures.

La sainte Vierge servait ainsi de mère à Marie-Elisabeth, l'instruisant, la consolant, et la caressant avec destendresses inell'ables : mais elle lui servait de puissante et fidèle protectrice, la défendant contre toutes les op|iositions que le monde et l'enfer lui faisaient, et particulièrement la soutenant contre les démons qui la combattaient avec plus de force, et avec plus de rage, et particulièrement lorsqu'elle pratiquait quelque dévotion en l'honneur de sa très-douce mère, il n'est pas croyable les maux qu'ils lui faisaient pour lors soutlrir, ce qui marque as-

ŒUVRES COMPLETES DE BOL'DON

sez lombieii ils ont vu liorreur la dévotion delà très-pure Vierge, couil)ien elleestai^réable à Dieu, avantageuse aux liouuues, et redoutable à l'enfer. Quand elle était plus appliquée à cette souveraine du ciel, c'était pour lors qu'elle endurait plus de [leine, et que ces malheureux esprits la tourmentaient oavantage: et elleremarquaitque lorsqu'elle s'oubliait de s'adresser à elle, ses uiaux cessaient, et les diables lui dirent (ju'ils ne la travailleraient plus, si elle désistait de cette application. Nous rapportons dans le livre des Avis catholiques touchant la véritable dévotion de la très-sacrée Yicrye, quelque chose de i)areil au sujet d'un solitaire, qui était cruellement tenté par les démons, car ils lui promirent qu'ils cesseraient de le tenter s'il voulait bien, pourvu qu'il cessât d'honorer l'image de Marie, Mère de Jésus. Mais cet ermite a.yant appris la chose au saint abbé Théodore, il lui donna avis qu'il lui serait plus expédient d'être exposé aux tentations les plus infâmes, que de manquer h aucun des devoirs de religion qu'il )iratiquait en l'honneur de la très-sacrée Vierge devant son image ; et de vrai, quoique les tentations au sujet de l'impureté dont était combattu le solitaire, soient des jikis dangereuses ; ceitendant il est certain qu'il n'y en a point de plus terribles, que celles qui portent au relâchement de la dévotion de la très-sainte Vierge. Cet exemple est rapporté dans l'action quatrième du second concile de Nicée, qui mérite bien la réflexion de ceux qui directement, ou par des manières secrètes n'approuvent pas les pratiques de dévotion envers la Mère de Dieu, soit i)ar l'opposition qu'ils y ont, qui est une malheureuse marque, soit parce qu'ils ne les gofitent pas. La véritable serrante de la reine des anges avait trop de fidél-ité pour son service pour s'en relâcher en rien, quelques peines qui lui en dussent arriver, aussi lorsque les démons menaçaient de se servir tie toutes leurs ruses, et de toutes leurs forces pour la combattre, les saints anges disaient que la sainte Vierge l'assisterait à proportion, et qu'elle détruirait toutes leurs embûches : et ces misérables esprits s'écriaient : « Sans Marie nous ferions bien d'étranges choses. » Les intirmières qui la gardaient pendant ses maladies entendaient quelquefois ces esprits d'enfer d'une manière sensible qui la menaçaient, et elles entendaient à môme temjis des voix qui disaient : Marie la protège. Quand elle prononçait le nom de Marie avec celui de Jésus, ces cruels esprits marquaient une furieuse rage, et ils la tourmentaient l»eaucou[(. Mais les saints anges l'exhortaient à l'amour, et h. la dévotion de la très-pure Vierge, et de s'adresser à elle dans tous ses liesoins; et eux-mêmes lui présentaient avec de grands respects.

KHu lui parut un jour dans une majesté admirable, couverte d'un manteau bleu céleste, étendant ses mains pour recevoir les personnes qu'elle lui adressait. Elle lui assura qu'elle assisterait de certaines [)erson-

ncs qui avaient soin de sa maison en toutes leurs adversités, et généralement dans tous' leurs besoins; t|ue si néanmoins il leur arrivait quelque adversité que ce serait pour la gloire de son Fils, et leur bien; et elle prenait soin non-seulement de ce qui latoucliail, mais encore de ce qui regardait ses amis. Oh! qu'il est doux de servir à une si bonne maîtresse! elle se montra à elle dans son pèlerinage à Notre-Dame de Liesse, et lui promit que la volonté de Dieu s'accomplirait en elle: ce qui la toucha si fort qu'elle fondait en action de grâces, et invitait tous les anges et les saints à en chanter des cantiques en action de grâces, et en reconnaissance d'une faveur si signalée, dont elle ne pouvait jamais assez remercier la divine bonté. Enlin la glorieuse Mère de Dieu, |)arlant d'elle, disait qu'elle était son ouvrage; ce qui a bien paru par les soins contiimels qu'elle a pris auprès de son cher Fils.

Mais si l'aimable Vierge a toujours eu pour ^Llrie-Elisabeth un amour de la meilleure des mères, Marie-Elisabeth a toujours eu [)0ur elle tous les respects et toutes les tendesses d'un bon cœur d'une véritable lille. Elle ne commençait jamais rien qu'après s'être adressée à son cœur maternel. Auparavant les lectures, et' ouvrages, elle la saluait toujours par la Salutation angélique, soit en public avec la communauté, soit en particulier. Quand il fallailfaire quelques neuvaines, entreprendre quelque voyage, elle voulait toujours les commencer le samedi, témoignant qu'elle recevait ces jours-là des grâces singulières: ainsi elle disait, je commence volontiers toutes mes affaires en des jours détiiés en l'honneur de la Stjcrée Vierge, et je m'en trouve bien. Lors- (]ue je fais entreprendre quelques choses à nos religieuses, ces jours-là, elles réussissent mieux.

Elle faisait mettre ses images sur toutes les fiortcs, la reconnaissant pour la dame et la protectrice de ses maisons. Mais particulièrement elle en fit poser une dans sa place au chœur , pour marquer que c'était elle qui était supérieure. Elle lui présentait toutes les clefs de la maison, et elle vit qu'elle acce|itait son otfre , et qu'elle se chargait de tout le soin. Pendant que les forts esprits de la terre , qui traitent toutes ces pratiijues de menues et petites dévotions, (Bt que quehiuefois ils s'en raillent, le ciel prend (ilaisir à rendre témoignage de son agrément. Ainsi dans une occasion pareille à celles dont je viens de parler, sainte Thérèse ayant fait mettre à la place de la prieure au chœur l'image de l'admirable Mère de Dieu , elle la vit en prendre possession avec une multitude d'Esprits célestes qui l'accompagnaient, et elle lui dit, tu as bien fait de mettre mon image eu la place. C'est une sainte pratique de remettre entre ses mains tout ce que l'on a de considérable, l'en faisa'.it la maîtresse ; et c'est avec l'édification de l'Eglise, et pour lebonheurdu royaume que le roi très-chrétien , Louis treizième de glorieuse mémoire, lui a olîerl tous

LE TIUOMI'IIE DE LA CROIX. — l'AUT. 111.

ses Ktnls ; otTrarule qui a él6 rc'iiouveli''u par Louis qualorziciuc lieureuseaiuMit léguant.

Souvent Marie-Elisabeth tenait quehjue image de la Mfre tle Dieu entre ses mains qu'elle liais.iil avec des lentiresses que l'on ne (leul expliquer. Elle en avait fait taire une petite en cire qui la représentait dans son en- »anc'C. Elle la caressait et lui parlait amoureuseiuent avec des sentiments nonpareils. Elle tressaillait de joie en la voyant, et dans de saints mouvements extérieurs qu'elle ne jiouvait contenir. On la voyait jeter les yeux continuelleiiient sur cette image avec des élans d'un amour suprenant. Les démons ne pouvaient supporter ces dévotions, et ils lui en témoignèrent leur rage lui débuilant les os, lorsqu'elle préparait un autel pour la placer.

Elle célébrait ses fôtes avec une dévotion indicible, mais elle avertissait que pour les dignement célébrer, il fallait renoncer à tout amour-()ropre, qui se glisse souvent quoique quebpieiois imperceptiblement dans les meilleures choses , particulièrement quand ce sont choses extérieures , et que les sens y ont quelque part comme dans la solennité des fêtes. Elleavait reyu cet avis delà Mère de Dieu même qui lui avait déclaré le jour de la fête de son Annonciation qu'elle désirait que l'on célébrât les jours qui lui sont consacrés avec un détachement de toutes choses : et de vrai pourquoi faisons-nous toutes nos solennités , si ce n'est pour aller à Bien ! et seraitce les faire dans son es|)rit que de s'y prendre par attache qui nous arrête à nousmêmes. Les démons cefiendant marquaient leur rage de tout ce culte de celle qui les a détruits; ce qu'ils tirent voir un jour particulièrement lorsque les religieuses se disposaient pour orner l'autel pour la fête de la triomphante Assomption de notre Dame. Elleavait une dévotion spéciale à son immacalée conception; et certainement l'on peut dire dans ces derniers temps que c'est la dévotion commune de tous les saints. Si dans le commencement de l'institution de la fête quelques-uns s'y sont opposés, c'est que pour lors la vérité de ce mystère n'était pas encore assez éclaircie, mais présentement que toute l'inclination des ûdèles y est portée , que l'Eglise a approuvé des ordres tout dédiés à ce mystère, qu'elle donne ses indulgences et favorise de ses grâces ceux qui l'honorent; que le ciel en tant d'occasions s'est déclaré sur ce sujet par des révélations anthentiques faites à différentes j)ersonnes d'une sainteté reconnue, que grand nombre de miracles se sont opérés en sa faveur, que les plus célèbres facultés de théologie le soutiennent, je ne vois guère de moyen de n'entrer pas dans un sentiment si généralement reçu , et si universellement approuvé du ciel et de la terre : et au moins puisqu'il est en la liberté de le suivre , comment dénier à la reine des anges et des hommes une chose qui est si fort à sa gloire! J'écris ici avec joie, voulant prendre plus de

part i|ue je ne saurais ilire à tout ce qui regarde les sacrés inlérêls de ma bonne maîtresse , qu'étant allé, il y a |ieu, dans une communauté de saintes religieuses, elles m'ont assuré (pi'élantextraordinairement incommodéesde vermine, en sortemême qu'elh; paraissait au dehors sur leurs habits, et a.\ant ilessein d'honorer d'une manière spéciale le mystère de l'ImmaculéeConception de Notre- Dame voulant embrasser l'institut qui lui été dédié, leurs supérieurs agréant ce changement et l'autorisant, la mère abbesse pria la très-pure Vierge, si ce changement était agréable à son Fils, de leur en donner quel- (jues marques par la délivrance de la vermine dont la communauté était très-incominodée, et cette jirière ne fut pas sans elTel, car dejiuis ce temps-là toute la communauté en a été entièrement délivrée., avec des circonstances qui font voir sensiblement que (;'a été un miracle opéré par la toute-puissance de Dieu en faveur du privilège du mystère de l'Immaculée Conceiition de sa toute sainte Mère.

Un jour notre digne fondatrice vit Notre- Seigneur, qui disait qu'il bénirait tons ceux qui se préparaient à célébrer les fêtes de la bienheureuse mère, et qu'il les comblerait de nouvelles grâces; et il lui fut révélé qu'il fallait bien prendre garde à ne se pas relâcher dans sa dévotion. Et certes, comme elle est une sou.-^ce de toutes sortes de biens à tous ceux qui la conservent avec lidélité, elle devient une occasion de grands malheurs à ceux qui s'en retirent. La sainte personne dont nous écrivons l'a servie tous les jours de sa vie et jusqu'au dernier moment avecuneconfiance entièie,ce qui lui donnait une paix immuable, ce qu'elle titbien voirlorsque la peste faisantde grands dégâts dans Nancy , et environnant sa maison, elle dit : Je ne crains rien, notre maison est la maison de Notre-Dame , et elle nous tient sous sa protection; et en efl'et elle fut préservée de la peste, et tous les amis de la maison aussi, comme elle l'avait prédit. Tant de secours, tant de grâces reçues lui pénétraient entièrement et l'esprit et le cœur; c'est pourquoi i'on a écrit que lorsqu'elle parlait de sa bonne mère, il semblait (]ue sa bouche distillait le miel et le lait, et quand elle en entendait parler, on la voyait tressaillir de joie, et en des mouvements qui la ravissaient. Finissons ce chapitre par une vue extraordinaire qui lui fut donnée de quelques âmes décédées qui lui témoignaient leur regret de n'avoir pas eu assez de dévotion pour une Vierge mère, qui demande avec justice la vénération et l'amour de toutes les nations du monde.

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