‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 121 sur 436 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le triomphe de la croix dans sa dévotion aux unijes bienheureux et aux saints.

La sainte croix quia remporté de glorieuses victoires en Marie-Elisabeth par l'union intime qu'elle lui a causée avec l'adorable Jésus et sa très-sacrée Mère, par une suite nécessaire a triomphé pareillement dans

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

MO

celle qu'elle lui a donnée avec toute la cour céleste ; car enfin c'est la doctrine de tous les saints, que la croix est la cause de toutes les grâces. C'en a été une grande à la digne Mère dont nous parlons, l'alliance s|iéciale qu'elle a eue avec les anges du ciel et les saints. Celui qui vient do la terre, dit saint Jean-Baptiste, est de terre, et ce qu'il dit tient de la terre. Les hommes attachés aux faux plaisirs des sens ne goûtent et ne voient rien que de sensible, et la foi qu'ils ont reçue n'a presque point d'usage en eux. L'être de Dieu remplit toutes choses, et est j'artout, et partout l'homme sensuel ne le voit point, ne s'en occu(ie i)0int, se com[iorte et agit comme s'il était bien éloigné. Les anges du ciel se trouvent de tous cùlés en notre terre, et quand il n'y aurait que ceux qui y gardent les howmes, il s'en rencontrerait en toutes sortes de lieux, l'homme animal n'y pense non plus que s'il n'y en avait point, les choses matérielles l'occupent entièrement, en sorte qu'il ne se contluit que par la chaiif et le sang, il ne vit que d'une vie purement naturelle.

Cependant nous sommes citoyens avec les sainis et domestiques de Dieu (Ephes. ii, 19), et noire conversation doit être toute céleste. {Philip. 111, 20.) Malheur à nous que Dieu ayant appelés dans sa lumière admirable , comme (larle l'Ecriture, demeurons toujours ensevelis dans les ténèbres et tians l'ombre de la mort. [Luc. i, 79.) Jusqu'à quand aurons-nous les yeux fermés aux divines clartés du soleil de justice? Mais ces ténèbres dureront autant que l'attache aux choses périssables. C'est une chose bien rare de trouver dans le monde des personnes qui aient les yeux ouverts à ce qui se passe dans le monde de la grâce , et il n'y a rien de plus commun que la lumière des choses spirituelles parmi les personnes vraiment détachées. C'était dans cet état de séparation de l'esprit et de l'amour du siècle que Marie-Elisabeth avait tant d'alliance avec les anges bienheureux et les saints, et qu'elle avait pour eux une dévotion si spéciale.

Elle avait des respects très-grands et un saint amour pour tous les neufs chœurs des anges; et il est bien juste, à raison de leurs grandeurs et de leurs excellences qui sont admirables, à raison du zèle qu'ils ont tous témoigné pour les intérêts de Jésus-Christ dès le commencement du monde lorsqu'il leur fut révélé, à raison de leur union intime avec Dieu, et parce qu'ils sont tous esprits fervents comme parle l'Apôtre, (/(ow. XII, 11 .) Il n'y en a donc pas un seul de toute cette troupe glorieuse, de toute la multitude de ces esprits sublimes qui ne se peut compter, qui ne doive être un sujet de nos vénérations et de nos amours; et si nous étions un peu plus dégagés de la matière, souvent nous converserions avec ces es[)rits célestes, nous aurions de saintes unions avec eux, nous nous y joindrions par des amitiés inviolables. Quelquefois nous irions en esiwit nous élevant jus(iu'à la première iiiérar-

chie, nous y verrions les séraphins , '■es minisires que Dieu rend des flammes de feu ; nous y fondrions nos glaces au milieu de tant Ue feux sacrés dont ils brûlent si divinement, nous nous enflammerions dans l'ardeur des divins brasiers qui les consomment, nous y apprendrions les belles voies du pur amour, ah 1 nous les pririons de nous donnei- quelque i>art à leurs célestes flammes. Ce sont à [irofirement parlerles puissants avocats du divin amour, qui veut en avoir doit avoir une grande dévotion aux séraphins, doit penser, doit converser souvent avec eux. Ahl que ces es[)rits sont aimants et qu'ils sont aimables 1

Nous y verrions les chérubins, ces esprits sublimes de la science sacrée ; nous y ap|irendrions avec eux qu'il n'y a rien de semblable à Dieu, que ses grandeurs surpassent toutes pensées ; nous nous laisserions jiénétreraux divines lumières, qui dans la manifestât ion des excellences de la Divinité, nous feraient dis[)araitre la terre, où nous ne verrions plus que son rien, pour être uniquement appliqués au grand tout du Créateur. Il faut avoir recours à ces esprits pour avoir l'entendement purgé des erreurs qui régnent presque partout. Nous y verrions les trônes, les esprits de paix, et dans la vue du repos inaltérable dont ils jouissent, parce qu'ils sont entièrement unis à Dieu et entièrement séparés d'eux-mêmes , nous saurions que pour n'être jamais troublés, au moins dans le fond de l'àme, pour vivre dans une tranquillité iiilérieure immuable, il faut être tout à Dieu seul, et n'être plus rien à nousmêmes, ni à aucune autre créature. La dévotion à ces bienheureux esprits est un grand moyen pour obtenir la paix de Dieu.

Nous passerions de la première hiérarchie à la seconde pour y remarquer dans les dominations un empire dont toutes les monarchies delà terre n'en jjeuvent donner aucune idée ; car quel rapport de nos ténèbres aux lumières célestes; et nous connaîtrions que ces intelligences glorieuses régnent avec Dieu, piarce qu'elles lui ont toujours été parfaitement assujetties. O heureuse dépendance qui nous élève à un si noble empire. On doit les jn-ier j^our l'assujettissement de nos passions et de tout ce que nous sommes au grand maître de toutes choses. Nous y remarquerions les vertus, dont la divine Providence se sert f'our of.érer de grandes merveilles, et dans l'ordre de la grâce, et dans l'ordre de la nature. 11 faut avoir recours à ces intelligences pour marclier généreusement dans les voies de la perfection, dans les calamités [.ubliques, comme celles de la guerre, de la famine et de la peste. Nous y remarquerions les |)uissances, ainsi a[)|ieléesà raison de leur force redoutable aux démons; et ce nous serait une douce consolation parmi tant de combats qu'il nous fautavoiravec l'enfer, de savoir queces puissants esprits nous sont donnés de l'aimable Providence de Dieu, qui ne nous manque ])as dans nos besoins, pour venir à noire secours contre les anges rebelles, nosadversai-

r.oi

Page 1