LE TIUOMPIIE DE LA CROIX. — PART. III
rcs, qui(Mier(licnl inccssaminoiitnotro perte. Il faut leur avoir une siiij^ulière ilévutiou pour on Ctrc assistés dans toutes les tentations, et dans tous les dangers oCi nous sommes.
Nous descemirions dans la dernière hiérarchie, composée des principautés, des archanges et des anges. Nous y connaîtrions les soins (]ue les principautés jirennent des premières personnes de l'étal ecclésiastique et séculier; comme îles Pajies, des cardinaux, des évoques, des rois et des princes, afin que les desseins do Dieu s'accomplissent en eux. Nous y connaîtrions les archanges qui prennent soin de l'Kglise. des empires, des royaumes et des provinces pour y établir l'intéri^t de Dieu ; et le zèle que nous devons avoir pour cet intérêt uniquement considérable nous doit donner une vénération particulière pour ces bienheureux esprits, et nous doit engager à avoir recours àeux,atin qu'ils intervie;u]ent auprès de la divine majesté pour rétablissement et l'dugmenlation de ses divins intérêts en toutes choses, intérêts sacrés qui nous doivent être plus chers un million tle fois (]ue les nôtres propres, et qui nous doivent jeter dans un saint oubli des nôtres et de tout autre intérêt créé, pour ne plus respirer qu'après les seuls intérêts de Dieu seul. O Dieu seul. Dieu seul, Dieu seul. Ses seuls intérêts en toutes choses, et pour jamais. Ohi plus rien, ni 5 la vie, ni h la mort, que les seuls intérêts de Dieu seul.
Nous méditerions avec étonnement comme le dernier chœur delà dernière hiérarchie est tout apjiliqué à la conduite particulière des liommes, et aux soins de tout ce cpii les regarde, soit pour le spirituel, soit pour le temporel. O amour, ô amour de mou Dieu, est-ce donc ainsi que vous agissez avec nous! Ohl quelle bonté de votre douce et aimable providence de donner à tous les hommes l'un de vos anges pour les garder tous les jours de leur vie, en même temps qu'ils cominencent de venir au monde. Que de sujets d'éclater ici en soupirs sur nos ingratitudes envers ces esprits tout d'amour, si nous avions les yeux un peu ouverts. Les avoir toujours proche de soi sans y penser presque ; en recevoir incessamment des faveurs étonnantes, sans les en remercier, faire si peu d'usage de leurs soins continuels; certainement c'est avoir l'esiirit bien bouché et le cœur bien dur.
Qu'il serait doux et avantageux et glorieux à Dieu, et c'est sa gloire qui nous doit enlever le cœur de correspondre en quelque manière à l'amour de ces esprits si aimants, de lier de saintesaraitiés avec eux, d'y pratiquer de célestes habitudes, de converser souvent avec eux, de les entretenir de toutes nos alfaires, d'avoir recours à eux en toutes choses. Hélas! l'on dit quelquefois que l'on s'ennuie, que l'on n'a pas compagnie ; mais, ù hommes, que vous savez j)eu ce que vous dites. Nous avons, nous ayons toujours toutes les trois personnes divines qui sont plus dans les lieux où.
nous nous trouvons i(uo nous-mêmes. A'érilé certaine, vérité étonnante, vérité que plusieurs infidèles n'ont (jas ignorée, vérité dont les Chrétiens ne peuvent douter, vérité .'i laquelle la plupart du monde ne jiense ]ioiiit.
Nous avons tous chacun un noble, un glorieux esprit, un ange du ciel qui nous garde et qui est toujours j)rès de nous. Quelque seuls (pie nous soyons, nous voilh toujours îlansuiie belle et liivine compagnie. Mais si nous sommes dans une maison où il y ait du monde, il y aura autant d'anges (pie de ()ersonnes, dans une ville, dans un village, dans une rue, dans une conmuinauté, dans une é.;lise. Qu'il serait à désirer que l'on réveillât un peu la foi qui est comme assoupie dans les homuics de chair et de sang, jiour considérer ces vérités, pour ouvrir les yeux spirituels à la jn éscnce des anges, pour ensuite les saluer, leur rendre ses respects, les entretenir, et converser avec eux. Ainsi allant par les villages on les y verrait délaissés du la plujiart des personnes qu'ils y gardent, dont plusieurs à peine savent qu'elles ont des anges, l'on ferait sa cour à ces grands du paradis et sans se détourner de son chemin, car il ne faut que la simple pensée, on se procurerait leur bienveillance. Malheur à notre aveuglement, s'il y avait un grand prince en (juelque lieu assez puissant [lourbien faire à tous ceux qui iraient le voir; et qui d'autre part le voulût, assurément il ne ranni[uerait pas de personnes qui iraient le saluer, l'on se détournerait aisément de son chemin pour avoir cet honneur' ; et pour gagner les bonnes grâces des I)rinces du ciel, pour arriver ]iar leur moyen à la même gloire dont ils jouissent, l'on ne voudra pas seulement une seule de ses pensées !
Il serait doux, et avantageux, et glorieux à Dieu d'aller en esprit dans les pays des infidèles et des hérétiques pour y rencjre ses respects aux princes de l'empirée qui y sont sans être connus ni honorés. Sans doute que des esprits si obligeants sauraient bien reconnaître l'honneur qui leur serait rendu dans des lieux où ils sont sans aucune vénération. Il serait bon de leur faire quelipies dévotions particulières, comme de 'jeûner, communier en leur honneur, ou pratiquer quelques autres bonnes œuvres. Les anges qui tiennent compagnie à notre hon Sauveur au très-saint sacrement de l'autel doivent être beaucoup considérés. Ils font ce que les hommes devraient faire, et ce qu'ils ne font ])as. Il faut avoir recours à eux ]X)ur suppléer à notre peu d'amour, pour empêcher les irrévérences des églises qui sont souvent si profanées, jjour nous obtenir le pardon des défauts que nous y avons pu commettre, et quelque |>art à leurs profonds respects, et adorations continuelles.
Mais comment ne rioint s'entretenir avec notre aimable guide? Comment l'avoir toujours proche de nous sans lui rien dire! Où est la créature que nous voudrions traiter de la sorte? 11 n'en faut point douter, c'est uu
ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON
ami très-fidèlc, trôs-conslant, très-aimable, très-aimant ; eh! que n'agissons-nous donc avec lui comme l'on ferait avec un véritable ami ?Oueneprenti-onquelqiiequart d'heure, quelijue demi-heure pour lui parler à cœur ouvert ■? Le livre qu'il a plu à la divine Providence nous faire donner au pulilic, intitulé : La dévotion aux neuf chœurs des anges, en donne quelques moyens. Marie-Elisabetli sentait continuellement son bon an^c gardien à son côté droit, qui la tenait sous sa protection. Elle le voyait quelquefois adorer notre bon Sauveur avec des respects inexplicables, et qui l'invitait à faire la môme chose. Il lui faisait souvenir do sa place qui est le néant, et lui inspirait des pensées humbles quand les diables lui en donnaient de Tanité et de superbe. Alais il l'encourageait toujours, au contraire des démons qui jettent sans cesse dans l'abattement et la défiance. Quand elle souffrait de grandes ignominies, par exemple, lorsqu'on disait qu'il Ja fallait brûler, il lui disait : Ahl que tu es heureuse. Lui et plusieurs autres lui paraissaient avec des couronnes et des palmes, lui criant ; Courage et confiance. 11 n'est jias possible d'exjiliquer les secours qu'elle en a reçus, surtout de son ange gardien, qu'elle avait appris par révélation être de l'ordre des séraphins : car quoique pour l'ordinaire ceux qui gardent les hommes soient du dernier chœur, néanmoins comme on l'apprend de la vie de plusieurs saints, la divine Providence en envoie quelquefois de la première hiérarchie ]iar un privilège spécial.
Il serait difficile de déclarer ici sa dévotion ardente pour cet esprit bienheureux, et pour tous les neuf chœurs des anges. Elle en avait une spéciale aux anges de ces enfants décédés, et elle en recevait, comme il a été dit, de grandes assistances; à saint Miehel, et saint Gabriel, qui sont dos premiers [irinces, qui assistent le plus près du trône de Dieu. L'Ecriture nous en marque sept, |le disciple bien-aimé dans son Apocalypse nous enseigne que nous recevons la paix et la grâce par eux. Saint Raphaël est encore de ce nombre. C'est une piété bien solide de les honorer très-particulièrement, et leur protection est grande et singulière. Elle avait coutume de saluer les anges des persormes à qui elle avait affaire, el assurait que ses alfaires en allaient mieux, et que quand elle l'oubliait, jamais elles n'allaient si bien. Elle a été assistée extraordinairement de ces célestes esprits dans le temps de sa possession ; et il est vrai qu'ils ont plus de soin de soutenir l'œuvre de Dieu, particulièrement dans une âme qui est sous le pressoir de la croix, que les démons n'en ont de la détruire. C'est une chose merveilleuse de ce que ces esprits apostats disaient clans le temps de la possession à la louange des jjons anges : cor, comme il a été remarqué souvent, ils sont «;ontraints jiar une force divine que Uieu donne à son Eglise de dire d'excelionles vérités malgré eux, et contre leur inclination, fjui tend toujours au mensfingc.
Ils disaient donc dans les cxorcismes des
merveilles de la grandeur ues anges bienheureux; ils parlaient du peu de dévotion que l'on a pour eux, du peu de respect qu'on leur porte, de l'obligation que nous avons de les honoier tout d'une autre manière que nous ne faisons ])as, du grand soin qu'ils ont de tout ce qui nous touche, des anges gardiens des enfants décédés qui assistent les jières et mères quand ils en sont invoqués, ei de quelle manière ils viennent 5 leurs secours : mais la gloire de notre bonne maîtresse ne me permet pas de taire ici ce que j'ai déjîi remarqué dans le chai)itre précédent, que les saints anges exhortaient la digne mère à s'adresser à la Mère de Dieu, lui déclarant que c'était le grand moyen d'aller à son Fils, où elle conduisait les âmes qui lui étaient adressées, et lorsqu'elle tombait en quelques manquements, ils la faisaient souvenir d'avoir recours à elle. Cette conduite angéliqiie était imitée parfaitement par Marie- Elisabeth; car si les anges l'invitaient à l'amour et à la dévotion de la très-pure Vierge, elle y exhortait tout le monde; et elle s'appliquait particulièrement à y élever les petites pensionnaires de ses maisons, à qui elle apprenait jiour ce sujet à bien dire le chapelet. Je dis aie bien dire, car c'est une chose très-lamentable de voir les exercices de piété ordinairement si mal pratiqués. Saint Dominique, l'un des plus zélés dévots de l'immaculée Mère de Dieu qui fut jamais, instituant le Rosaire, a été cause d'une infinité de biens qui en sont arrivés. Mais pour le réciter selon le dessein de ce grand patriarche, il faut considérer en le disant les mystères de la vie et de la mort de notre bon Sauveur, ou ses mystères opérés après sa glorieuse résurrection; et cette dévotion était un grand supplément au défaut des livres qui traitent de ces sujets pour les personnes ignorantes, et un grand secours même aux plus habiles : car le rosaire de la très-sacrée Vierge pris dans son véritable esprit donne une ample matière, et d'une manière aisée, et propre à toutes sortes do personnes jjour s'occuper de notre bon Sauveur Jésus-Christ, de ce qu'il a fait, et souffert pour nous ; et la méditation de sa précieuse vie et mort est autant utile que nécessaire à tous les Chrétiens, et apporte une grande gloire à Dieu, qui est la fin de toutes choses. 11 serait à désirer qu'en apprenant le chapelet, l'on a|iprît les mystères de Jésus-Christ , et de sa très-pure Mère pour les considérer avec attention et avec amour; et sans cela souvent c'est un exercice qui se fait avec beaucoup de tiédeur, de distraction, et qui n'est pas accompagné des grâces signalées qui y sont accordées. Mais c'est un malheur assez ordinaire, l'on s'arrête à l'extérieur.
11 n'en était pas ainsi de notre digne fondatrice qui a toujours été une personne vraiment intérieure, et c'est ce qui lui donne tant de communications avec les bienheureux anges et les saints^ Elle avait une singulière dévotion à tous, elle en avait aux anges loinme nous venons de le dire, et elle en avait aux saints. Lorsqu'cLle saluait les
LE TRIOMPHE DE LA CROIX. — l'ART. III.
uns, elle saluait les autres. L'on a écrit i|u'ello avait lieauooup li'auiour pour tous lei saints, mais |iai tic^ulièroinent pour les niartvrs dont elle lisait les conihals avec un -ingiilieri liai sir, cl les autres vies îles saints; ;iussi sa vie n'était qu'un coiUinuul martyre, 1 online nous l'avons l'ait voir. \'oici quelques saints à qui elle avait une dévotion spéL-iale. Saint JoIj , le iiropiiéle David, saint Jean- Daptiste, saint l'ierrc, saint Paul (|ui lui avait été donné pour j^uide, saint Jérôme, saint Augustin, saint .\mbroise, saint Clirysoslome, saint Atlianase, saint Nicolas, saint François d'Assise, saint Kiihrem , saint Martn nicn, sainte Anne, qui lui a paru visiblement, et dont elle a connu (lue son crédit au|>rès de Dieu et de la très-sainte Vierge était tout extraordinaire, sainte Klisabeth la mère de saint Jean-Baptiste, sainte Madeleine, sainte .Marie-Egvtienne, sainte Thaïs, sainte Pélagie, sainte Théodore, sainte Marie, la nièce de saint Abraham ermite, .sainie Zoé, sainte Colombe , sainte Elisabeth (le Hongrie , sainie Thérèse.
Mais sur tout elle honorait le glorieux saint Joseph, l'incomparable dans ses privilèges après sa virginale épouse, dans ses mérites, dans ses grandeurs , dans son pouvoir et dans ses grâces. Elle en lillaire une image d'argent; et comme on vint lui dire que celui qui y travaillait, quoique très-boa ouvrier, ne pouvait l'achever par quelque empêchement secret et inconnu, elle se mit en prières, demandant à Dieu tout bon qu'il 6lât l'emiiêchement, et aussitôt limage se fit avec une grande facilité. Elle connut que c'étaient les démons qui apportaient l'obstacle à cette image d'un saint dont ils redoutent extrêmement le pouvoir et le crédit auprès de Dieu et de sa sainte épouse. L'aimable saint Jean l'Evangéliste, le cher favori du cœur de Jésus, lenfant bien-aimé de la glorieuse Aierge. Il n'est pas possible d'aimer beaucoup notre bon Sauveur, et son immaculée Mère sans avoir une vénération extraordinaire pour ce grand saint, qui doit être le saint de la dévouon spéciale de tous les dévols de la Vierge. A saint Bernard qui lui paraissant lui avait dit plusieurs choses qui regardaient sa conscience. Elle connut qu'il avait un pouvoir tout particulier auprès de la bienheureuse Merge, qui le regardait toujours comme son enfant, et il lui témoigna que l'on n'avait pas assez de recours à celle mère de bonté. A saint Ignace, le fondateur de la Compagnie de Jésus, et à saint François Xavier, comme aux saints qui ont excellé dans l'amour de la plus grande gloire de Dieu, et pour cette gloire dans le zèle du salut des âmes. Enfin elle implorait If secours en général de tous les neuf chœurs des anges et de tous les saints, afin qu'ils joignissent leurs prières avec les siennes pour obleuir les miséricordes de leur commune reine.