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LE TRIOMPHE DE LA CUOIX. — PART. III

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sorte la corru|>lioi) de la nature et les inclinations vitien*:es que nous tirons du jiécW originel, on leur (larle de mariai;e. quand A peine savent-elles eneoro parler, on leur fait voir des petits garçons qii'on appelle leurs maris, et on les éU've nurenient dans la nature, éducation ([u'elles portent souvent au tonilieau. Si on leur dit quelque chose ilu clirislianisnie, l'on se contente des seules paroles, el on ne leur eu fait jias pénétrer le sens quaiul ils sont capables de raïqirenlire. C'est de la sorlo qu'étant si peu pénétrés de la grandeur de Dieu, car l'on s'applique peu à leur faire coiniaître, ils ne font pas grand état de son service , ils ne craignent pas beaucoup le péché qui l'offense, et s'abandonnent facilement à leurs liassions.

Elisabeth, divinement instruite parle Saint- Esprit, tjute petite qu'elle était, avait une si haute estime de Dieu, iju'elle méprisait facilement tout le reste. Elle prenait autant de peine à se faire laide que les autres jeunes filles à se rendre belles. Pour ce sujet elle se lavait le visage avec de l'eau, el l'exposait ainsi au feu le plus près et le plus longtemps qu'elle pouvait, dans Tespéraiioe que cet artitice lui pourrait donner des rides et causer de la laiiieur ; elle cachait ses mains qui étaient iiarfaitemenl belles, et faisait son possible jiour les rendre dilTormes les mettdnt dans la chaux. Elle a commencé dès son jeune âge comme saint Jean-Ba[)tisle à faire pénitence, et comme lui ilans une vie innocente. Conduite de l'esprit tie Jésus-Christ bien éloignée de celle de l'esprit d'Adam, qui ne porte qu'aux aises du corps et aux faux plaisirs des sens. Cependant ces gens qui passent leur vie dans les délices trompeuses de la vie présente, ce sont ceux cjui ne devraient penser ((u'à la vie laborieuse d'une véritable pénitence. Tant do péchés qu'ils ont commis demandent de grandes satisfaelioiis, el ils ne pensent pas à en faire. Us disent, aveuglés qu'ils sont, que la pénitence est bonne pour les cloîtres : et en cela semblables h des malades furieux el insensés, ils ne veulent pas prendre de médecines, et les renvoient à ceux qui se portent bien.

11 n'y avait rien de ]ilus innocent qu'Elisabeth, et il n'y avait rien de plus pénitent. Nous avons remarqué que dès ses premières années Dieu l'allligcait de maladies, les hommes la faisaient étrangement souft'iir, les démons la tourmentaient d'une manière extraordinaire, el cette innocente enfant à toutes ces peines en ajoutait de volontaires. O mon Sauveur, que vos conduites dans vos saintssont éloignées de celle des homuies. Dès l'âge de huit ans elle se disciplinait avec une discipline de cuivre; mais dans la suite des temps, et étant encore dans le monde, elle se donnait des neuf tents coups de discipline. On l'a vue même la prendre toute malade qu'elle était, et obligée de se mettre, au litauparavantquedes'y coucher. Elle portail dans le monde même une large ceinture de fer ; el depuis ces sortes de ceintures, et les rosettes étaient son ornement; ses armes

pour apaiser la colère de Dieu sur les pécheurs, et triompher <le ses ennemis invisibles. Les disciplines lui étaient journalières, et elle s'en servait avec tant de ferveur (jue le sang en sortait de son cor|)S délicat. (Juanil elle |irenail la discipline avec les sieurs du refuge, elle leur disait : «Courage, mes filles, le paradis le vaut bien, c'est autant de rabattu des peines du purgatoire qui sont si grandes », et à ces paroles elles demeuraient tellement animées , que l'on voyait les murailles teintes de leur sang qui sortait de leurs corps par la force et la multitude lies coups qu'elles se donnaient.

Elle se portailcourageusement aux choses âpres et rudes pour dompter sa nature qui y était entièrement opposée. C'est pourquoi étant encore dans le siècle, un chien ayant vomi proche d'elle à l'église, el sentant un très-grand mal de cœur, elle résolut pour se vaincre de |irendre ses oriiures et de les avaler; mais comme elle était sur le point de le faire, le monde qui arriva fut cause qu'elle n'exécuta pas son dessein. Etant religieuse, elle se mettait à terre, el mangeait avec les chats, elle léchait les ordures. Quand ses filles voulaient l'empêcher de ces choses : oh! disait-elle, le paradis vaut bien mieux ; quand nous y serons, nous voudrions en avoir fait bien davantage. Dans ses maladies même elle se nourrissait de choses trèsgrossières , comme de légumes , quoique nuisibles à sa santé. Souvent elle se mortifiait de boire, el pour ainsi dire jusqu'au mourir , à raison des grandes chaleurs dont elle était incommodée. Aimant naturellement lout ce qui était net, et dans le manger aussi bien que dans les autres choses, elle prenait avec les viandes les mouches, et le poil qui s'y trouvait quelquefois.

Mais si elle était si saintement détachée de son corps, elle l'était aussi de lout intérêt temporel, des biens périssables de la vie. Elle en donnait des marques très-certaines dans la privation de ses biens, lorsqu'elle était dans les embarras du siècle; car elle la portait dans une si'iirofonde paix, qu'il était aisé de voir qu'elle n'y avait aucune attache, qui est la cause de la douleur rpii en arrive dans leur |ierte à ceux qui les aiment. Quand il se présentait des filles pour être reçues dans ses maisons, elle ne regardait pas à ce qu'elles pouvaient donner, ses yeux étaient toujours au Seigneur. Elle n'envisageait que ses divins intérêts. Elle leur disait, mes entants, quand je n'aurais qu'un morceau de pain, je vous le donnerais. Quelques personnes de considération el riches ayant voulu faire du bien à l'une de ses maisons qui était dans la nécessité, elle ne voulut recevoir qu'une partie de ce qu'ils voulaient lui donner, el rien du lout ne quelques autres. Détachemeul rare, car les prétextes ne manquent jamais rouverts de la gloire de Dieu pour le contraire : mais il est vrai, Dieu seul rem[ilit peu de cœurs et il'esprils, il y a ordinairement du mélange.

OEUVRLS COMPLETES DE BOUDON

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tlle ùtiiil délacliéo île son corps, elle élait ilélat'liée des biens leni[ioiels,el ce qui Cït plus dilîicile, elle était détaeliùe dellionneur : attache qui denieure souvent dans les personnes luèuie iiui ne tiennent plus au reste des dioses. Mais, ô aveuglement digne de larmes en des personnes d'autre jiarl éclairées ! Oue nous sert-il de rompre les chaînes qui nous garrottent, s'il en reste une seule qui nous lie. Demeurerons-nous }ias toujours sans arriver à la perfection , pendant que nous serons encliainés de la sorte , et que sert-il que ce soit par les chaînes de l'honneur ou des plaisirs, et des biens temporels? sinon que la captivité en e>t d'autant plusdangereuse, qu'elle est plus couverte et moins aperçue , ou si l'on en a quelque vue qu'elle se fait voir ]ilus belle. O maudit point d'honneur, que tu arrêtes de gens et de personnes même spirituelles. Notre sainte invtitutrice, dans l'union que l'on fit des religieuses de la Madeleine avec les siennes, une grande dame ayant demandé la qualité de fondatrice qui lui appartenait. Oh ! trè-.-vùlontiers, dit-elle, il ne nous faut pas ambitionner ces titres d'honneur et de vanité. Puisque nous faisons tout pour Dieu, il le faut regarder lui seul et tâcher a'aller droit à lui. Une princesse ayant dit qu'elle avait dessein de la venir voir, elle s'écria, Dieu nous en garde : et comme on lui disait, ce vous est beaucouji d'honneur, elle répondait, je suis contente de n'en jamais avoir. Ce nuussera assez de voir la reine du ciel, je ne désire point en voir d'autres.

Elle ne tenait à rien, elle était déprise de toute créature, de celles qui lui étaient ses plus proches aussi bien que des autres; elle assurait qu'elle n'avait (las jilus de sentiment pour ses propres hlles que pour les autres, néanmoins naturellement elle les aimait avec beaucoup de tendresse; et c'étaient des sujets très-aimables, et pour leurs qualités naturelles et jiour leurs dons de grâces, elles étaient d'excellentes religieuses et très-utiles à l'Institut, qui en recevait de grands secours. En voyant mourir une, comme on l'exhortait à [iner pour sa santé; je ne saurais, dit-elle, il me semble que les œuvres de Dieu seront mieux dans les mains des jiersonnes qui ne me touchent [las de si près. Son père l'étant venu voir, elle lâchait à s'excuser de lui parler, pour enseigner à ses religieuses combien elles doivent être mortes à la chair et au sang, et elle ne l'eût pas fait s'il ne lui eût été commandé par ses supérieurs. L'on trouve de pareils exemj)les dans la vie de jjlu.^ieurs saints.

Oh ! que le vide du cœur doit être grand et universel pour donner lieu à la plénitude de Dieu seul, mais qu'il est ignoré parla plupart des hommes 1 Caressant un jour des pigeons assez simiilement, elle en fut reprise. Ayant eu quelque joie quand elle vit le bâtiment que l'on faisait de la maison du refuge, elle s'aperçut bien de sa faute qui seraiilait bien pardonnable, et qui n'aurait nullement paru à une âme moins éclairée : elle prédit qu'elle en serait mortifiée, ce qui

lui arri\a. Ayant eu une petite com|tIaisance rie ce que les tilles du refuge faisaient mieux, elle en fut châtiée; ce qu'elle reçut avec de grands témoignages de joie, disant qu'il valait bien mieux l'être en ce monde qu'en l'autre. Lui étant échap|ié un jour de dire, quel intérêt ai-je en cela, elle en fut reprise par Notie-Seigneur, qui lui dit: n'y jjrends d'intérêt qu'autant que j'y en aurai; et depuis ce temps-là elle disait, je ne jiarlerai plus d'intérêt créé. O pureté de Tâmc que tu dois être grande! Nous lisons d'une sainte tille ijui vivait du temps de sainte Thérèse, elle se nonnnait Marie Diaz, qu'ayant dit dans un hiver, il fait bien froid , aussitôt elle en fui reprise, et Notre-Seigneurluidit, c'est moi qui le fais. S'ajipuyant un peu, et imperceptiblement sur le grand serviteur de la bienheureuse Vierge, le P. Poiré, Notre- Seigneur lui fit voir que cela ne lui était pas agréable : et comme elle lui eût dit, que c'était un de ses fidèles serviteurs, ce bon Sauveur lui répondit, il est vrai, mais il ne faut mettre sa confiance qu'en moi seul. O mon Seigneur et- mon Dieu, qu'il y a d'abus sur ce sujet sous prétexte de direction !

Elle portait un esprit vraiment mort h toutes choses, ainsi elle était saintement dégagée des choses spirituelles aussi bien que des tem]>orelles. Elle le fit bien voir un jour à une personne qu'elle entretenait du saint état de l'intérieur du bon P. Poiré dont nous venons de jiarler, dont elle disait qu'il élait entre les mains de Dieu comme une balle entre les mains d'un enfant qui la jette en haut et en bas comme bon lui semble, et que souvent Dieu prenait plaisir à renverser les bons desseins qu'il avait, et à empêcher qu'ils ne réussissent lorsqu'il semblait que tout était achevé. Et comme elle s'écriait : oh I que ce grand homme me devance, l'autre lui ayant dit, si elle n'en élait point dans une sainte jalousie? Elle répondit : Je me réjouis de le voir dans l'état où il est; et que la volonté de Dieu s'accomplisse en lui. Si j'avais toutes les vertus possibles je les céderais à qui que ce soit, si je pensais que ce fût la divine volonté. Ce ufest trop de contentement de la voir accomplir, je ne veux rien, et je céderais toutes mes soufl'rances, ce m'est assez de faire ce que Dieu veut , ce n'est pas la vertu, ni la sainteté que j'aime, c'est le Dieu des vertus et de toute sainteté.

Le jour du vendretli saint s'étant levée de grand matin pouralleradorerNotre-Seigneur au très-saint sacrement, elle se trouva comblée d'une joie extraordinaire, ce qui lui fit de la peine ; car enfin elle ne voulait prendre plaisir qu'en Dieu seul, et non pas en ses dons. C'est pourciuoi elle ne se souciait d'aucune peine interieureouexterieure.il y avait des temjis où il lui semblait que Dieu lui était inexorable , qu'il n'entendait point ses clameurs, (}ue les créatures lui servaient à augmenter sa croix, que l'enfer s'en mêlait bien fort, tout cela ne lui faisait rien; au milieu de toutes ces peines elle priait de protester à Dieu qu'elle ne voulait que lui

seul. Ce dëg«gpmcnt parfait la aietlail <lan« une paix iiiaitérabli', je liis au fond de son fluie , .'111 luilieii de tous les troubles de la partie inférieure, des distractions, des tentations en touii> manière, et de tous les combats que l'enfer lui livrait. Klle (louvait dire nvce sainte Thérèse, qu'elle ne savait ce qu'elle éiait devenue. Ce triste et fûclieus nous-niômc semblait n'fitre [dus en elle : il semldait quand on la maltraitait, f]u'ellc n'en vît rien , on qu'elle fût insensible, ou bien que cela regardait quelque autre personne (pi'elle. Klle recevait tous les mauvais traitements dont on l'allligeait, coimnc s'ils eussent été faits à une personne étrangère, et qu'elle n'eût |ias connue. Certainement dans cet état elle pouvait dire avec l'.Vptitre, nous ne connaissons plus jiersonne (// Cor. V, 16), cor elle s'était oubliée d'elle-ra'Miie. De là vient qu'elle ne se justiliait point dans le mal qu'on lui imposait; et elle pratiquait en cela ce qu'elle recommandait aux autres, car c'était l'un de ses avis de s'excuser ("CU, et pour la seule nécessité. Comme un jour sa fille aînée s'excusait de quelque chose «lu'on lui objectait. Elle lui dit:Paule, vous n'arriverez jamais à la perfection si vous vous excusez, il ne faut rien dire.

Elle était luôme morte aux l)ons désirs , et ceux qui semblent ne donner aucune vie, car nous avons déjà remarqué, si nous nous en souvenons bien, qu'étant insatiable de croix, et en portant une très-grande lorsqu'elle était un peu de temps sans en avoir, car elles lui ont été presque continuelles, elle eut peur d'avoir quelque attache aux [>riues; et ainsi à la On de sa vie elle les recevait mourant aux désirs d'en avoir d'autres que celles que la divine Providence lui envoyait, et dont elle lui a été trèslibérale jusqu'au dernier moment de sa vie.

Enlinelle était dégagée même du paradis et de son salut, ne regardant dans son salut et dans le [laradis que le Dieu du paradis. Klle avait des désirs inexplicaJ)les,aii moins elle les sentait, car elle n'en avait pas de volontaires, de mourir pour aller voir Dieu dans le ciel ; cependant elle assurait qu'elle aurait été contente de vivre jusqu'à la tin du monde, quand il aurait duré cent mille ans pour un seul degré de plus grande gloire de Dieu. Mais ce qui est admirable, c'est qu'il lui arriva, ce que saint Ignace avait pensé : Notre-Seigneur se lit voir à elle, et lui offrit do mourir pour jouir de lui dans le ciel, ou de demeurer encore dans la vie et ses misères pour le servir. Et pour lors cette généreuse amante du seul intérêt de Dieu seul , se souvenant de ce que le glorieux saint Ignace avait dit qu'il ferait si ce choix lui étai', donné, elle préféra la terre et ses misères aux délices du paradis, et elle aima mieux y rester, et dans l'incertitude même de son salut. 0 mon Dieu ! qu'il est |uste de ne plus penser qu'à vous seul. Ah ! laites, ô Dieu de toute grandeur, que je vive et que je meure dans un entier oubli de moimême, de tout ce qui me touche dans le spirituel, aussi bien que dans le temporel, et au

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