‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 126 sur 436 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Le triomphe de la croix dans sa confiance en la divine Providence.

La croix qui sépare des créatures en Ote la confiance qui vient de l'estime que l'on en fait, les regardant comme quebjue chose de grand et de bon ; et dans la sainte séparation qu'elle en cause, elle donne lieu de rejeter tous ses soins sur le Seigneur et de mettre tout son appui en sa seule divine Providence. Mais l'on peut dire qu'elle a triomphé dans l'abandon entier de Marie- Elisabeth à une Providence si douce, la faisant marcher par les plus rudes privations, et la mettant dans un délaissement surprenant des créatures. Oh 1 qu'il est doux et avantageux de les jierdre, puisque danfe leur bienheureuse perte l'on y trouve le grand Tout qui est Dieu seuil Souvent la divine Providence a voulu qu'elle eût besoin de toutes choses pour la faire entièremenl dépendre d'elle : mais c'était un besoin bien avantageux, parce qu'il attirait le secours de Dieu en tout. On ne saurait jamais trop le réjiéter: où il y a moins de créature, il y a plus de Dieu. C'est dans cet heureux état que la personne qui aime Dieu augmente sa confiance, et que, n'ayant rien à attendre du côté de la terre, elle se tourne uniquement vers le ciel où elle met toutes ses espérances.

C'est ce qui faisait dire h notre sainte fondatrice à son su|iérieur, qui lui fallait d'avoir une maison et des rentes pour loger les filles : Monsieur, le crucifix sera notre revenu. Et quand elle établissait la maison du Uefuge, et qu'on lui venait dire ce qu'elle jiensait faire et comment elle la ferait subsister, et ce qu'elle deviendrait si quelques personnes qui l'aidaient venaient à mourir, son cœur, pour lors, s'enflait d'espérance, car tout son secours était au nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Elle s'écriait : Quand je serais réduite sur un fumier, comme Job, et que tout le monde me quitterait, je ne quitterai jamais la confiance en Dieu. Dans ses plus grands maux et plus cruelles persécutions, elle disait : Si Dieu est pour moi , qui est contre moi I Quand tout l'enfer m'attaquerait

LE TRIOMPHE DE l.A CHOIX. - l'AKT.

f l me fer;iil la guerre, j<! ne rraiiiJrai jins, parte que j'ai mis ma loiiliaiite au J'ouli'uissaiii. Dans une lettre, elle écrit qu'elle ne se met pas en peine des emltùclies (jue .ves ennemis lui dressent; ([ue IduI prendra lin, mais (|ue la paiole de J)ieu ilemeurera elernellemenl; dans un^ autre, que sa bonne maîtresse la lrès-sai;rée Vierge i)rendra soin d'elle. La grandeur de sa contiame faisait qu'elle ne se servait pas même des personnes qui lui étaient les ]ilus alfeclionnées, et notre bon Sauveur lui avait lait voir qu'il ne voulait pas qu'elle se contiilt en aucune créature, non pas même en celles dont il se scr- \;)il pour l'assister. Aussi, un jour, comme une personne do mérite lui lit connaître qu'elle avait résolu de se plaindre d'un leliyieux à ses supérieurs, parce qu'il jparluit irès-mal de la maison du Refuge, et s'emportait jusque-là que de dire qu'il la fallait renverser de fond en comble, elle répondit: Si nous ne disons mot, Dieu prendra soin de celte allai re, et nous aurons raison de ce religieux; si nous nous plaignons, il nous laissera à nous-mêmes. ISotre-Seigneur lui avait montré qu'il ne l'assisterait pas quand e\\i} ferait quelque chose par elle-même.

Son grand remède, pour elle et pour les autres, était la contiauce en l'aimable providence de Dieu. Celait son secours dans loutes ses nécessités. La plupart du monde u'en ressent pas les assistances spéciales, parce que l'on n'v a pas assez de recours. J'ai Ju avec une singulière joie de mon âme en Notre-Seigneur, et il n'y en a point de solide autre jiart, d'une religieusede la Visitation tle sainte iMane, qui a été employée pour la fondalifni de p'iusiours maisons de son saint inslitul, non-seulement dans la France mais dans l'Italie et dans les cantons catholiques des Suisses, que, dans les dillicultés qui lui arrivaient, qui étaient grandes particulièrement parmi les Suisses, qui n'aiment pas à, voir des établissements nouveaux, elle s'appliquait spécialement à honorer la divine Providence; et pour ce sujet elle faisait et faisait pratiquer à ses religieuses, plusieurs exercices de dévotion; elle les faisail assembler en leur chaiielle, et là, toutes ensembles adoraieni, bénissaient la divine Providence, et en imploraient les secours, et Jeur ordonnait plusieurs pratiques de piété en son honneur. 11 serait beaucoup à désirer que cet exemple fût imité des tidèles, qui, recevant tant d'assistances de la divine Providence, pensent si peu à la reconnaître.

L'on a établi le rosaire perpétuel pour donner une louange continuelle à la grande et admirable .Mère de Dieu; sans douie que c'est une dévotion inspirée par le Saint-Esprit; car, il est bien juste que tous les membres fu corjis mystique de Jésus-Christ, recevant tant de grâces par Marie qui en est le cou, en soient dans une reconnaissance perpétuelle. Mais ne serail-il i)as beaucoup è souhaiter que l'on établît une adoration perpétuelle de la divine Providence pour adorer, pour louer, pour bénir, pour (irier incessamment une si bonne et si douce

mère, dont nous recevons autant d'assistances (jue nous vivons de moments. O mon Dieu I sera-l-il dit que vos yeux divins seront arrêtés sans l'interruiition d'un seul instant sur les hommes, et que les hommes lieiiseront si peu à vous! Non-seulement votre providence, inlinimenl aimable, veille sur nos besoins durant les jours, mais les nuits ne sont pas exemples de ses soins. La nécessité du sommeil a beau nous fermer les }eux à tous les objets; les vôtres sont toujours ouverts pour nous bien faire. D'où vient donc que, dans tous les diocèses, dans tous les instituts, l'on ne donne pas des ordres, que iiarmi tant de personnes qui s'y trouvent il n'y en ail pas toujours quelquesunes qui aient des temps réglés ()Our les jiasscr en votre sainte présence, en rci.onnaissance, en adoration de vos inlinies bontés? Je considère que, dans les temi>s de peste, les villes font soigneusement garder leurs portes, que l'on y met des bourgeois qui, alternativement les uns ajirès les autres, y l'ont la garde pour empêcher qu'aucune personne n'y entre qui vienne d'un air contagieux. Ehl pourquoi les hipmmes aurontils moins de zèle pour empêcher que le vice d'ingratitude n'infecte les àmesl

Mais, ô mon Dieu ! c'est que vos créaturcssavenl [leu estimer ce que vous êtes, savent peu connaître les bontés et les soins de votre aimable providence. Vous nousassurez(}ue, quand bien même les mères deviendraient dénaturée» jusqu'à oublier leurs enfants, que vous ne ]ierurez jamais les tendresses que vous avez jiour nous. O paroles capables de nous faire tout fondre d'amour! mais qu'elles sont peu considérées. Au moins faudrait-il jirendre quelques jours dans l'année, ou dans le mois j'Our le passer un peu plus dans l'éloignement des créatures, et s'appliquer à mediler les charitables soins de votre divine Providence, prendre quelque jour loutes les semaines qui y serait oestiué. Je connais une personne (jui, pour ce sujet, prend tous les mardis de chaque semaine qu'elle destine tout à honorer la divine Providence, et les bons anges ses minisires les jilus ordinaires et les plus zélés. Elle en fait comme une grande fête de sa dévotion; elle commence dès la veille par le jeûne lous les lundis, quand elle est en liberté de le jiouvoir faire, le mardi, le redoutable sacritice de notre religion est ofl'ert à celte intention, elle récite plusieurs fois ce jour-là l'évangile du chapitre vi, 27, -28, de saint Matthieu, où il est parlé des soins que la divine Providence prend des oiseaux et de» lis des cham, s, où les inquiétudes des besoins temporels nous sont défendues, où il est promis que toutes choses seront ajoutées à ceux qui cherchent le règne de Dieu. Elle fait des aumônes aux pauvres pour honorer ses miséricordes, et d'autres exercices de de piété. La même jiersonne commence sa journée se prosternant à terre pour invoquer, pour adorer, pour louer et glonlier la Providence des trois iicrsoniics divines par noire bon Sauveur, sou immaculée

OF.UVRtS COMPLETES DS BOUDON.

Mère, von «niiit nngp, les sninls srs pntrons, et spécialement [lar saint Joseph et saint Jean Evani^éliste, et enfin tous les bons anges et saints. Elle récite un psaume en sa louange, et pour en obtenir les assistances; après elle s'adresse à la très-sainte Vierge par l'Antienne : Sub tmim prœsidium ronfugimu$, et enfin i)ar une courte prière en forme d'oraison jaculatoire elle s'adresse h tous les anges bienheureux et tous les saints. Elle fait la même dévotion vers le midi, et pour une troisième fois le soir auparavant de se coucher; et elle en ressent des effets merveilleux.

Marie-Elisabeth disait que notre bon Sauveur lui avait fait voir qu'il donnait ses soins ^elon la mesure de la confiance et du retours que l'on avait h sa sainte providence. Olil que je voudrais que cet attribut de Dieu li'it bien connu et bien aimé. Il lui dit, jiarlant de l'établissement de ses filles, l'at-il manqué quelque chose? Plutôt le ciel et la terre manqueront que mes paroles, et qu'il ne fallait s'inquiéter de quoi que ce frtt. Aussi, dans les persécutions les plus terribles qui s'élevaient contre elle, c'était pour lors qu'elle avait plus de confiance et moins de peur. C'était pour lors qu'elle était plus assurée de l'assistance divine, et elle ne lui manquait jamais. Elle l'a éprouvée dans la désolation de la Lorraine, où elle jouissait d'un parfait repos parmi tous les malheurs qui inondaient cette province affligée. Dans ce temps la très-sacrée Vierge lui dit : ne crains (loint, le ciel et la terre passeront , mais les paroles de mon Fils demeureront stables.

Elle ne pouvait refuser aucune fille qui se présentât au Refuge, quoique la maison fût en nécessité, et dans un temps où l'on en souffrait une extrême, qui obligeait les filles à s'y réfugier ; la uière de bonté, la trèspure Vierge lui dit : voilà ma maison; car pour lors elle était spécialement une maison de miséricorde, elle lui témoigna qu'elle voulait qu'on les reçût, et comme elle nosait en parler à ceux qui prenaient soin de la maison, à raison de la très-grande pauvreté où elle était ; cette mère de miséricorde la reprit de son peu de courage. Voulant retranrher quei(]ue chose de la portion des filles, elle lui demanda si elle craignait que la tel re lui manquât, et qu'il ne fallait pas tant se mettre en t'cine, ce qui a déjà été remarqué, de leur travail ; que c'était toujours beaucoup de les empêcher d'otfenser Dieu. Ayant voulu faire garder des poires sèches d'un carême à l'autre pour les sœurs du Kefuge , et depuis en a^ant eu de la peine, jiensant que c'était un trop grand ménage, en donnant plus abondamment aux sœurs, elles se trouvèrent multipliées, ce qui lui faisait dire, (juand on est libéral envers Dieu, Dieu est libéral envers nous. C'est une chose merveilleuse, dès lors qu'il y avait de l'abondance dans la maison, ce qui était superflu se perdait par des voies extraordinaires. Il ne fallait pas s'ap[irocher d'elle avec un cœur méfiant, et elle

soutTrail l>eaucoui> de ces personne». Elle assurait les plus timides, elle encourageait les plus abattues et les plus scupuleuses; et do vrai ayant Jésus-Christ pour )>leigo et pour Rédempteur, son sang étant à nous, quelles espérances ne devons-nous jias concevoir des miséricordes^ de Dieu? Que les personnes scrupuleuses ont-elles à craindre ; si nous avons de grandes dettes, n'avonsnous pas de quoi les payer? si nous sommes redevables à la justice divine, n'avonsiious pas de (juoi la satisfaire? si nous méritons l'enfer par nos jéchés, n'avons-nous pas les mérites d'un Dieu plus que suffisants pour nous ouvrir les cieux? n'avons-nous pas de justes prétentions à la gloire éternelle? Le Père éternel, nous ayant donné son Fils, ne nous a-t-il pas donné tout avec lui? si donnant soi-même, peut-il nous refuser son j.iaradis? On ! quel trésor c'est dans toutes sortes de maisons, et particulièrement dans les communautés religieuses, que des âmes qui mettent leur confiance en Dieu seul, qui lui sont libérales, donnent volontiers en son nom , faisant part .si charitablement aux ]iauvres de ce que l'on a , soubliant du pro- [)re intérêt, pour ne plus voir i^ue le seul intérêt de Dieu seul, le regardant dans tous les ilesseins que l'on prend, dans tous les sujets qui se présentent, sans s'amuser à pointiller sur l'argent qu'ils offrent, s'appliquant à y considérer leur vocation, et la gloire qui en peut arriver à notre grand Maître et à notre bonne Maîtresse. Au contraire quel malheur déplorable, et quelle plus grande misère peut se rencontrer dans les communautés, où il y a des personnes qui s'appuient sur la chair, et sur le sang. Elles seront, écrit un grand serviteur de Dieu, comme un misérable sauvageon planté en terre ingrate et stérile, elles demeurerout en sécheresse sans i)orter Iruit; Dieu les perdra en sa fureur, et leurs espérances seront renversées.

Notre sainte fondatrice assurait que sa confiance en la divine Providence lui était une grande provision pour tous les besoins de ses maisons; elle multi|iliait le pain, la viande cl l'argent. Il en a déjà été parlé, mais disons encore ici qu'un jour lui ayant été apporté trois cents livres , au bout de deux jours l'on en trouva cinq cents, t'ne grande quantité de rats et de souris mangeant les provisions, ce que l'on ne pouvait empêcher, s'étanl adressée à Notre- Dame, les provisions se trouvèrent multipliées; mais, comme nous l'avons remarqué, quand elle voulait s'appliquer beaucoup à les ménager, elles se trouvaient diminuées par miracle. Sa confiance même en la divine Providence en faisait ressentir les effets dans les communautés des autres ordres.

Un sage supérieur a déclaré que, dans une grande nécessité où était sa maison avec toute la ville du lieu qu'il habitait, il avait trouvé que leur farine s'était muli{iliée par ses firières

Nous ne prétendons pas par ce discours et par eus exemples désapprouver le soin

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LE THIOMPHK DK I.A CUOIX. — PAKT. 111.

raisonnable ol rhrélien que l'on a des cliosfs. Ce serait niônie une témérité et une tentation (Jan.;crouse de ne pas faire de son fflié ce que l'on doit, sous [irélexte d'abandon à la divine Providenco. Dieu veut qu'un chacun travaille conforniéuient à son état et à sa vooaiion, et dans la voie ordinaire; si nous lie prônons soin îles choses, il n'y donnera pas les siens. Si un laboureur ne .•>èine point, il ne recueillera rien. Si le vignt'ion ne cultive point la vij^ne, elle no lapportera pas. Mais nous blâmons les soins superllus, nous blâmons les soins inquiets et empressés, nous blâmons l'appui (jue l'on y prend, nous disons que faisant de notre côté ce que nous faisons dans l'ordre de Die*j, et en la manière qu'il le veut, nous devons mettre toute notre confiance en lui, et non pas dans les moyens dont nous nous servons.

Mais afirès cela il faut remarquer qu'il y a une providence spéciale pour ceux qui, ^lant entièrement dégagés de tout [irojiro intérêt, ne soupirent [ilus. et ne respirent plus qu'a()rès les seuls intérêts de Dieu seul; (|ui, ne se voyant [dus, ni aucune créature, n'envisagent plus que le Créateur. Ceux qui cherchent le Seigneur de la sorte ne man- (jneront d'aucun bien. Mais il y a une providence extraordinaire et miraculeuse pour ceux (Uii, élant appelés à un entier abandon à la divine Providence, ne se servent pas des moyens communs et ordinaires. C'est cette providence que l'on peut voir en la mère jMarie-Elisabeth de la Croix de Jésus.

On la peut voir et admirer dans les voyages de dévotion qu'elle a faits après les exiircismes. Elle savait que ses ennemis é|)iaient les chemins (»ar où elle devait passer; elle n'ignorait pas que l'enfer avait conspiré sa ruine, et elle était sans cesse battue de ses menaces; elle se voyait sur le point d'être réduite à l'exlréme nécessité, éloignée des personnes de sa connaissance , et jamais une de ces choses n'a i)u ébranler sa contiance en Dieu. Elle écrivait qu'elle se réjouissait de manger le pain de Dieu, elle voulait dire le pain d'aumône, quand l'argent lui manquerait. Etant fort incommodée durant son voyagedes grosses mouches, avec le signe do la croix elle les chassait. L'njour elle et les personnes qui l'accompagnaient s'étant égarées do leur chemin, un homme inconnu les y remit, et leur tint compagnie pen^iant quelque temps.

On peut regarder et adorer la divine Providence dans la (irotection qu'elle lui a donnée contre toutes les persécutions des hommes. Sa vie était trop précieuse devant Dieu pour n'en être (las persécutée. Des faux témoins ayant prorais d'assurer de certaines i-lioses qu'on lui imputait malicieusement à la sollicitation de ses ennemis, qui avaient eu jiar le grand crédit des personnes qui les favorisaient, des commissaires députés pour informer, venant devant iesdits commissaires se sentaientchangés,et ils n'en disaient que toute sorte de bien, déclarant même que t'était la femme la plus retenue

et la plus vertueuse qu'ils eussent jamais vue. O mou Dieu ! qu'il est bon de se conlier en vous! Ce|iendant des personnes éclairée* et de vertu, (]ui jugearent où pouvait aller cette information, puisijue l'on se servait do témoins de méchante vie et si pernicieux que de(iuis ils ont été châtiés publiquement comme des pestes dans les lieux, où ils étaient, lui conseillaient de les récuser; mais elle répondait tlans une douceur ra vissante : Je n'ai personne h récuser, il n'en sera que ce qu'il plaira à Dieu d'en ordonner. J ai mis la justice de ma cause entre les mains de ma bonne et toute-puissante mère, la glorieuse Mère de Dieu, je lui en laisse tout le soin. Nous avons écrit que l'on avait eu mille desseins de la tuer, mais disons ici que bien des fois des gens ayant attenté ù sa vie, ils se sont trouvés saisis d'une frayeur secrète (jui les en a empêchés, par le ministère de leurs bons anges gardiens, comme on l'a su depuis.

Quelque grand de la cour de Lorraine étant extrêmement passionné jiour Elisabeth, après avoir usé de toutes sortes d'artifices, comme nous le montrerons dans le chapitre où nous traiterons avec le secours divin de sa victorieuse chasteté, pour pouvoir lui parler, sans jamais y avoir pu réussir, parla avec tant d'avantage de sa beauté au duc, lui disant que c'était la plus belle personne du siècle, qu'il lui en lit naître l'envie de la voir. Pour ce sujet il feignit la nécessité d'un voyage à Remiremont ou elle était pour lors ; et comme elle logeait dans l'une des jjIus belles maisons de la ville, cela donna prétexte de la prendre pour loger le souverain. Déjà l'ordre était envoyé, et l'on commençait de préparer toutes les chambres, lorsqu'Elisabeth, (|ui craignait co grand monde, et particulièrement la suite du jirince, car, pour le prince il était très-sage, ci il n'avait pas d'autre dessein que de contenter sa curiosité dans la simple vue d'une beauté (ju'on lui avait dit être le miracle du siècle, se jette à genoux aux pieds de la très-sainte Vierge, son asile ordinaire et le commun asile de tous ceux qui sont dans quehpie besoin, la conjurant, par sa bonté maternelle, de détourner ce voyage : et, chose admirable, le train du prince élant déjà parti, et lui, monté achevai pour ce voyage, tout à coup il se sentit pressé de changer de résolution, et envoya un ordre contraire. Oh ! qu'il est avantageux de s'appu<'er sur la divine Providence et d'avoir recours à la sainte Vierge qui en ol)tient les plus heureux etfets!

Ces elfets extraordinaires d'une miséricorde signalée ont paru avec éclat dans la protection qui lui a été donnée contre les magiciens et autres suppôts de l'enfer. Ces malheureux avaient fait pacte avec les démons pour leur faire [)rendre sa forme et se montrer dans quelque lieu scandaleux , pour noircir honteusement sa réputation ; et comme ils l'avaient accusée de magie, ils tâchaient de les obliger d'im|irimer sur sou corps quelque marque, comme ils font sur

tih:i:viu:s complètes w. boi'don.

celui des sorciers, pour soutenir leur cruelle calomnie : ils avaient dressé une cédule, contrefaisant son écriture, par laquelle elle se donnait au diable : ils avaient tâché de susciter des personnes qui allassent la nuit tuer ses enfants pour la rendre coupable de ces crimes : mais la divine Providence rendait tous leurs etforts inutiles. Un magicien, compagnon de l'uirot, dont il a été "parlé, envoyant des diables pour la tourmenter et (|ui la possédaient, faisait courir le bruit du tous côtés que sa [lossession était imaginaire, et les diables, forcés par l'autorité de l'Eglise, étaient contraints de le déceler, et de révéler ce qu'il était. Ses amis s'intéressant, prièrent les exorcistes de faire révoquer aux démons ce qu'ils avaient déclaré, conmie auteurs du mensonge : mais ils dirent que c'était la Mère de Dieu qui les contraignait de dire cette vérité, ce qu'ils ne faisaient qu'à leur grand regret, la divine Providence faisant voir en cela sa protection par celle de la très-sacrée Vierge, sa bonne et fidèle maîtresse, sur sa chère servante qui s'était entièrement abandonnée à sa miséricordieuse bonté; car, ce misérable, voyant que l'on informait contre lui, prit la fuite, et ayant fait de grands scandales, il apostasia mallicureusement.

Un autre magicien, décriant ïllisabeth, disant que ce n'était qu'une hyjiocrite, sa possession illusion, ceux qui l'assistaient des trompeurs, et de i>lus, ayant com|iosé un écrit contre la possession, j)ar une conduite admirable de la divine Providence, montra bien ce qu'il était, se faisant hérétique, et faisant la charge de ministre parmi eux. Elle eut plus à soulfrir d'un religieux qui était en estime de sainteté et qui s'était mis du parti de ses adversaires, comme on le peut croire sans les connaître, et ayant de bonnes intentions, parce que sa haute réputation faisait de grandes im|)ressions sur les esprits : mais la protection Je la divine Providence, qui ne la quittait j)Oint, parut bien, dans cette occasion, en ce que s'étant vanté de la délivrer de sa possession, et l'ayant exorcisée en présence de trois évoques de la cour de Lorraine, d'un nombre considérable de grands religieux, les démons se moquèrent de lui, et il n'en remporta qu'une très-grande confusion et une grande diminution de l'estime que l'on avait de lui.

Enfin, la divine Providence fit éclater ses puissants secours contre les démons mêmes, la soutenant dans ses combats, et lui faisant remporter de continuelles victoires de ces esjtrils rebelles, qui, voyant tous leurs efforts inutiles, travaillèrent à la faire abandonner des jirélats, des docteurs et des religieux qui l'assistaient, et surtout de Monseigneur Henri de Lorraine, illustre ]irélat, de M. Viardin, chanoine de l'Eglise primatiale et docteur, des K. P. Colon, Guerot et Poiré, religieux de la Com[)agnie de Jésus, faisant courir de faux bruits contre eux, et leur suscitant de grandes [lersécutions; mais ces serviteurs de Dieu dcmeuraieut inébran-

lables. Ils tirent encore tous leurs efforts ]H)ur posséder (|uelques-uns des exorcistes, pour leur causer au moins de l'ennui, pour leur donner du dégoût; pour donner des maladies puantes à la possédée, pour eu causer de l'horreur. Après, ils n'oublièrent rien pour la porter îi quelque impatience, jiour la renilre chagrine, jmur la jeter en ([uelque murmure, pour en ôter la haute estime que l'on avait de sa vertu. Ils l'ont quelquefois enfermée des heures entières dans un coffre pendant qu'on la cherchait, lui faisant souffrir raille tourments, et se voyant à chaque moment sur le point d'étoùjfer. Enfin, ils n'ont rien oublié pour la jierdre : mais ils étaient contraints de dire : Nous ne ferons rien contre cette femme, Marie la protège trop; et ils étaient même obligés à découvrir quantité de ses vertus et des grâces extraordinaires qu'elle avait rei^'ues. C'est une chose fort remarquable que jamais, dans quelque posture qu'ils l'aient mise, il n'a été en leur pouvoir de laisser aucune p.irtie de son corps découverte, ce que le cardinal Baronius remarque trèsbien des ])0ssédécs, dont les causes sont innocentes, et il le fait après saint Jérôme, saint Sulpice-Sévère et saint Paulin; et si nous pouvons dire ce que nous savons, par notre propre expérience, nous avons vu la même protection de la divine Providence en des |iersonnes possédées. Oh ! qu'il fait bon vivre et mourir sous une si puissante proleclion !

CHxVPlTRE VllI.

Le Triomphe de la croix dans sop. ardente charité pour le prochain.

II y a bien de la différence entre l'amour chrétien et l'amour naturel. Celui-ci demeure dans les bornes de la nature, l'amour chrétien est élevé saintement au-dessus ; l'amour naturel est une production de l'homme, l'amour chrétien a pour principe le Saint-Esprit ; l'amour naturel se règle par les lumières de l'entendement humain, l'aluour chrétien est conduit [)ar les clartés infaillibles de la foi; l'amour naturel a pour oiijet la créature, l'amour chrétien a ()Our sa fin Dieu même : ainsi c'est lui qu'il regarde en toutes choses. Il ne voit le cher |irocliain que comme l'image de Dieu, comme une partie de Jésus-Christ, il ne le regarde que couvert de son sang : c'est pourquoi, dans les amitiés qu'il contracte, la chair et le sang n'y ont point de part ; il ne consiilère ni sympathie ni antipathie, ses inclinations ou ses répugnances; la sensualité n'y fait aucun mélange ; ce ne sont pas ni les belles (jualités du corps ou de l'esprit qui le font agir, les considérations de la naissance, ou des charges, ou de l'utilité; enfin ce n'est [loint l'homme qu'il a pour fondement. Il n'est appuyé que sur Dieu seul ; de là vient qu'il aime^ tout le monde, les personnes grossières, malfailes, désagréables, rebulantes, et même ses plus cruels ennemis.

Or cet auiuur (jui ne vient i)oint de la ua-

i.i; rmoMi'Ui': dk l\ cuoix. - i'akt. ui.

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lure, ol <iui est ;m-.lossus ilo la iialur.;. e.^l une tîr.V-e de la croix, (i.n a éle sural.on.iaiil dans Marit-Kli^abetli lomiiie mi la pu reiiiaiHiuer .'ii ditlerenls lieux de celle vie, qm est remplie de preuves illii>lres ut inyiiuil.les de celte vérité; et ce riui en a de rapih.rU^ est plus iiue sullisanl pour convaincre ploinemenl >\w la cliarité divine, qui a 6lo répandue dans son cœur, e>t un etlel des plus izlorieux triomphes de la croix. Néanmniiis nous dirons encore ici, que celai Dieu seul quelle vovait dans le prochain, et elle l'y rej^ardail si uuiquemenl qu elle no se conduisait que par les seuls mouvemen s de sa «i-Ace cl du sa divine volonté, en sorte qu'elle disait qu'elle aurait donné ses Uois lillcs pour une personne étrani;ere, si elle y avait vu un peu plus d'inclination de >oU-e- Sei^ueur; et ce (pii est reiiianpiahlc, c est <|ue naturellemenl elle les aiinait beaucoup, <;l avec grandes tendresses : mais la seu e vue de Dieu seul réglait les mouveuienls de son héni cieur. C'était celte unique vue qui lui faisait recevoir dans le Ueluge îles lilles loul à l'ait relmlantes, et qui n avaient rien (lui pùl servir le moins du monde Je Mijel à aucune i-onsidéralion humaine, hlles élaienl dans la dernière misère, dans une pauvreté exlrômc, toutes gùlées de mal, tontes iileines de vermine.

Mais c'étaient ses mets délicieux; son plaisir éiail de [louvoir rendre quelque teiiioisnage au Dieu de son amour, ((ue c'était lui seul .lu'ello cherchait allant après ces pauvres brebis égarées, et qu'en n y trouvant rien qui pût conlentcr les sens ou agréer a l'honnue, il lui sullisail de le contenter lui seul ; que c'était son bon plaisir divin (pu faisait loul son plaisir, «pi'elle ne v()uiait (luo ce qui lui était agréable, qu'elle n aspirait qu'après sa gloire, que c'était lui seul qu'elle aimait dans tout le bien qu elle taisait et procurait à ses créatures.

C'eslce <pii rendait sa chanté universelle qui s'étendait sur toutes sortes de pei sonnes, cl qui la portait à assister le prochain en toutes les iiiaiiières possibles. \ I égard des nécessités temporelles, elle n'oubliait rien pour y subvenir d'une manière abondante. Elle se réglait en ce sujet aussi bien (pie dans les a\ilres par la doctrine d'un Dii3U fait homme, qui, dans les instructions qu i nous a laissées, nous dit : Donnez, et il vous sera donné. On vous versera dans le sein une bonne mesure, pressée et entassée, et qui se répandra par dessus, car on vous fera la même mesure que vous aurez faite aux autres. Vérités certaines, puisqu elles ont été enseignées parla Vérité même : il n'y a donc point à en douter. Vérités que tous les Chrétiens sont obligés de croire, ou tomber dans l'intidéliié. Mais comment n'en pouvoir douter! Comment les croire de la dernière certitude et ne pas donner tout ce que l'on peut donner dans l'ordre de Dieu? Hé quoi ! nous croirons qu'on nous fera la même mesure que nous aurons laite aux autres, et nous la ferons si petite nu si iflédiocre 1 c'est ce qui jeila dans dei élua-

nemeiits d'où l'on ne peut pas revenir. Nolro di-no fondatrice faisait plus d'aninOnes que plusieurs maisons bien reniées n eussent pu faire; elle avait une si grande compassKjn des misères des autres, cpi'elle cMi demeurait touchée exlraordinairemeiit. 11 ne lui eU'. pas été possible de voir ijuclquc personnu en nécessité et ne lui pas donner tous ses besoins, si elle en eût été dans le i-ouvoir. Dès lors qu'on l'avertissait , pi il y avait un pauvre qui demandait l'aumône, elle s Otail une i.arlie do ce .lu'elle avait pour lui douner, ou elle s'en iirivait enlièreuKint. h le avait particulièrement à cœur la miséricorde, et elle la recommandait singulièrement; mais les cIVets de sa divine chante a laient si avant qu'elle |.riait Dieu île lui donner les maladies des autres, afin (pi ils en lussent délivrés, et .s(juvenl sa prière était exaucée, ce iiui la plongeait d'une manière extraordinaire dans un abîme de maux. KHe iirenait aussi soin des pauvres pru-oniuers , et elle leur rendait beaucoup d'assistances.

Dès sa jeunesse elle eût voulu donner sa vie pour le prochain : mais il faut avouer (lue sa charité excellait parliculiereinent (lans le zèle du salut des Ames Que u aurait elle pas fait, que n'aurait-elle pas soutfert pour elles? C'a été pour les délivrer du dernier des malheurs, de l'enfer, qui est un abîme sans fond de mi>èies, qu e le a établi l'inslitutdes tilles de Noire-Dame du Hetoge, pour servir d'asile aux misérables pécheresses. C'a été pour les pcrfucUoiiner el pour leur attirer toutes les plus douces et saintes bénédictions du ciel quelle laélabli pour celles qui ont vécu dans l innocence. Car ce grand cœur dans l'union avec Jesus- Christ embrassait lout, il y avait place pour lont le monde. Si quelquelois Ion était obligé d'avoir quekiues ouvners, aussitot elle leur parlait de l'aU'aire du salut, e e s'appliquait à leurs besoins spirituels. Llie voulait elle-même prendre le scjin des enlants (lue l'on mettait dans ses maisons pour les instruire, ne leur disant jamais la moindre parole de rebut, quoiqu'ils 1 importunassent incessaiiimenl, el au milieu de ses plus grandes alfaires. Elle disait qu il les fallait élever avec une sérieuse, mais grandii douceur, et leur relever le cœur sans liis elfaroucher, anu de les façonner mieux à la

loiiie sa vie s'est passée a l'imitation de Dieu à bien faire à lout le inonde, el jamais mal à [.ersonne. Dès quelle était dans le siècle elle gardait une justice si exacte envers toutes sortes de personnes qu un jour elle fil courir une servante après une lemme (lui lui ayant vendu des œufs s'était mécomplée d'un, liour l'en avertir ; elle ne pouvait soutl'rir que l'on parlât mal de personne, el von exaclilude était si particulière en ce sujet, quelle ne voulait pas que 1 on pariât des torts qu'on lui faisait, de peur que I on ne vînt à parler insensiblement contre les nersonnes. Elle mettait la paix partout, et "elle s'appliciuait singulièremeni a empêcher les moindres divisions, et d léconciUer le^

ŒLVKES COMF

personnes tiiii riMnieiit. Cuiimie c'est la chose (lu monde la plus opposée à la gi;Vo chrétienne (jui nous unit tous si étroitement, ijue les memlires du corps naturel ne sont pas si unis ensemble, cpie nous le deviin> Ctre en Jésus-Christ, c'est une chose bien surprenante do voir de la division parmi des gens jue la qualité de Chrétien lie si fortement; et pour peu ((ue l'on ait du véritable esprit de (Chrétien il n'est pas possible que l'on ne travaille beaucoup à remédier à un désordre si étrange. C'e^t ce que faisait dij;nement la véritable disci|)le de Jésus- Christ, qui ne laissait échapper aucune oi> casion de faire la charité qu'elle ne la jirit avec un grand zèle.

Elle participait à l'onction et à la vertu du Saint-Ksprit de notre bon Sauveur, dont il est écrit dans les Actes des apôlres{x,3S), qu'il a vécu en faisant du bien à tout le monde. Par tout où elle se trouvait, l'on ressentait les effets de sa charité. Quand elle était en voyage, entrant en quelque lien, elle foisait prier Dieu les enfants, et elle les instruisait, elle donnait l'aumône aux nécessiteux, et allait voir les malades. Dans l'un de ses voyages étant arrivée en une hôtellerie elle y trouva une jeune fille orpheline, qui était Anglaise, et qui ne savait parler que sa langue, n'entendant pas la nôtre. Celte pauvre fille était rebutée el méprisée d'un chacun, et d'ailleurs si pleine de gale et de vermine qu'elle iaisait horreur. C'était un sujet tout propre à son incomparable charité : et de vrai dès lors qu'elle l'eut aperçue, elle la prit, lui nettoya la tête, lui ùta sa vermine avec tant de' bonté et une douceur si ravissante que tous ceux de la maison en restèrent étonnés et se sentirent obligés, depuis une action si charitable, de traiter cette pauvre fille avec [dus de charité, et à ne la plus battre el bafouer comme ils faisaient, qui est une chose bien étonnante parmi des Chrétiens, et qui maniue qu'ils ont bien ]>eu de l'esprit de leur Maître, qu'ils ne connaissent que de jiarole. Or ce qui est .'.en considérable dans cette action, c'est que Marie-Elisabetli était incommodée d'une forte fièvre, et beaucou[i fatiguée ducliemin, et qu'on lui remontrait qu'une ap|)lication si pénible pourrait bien lui augmenter sa maladie; mais ayant passé par-dessus tontes ces considérations de l'houîme par les mouvements delà grâce, qui élèvent au-dessus de la raison, à la vérité elle fut fort malade lo soir, mais le lendemain elle fut parfaitement guérie. De quoi le diable enrageant, elle était encore pour lors jiossédée, disait que c'était l'Anglaise qui en était la cause. Voilà comme Dieu méprise toute la prudence humai rie, dont les vues sont bien courtes. Cette prudence faisait voircju'il nefallait pas faire cette action à une [lersonne malade el fatiguée du travail du chemin ; et néanmoins c'est ce (jui guérit la personne ((ui la faisait ; et sans cela sa maladie lui aurait continué.

Mais sa charité paraissait vraiment chréùenne à l'égard des jier.soiinc5 qui lutetaiciit

LETES DE BOLDO.N. S:,5

opposées, ou ses ennenn's. C'était pour ces personnes qu'elleoffraitses vœiix,etses prières avec plus d'ardeur, qu'elle offrait ses conununions: ce qu'ayant un jour fait, notre bon Sauveur lui lit connaître que celte action lui avait été tout à ffiit agréable. Elle faisait de grandes pénitences pour ceux qui la persécutaient, elle bénissait ceux qui la chargeaient de malédictions, elle était tout;; pleine de désirs de les obliger généreusement, [lendant qu'ils cherchaient toute sortes de voies do lui nuire. 11 y avait un ecclésiastique qui la calomniait en toutes rencontres, et son ordre, quoique d'autre [lart il lui eût de grandes obligations : et à cet homme ingrat, et malfaisant à l'égard de son institut, elle lui faisait toutes sortes de biens par elle, et par ses amis, el [larticulièrement dans ses maladies ; elle en faisait faire aussi à ceux qui lui appartenaient. Il avait une nièce dans le monastère, elle lui marquait d'autant plus d'amitié qu'elle en recevait de mal. Une femme qu'elle avait extrêmement obligée, lui ayant même donné tout ce qu'il lui fallait pour se mettre en ménage, déposa contre elle des choses très-fausses ; el ensuite étant réduite dans une extrême nécessité, et ayant recours à sa bonté, elle lui fil encore la même grâce, lui donna loul ( o qui était nécessaire pour se mettre de nouveau en ménage; elle lui loua une chambre, el l'a toujours assistée sans lui marquer le moindre ressentiment du tort qu'elle lui avait fait.

Une religieuse la persécutant, elle lui donnait ses habits quand ils étaient neufs, elle lui apprêtait ses bouillons cjuand elle était malade, el elle cherchait toutes les occasions de l'obliger, quoique cette religieuse demeurât toujours dans sa dureté, ce qu'elle a fait jjaraître, la [lersécutant mèiue après sa mort. Exemple qui nous montre bien qu'il est dangereux de résister à la grâce, parce que le mauvais usage que l'on en fait cause un endurcissement dont quelquefois l'on ne revient jamais. Ce qui est bien visible dans cette religieuse, quêtant de bontés devaient assurémeiil beaucoup toucher. Dans le monde, elle donnait jilus de récompense aux servantes qui l'avaient bafouée el lrailé« indignement, il y avait un couvent de personnes religieuses qui lui étaient fort opposées et à son ordre; elle leur envoyait beaucoup d'aumônes et elle les assistait libéralement. Enfin la charité ({u'elle avait pour ses ennemis était venue à un tel point, qu'eliti disait que quand une grande couronne lui serait destinée dans le ciel, qu'il Jui semblait que volontiers elle la céderait et donnerait à ceux qui disaient mal d'elle, ou qui la persécutaient par d'autres voies» pour imiter notre bon Sauveur qui a donné sa vie [lour ceux qui le crucifiaient. Sa bonté s'étendait même jusque sur les animaux, à l'imitalion de Dieu, dont le Psalmisle di» qu'il ouvre sa main elles remplit de ses bénédictions.

\'(jilà comme les saints agissent. Mais n'est-ce l'at çc que tous les Cluéticn» doi-

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