CHAPITRE IX
Le triomphe de la croix dans sa parfaite pauvreté.
Le monde, dans ses ténèiires, ne peut discerner le véritable prix des choses : c"csl pourquoi il a estimé la pauvreté malheureuse et ceux qui étaient pauvres malheureux. Il les a môme traités de ridicules ; et présentement encore dans le siècle, ce qui est une chose digne de compassion parmi lies Chrétiens, qui par leur qualité sont enfants de lumière, la pauvreté est une cliose honteuse dans les familles et dans les personnes. Ceux qui y sont nés sont des dernières personnes de la terre, et ceux qui jiar leur naissance ont quelque chose d'élevé, s'ils y tombent, ne >ont plus considérés. L'homme, dit saint Bernard, ne sait point sa valeur, et c'est pourquoi, dit ce saint, le Fils de Dieu nous l'est vejiu a|)jirendre.
11 nous l'a ap[iris par ses divines instructions, car ce débonnaire Sauveur, allant par toute la Galilée, comme l'écrit saint Matthieu (iv, 23; V, 1), enseignant dans les synagogues et jifêchant l'Evangile du royaume, guérissant toutes les langueurs et "toutes les maladies qui étaient parmi le peuple, sa réputation se répandit dans toute la Syrie, de sorte qu'on lui amena tous ceux qui étaient malades de diverses maladies, et qui souH'raient divers tourments, démoniaques, lunatiques, |)aralytii(ues, qu'il guérit. Et il fut suivi d'un grand nombre de peuple de Galilée, de Décapolis, de Jérusalem, de Judée, et de delà le Jourdain. Or Jésus voyant ce peuple, monta sur une moniagne", et s'étant assis, ses disciples s'approchèrent de lui. Saint Luc (vi, 17) remarque que ce lieu de la montagne était une [daine où notre .Sauveur s'arrêta avec la troupe de ses disciples et avec une grande multitude de peuple.
O mon âme, allons en esprit dans ce lieu honoré de la présence visible d'un Dieu fait homme ; baisons en esprit cette terre sainte que ses pieds sacrés ont touchée. Mais là, dans un profond recueillement, tenons-nous dans un silence respectueux pour écouter ce Fils bien-aimé du Père éternel et l'objet de ses divines complaisances. Considérons (jue l'évangéliste saint Luc, qui nous apprend qu'il était suivi d'une troupe nombreuse de peuple, nous déclare cependant qu'auparavant que de leur enseigner sa doctrine céleste il jeta les yeux particulièrement sur ses disciples, comme sur les |iersonnes qui lui étaient plus chères, et il leur dit : Vous êtes bienheureux, vous qui êtes pauvres. [Jbid., 20.) O vérité divine, puisqu'elle est enseignée par un Dieu ; ô vérité infaillible, puisqu'elle est déclarée par la vérité même I ô vérité que nous devons sui-
vre, jiuisqu'elle nous est proposée par notre adorable maître 1
Que le monde donc dise ce qu'il voudra ; que les hommes jirennent tels sentiments qu'il leur plaira; que res[)rit humain trouva s'il veut des raisons contraires, ô mon Dieu et mon Sauveur, je m'arrête avec toutes les soumissions possibles, et je veux m'arrêlep à votre divine doctrine. Malgré mes sens^ au-dessus de me raison, je crois fermement et je désire de croire avec le secours do votre grâce, sans laquelle je ne peux rien, jusqu'au dernier soupir de ma vie, que les [Ouvres sont bienheureux. C'est assez, c'est assez, vérité incréée et incarnée, que vous l'ayez dit pour y donner la dernière créance. Ah i je veux donc dire toujours avec vous» et dans les discours publics, et dans les entretiens particuliers : bienheureux les ))auvres! Je veux toujours estimer et aimer la pauvreté, puisque vous nous la déclarez estimable et aimable.
Mais que les exemples que vous nous avez donnés si miséricordieuseiuent pour nous persuader pleinement de cette doctrine, sont pressants, et quelle forte conviction ne jiortent-ils i)as dans les esprits! S'il y en a quelqu'un après cela qui [lense encore autrement, mais, mon âme, que disons-nous, s'il y en a quelqu'un, hélas 1 disons parmi des torrents de larmes que nos yeux doivent répandre sur des ténèbres si déplorables après tant de lumières si pures et si divines, que la plupart des Chrétiens pensent tous les jours le contraire, ils sont bien inexcusables dans leur aveuglement. Car que pouvait faire davantage le Dieu du ciel et de la terre )Our nous convaincre que c'était un bonleur d'être pauvre, que de nous le déclarer non-seulement par ses saints ou par ses anges bienheureux, mais par sa propre bouche, que de nous l'enseigner par le choix qu'il en a fait? Les hommes, et même les plus éclairés, se peuvent tromper; car après tout leurs vues sont bornées, et par conséquent elles ne peuvent pas s'étendre partout. Mais il n'en est [las ainsi du Dieu de toute vérité, ses lumières sont toujours infaillibles, car elles sont toujours intinies. Dès lors donc que mon Dieu fait choix d'une chose, il est hors de doute qu'elle est à estimer, qu'elle est aimable. O pauvreté, ô ()auvreté, que tu es une grande et signalée grâce I
C'est ce que nous enseigne notre adorable .Maître, le Dieu de toute majesté à môme temps qu'il paraît en ce monde. Certainement dit saint Bernard quelques-uns auront pu so [lersuader qu'ayant à venir ici-bas en terre il aurait choisi quelque palais magniiique [lour le lieu de sa naissance : mais non, dit ce Père, il n'y a pas d'aj/fiarence qu'il qui-tte pour les fialais de la terre, les glorieuses demeures de la Jérusalem céleste, où les véritables richesses, la gloire, et le l)onheur do la vie établissent une félicité achevée. S'il desceniJ ici-bas c'est pour y trouver ce iju'il ne rencontre pas dans l'empirée, c'est pour y trouver la pauvreté;, c'est uour faire
Mtt
If. TIUOMl'IIE DE LA CROI\. — t>Aia. III.
connallre aui hommes yav le choii (lu'il en fait, et par l'amour qu'il lui poiie, son prix, et ses excellences. Mais tout le ciel, ajoute le raftme Pire, a grande envie que sa valeur ."«oit connue en notre terre ; c'ot pourquoi les anges ses glorieux liahitanls font (les remarques si particulières de la pauvreté volontaire de notre connnun Maître, le roi et le souverain tie toutes dioses, ils n'oublient pas celle de sa crèche et de ses langes.
Le grand prélat de Nazianze dans la méditation de ces vérités menait une vie fort pauvre, ce qui donnant lieu à des personnes i|ui lui étaient o|)|H)sées de lui en faire des reproches, comme .*i celle vie eût été indigne de sa qualité, il répondu ces gens qu'ils peuvent en ju^er comme ils voudront, mais que pour lui il estimait sa pauvreté un trèsgrand bien; qu'au reste ils se trom[)aient bien s'ils pensaient l'humilier par ces reproches, (puisqu'il mettait dans sa pauvreté le plus haut point de sa gloire, et qu'il la considérait comme le plus grand honneur qui lui pût arriver. Mais, disait cet illustre prélat, mes ennemis me font un plaisant re- |iroche lors qu'ils m'objectent ma pauvreté, rar c'est comme s'ils se plaignaient que j'imite Jésus-Christ mon Sauveur. Ce n'est pas aussi ce qui m'inquiète; mais si j'ai (juelque peine, c'est que je ne suis pas encore assez pauvre. Ah ! plût à Dieu que je jiusse même me défaire de quelques méchants habits que je porte, et que la nécessité m'oblige de prendre, je passerais plus à l'aise à tra- ♦■ers des épines du siècle, où l'on se jirend assez facilement, et qui arrêtent dans le chemin où nous sommes de la longue éternité I C'est comme ce Père de l'Eglise appelle les richesses après notre divin Maître, et de viai elles sont bien appelées des épines, car outre qu'elles remplissent l'âme de soins bien piquants, elles arrêtent dans les voies de Dieu, de même que les ronces et les buissons dans les chemins les personnes qui y marchent.
Les personnes qui quittent leurs biens par le choix d'une pauvreté volontaire font comme ceux qui sont sur la mer, qui, étant battus d'une furieuse tempête, et sur le point de faire naufrage, jettent ce qu'ils ont dans leur navire de peur de périr. Car ce monde ici étant une mer orageuse toute pleine de dangers, et de périls d'une perte éternelle, c'est une grande sagesse de laisser ses biens pour se sauver plus à l'aise : mais il y a cette dilTérencc que ceux qui déchargent leurs vais?eaux s'appauvrissent, et ceux qui quittent leurs biens pour l'amour de Jésus-Christ s'acquièrent des richesses éternelles.
Certainement si le dépouillement des biens n'était un moyen très-avantageux pour aller à Dieu plus sûrement, et avec plus de facilité, jamais notre grand Maître ne l'aurait conseillé. Il est vrai que la pauvreté extérieure n'est pas une grâce pour tout le monde ; il faut qu'il y en ait qui possèdent des biens temporels; mais, dans la doctrine de
l'ApAtre, ceux qui achètent doivent être, comme ne possédant point, ceux qui usent de ce mondecomme n'en usant point. (/ Cor. Vil, 30.) 11 faut au moins être [lauvre d'esprit, c'est-à-dire être dans la possession des lichesses dégagé de leur alfectioii. Le pauvre d'esprit puruii les biens de la terre en est entièrement éloigné de i)ensée, de cœur, et d'aH'cction, dans la disposition de les penire volontiers si la divine l'iovidemeen ordonnait de la sorte. Les premiers Chrétiens vivaient dans ce dégagement, dont saint Paul nous apprend qu'ils soulfiaieul avec joii; qu'on leur ravit leurs bii-us, sachant qu'ilsavaientdes biens plusexcellenls, et qui ne périront jamais.
Nous en avons connu de notre temps qui ne respiraient qu'après la privation des biens temporels qu'ils possétlaient, à qui leur possession était presque insupportable, qui étaient tout iionteux de se voir bien logés, d'avoir de beaux meubles, de belles terres, dans la jienséequ'ils étaient disciples et serviteurs d'un Maître qui n'avait pas où reposer sa tête, qui portaient de grandes [leines d'être à leur aise, à (jui les commodités de la vie étaient de lionnes croix, qui auraient été ravis d'être réduits à la mendicité, qui portaient une sainte envie aux pauvres de cet état, qui étaient jileins de respect pour eux, et qui les regardaient comme les pi us heureuses personnes du monde. L'on en a vu se jeter à genoux devant leurs directeurs, et leur demander avec abondance de larmes s'il n'y aurait jias moyen d'être effectivement pauvres.
Ceux qui sont riches de c-œur et d'atïeclion sont des personnes très-misérables, quoique dans le monde ils passent pour être bienheureux. L'on ne peut rren voir de pi us fort que ce que la divine parole dit sur ce sujet : Vous riches, dit-elle dans J'Epître catholique de saint Jacques, pleurez el jetez des cris de désespoir pour les afflictions qui vous doivent arriver. [Jac. v, 1.) Ces cris, ou hurlements, comme le terme grec l'exprime, doivent être semblables, selon l'expression de l'Ecriture, aux hurlements des bêtes, comme des chiens ou des loups, lorsque la faim les réduit à uneextrême douleur; cequi marque assez la misère de létat des riches attachés; et en vérité, si cette expression ver.ait d'autre part que d'une plume conduite par le Saint-Esprit, peut-êireaurait-on de la peineà la supporter ; néanmoins c'est comme la parole de Dieu s'exprime, et qui ajoute ensuite. La pourriture a perdu les richesses que vous aviez entassées : c'esi-a-dire , le blé que l'on garde trop longtemps dans les greniers; le vin, les viandes, et autres semblables provisions que ces riches laissent plutôt corrompre que de les donner aux pauvres.
L'apôtre ?aiiit Jacques continue, etdi', :X.e ver a mangé vos habits ; c'est-à-dire les habits que Ion garde trop longtemps et en trop grande quantité, et dont Ton refuse de vêtir les nus. La rouille a consumé votre or et votre argent , elle rendra témoignage contre vous, et dévorera votre chair comme le feu.
ŒLVUES COMPLETES DE BOL'DOX.
Vous vous ftei nmassi' tin trt^sor de colère pour les dernicru jours. {Jac, v. 5.) Et un peu après, il ilil encore {Jbid., 2, 3) : Vous (ive: vécu sur la terre dans les déliées , votre table a toujours etc' ntaf/nifuiue , remarquant par ces dernières paroles que le bonheur lie la vie présente , selon le sens et selon l'estime du monde, est un grand malheur pour l'autre vie.
Ces riches avares sont indignes de la qualité de Chrétien qu'ils portent; et l'on ne peut la remplir dignement qu'en usant du monde comme n'en usant point. Tous les Chrétiens ne peuvent jias avoir la pauvreté extérieure, mais tous sans exception doiventêtre])auvresd'es[)ril: Marie-Elisabeth l'a toujours été en celte manière, et même dans un degré héroïque dès sa jeunesse, et lorsqu'elle était engagée dans le siècle. Kous avons parlé de sa constance dans la perte de ses biens, et l'on jieut dire qu'elle en souffrait la |)rivalion non-seulement avec l'atieuce , mais avec joie; comme les premiers Chrétiens elle était ravie de s'en voir dépouillée, ou parla malice des hommes . ou des démons, ou jiar une conduite secrète de la divine Providence. L'amour qu'elle avait pour la pauvreté étant encore séculière l'obligea de prierque si elle mourait, on lui donnât quelque pauvre linceul pour l'ensevelir, qu'on l'enterrât avec les pauvres, et que l'on fit )iorter son corps jiar des crocheteurs sans aucune cérémonie.
Mais comme elle était la bien-aimée de Dieu, et de sa très-sainte Mère, la divine Providence ne lui accorda pas seulement la ))auvreté d'esprit , mais encore elle ■ voulut l'honorer de la pauvreté extérieure , qui est un grand don et un riche présent que Notre-Seigneur fait aux ûmes qui sont le plus dans sa faveur. Ainsi elle en lit vœu le quatorzième de novembre avec de très-grands sentimens, dont Notre-Seigneur lui témoigna un très-grand contentement. Les bienheureux même du ciel lui en marquèrent leur jcie, et elle assurait n'avoir jamais remarqué tant d'allégresse dans les saints à son sujet. Saint Paul particulièrement ■lui lit connaître le plaisir qu'il en recevait, et elle voyait qu'il en rendait grûces à Dieu. Dans ce temi^s il lui sembla ôtre délivrée d'un fardeau très-pesant et comme insupportable. C'est qu'elle était persuadée que c'était un grand malheur d'avoir des biens ; et elle disait que ces biens nous feraient delà peine au jour de notre jugement devant Uieu. Elle passait encore i)lus avant et elle assurait (jue si l'on eut mis à son choix, ou la mort, ou la jiossession de tous les biens de la terre, qu'elle aurait mieux nimé la mort. Ces sentimens sans doute !l(mneront les i)ersonnes qui ne sont jias l'énétrées des vérités évangéliques; car il n'y a rien de surprenant pour ceux qui entendent cesjiaroles d'un Dieu : Malheur à vous, riches, parce que vous avez voire consolation. [Luc. vi,iii.J Oh 1 que bienheureuse
est l'ilme à qui Dieu a donné la science des saints!
Coujme elle était une grande maîtresse dans celte divine science, elle recommandait fort la sainte pauvreté, et elle ne pouvait souffrir que ses religieuses eussent des choses superllues. Elle ne pouvait supporter rien dans ses maisons qui ne ressentît la pauvreté. l!lle voulait môme que l'on fût pauvre en livres, en images, en chapelets, et généralement en toutes choses. Elle recommandait fort de se donner de garde de certaines supertluités que l'on voit en ilc certaines maisons et qui s'y glissent imperceptiblement peu à peu , et quehiuefois de telle manière qu'à la un les supérieurs onl de la peine à y remédier. Or ce malheur arrive quelquefois par la considération de l'intérêt, qui est cause que l'on souffre à de certaines religieuses des choses singulières, sous prétexte que les parents les donnent, et qu'il n'en coûte rien à la maison, qui d'ailleurs reçoit ou espère du bien temporel de ces gens. O maudit intérêt, que tu causes de maux 1 dans ta vue que ne fait-on [lasl mais épargne-t-on rien à ta considération ? c'est ce qui introduit le relâchement dans les communautés les plus saintes» parce que l'intérêt s'y trouve. L'esprit de l'observance est dans sa vigueur, la sainteté des mœurs règne ordii:airement dans le commencement des instituts , parce que le dégagement s'y rencontre , l'amour de la pauvreté, le parfait désintéressement.
L'institut de Notre-Dame du Refuge a commencé de la sorte , et pendant que l'esjirit primitif y demeurera il abondera toujours en bénédictions. Jamais on n'a rien vu de |)lus désintéressé, et néanmoins de jilus pauvre. Dans la fondation d'Avignon la iiauvreté y était si extrême qu'elles faisaient jilus'de rentes qu'elles n'avaient de bien; et elles étaient obligées de travailler pour payer leurs dettes. Plusieurs religieuses couchaient sur la paille, la maison n'étant point en étal de leur donner des lits. Elles étaient contraintes d'emprunter de l'argent pour subvenir au nécessaire, et avec tout cela on voulait qu'elles reçussent des filles pour rien et sans aucune dot , et personne n'osait presque les assister. Mais leur espérance était en la divine Providence, qui a bien fait voir, par les secours qu'elle a donnés à cette maison et à tout l'ordre, que jamais personne n'a mis sa confiance en elle qui n'en ait ressentît la maternelle et l)uissaiite jiroleclion.
Quand les maisons manquaient de quelque chose, la sainte institutrice disait : Nous sommes [lauvres, il faut nous contenter de ce que Dieu nous donne et le remercier, et ne pas désirer tlavantage. Pour en;i>êcher ces désirs, ou la peine que ses religieuses eussent pu avoir dans leurs besoins, ou la recherche intéressée du secours des hommes, elle leuc disait : Souvenez-vous du vœu que vous avez fait de i>auvielé : et de vrai si l'on s'est obligé si solennellement il Dieu d'êiio
Li: TuioMniK ni'; la choix. — part. m.
sso
jmuvre, coiiinicnt peut-on vouloir les aises (le la vie, coiniiic les riches, ou no uian(|ucr lie rien? N'est-ce pas le propre des i)auvres (le soutirirliieti des besoins?
I,n dii^ne mère Mlisaholli vivait en véritable pauvre, 'l'oul ce (jiii élait le jilus cliétif était le meilleur |iour elle. Kllu prenait pour elle les choses délaissées des autres, se réservant toujours ce (pTil v avait de pire. Son plaisir était de porter de vieux habits, r;iiielacés et tout rom|ius. (Juand il lui vn t'allait donner de neufs, il fallait trouver mille inventions pour en venir •'i bout, et pour les lui l'aire [irendre. Si on lui disait tiiio li!s pièces l'inconunodaient, elle répondait (jue cela lui convenait bien, et qu'elle était une pauvre religieuse. Si elle était loj^ée dans nue pauvre chaudire, ellecn était ravie et elle k'écriait ; Oh I (jue les relij^ieuses sont heureuses de jiouvoiravoir de tels logements, et si elles savaient leur bonheur ! Comme elle était dans une dont les murailles étaient crevassées, et ipie pourcesujet on voulaity mettre quelques toiles pour empêcher le vent : 0 Dieu, dit-elle, que nous sommes encore bien mieux que Notre-Seigneur et notre Dame dans l'étable 1 Dieu nous fasse la grâce d'imiter leur [lauvreté I C'est de la manière que l'esprit de la croix, qui se trouve toujours abondamment dans une véritable pauvreté volontaire, triomphait dans cette fidèle servante de l'adorable Jésus et de son immaculée Mère, et dans les ell'ets même miraculeui qui en arrivaient. Car si elle n'avait lioint d'or ni d'argent à l'imitation de saint Pierre (Act. va, G), elle avait avec lui une vertu divine qui s'étendait sur les moindres choses qui lui appartenaient. Nous l'avons déjà dit, mais nous remarquerons encore ici quedeux criminels étant déjà au gibet et sur le {K)int d'être exécutés sans vouloir entendre à rien de Dieu, criant tout haut qu'ils voulaient être damnés, de bons religieux, qui les assistaient leur avant donné quelque chose qui appartenait à Marie-Elisabeth, à même temjis ils se trouvèrent changés, ils se confessèrent et demandèrent pardon à Dieu et àloulle monde; ce qui se {lassa devant deux mille jjersonnes.