‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 136 sur 436 · CHAPITRE PUE.MIEK · texte numérisé non relu

CHAPITRE PUE.MIEK

De l'amour de Dieu seul.

Dieu seul est infiniment aimable : se* grandeurs et excellences inelfables, ses bontés incomiiréliensibles demandent des amours infinis ; mais c'est ce que tontes les créatures ensemble ne peuvent lui rendre. Considérons donc ici tous les amours de toutes les créatures de la terre les plus éclairées dans les voies de la grâce de[)uis la création de l'univers ; considérons les amours de tous les bienneureux du ciel, joignons ensemble tous les amours des anges et desliomraes, et de la très-pure > ierge même, que l'Eglise appelle mère du Ijel amour, tout cela n'arrivera jamais à ce qui est dû à Dieu. Après l'aveu de cette vérité, rentrons sérieusement en nous-mêmes, et méditons dans un profond recueillement combien nous sommes éloignés d'aimer Dieu autant qu'il le mérite. Hélas ! que faisons-nous ? des amours inlinis lui sont dus, nos cœurs sont très-petits et bien bornés, et nous en partageons encore les affections. Il semble, è voir le procédé des hommes, qu'ils en ont de reste ; après avoir rendu à celle Jîajesté suprême ce qu'ils lui doivent, ils font un mélange pitoyable de l'amour du Créateur et de la créature.

C'est co qui toucha un jour bien vivement un grand serviteur de Dieu, <!t l'un de ses plus tldèles amants ; car comme il était en oraison, une grande et surnaturelle lumière lui fut donnée, dans laquelle Dieu tout bon et tout miséricordieux voulut lui manifester ce qui se [tassait; et, de vrai, combien y a- I -il d'intidèles, d'hérétiques, de schismatiques, et parmi les Chrétiens de personnes qui sont en péché mortel ! et n'est-ce pas ce oui couvre toute la terre delénèbres effroya-

bles, et ce qui donne aux âmes des duretés qui les rendent plusinsensibles que les pierres et les rochers ? On lui (il voir ensuite quelques âmes qui étiient dans le saint amour, mais dont le nombre était petit, comparé à celles qui étaient nirdlieureusement engagées dans le péché. Enlin on lui fit connaître que parmi ces âmes menues (]ui étaient en grâce, à peine s'en trouvait-il qui aimassent Dieu purement pour Dieu, et dans lesquelles il n'y eût'jje Dieu seul.

A ces vues, rhuaiuie lie Dieu sentit son ] auvre cceur blessé d'une profonde plaie du divin amour, et, ne pouvant contenir dans son intérieur les ardeurs enflammées qu'elles lui causaient, il était obligé de se retirer dans quelque vaste campagne, pour y soupirer plus à l'aise et dans une plus grande liberté. C'est là qu'étant à fécart des hommes il faisait retentir les airs de ses crrs. Aussi les hommes de la terre n'entendent guère la langue du pur amour. O mon Dieu 1 ô mon Dieu 1 s'écriait-il, que vous êtes peu aimé, et qu'il y en a peu parmi ce fielit nombre qui vous aiment purement 1 6 combien votre pur amour est rare! Au milieu de ces vues il pleurait inconsolablemenl, et ses yeux devenaient comme une source inépuisable de larmes de ce que l'amour même était peu aiiné. Je suis bien éloigné sans doute, mon cher lecteur, des feux sacrés qui brûlaient dans le chaste cœur de ce grand et fulèle amant de Dieu. Si estce pcurtant qu'au milieu de toutes mes glaces mon misérable et chétif cœur veut aimer son Dieu ; et il veut aimer Dieu pour Dieu. Si est-ce pourtant qu'au milieu de toutes mes duretés je suis pénétré d'une vive douleur de ce que les créaiures aiment si peu leur Créateur ; c'est ce qui me presse d'aJler eu différents lieux pour y crier aa

divin et [nir amour, pour y aire à tous ceux à qui je puis parler que Dieu seul est runiqueuieiit aimable ; et, eu le disant aux autres, me le dire à moi-môme, pour nous enllaiumer tous dans les ft.immes de ce feu divin que notre grand Maître et bon Sauveur est venu apporter en terre. Ab! disait cet aimable Dieu-bonime, /c suis venu apporter le feu en terre, et que reujc-je, sinon qu'il soit allumé? {Luc. xii, .'i9.) ("ette volonté du maître doit bien être celle des disciples qui ont l'iionneur de le suivre; c'est donc ce qu'il nous faut vouloir que le feu du divin amour brûle dans tous les ccenrs.

Mais que nous serions lieureux s'il brûlait dans les nôtres dans sa pureté, si nous les laissions bien à l'esprit de l'adorable Jésus, pour les vider de tout amour étranger, afin qu'il n'y eût plus que l'amour de Dieu seul, afin même que dans nos intérêts les plus saints nous n'y vissions plus que le seul intérêt de Dieu seul. Remarquez, s'il vous plaît, que nous n'entendons eu aufune manière blâmer l'amour im|iarfait, mais nous voudrions, mais nous souliaiterions que Dieu fût aimé purement pour lui-môme, et tpie dans la vue niôme du paradis (comme parle saint François de Sales) l'on n'y cbercbât que le Dieu du paradis ; que, i)armi tous les empressements (jue l'on a pour le salut, l'on aspirât uniquement au Dieu du salut. Ce motif nous a fait donner au public, il y a déjà plusieurs années, la divine Providence en disposant de la sorte, un |ietit livre, intitulé Dieu seul. C'est le même qui nous engage maintenante manifester quelque chose de la vie d'une bonne servante de Dieu et de son immaculée Mère, dans laquelle on verra pratiquer ce que nous avons enseigné. Ainsi nous avons donné pour titre à cette Vie : L'amour de Dieu seul. Car, à la vérité, la personne dont il y est ]iarlé a marché à la suite du Fils deDieu, renonçant à soi-même, et d'une manière si solide et si parfaite qu'à peine la nature corrompue, dans les dernières années de sa vie, pouvait se prendre dans ses actions, comme il sera montré dans celle servante de notre grand Maître. Elle a porté sa croix avec tant de courage et de lidélilé, qu'elle ne s'est jamais lassée de l'aimer, mais d'un amour qu'd serait difficile d'expliquer. Elle a arrêté ses yeux sur Jésus, notre divin exem- ]ilaire, et,s'ouijliant saintement elle-même, elle a cbercbé les seuls intérêts de Dieu seul. C'est pour nous animer à la même recherciie que nous manift^stons quelque chose de ses actions et de ses soutl'rances. Nous écrivons, alin qu'à son exemple nous aimions Dieu pour Dieu ; que Dieu seul soit l'esprit dominant qui vive et qui règne dans tout ce que nous sounues, dans tout ce que nous f d--ons. dans tout ce que nous souffrons. O mon Dieul ô mon Dieu I ali! quand sera-ce que vous serez toutes choses en nous? ah 1 Dieu seul ! Dieu seul ! Dieu seul 1 dans l'union de noire bon Sauveur Jésus- Christ.

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