‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 139 sur 436 · I.-AMOrU DE DIRU SEL'I.. - PART. I · texte numérisé non relu

I.-AMOrU DE DIRU SEL'I.. - PART. I

filO

h In rnnilé, qnoùiiie ce ne fûi pas en des irmticrcs nolables, el rola par la (•onv'?rsation (ios filles qui élaioiit vaines. F.llc prenait plaisir à se parer; elle vmilait ùlre tonsidérée et aimée, et, ce qui est hien déplorable, c'est qu'elle quitta la sainte oraison, et avait peur même de [lasser )>our dévole. Klle fut dans cet éiat durant h peu près une année, mais non pas également, car elle en lut tirée en partie, avec le secours divin, |iar les soins d'une de ses plus proches |)arenles, après quatre ou cinq mois de son égarement. Elle ne se remit enlicrcmcnt dans le service de Dieu qu'après une seconde confession générale, ([u'el le Ut h l'occasion d'une nouvelle mission que l'on faisait dans la ville d'Evreux; elle était pour lors âgée de seize ans.

Mais qui pourrait bien dire l'extrême faiblesse de la créature ! A peine s'étail-il écoulé une année depuis son parfait retour vers Dieu qu'elle retomba dans ses vanités; elle se laissa aller encore aux désirs du siècle et aux modes du monde, et particulièrement à porter des rubans : ce dérèglement, néanmoins, ne dura que quelques mois; car étant allée dans l'église du séminaire épiscopal d'Evreux pour s'y confesser, la divine Providence l'adressa à un confesseur puissant en œuvres et en paroles , dont la mémoire est en bénédiction. C'était uu prêtre de la congrégation du fc-u P. Eudes, nommé du Doucy, el que l'on nommait communément Jourdan. I! était lioiiune plein de foi et de charité, très-éclairé dans les voies intérieures el d'une solide mortification, vivant dans un entier dégagement de toutes les choses du siècle. 11 e>t décédé en odeur de sainteté à Ueiines, où il était supérieur du séminaire du diocèse. Il serait diflliile de dire les biens que la divine Providence a faits en ce lieu par son ministère ; les lumières que les ecclésiastiques en ont reçues pour s'acquitter dignement de leur devoir; l'esprit de mortilicalion et de séparalion du monde, d'oraison, d'union avec •Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il a établi dans les communautés régulières; la connaissance qu'il a donnée aux séculiers de la grâce du christianisme et de la grandeur de noire vocation ; de l'obligation que nous avons de suivre les raaximes de l'Evangile : toutes ces grandes bénédictions que notre bon Sauveur répandait en abondance sur tous ses emplois lui avaient donné la contiance de grand nombre d'ecclésiastiques de presque toutes les communautés régulières, (et il y en a un nombre considérable dans cette grande ville), de plusieurs personnes du parlement, el même des premières. Le Irès-illuslre et très-zélé prélat, monseigneur l'évêque de Rennes, avait pour lui une estime toute singulière, ce qu'il marqua hautement à son décès, témoignant le regret qu'il avait de la perte d'un si bon serviteur Oe Dieu ; ce qu'il a fait encore en d'autres occasions et devant des personnes de haute qualité. L'on a vu, depuis sa mort, que l'on peut dire avoir été précieuse devant le Sei-

gneur, les peuples, par un secret instinct de grâce, avoir recours à ses prières el implorer sa protection dans leurs besoins.

Ce fut h cet homme de Dieu tpie notre sftur se confessa pour lors; et, (omine il était très-éclairé, il vit aussitôt qu'il la devait presser de se défaire des rubans, qui étaient le sujet de son atlai hcincni. 11 lui dit donc de se défaire de ces meubles de vanité ; mais elle ne i/ouvait s'y résoudre ; elle alléguait que ces ornemenls n'étaient pas incompatibles avec la dévulion, car dans ce temps elle était environnée de ténèbres el remplie do faiblesses. Ce que connaissant le prudent confesseur, il lui lit voir qu'au inoins elle devait jienser à les quitter dans quelque temps. Mais comme elle eut apjiris que ce lemps qu'il lui donnait n'était que de quinze jours , elle demeura toute surprise, et sa nature en fut si etfrayée qu'elle en fil un grand cri. Cependant elle obrit, et quitta, à la fêle de la Pentecôte, toutes ces vanités. Elle était âgée à peu près de dix-sept ans.

Depuis ce temps-là, sa constance dans le service de Dieu a été inébranlable : elle a persévéré avec une fidélité inviolable dans toutes les voies de la plus haute mortification ; et l'on peut dire que son dégagement a été admirable ainsi que son union avec Noire-Seigneur Jé>us-Cluist

CH.VPITRE IV.

Réflexions sur le chapitre précédent.

Nous espérons de la divine miséricorde que Dieu tout bon sera glorifié, si l'on considère avec attention, en sa sainte présence, le péril qu'il y a, lorsqu'il est tem[is de jeter les semences des vertus dans une âme, do traiter avec des personnes qui n'ont jioinl d'yeux pour connaître la vanité du monde, mais, au contraire, (]ui incitent les autres à s'engager dans ses malheureux pièges : c'est de la manière que parle sainte Thérèse. La lionne sœur, dont nous écrivons, avait été favorisée de grâces spéciales, et était |;lcine de lumières dès sou enfance; et cependant tous ses beaux jours de la grâce sont changés en de sombres nuits par la fréquentation qu'elle a avec des filles vaines : comme elles étaient remplies de ténèbres, elles obscurcirent les pures lumières de !a servante de Dieu el de son immaculée Mère. Voilà le malheur des conversations du monde qui portent une maligne infection dans les âmes, el qui corroaipent les mœurs les plus saintes; j'en ai vu des exemples lamentables en des personnes d'une haute vertu, que je connaissais particulièrement.

Mais y a-l-il rien de plus remarquable, en ce sujet, que ce qui est arrivé en la séraphique sainte Thérèse, dont nous venons de parler. Elle assure que le soin que sa mère avait de la faire prier Dieu et de Ja rendre dévoie de Notre-Dame (car sa dévotion est une source de toute bénédiction) et Je quelques saints, commença de l'inciter au bien dès l'âge de six ou sept ans, et qu'il lui sembla qu'il ne restait rien à faire à Notre-

ou (»XVUES COMPLETES DE BOIDON. CI2

Seignenr, afin qu'elle fût tout à lui dès ce que c'était mieux fait de suivre le train de bas-âtjo; et, de vrai, il lui donna dès lors un la plupart des autres ; qu'elle devait plutôt

se contenter de réciter des prit'^res vocales. Elle se donna la liberté de converser beaucoup avec les créatures et de s'y lier i)ar • les amitiés; c'est ce qui lui a fait dire ces méritent bien d'élre remar-

zèle SI ardent pour sa gloire qu elle s enfuit de la maison de son père pour aller en la terre des Maures, demandant raumône, afin de |)Ouvoir soull'rir le martyre; et il ]ilu'. à Nrttre-Seigneur, à ce qu'elle témoigne encore, que la voie de la vérité demeurât im|irimée ^n son âme.

Mais ceiie voie de la vérité fut changée ^n une voie d'erreur par la conversation de quelques i)ersonnes moiulaines et par la lecture de quelques romans. 11 lui semblait que ce n'était itoint mal fait que de mettre quelques heures dans un emploi si vain , et elle n'était point contente si elle n'avait quelque livre nouveau ; c'est ce qui commença à refroidir ses bons désirs et à bannir de son âme tout ce qu'il y avait de bon. Elle avait un grand soin d'être propre, et (jui tenait de l'excès; d'avoir les mains belles, d'êlre bien coitïée, et d'être selon les modes du monde. Voilà les maux que causèrent dans cette grande âme la lecture des romans et les vaines conversations, ce qui lui fait dire : « Je suis saisie d'étonnenient, voyant le doumiageque fait une mauvaise compagnie ; et, si je n'avais passé par là, je ne le jiourrais croire : mais, principalement au temps de la jeunesse, cela est |)bis l'réjudiciable. Je souhaiterais fort que les jières et les mères tirassent l'expérience de mes fautes, pour veiller soigneusement sur ce mal ; » et, pai lant d'une conversation vaine, elle ajoute : « Et il est vrai que cette conversation me changea tellement qu'elle ne laissa en Qjoi aucune marque du bon naturel que j'avais, ni île la vertu qui était en moi auparavant. » Elle vint néanmoins, quelque temps après cet égarement, à comjM'enUre la vérité qu'elle avait a])prise dès l'enfance, que tout n'était qu'un néant, que tout le moiiile n'était que vanité, et que tout passe en peu de lem|is; que les souU'rances n'étaient pas grand'chose , Notre-Seigneur Myant tant enduré poumons. Elle prit résolution d'être religieuse, et elle triomplia de tous les combats que la nature et le diable lui donnèrent, par une forte considération, avec le secours divin, que les travaux et les gênes de la religion ne pourraient être plus grandes que celles du purgatoire. Notre Ijod Sauveur lui fit de nouvelles grâces et la favorisa de grandes bénédictions; mais les occasions la firent retomber, quoique Dieu tout bon et tout miséricordieux l'ait toujours préservée de fautes notables, et qu'elle soit demeurée dans l'innocence.

Ici elle s'écrie ; « Qui eût jamais dit que je dusse tomber sitôt après tant de faveurs de Dieu, après que sa Majesté m'eût enrichie de vertus qui d'elles-mêmes m'incitaient à laservir ?» La fréquentation et l'amitié des créatures, et l'éloignement du Créateur, ayant quitté l'oraison mentale, lui causèrent de nouvelles chutes. Elle tomba dans la plus grande tromperie où le diable la pouvait précipiter, comme elle parle, lui donnant de la crainte de l'oraison : il lui semblait

ventés, qui quées. Je rapporterai ses pro|ires paroles. « J'estime que c'est une chose très-dangereuse qu'un monastère de femmes rempli de liberté, et qu'il semble [ilùlôi être un chemin qui conduit en enfer, pour celles qui veulent être mauvaises, qu'un remède pour leur laiblesse. Il faut que Notre-Seigneur les appelle particulièrement, non une fois, mais plusieurs, afin qu'elles se sauvent, tant les honneurs et les récréations du monde y sont établis et autorisés, (elle parle de ces monastères libres) et tant elles entendent mal leurs obligations : que Dieu veuille qu'elles ne tiennent pas pour vertu ce qui est péché 1 et il y a lant de diOiculté à leur faire entendre cela qu'il est l)ien nécessaire que Notre-Seigneur y mette la main; et c'est une chose bien digne de compassion de voir plusieurs personnes qui veulent quitter le monde, lesquelles, en étant retirées et fiensant servir Notre-Seigneur et se délivrer des dangers qui s'y rencontrent, se trouvent ensemble au milieu de deux mondes, sans savoir comment s'en délivrer, ni comment y apporter le remède , parce que la jeunesse , la sensualité et le diable les portent à faire des choses qui sont du même monde ; et d'ailleurs elles voient que , pour ainsi dire, on tient là ces choses (lour bonnes et louables. O mal nonpareill ô mal extrême 1 quand les religieux et les religieuses vivent sans observance ( car je ne parle ]ias moins des uns que des autres)! Mallieur, dis-je, très-déplorable , lorsque dans un monastère il y a deux chemins, l'un de la vertu et d'observance, l'autre d'inobservance et d'irréligion, et que toutes les deux voies sont également battues. J'ai dit mal également , d'autant que par nos péchés nous penchons davantage vers le plus imparfait, et l'embrassons avec plus d'ai'deur. Le chemin de la véritable observance est si peu suivi que le religieux et la religieuse qui veulent commencer tout de bon de satisfaire aux obligations de leurs vocations doivent craindre davantage les |)ersonnes de la maison que tous les diables ensemble ; et il leur faut user d'une plus grande adresse pour parler de la communication que l'on doit avoir avec Dieu que pour s'entretenir des amitiés que le diable lie dans le monastère. C'est pourquoi je ne sais comment nous nous étonnons de voir lant de maux dans l'Eglise , puisque ceux qui devraient servir de règle et de modèle aux autres ont tellement éteint l'esprit que les saints, leurs prédécesseurs avaient laissédans les ordres. Sa divine Majesté y veuille apporter le remède qu'elle y voit nécessaire 1 Amen. ^ Voilà comment pane sainte Thérèse au sujet de l'engagement qu'elle avait eu dans de vaines conversations , qu'elle voyait être

lii:.

i.AMoiR DR i)ii:i: si:ri.

Page 1