‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 14 sur 436 · CHAPITRE Ml · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ml

De son esprit de viorl à la rie spirituelle.

L'horauie qui a l'être commun avec les pierres et les autres choses iiiaiiiméos, qui a une vie végétative avec les plantes, et une vie sensitive avec les animaux, étant doué d'intelligence, aune vie spirituelle avec les anges, quoique dune manière moins nohle et moins parlaite; mais de plus, il reçoit de Jésus-Christ une vie surnaturelle et divine : et comme il va une grande différence entre la vie de nature qu'il a commune avec les bêtes, et la vie qu'il a commune avec les anges, sa vie spirituelle et raisonnable, quelque perfection i|u'elle puisse avoir, est bien éloignée des excellences de sa surnaturelle et de grâce. Comme donc ce lui serait une chose bien indigne de demeurer dans les opérations de la vie animale sous prétexte qu'il vit de cette vie, jouissant d'une vie plus noble qui est celle de l'esprit et de la raison, il faut avouer qu'il dégénère beaucoup de la fin glorieuse où il est apjielé jtar la grdce du baptême, lorsqu'il s'arrête seulement dans les limites de la vie raisonnable. Ce n'est donc juis assez à l'homme chrétien de mener une vie honnête et bonnement morale, il ne lui suffit pas d'être un homme fort raisoiuiable en sa conduite; le jirir.cipe divin qui est en lui le doit faire vivre et le doit faire agir surnaturellement, étant mû par l'esprit de Jé^us-Chri-.t. En toutes choses nous serions Dieu, s'écrie l'Ajiôtre aux Komains ( vu, 6), dans un esprit nouveau. — C'est contre l'esprit du nouvel homme que s'élève la chair, comme il l'enseigne dans VEp'itrc aux Gâtâtes ( v , 17). 11 ne dit i>as, dit un savant interprète, que la chair s'élève contre la raison , car dans les sages du monde elle est chair elle-même; mais contre l'esprit , c'est-à-dire contre l'homme conduit [)ar 'e Saint-Esprit.

« C'est à cet Esprit adorable, » disait le P. Seurin, « qu'il faut faire le sacrillce de notre jiropre esprit ; » « ce n'est donc [las, » disait-il encore, «de mourir à tous appétits, goûts, sensualités et desseins ; mais de plus il faut mourir aux propres opérations de notre vie spirituelle et naturelle, atin que Dieu règne et fasse en nous ce qui lui plaira. Ah Dieu 1 quelle différence entre la vie de l'honnête homme, de l'homme d'esprit, de l'hi-jinnie raisonnable et de l'honnue chrétien, à celle de l'Iiomme de gr.fce et de l'homme cie Dieu ! que leurs maximes sont éloignées! que leurs avis et leurs conseils sont opposés, aussi liien 'qui; leurs actions! » Le serviteur de Dieu dans la pureté de sa grâce portait un tloignement indicible de ces |jersoinies trop naturelles. Dans une lettre qu'il adresse à l'une de ces personnes, il assure « qu'il ne (•ontinue à lui écrire que dans l'espérance qu'il a que son esjirit naturel se rangerait

Il la iietilesso et à la simplicité de sa grâce; qu'ilavait souvent eu désir de ne lui plus écrire, vovant l'diiposition de son esprit à la simplicité chrélicniie ; que pour lui il regarde connue folie tout ce qui est hors de cet esprit, et comme un temps peidu tout autre entretien ; qu'il est obligé de s'éloigner de ces personnes sans faire bruit, ou avec bruit, s'il ne peut faire autrement, cpiand il n'y trouve [las cette disposition. » Il écrit îi une autre, « qu'il ne peut supporter ue qui esl éloigné de l'air des enfants de Dieu et des maximes de Jésus-Christ; qu'il voudrait bien terrasser la inudence humaine; qu'il fallait tâcher de faire un monde nouveau aux |)ieds de Noti'e-Seigneiir, se soucier jjeu de nos petits raisonnements. »

Il est vrai que la grâce ne détruit pas notre raison ; au conlraiie, non -seulement elle la cultive et la |ierfectionne, mais elle la relève de sa bassesse, |iour lui fane eutendre qu'avec toutes les forcesde sa lumière n.iturelle elle a besoin des plus vives clartés de la grâce pour ne pas s'égarer au milii'U des ténèbres qui couvrent la meilleure I aitie de la terre, pour êtie et se tenir dans j.i vérité. Pour moi, s'écrie le serviteur de Dieu, «je suis toujours résolu d'aller mou chemin qui est d'aller à la venté. Eh I quel moyen qu'un Chrétien, qui e^t disciple de Jésus qui est la vérité, puisse se plaire ailleurs que dans la vérité. » Parlant d'une dame qui était dans l'illusion de l'estime du monde, il dit : « Je ne puis avoir de complaisance qu'en la vérité. Où il n'y a point do vérité, il n'y a rien; et si cette âme n'est dans la vérité, où est-elle? elle ne fait qu'errer parmi les ofijets du monde. » Sainte Thérèse avait raison de dire, qu'après avoir été chez la duchesse de Médine, elle perdait l'envie d'être dame. Ayant remarqué que la personne dont il parle prenait plaisir aux compliments qu'une autre lui faisait, il s'étonnait comment une dame chrétienne (louvait se laisser aller à des erreurs si pitoyables. Le grand mouvement de sa grâce le" portait particulièrement à écrire, à exhorter toutes les âmes à l'amour de la vérité; il travaillait de toutes ses forces à l'établir de tous côtés. L'une de ses plus grandes joies était de s'en entretenir ; et i! combattait de toutes ses forces la vanité et le mensonge des (lernicieuses maximes du siècle. Les (larlisans de la nature corrompue se déclarent en toutes rencontres les ennemis des sentiments de ceux qui détruisent ceux du monde. Il dit ces [laroles dans une lettre à.une religieuse : « Je ne vous dissimule point, il faut rompre toutes vos correspondances avec les grands esprits, et tous les grands desseins que vous avez de conserver leur appui et leur commerce, et ne vous retenir rieii ([ue ce qui vous attire à Dieu, sans dire : ijuc je serais ingrate, que penseraiton de moi'?» Ecrivant à une autre, il lui dit : « Fuyez comme la peste la coiiveisaliiui desgens'qui ne nous portent pas à Dieu ; mourez à toutes correspondances du ue-

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