‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 15 sur 436 · LIIOMMK DE DIEU. — PART · texte numérisé non relu

LIIOMMK DE DIEU. — PART

TA

hors, et méprisez ce groml n|i(i;ir(!il île raisonnement que la nalmc vous donne. I.e rœur (|ui a le goût de Jé--ns-Clirisl donne bientôt (les niarijues (|ue toutes ces conversations lui sont il charge. » Son sentiment était i]ne paiticnlièremeni dans les conumiiiautés il ne iallait |ioint admettre de conversations que pour Dieu ou la pure néce-^sité. C'était l)ien aussi celui de la séraphiipie Tliérùse, qui ne voulait |!as que l'on reçilt volontieis au piarloir une seconde fois une personne, h moin^ (|irelle n'v vîi'.t s'cntictenir de l'oraison. Il ajoutait (pi'il fallait même liien prendre garde dans les infirmeries ou autres lieux où l'on parle, à y modérer les conversations; que nons devons épargner iifis paroles comme les gens du liiouile l'or et l'argent.

Mais s'il avait un si grand éloignemcnt des tuaxiuies erronées du siècle et de ceux qui les favorisent, marclianl dans les voies de la pure vérité, il ne pouvait supporter tout ce (pii en écarte et ce qui donne lieu à l'erreur. De là vient (ju'il avait une horleur extraordinaire de la hauteur de l'esprit naturel (]ui jiart du venin et de la corru|ition de la nature ; c'est ce qu'il marque fortement à une religieuse à qui il dit tians une lettre : «Je vois par votre stvle la hauteur de votre esprit. Dieu nous garde de vos idées, cela me noie; c'est-h-tlire, je ne sais par oii m'y ]iiendre. Il me semhie que votre cœur est devant le trône de Jésus-Cliri.vt comme un liiiii, au lieu d'y élre comme un agneau. \'oire première nécessité est de venir comme un enfant. J'ai'pelle hauteur d'esprit celle qui va dans la sagesse des beaux esprits et dans la réflexion des habiles. Je m'étonne que la douceur de la grâce en l'él.ible de Lclhléeiii ou au [iréldiie de Pilate, ne nous gagne tout à fait le cœur, ^'ous mettez toute votre vertu et toute votre force dans votre raisonnement, et moi c'est ce que je ménrise. L'enfance chrétienne est contraire à la prudence humaine qui ouvre des \eux à des intéréls et k des considérations que je ne regarde pas;» c'est ce qui lui faisait dire dans une auire lettre, qu'il était sur|)ris du style d'une autre personne religieuse qui lui écrivait, et particulièrement de ce (ju'elle le voulait justifier, quoiqu'il sentît la manière des séculiers; qu'il ne pouvait avoir de condescendam e là-dessus; cpi'il avait plus d'aver>ion qu'on ne peut dire, des belles lettres qu'elle écrit; qu'il ne peut supporter ces façons de faire, de parler et d'écrire ; qu'il n'y a rien qui le choque davantage que le beau style qui est un style de vent et tle mondanité; ipie les gens qui en usent lui sont comme des idumes qui voltigent en l'air; que dans les communautés religieuses ces personnes si jiolies, ces belles jiarleuses et bien disantes, s'égaraient pour l'ordinaire dans les voies de la perdition. « Non s"écriail-il, il e?t plus vrai que je ne saurais dire, que tout ce qu'on ajipelle force naturelle n'est que faiblesse; que toutes les belles qualités naiureiles nesont pour moi que du fumier; que tout ce qui ne va pas à

Dieu iKiirt avec vitesse dans le néant. » 11 dit dans une lettre h un l'eligieux de sa compagnie, qu'il ne (leut faire état de lui-môme ni de ses talents; que cela l'obligée |>rêcher en toute simplicité, sans se mellre en peine de la politesse du monde; qu'il ne peut rien estimer ni goûter avec joie que les choses divines ; que tout le reste le lasse et lui fait peine; qu'il lui semble que tout ce qui est naturel en lui se perd pour être du tout employé ilaiis le divin amour. Il (lisait qu'à la véi'ité cet esprit paraissait folie aux âmes trop humaines, mais qu'il prie Dieu (|u'il lui donne (^e lelles folies; (ju'il aime mieux avoir une folie méprisée de tous, qu'une sagesse qui est encore plus contiaire à l'esprit de Jésus-("hrist, (|ue la sciisualilé et l'amour des commodités; que la force humaine fondée en hauteur d'esjirit, est l'un des plus granils ennemis de res|)rit du P^ils de Dieu; que c'est une chose étrange que l'attache à son propre jugement; que c'est un miracle de le voir abaissé sous les maximes de l'Evangile. Parlant à la mère Jeanne des Anges d'une [)erson!ie dont il prenait soin, qui était un homme de grande vertu, mais qui se confiait aux lumières de son esprit, il assure que le soin de cette âme lui est une plus grande affaire que de l'avoir exorcisée.

Cependant, disait-il, « toute la grande application doit aller à renoncer à ses lumières pour ne suivre que celles de Jésus- Christ. » 11 estimait que l'on abrégerait beaucoup de chemin dans les voies iiiiérieures, si l'on appliquait toutes ses oraisons et tous ses soins à ce renoncement; qu'il fallait pour ce sujet rejeter toutes ses anciennes idées et ne plus retourner. Dans une lettre qu'il écrit à monsieur son père, il lui fait remarquer qu'à la vérité la dispositioii extérieure des choses contribue au service de Dieu, et quand elle se reni-ontre, qu'il ne la faut pas négliger; cependant i|n'il taut ^'en rendre indépendant jiar la moriilication de l'esprit dont il faut faire un sacrifice. 11 ne voulait point de mélange. Il s'écriait souvent avec l'Ajiôlre : Nous n'avons point reçu l'esprit de ce monde, mais celui qui vient de Vien. (7 Cor. u, Vl.) Pour nous, c'est de l'esprit par la foi que nous espérons la justice. [Galat. v, 5.) Il disait avec ^ailit Jean, le discijile de l'amour : Nous connaissons que nous demeurons en Dieu, et qu'il demeure en nous, en ce quil nous a donné de son esprit. (/ Joun. vi, 13; / Tim., vi, IG.) 11 méditait avec grande attention ces paroles de saint Paul aux Corinthiens : Ce qui semble folie en Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui semble faiblesse en Dieu est plus puissant que les hommes. En effet, mes frères^ considérez ceux que Dieu a appelés parmi nous : il n'y en a pas beaucoup de satjcs selon la chair, mais Dieu a choisi ceux qui sembletU sans esprit dans le monde, afin de confondre les sages; il a choisi les faibles pour confondre les puissants; il s'est servi de ceux qui étaient vils et tnéprisahles dans le monde et de ceux qui n'étaient rien, pour détruire

ff qui était grand et illustre, afin qu'aucun homme ne se glorifie devant lui. [1 Cor. i, 25, 28.) (Irandes véiiiés de riiomiiie apostolique, et bien ili^'iies de nos considérations, selon l'exhortation (juissante qu'il nous, en a faite. Qurï pil'et ne sonl-el!es pas capables de produire dans les esfirits qui pensent ôtre quelque chose, si leur amour déié.;lé ae les ren- Jait pas insensibles'? (?nf nul ne se trompe dune soi-même, s'écrie le grand Apôtre; si quelqu'un d'entre vous i:e croit saije selon le monde, qu'il devienne fou pour être sage. {I Cor. m, 18.) ('"est-j'i-dire, que son esprit doit s'humilier et s'anéintir devant Dieu: que nul homme, soit prédicateur, soit douleur quel((ue bel esprit qu'il puisse avoir, ne s'appuie et ne s'arrête à ses talents naturels; qu'il ne s'iniigine pas faire grande chose aux yeux de Uieu, quelque éclat qu'il puisse .ivoir aux yeux des hommes f)ar ses propre-; lumières; qu'il renonce à la sagesse du siècle qui lui donne de l'estime et de J'afiprohation dans le monde, et qui lui persuade facilement (ju'il est sage et prudent; (^u'il suive et qu'il jiratique les maximes de 1 Evangile qui ne parlent ijue de confusions, humiliations, (lauvrelé, anéantissements, qui passent pour folies dans les beaux esprits, mais qui sont la véritable sagesse; car en devenant fou de la sorte, il sera véritablement sage.

Je tinis ce chapitre par ces paroles que je tire encore de notre \\ ôlre aux Romains, que j'écris et que je prononce de toute l'affection de mon cœur: Que le grand Dieu, qui seul est sage, suit glorifié par Jésus-Christ dans tous les siècles. ^Rom. x.vi, 27.)

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