‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 142 sur 436 · CHAPITRE M · texte numérisé non relu

CHAPITRE M

Sa vocation à une haute perfection.

Dieu, dont la nature et la bonté même se

ŒUVRES COMPLETES DE BOL'DON

GÎO

communique liliéralcuUMU à ses créatures, ses ouvrages sont îles etlets de ses miséricordes, dont toute la terre est 'remplie. Il répand ses bénédictions sur tous les hommes, dont il ne veut qu'aucun [)érisse. Il est mort pour tous, comme le déclare le saint concile de Trente, après la divine parole, quoique tous ne soient pas sauvés ; mais leur perte vient de leur intidélité, car il ne laisse que ceus qui le quittent, comme l'enseigne encore lesaintconcile.Deplus.ilafait l'homme à son image ; il veut qu'il (lorte sa ressemblance; ainsi il est !a[)[ielé à la perfection ; c'est pourquoi l'Apôtre, écrivant aux fidèles , il les exhorte à être les imitateurs de Dieu. {Ephes. y, 1.)

Néanmoins il y a de certaines âmes privilégiées qu'il favorise de grâces qui ne S(mt pas communes, qui sont plus spécialement appelées à la perfection ; et il donne ))our cette fin, à ces âmes , des lumières plus vives; il leur inspire une sainte haine d'ellesmêmes qui leur fait déclarer une guerre cofttinuelle contre leurs corps, leurs propres liumeurs et leurs inclinations. Il leur donne des attraits puissants pour entrer dans les voies d'un renoncement perfiéiuel; il se les applique fortement par la pratique de la sainte oraison , et les comble de ses plus saintes grâces.

C'est de ce nombre heureux que nous pouvons dire qu'a été la sœur Marie-.\ngé- Jique de la Providence, et par les divines illustrations dont elle a été éclairée dès sa jeunesse, et par les mouvements intérieurs qu'elle a eus pour une mortification étonnante et pour l'oraison. Certainement si Dieu est peu aimé , il est vrai de dire qu'il est peu connu, et les sentiments que la plupart des hommes ont de son être et de ses j)erfections sont si ravalés et si bas que l'on peut assurer qu'ils ne le connaissent point : c'est cette ignorance ténébreuse qui est la cause de tous les maux qui inondent la terre.

L'esprit de la sœur Marie-Angélique n'avait rien de ces ténèbres. Elle commença de marcher dans un grand jour au même temps qu'elle eut renoncé aux illusions des vanités qui l'avaient égarée des voies de la vérité jiar lesquelles le Seigneur l'avait conduite dès son enfance. Le soleil de justice paraissait dans son âme comme dans le idein midi delà grâce , et durant une année elle fut investie tle tant de brillantes et divines clartés, qu'elle avait de la jjeineù les soutenir. En vérité, disait-elle , il semble , dans cet état, que si le corps est en terre, l'âme est dans le ciel , j.ar la vue des excellences de Dieu, dont elle est pénétrée, ou bien que ie ciel est dans l'âme. Dans cet état , ^ob^cu^ité des ténèbres n'est point obscure pour elle; la nuit, pour elle, est claire comme le jour; les ténèbres de la nuit et la lumière du jour sont [lourelle la même chose. Dans cet état, l'âme loue Dieu , le voyant terriblement élevé , et elle reconnaît avec étonnement combien ses ouvrages sont adorables, ce Dieu de toute majesté taisant luire sa lu-

mière des montagnes éternelles dans son esprit. Elle était si brillante en notre bonne sœur qu'il lui semblait qu'elle n'avait plus de foi, toutes choses pour lors lui paraissant dans une claire lumière. Toutes les créatures la portaient à Dieu, et bien loin de lui servir d'obstacle de sa divine union, (ce qui n'arrive, hélas 1 que trop souvent) elle lui était un moyen efficace jiour y arriver. Elle avait des yeux, et ne voyait point; elle avait des oreilles, et n'entendait point ; car les créatures disparaissaient à ses yeux> et elle n'y voyait que le Créateur. Elle ne pouvait jilus f;îire de bonnes lectures ; les meilleurs livres ne lui servaient plus de moyen pour l'élever à Dieu; car tout le monde, disaitelle, lui était comme un grand livre dans lequel elle découvrait les grandeurs de cet être suradorable. On lit une pareille chose du grand saint Antoine, l'honneur des déserts et l'ornement de la vie solitaire.

Elle avait une présence de Dieu qui était presque continuelle , et cela sans aucune ]ieine ni recherche de sa part. C'est proprement ce qu'on appelle le don de la présence de Dieu. Tous les Chrétiens la peuvent avoir,, jiuisqu'ils ont la foi ; mais cela se fait par une sérieuse ap[)lication, et par la recherche qu'ils font, avec le secours divin , de cette sainte présence. Mais il y a des âmes à qui Dieu .se présente par une manifestation prévenante, et ces âmes ont la présence de Dieu sans aucune peine , semblables aux personnes qui sont dans un ]ilein jour, et qui voient les objets sans se faire aucune violence; ce qui n'est pas de même de celles qui sont dans la nuit, et qui ne les découvrent qu'avec la lumière d'une petite chandelle.

Elle avait de puissants attraits pour l'oraison, à laquelle elle donnait tout le temps qu'elle pouvait; et certainement il est facile de s'y appliquer dans ce temps de lumière, dans lequel on passerait avec joie et les jours et les nuits, dans une si intime union avec notre bon Sauveur Jésus-Christ ; il fallait nécessairement (qu'elle entrât dans ses inclinations; ainsi elle ne respirait que l'amour des croix. Les soutfrances et les humiliations, disait-elle, m'étaient si chères, et leur amour avait pris un si grand emiiire sur mon cœur, qu'à peine en avais je du sentiment, et il semblait que rien n'était capable de me toucher; au contraire, j'étais toujours dans le désir de nouvelles peines.

Et, de vrai, elle montrait bien par ell'et combien la grâce l'élevait au-dessus de tout ce qui peut faire peine à la nature; elle a été, durant plusieurs années, de.ns des contradictions qui n'étaient pas communes, et elle recevait des rebuts fort ordinaires : l'on trouvait à redire à tout c". qu'elle faisait ; on lui faisait souvent des rej-roches, et sa paix élait iiuiiiuable au milieu de tout cet exercice ; elle marchait d'un pas égal et avec une constance inaltérable dans lus voies du service de Dieu ; son cœur était [)lein d'une charité ardente pour les personnes qui la

L'AMOUR DK DIEU

contrariaient, pour lesquelles elle offrait ses prière-i avec plus de ferveur, et avec une application toute particulière.

La i;ràce la portait à tout ce qui est do plus I utie et de plus difficile à la nature, et elle était Irès-lulèlc à en suivre tous les inouvciiieiits, quoique bien opposés b ses

; inclinations, qui la rendaient irés-sensible. Kile mettait de l'absinthe dans ce qu'elle mangeait, ce qu'elle a continué avec, une grande exactitude. Elle prit la résolution, pour se vaincre, de [lanser la tôto d'une

jeune lille qui avait une gale affreuse; elle ineitail de celte gale dans sa bouche, et, ^nlin, elle la man:;oait : mais que Dieu est bon , qu'il est doux à ceux qui l'aiment! Mlle a assuré qu'en se mortifiant de la sorte il avait ré|)andu tant de douceur sur une chose qui natuiellement lui devait caiiser une peine exirômc que jamais elle n'avait rien mangé qui fût si agréable à son goùl, et que même elle ne pouvait pas s'imaginer aucun mets, pour délicat qu'il pût être, qui en approchât. Elle se surmontait encore à sucer des linges qui avaient servi à des cautères, et qui étaient pleins du pus qui en sortait; et, en continuant de celte manière à se vaincre avec tant de générosité, Dieu tout bon continuait de sa part à la favoriser, lui faisant trouver des délices en ce qui doit donner naturellement plus d'horreur. Elle ne pouvait faire réflexion sur cette conduite de l'aimable Providence divin-^, sans entrer dans des étonnements de ses admirables hontes : « Que Dieu est bon, s'écriait-eile, de se contenter de si peu que la créature fait [lour son service ! Que ses libéralités sont surprenantes à son égard, puisqu'il récompense si délicieusement et avec tant de promptitude les petits efforts qu'elle fait avec son secours de se surmonter pour sa gloire ! »

Elle a dit que dans ces temps elle était insatiable de mortifications et de pénitence, et elle en faisait de si rudes et en si grand nombre que ceux qui en ont connu les particularités sont étonnés comme elle a pu vivre. Elle a souvent mangé les crachats qui étaient dans les églises et ailleurs ; et elle l'a fait tant de rofs qu'à la iin elle y était comme accoutumée et n'en recevait presque l)lus de peine. Le doux et l'amer, ce qui était fâcheux ou agréable , tout lui était égal.

Elle faisait tout le bien qui se présentait, et qui était dans l'ordre de Dieu, dont le ■pur amour la transportait tellement qu'elle paraissait hors d'elle-même aux personnes qui conversaient avec elle, ce qui lui attirait de bonnes mortifications, à raison du jieu d'application qu'elle [louvait donner en cet état aux choses extérieures.

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