L-AMOli; DE DIEU SEUL. — PART. I
tiuaiil |iioiiiièrcni(^nt sa loiU«-|iuissaii(e par ti's paroles des lilaiiiiis tlu saint nom : Jésus trùs-puissaiil, avez piliiî de vinre sorvanle. Cette irivocaiioii lui lit redouliier ses cris, niis>i bien (jue les autres, sous les tlillL-n-iils titres qu'on lui adiesse dans ees mômes lilanies. La niùme eliose arriva (|uand on imjilorail le secours do riunnaiulée Mère de Dieu et des saints anges; mais quand ou <-oniinença à prononcer ces naroles : Jésus doux et humilie de cœur, elle lit des liurleracnls horribles, et elle fut tout autrement agitée qu'elle n'avait encore été. 11 semblait quelle allait expirer; le diable montrant la rage qu'il a contre l'humiliation : aussi, elle déclara, étant dans le calme et hors de cette vexation diabolique, que cet esprit d'enfer lui avait fait poiter des peines extrêmes à la prononciation de ces jiaroles.
Ceux qui s'abandonnent au péché, se lais sent séiJuire par ces monvemcnts, ont une pente singulière pour l'élévation et jiour le point du faux honneur ; au contraire de ceux qui sont mus par l'esprit de Dieu, qui neresj>irentque d'être bien petits et de paraître tels aux yeux des autres. C'est la doctrine qu'enseigne le divin livre de Vlmilation <ir Jésus- Christ, qui nous déclare que le chrétien doit avoir de l'amour pour la vie méprisée et cachée. Que l'on ne sache pas si nous sommes ; ou, si on le sait, que nous soyons estimés pour des gens de rien : c'est encela que consiste la véritable philosophie du fidèle disciple de Jésus-Christ, méprisé et caché. C'est sa haute théologie, science des sciences, que Dieu donne aux petits et humlile.s de cœur, à de simples filles, à de pauvres ignorants, tandis qu'elles demeurent cachées aux sages et aux prudents du siècle. La sœur Marie-Angélique a excellé dans cette science par un sincère amour des a]é])ris et de la vie cachée.
Nous avons vu ses inclinations de la grâce pour la vie abjecte ; il nous faut |irésentement parler deson amour pour la vie cachée. Son cœur était si touché pour la retraite, qu'elle a jilusieurs fois demandé à son directeur s'il n'y avait pas moyen de se retirer à la campagne pour y vivre solitaire; et, pour ce sujet, elle pro|iosait d'y garder les vaches. Cet attrait de la solitudelui avaitété inspiré dès lâge de six à sept ans, et il lui a continué jusque à la tin de sa vie. Les bois, les campagnes et tous les lieux retirés, lui causaient uu [ilaisir céleste. Elle était attirée si puissamment à la retraite, que ce lui était un martyre de converser avec les créatures, et elle ne trouvait point déplaisir jiareil à celui d'être renfermée seule dans quelque lieu; et il lui semblait qu'elle aurait reçu une satisfaction extraordinaire, si elle y avait été enfermée sous plusieurs clefs, pour être plusséi'arée du monde, quoique, dans la vérité, lorsc[u'elle était obligée u'y converser, elle y fût comme si elle n'y avait pas été. Klle faisait cependant ce qu'elle pouvait pour éviter toutes sorte^ de conversation-, et les plus saintes même; car entin le^ meilleures créatures ce sont
jias Dieu. O Seigneur ' qui est semblable h vous? Elle demeurait seule, dans un pehl cabinet, autant qu'elle le pouvait, se séparant des personnes avec lesquelles elle était logée : elle travaillait dans \in petit lieu dont la solitude faisait ses délices; mais il y a eu des temps où elle ilemonrait retiréu dans son intérieur par un si |irofond recueillement qu'à peine pou vaii-elle parler à personne.
L'on a remarf|ué plusieurs fois une chosa assez singulière, au sujet de son attrait pour la solitude, faisant ((uehiues voyages de dévotion, comme des (lèlerinagos en des lieux saints; ces lieux étant éloignés, elle se servait d'un une pour faire le chemin, et cet animal, comme s'il eût eu quelque instinct de son inclination pour l'éloigneinent dos créatures, courait de toute sa force |icndant qu'elle était avec sa comi'agnie, sans ((u'ello le |iût arrêter avec sa bride; mais dès lors qu'il l'avait écartée et qu'il se trouvait en ([uehjue lieu solitaire, comme dans un bois, il pliait les genoux doucement et la mettait enterre, y restant comme immobile; les personnes de sa compagnie qui la suivaient étant arrivées [iroche d'elle, l'âne commençait de nouveau à courir jus(ju'à (pielquc lieu retiré, où il la motlail en terre de la même manière que nous venons de dire ; et ce qui surprenait les personnes qui l'accompagnaient était que cela arrivait iihisicurs fois dans un même voyage, ce qui h-s pressa de demander au maître de l'animal si en quelques rencontres il faisait quelque chose de semblable, et il assura que jamais rien de pareil ne lui arrivait. Je laisse à juger aux autres de la chose selon leur sentiment; ce que je puis dire avec assurance, puisque en cela je parle conformément à l'Evangile, est que la sœur Marie-Angélique a été bienheureuse d'avoir aimé la vie cachée et méprisée, et encore plus heureuse de l'avoir pratiquée. Elle a été confirmée dans ces solides vérités |iar l'apparition d'une personne de haute qualité après sa mort, et qui, durant sa vie, avait une grande ouverture de cœur pour elle et beaucoup de confiance. Cette personne, quoique d'une naissance illuslre, avait eu plusieurs occasions d'humiliation, et elle lui dit que Dieu lui avait fait connaître que ces abjections étaient des effets de ses [)lus grandes miséricordes sur elle: qu'elles avaient servi à la préserver des périls de sa damnation, où sa haute qualité l'engageait; qu'elles avaient été des moyens efficaces pour son salut et son établissement dans la gloire qu'elle possédait, et dont elle jouirait pour jamais dans l'éternité bienheureuse. Mais la bonne sœur assurait qu'il ne lui était pas possible d'exprimer ce qu'on lui avait fait connaître pour lors du bonheur des abjections souffertes dans un es|irit chrétien; cela m'imprima, disait-elle, des ardeurs incomparables pour la vie humiliée, ])Our les rebuts et abandon» des créatures, pour tout ce qui contribue heureusement à nous en attirer leséloignemcnts, comme les imiierfections et disgrà-
ŒLVRKS CO.MrLL TKS DE BOIHON.
ce» du lorps , el toutes les autres choses qui nous rendent désagréables à leurs veux. Aprùs celte tonnaissaui e, ( ontinuait-e^le, il uie ^e^llllait qu'il lue tardait d'en être remjdie, et que je n'en aurais jam.iis assez ; que volontiers j'aurais donné tous les honneurs l'i toutes les richesses du nioiide s'ils avaient été en mon |iouvûir, pour avoir la grâce l'être bien humiliée en cette vie. O bonté, ô bonté divine ! qu'il tarde h une âme en cet état de n'être pas reni[)lie de confusion ! Je ne saurais jamais dire la joie divine et les élévations de cette âme dans la gloire, pour avoir eu quelque part à la vie abjecte, et l'impression qui m'en est restée.
Mais nous avons les paroles de l'Ecriture, qui est plus affermie, et que l'on fait bien de considérer comme une lampe qui éclaire dans un lieu obscur jiar la foi, jusqu'à ce que le jour de l'éternité glorieuse paiaisse. Celle divine [larole ne nous apjirend-elle pas par le grand Apôtre, dans l'Epître qu'il adresse au peu[)le d'Ephèse (iv, 9), que Noire-Seigneur est monté, iiarce qu'il est descendu au 1)1 us profond de l'abîme? 11 est monté, disent les Pères, jiar-dessus tout, audessus de quoi il n'y a jilus rien, parce qu'il est descendu dans les parties les plus basses de ia terre, au-dessous desquelles il n'y en a i)oinl d'autres. Le même qui était descendu, dit encore l'Aiiôtre [Ibid., 10), est monté au-dessus des cieux, c'est-à-dire, au-dessus de tous les cor(is, en sorte que, , selon la doctrine de l'angélique docteur, le corps de Jésus-Christ n'e>l point contenu dans un lieu.
O mon Seigneur! vous êtes donc monté au-dessus de toutes choses, [larce que vous êtes descendu au-dessous de toutes. O heureux et divin abaissement, qui élevez à une si haute gloire I Mais, mon Seigneur, n'estce pas vous qui êtes la voie? n'est-ce pas vous que nous devons suivre? et ne devons-nous pas marcher jiar le même chemin que vous avez tenu? Celui qui marche dans les sentiers que vous nous avez découverts arrivera sûrement à la glorieuse fin à laquelle vous nous avez destinés avec des amours inénarrables; celui qui tient une autre route sera toujours dans l'égaitement : bienheureux donc ceux qui ont l'iionneur et la grâce de jiarticiper à vos saintes voies ; bienheureux ceux qui, à votre exemple, mènent une vie cachée aux prudents du siècle, qui n'en savent pas estimer les excellences, parce qu'elles sont contraires aux sens, et liien au-dessus de l'esprit humain ; bienheureux ceux qui n'oiil jioint de part avec vous aux grandeurs, aux plaisirs, aux richesses de la terre, car vous avant tenu lompagnie daus vus privations et' vos douleurs, ils seront associés à votre gloire. Bienheureux les pauvres, abjects, humiliés el méi)risés avec vous, dont le royaume n'est pas de ce monde, car ils régneront en l'autre vie, et seront partici|iaiit's de votre royaume. {Malth. v, .*î.)0 ([uel bonb-ur d'être dans le délaissement di;s créatures, dans Jes contradictions et rebuts, dans les j'eines
et soulfraiiccs, en celle vie présente, dont les jours sont si courts, et qui, à proprement parler, ne sont que des moments comparés à l'éternité, pour entrer dans la joie de son Sauveur et de^on Uien pour un jamais, pour un jamais ! O disgrâces de la terre, que vous êtes aimables, de quelque part que vous veniez, [luisque vous nous donnez les occasions favorables de n'avoir pas grande part à l'estime et à l'amitié des créatures, et qu'en nous séparant de ce que le monde recherche vous nous unissez glorieusement il Dieu !
CHAPITUE IX.
.S'a générosité dans le service de Dieu.
Si l'humilité est le fondement de toutes les vertus, si elle est nécessaire pour leur conservation , la générosité chrétienne y donne l'accroissement et la perfection. \]ne personne humble, qui manque d'un grand courage, n'avancera jamais dans les voies de Dieu, comme une âme saintement généreuse. Nous croyons devoir ici avertir que nous ne parlons pas d'une générosité naturelle que tout le monde n'a pas; nous parlons de celle qui est chrétienne, et que nous pouvons avoir avec le secours de la grâce, qui porte l'âme qui est vraiment tidèle à sou Dieu à passer au-dessus de tous les obstacles et de toutes les diflicultés qui se rencontrent dans son service, s'estimant trop heureuse de pouvoir lui rendre des témoignages de son amour au milieu de toutes les peines qui lui arrivent ; elle sert Dieu pour Dieu, et sans s'amuser à regarder s'il se trouve de la consolation ou des souffrances dans son service, il lui suffit qu'il )e mérite. Ainsi elle demeure constante et iiiébranlable, quoique f>ressée et environnée de toutes paris [lar des tentations violenîes , quoique attaquée et combattue furieusement par les démons, quoique investie cl pénétrée d'ennui et de douleurs accablantes; quoique délaissée, contiedite el rebutée par les hommes, quoique tentée de découragement et d'aliallement [lar la nature corrompue, qui cherche ses aises et sa satisfaction.
Il y a des [)etits cœurs qui s'abattent do peu de chose, et qui sont trcs-inlidèies dan» le service du grand Maître; ils ne marchent qu'à la faveur des grandes clartés, et pour jieu qu'ils se trouvent dans l'obscurité, ils s'arrêtent aussitôt. Leur constance se mesure à leur satisfaction ; s'ils ont des goûts et des consolations dans leurs exercices, ils y demeurent; s'ils entrent dans la sécheresse ou d'autres peines, ils les quittenl ; ils regardent leurs petites soutîrances comme quelque chose d'extrême ; il leur semble qu'on ne les peut jamais assez plaindre; ils en veulent toujours parler, et ils croient qu'on ne les écoute jamais assez.
La sœur Marie- Angélique avait un grand cœur pour Dieu, et n'avait rien delà bassesse de ces peiiles âmes. Elle a montré, dès son enfance, un courage vraiment chrétien, surmontant la jieur, qui est si naturelle à cet âge, en jilusieurs occasions où le scr-
LAMOLK DE DIEU SEL'E. — PAUT. l.
vice lie Dion l'engageait, ut (jui était'iil capables do donner de la crainte niix personnes, |iarticnlièrcinent de son si;xe, les plus assurées. Je ne veux rien diro de la forée qu'elle a l'ait paraître dans sa jeunesse, <i rejeter sans aucune délibération les pro|)ositions qu'on lui faisait du inariai^(! ; elle avait une (larenle h Paris qui l'aimait tendrement, t'I qui, par un aniour aveugle, ne pensait qu'a son établissement dans le monde, où il n'y a rien qui demeure , et où nous ne faisons que passer. Elle lui olfrait le bien qu'elle avait, qui était le |)lus grand mal (jui lui pouvait airiver; mais son àuw niart'tiait dans la lumière, découvrait trop ces illusions pour s'y arrêter. Cependant cette force qui vient de l'auteur de tous les biens lui est commune avec plusieurs autres filles qui renoncent au mariage pour n'avoir point d'autre époux que Dieu môme, grâce inestimable, que l'on ne [leut connaître sans faire tous ses efforts pour l'avoir. Oh! si les pères et les mères et les parents qui s'y opposent savaient leur aveuglement et le compte qu'ils eu rendront au redoutable tribunal de Dieu !
Ce qui est assez rare, et particulièrement dans la jeunesse, est la victoire que la sœur Marie-.\ngélique a remportée de tous ses sens. Nous avons dit qu'elle pansait la tête d'une personne qui l'avait pleine d'une gale affreuse, et qu'elle [)renait de cette gale et la mangeait; qu'elle ramassait les crachats qui étaient sur le pavé des églises et des autres lieux, et les avalait. L'on peut juger de l'horreur que sa nature lui donnait de ces choses, et néanmoins elle s'est surmontée en le pratiquant tant de fois qu'on aurait de la peine à le croire. Comme nous devons encore parler de sujets pareils avec le secours divin, nous n'en dirons rien ici davantage en [larticulier; seulement nous remarquerons que, ces austérités ayant été effroyables, elle les faisait avec tant de courage "et avec une si sainte gaieté qu'étant couverte de cilices, de ceintures et de chaînes de fer, l'on aurait dit, à voir son extérieur, qu'elle était vêtue à son aise, sans avoir rien qui pût donner la moindre incommodité à son corps.
Mais voici ce qui marque encore bien plus sa générosité vraiment chrétienne. S'il y a de la différence entre l'esprit et le corps, il y en a bien entre les ]jeincs de l'un et de l'autre. Plusieurs affligent leurs corps par quantité d'austérités et font de très-rudes pénitences, supportant doucemeut les souffrances qui leur arrivent, qui se chagrinent et s'impatientent dans les peines intérieures; il est facile de marcher en plein midi par un grand chemin qui est beau et aisé ; mais il n'en est jias de même lorsque l'on se trouve dans des ténèbres épaisses d'une nuit sombre, et que l'on chemine par des sentiers étroits, environnés de précipices.
Quand la grâce nous fait luire ses brillantes clartés, l'on va à Dieu avec une sainte im- V'étuosilé; mais quand elle les retire et met l'âme dans une nuit obscuic, la conduisant
par une terre déserte, sans eau et sans chemin, elle se trouve bien étonnée, et il faut avoir ilu courage [)oui- persévérer en cetlis voie. C'est ce quia paru d'une Miaidèremer- ^ veilleuse en la so'ur M.inc-Angéli(|ue, qui "" est demeurée inébraidalile au mdieu de toutes sortes de peines (|ui ont i'iondé son esjirit. Pour connaître la feruietc de son âme, soutenue de la vertu de noire bon Sauveur, il faudrait en savoir les touru.ents, que j'estime ne pouvoir pas être expliqués, (pii lui ont été causés par les démons, dont les forces ne trouvent rien parmi les hommes qui les puisse égaler; et ce qui est bien plus terrible, par une conduite inuiiéiliat(; do Dieu môme. Nous nous réservons h eu dire en son lieu le peu que nous jiourrons, mais ce peu môme a|iprendra beaucoup sa générosité chrétienne.
Comme elle avait eu un pressentiment do l'abîme des souffrances dans lequel elle devait être plongée, elle en avait eu du courage qui lui serait donné pour s'y jeter ; c'est une conduite assez ordinaire de la divine Providence de [irévenir les âmes qu'elle destine à des étals extraordinaires de peine, par de certaines connaissances qu'elle leur en donne. 11 lui sembla donc un jour qu'elle se trouvai! en un lieu fort étroit et fermé de murailles de tout côté, et elle voyait au milieu de ce lieu un abîme épouvantable plein de bêtes féroces de toute espèce, (|ui paraissaient l'attendre pour la dévorer. Comme elle ne voyait aucun moyen de sortir, elle se sentit remplie d'une extrême frayeur, qui augmenta beaucoup lorsqu'on lui lit entendre qu'elle devait se jeter dans cet abîme, sa raison s'y opposant, jinr une mort inévitable qui devait lui en arriver. Ces bêtes de l'abîme étaient horribles et lui paraissaient comme armées d'une fureur cruelle contre sa vie. Elle pensait donc bien qu'elle en serait bientôt dévorée; néanmoins il lui sembla qu'elle se lança avec une vitesse extrême dans ce précipice, sans se soucier de t(jut ce qui pourrait lui en arriver, préférant le bon plaisir de Dieu à tout ce qu'elle pourrait craindre de plus affligeant [lour elle ; aussi le Père de miséricorde et le Dieu de toute consolation voulut la consoler i)ar la manifestation de sa divine présence dans un lieu si affreux, voulant parla lui apprendre qu'il est d'une manière particulière avec ceux qui sont dans la tribulation, et qu'il les en tirera glorieusement.
Elle a encore montré son courage vraiment chrétien dans l'assiduité inviolabfe qu'elle a eue à passer les nuits entières dans l'église des révérendes mères ursulines d'Evreux, y veillant en oraison devant le très-saint Sacrement de l'autel, comme nous le dirons dans la suite de cette histoiie avec le secours divin. L'on peut voir combien ces veilles sacrées sont redoutables au démon, puisqu'il n'y a point d'artilice ni do moyens dont il ne se soit servi nour l'en dé ■ tourner. Bien des fois, quand l'heure s'ap- ]irochait d'aller à ces saintes veilles, il lui causait des maladies subites, il lui donnait
UtLVUES COMPLETES DE LOLDOX.
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iJe furieuses coliiiues, il In mettait en fièvre; il lui inspirait mille raisoniu'ments t|iii semblaient ôtre des causes légitiuies pour lit* s'y |ias exposer, insistant fortement sur ses intirraités, qui, en apparence, la niellaient hors d'état de pouvoir passer la nuit entière dans l'oraison. D'autres fois il causait dans son corps une telle pesanteur qu'elle ne (louvait se remuer et devenait comme immobile ; pour lors elle se faisait ]>orter, et, parmi d'autres maux, elle se surinonlait avec une sainte violence, sortant ]iour a'ier à l'église toute jileine de sueurs que la lièvre lui avait causée, et dont la divine Providence la délivrait aussitôt qu'elle y était entrée, se trouvant tout à coup bien : ce qui lui est arrivé tant de fois, qu'il est facile déjuger que les maux qui lui arrivaient, lorsqu'elle était près d'aller veiller devant le très-saint Sacrement de l'autel, et qui la quittaient tout à coup lorsqu'elle entrait dans l'église, ne venaient pas par une voie oroinaire. Plusieurs personnes dignes de foi l'ont vu jeter par terre d'une manière qui faisait pitié, lorsqu'elle allait des chambres du dehors du monastère des Ursulines à leur église pour y [tasser la nuit en oraison ; mais non-seulement elle était renversée par terre une fois dans le jteu d'es| acequ'ily fi, mais plusieurs. On l'a jetée même du haut d'un degré dans la cour, et le tout avec une telle violence que les personnes présentes pensaient qu'elle en devait perdre la vie, n'ébranlant en rien sa constance; les diables tâchaient de l'épouvanter par les bruits qu'ils excitaient; ils frappaient, durant la nuit, à la [>orle de l'églîse; ils paraissaient en ouvrir les fenêtres, et elle y apercevait lies personnes qui la regardaient. Elle en voyait entrer, et il semblait que toute l'église allait tomber sur elle. Ces maudits esprits prenaient la forme des personnes q'u'elle devait consulter , et ils lui suggéraient quantitéde raisons pour lui persuader qu'elle quittât son exercice. Us ont pris la figure de bêtes cruelles de ditférentes espèces, qui venaient à elle [lour la dévorer; eu la manière que lo grand saint Athanase l'a écrit dans la Vie de saint Antoine, lorsqu'il parle des combats qu'ils ont livrés à ce bienheureux solitaire. Mais la servante de Dieu faisait si peu de cas de toutes les menaces de ces es[irits d'enfer, qu'elle demeurait dans une calme profond, sans s'amuser volontairement à regarder tout ce qu'ils faisaient, et sans répondre un seul mot à ce ipi'ils lui disaient, demeurant incessamment dans une haute et intime union avec Notre-Seigncur Jésus-Christ; ce n'est pas que quel([uefois sa [larlie inférieure ne fût toute saisie de frayeur, et qu'elle ne soutlVît de violentes tentations au dedans aussi bien qu'au dehors.
Elle a de plus donné des marques d'une générosité vraiment chrétienne dans la victoire (ju'elle a rem[)orlée |)ar la vertu de r.elui sans lequel nous ne pouvons rien, de toutes les dillicultés que la nature lui a données et de tous les combats q^ue les diables
lui ont livrés au sujet de ses vœux, dont il sera [larlé. 11 serait dillicile d'expliquer toutes les|)eiiies qu'elle a soutferles quand elle s'est vue sur le point d'exécuter ce que de puissants attraits et de longue durée la jiressaient de faire. Après avoir demandé instamment et durant longtem[is la permission de faire vœu d'un entier abandon à la divine Providence, cette permission lui ayant été donnée, la vue de l'étendue de l'obligation de ce vœu lui causa une [teur extrême. Je voyais, disait-elle, en [larliculier toutes les choses où j'allais m'engager par ce vœu; je pénétrais vivement où il m'allait réduire; la pauvre nature en concevait une terrible frayeur, voyant qu'après ce vœu il n'y aurait |)lus rien à se prentire, au moins en bien des choses qui pouvaient la soutenir. Je craignais |)lus qu'il ne se jieut dire que ce ne me fût une occasion de péché. Il me semblait que j'allais être comme un oiseau en l'air au milieu du monde entre le ciel et la terre. Toutes les grandes lumières qu'elle avait eues de cet entier abandon à la divine Providence étant pour lors éclipsées, elle ne ressentait plus rien de ces doux mouvements qui l'y avaient portée avec tant de ferveur que, lorsqu'elle en parlait, c'était avec des transports divins qui la ravissaient hors d'elle-même et qui ravissaient ceux qui l'écoutaient; pour lors elle ne voyait plus que des croix, et c'est dans cet état de soutfrances qu'elle lit ce vœu.
Les contradictions intérieures qu'elle a portées n'ont pas été moindres quand elle a fait le vœu de ihercher en toutes choses la jiliis grande gloire de Dieu. « £n des moments, disait-elle, je suis si pénétrée de mou incapacité et de mon indignité, de l'étroite obligation de ce vœu, de l'entière perte que je dois faire de moi-même, de la plus grande perfection que je dois uniquement rechercher en toutes mes actions et souffrances, et j'en ai des vues si délicates et si jiénétrantes, que cela me cause des angoisses sensibles. » De vrai, il y avait des temps oîi elle ne savait que faire; mille pensées se présentaient à son esprit, qui l'en détournaient, et elle avait le cœur comme sous le jtressoir d'une peine secrète qui lui causait un grand tourment; cependant elle a triomphé glorieusement de tous ces obstacles.
; « Dieu, disait-elle, m'a donné un cœur de soldat, qui va tête baissée à travers tous les périls et combats; » et certainement l'on peut dire que la générosité chrétienne est bien nécessaire pour combattre tous les ennemis ijui s'opfiosent à nous dans le service de Dieu. Nous avons le monde qui en retire plusieurs par les vaines craintes que l'on prend de ce qu'il pensera ou dira, et par une molle complaisance à ce qu'il désire de nous. On veut être et faire comm? les autres, on se laisse aller au torrent du grand nombre, quoiqu'il soit assuré qu'il y a peu d'élus. Nous avons la nature, qui est un ennemi domestique, dont la victoire est rare, parce que nous nous aimons trop, ot nous avons trop peu de la sainte haine que l'Evangile
LAMOIR DE DIEU SELL. — TAllT. 11.
veut que nous ayons de nous-mômes. Nous avons les diables, qui sont des adversaires redoutables, que nous ne pouvons suiuionler que par une crâce spéciale de notre boa Sauveur Jésus-Clirist, qui se donne aux liuuibles qui s'adressent à lui par l'exercice lidèle de l'oraison, et c'est ce que l'on ne pratique guère.
ORAISON
A tA TRÈS -SAINTE TRIÎilTÉ.
0 très-seinte et suradorable Trinité des
liersonnes divines, Père, Fils et Saint-Esprit, l'iiniipKî lin de toutes elioses, c'est pour vous ipie nous sommes créés, et c'est jjour vous (|ue nous devons agir. C'est donc à votre seule gloire quej'oUie, que je dédie, que je consacre ce petit ouvrage, aussi bien que le reste des actions de toule ma vie, ne voulant rien ôtre et ne voulant rien l'aire que pour votre seul lionneur. Ali I qu'à jamais toute autre vue disimraisse. C'est vous seul quo.ji^ vi-u\ voir, que je désire rechercher; vos seuls intérêts, 6 mon Dieu! vos seuls intérêts, et dans le temps et dans l'éternité. Ainsi soit-il.