SEUL. — PART. II
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«u du moins élevée ."i une contemplation très-sublime. Ce fut une chose i)rodigieuse qu'elle se sentit tous les jours le corps brisé en une inliniié de manières diirérentes; qu'on lui entendit souvent démettre et fracasser les os, et que l'on vit en un mol sur sa personne des marques de toutes sortes de tourments. Très-souvent elle demeurait dans ces travaux non-seulement l'espace (le sept ou huit heures, mais encore ries jours entiers; et il n'y a eu aucun inlervallo de cette conduite de Dieu, depuis le jour de la Pentecôte de ranni''e iGlik, jusqu'au jour de saint Bernard de l'année 1C33; tous les jours elle fut en des tourments dit'érents, et souvent elle souffrit toute sor=e de supplices en un seul jour, selon la qualité des martys h qui elle fut associée. »
Voilà ce que dit cet illustre auteur d'une sainte âme de nos jours, et c'est ce que nous avons à dire de celle dont nous écrivons la Vie ; avec cette différence que , si la sœur Marguerite du Saint-Sacrement a souffert ces supplices durant res()ace de quatorze ou quinze mois, la sœur Mario-Angélique les a endurés bien des années. Nous pouvons assurer que tout ce que nous en pouvons dire est bien au-dessous des tourments qu'elle a portés, qui étaient si grands, en ce qui paraissait même visiblement aux yeux de ceux qui la voyaient en cet état, qu'ils en étaient saisis d'une sainte frayeur, et touchés d'une compassion extrême.
La sœur Marie-Angélique souffrait de.s peines selon la qualité des martyrs dont la sainte Eglise célèbre la raémoiVe, et lorsqu'on la voyait prise tout à coup d'iin mal violent dont on ignorait la cause, il suffisait peur en connaître la nature, de remarquer quelle fête l'Eglise célébrait ce jour-là, et l'on voyait visiblement que ses souffrances avaient rapport à celles des saints martyrs dont on célébrait la solennité. O.i l'a vue, le jour de la fêle de saint Etienne martyr, tomber tout à coup par terre, et elle paraissait extérieurement comme une personne qui serait accablée de coups de pierre, les meurtrissures en étant vues visiblement sur sou corps. Le jour de la fête de saint Jean l'évangéliste, l'aimable favori de Jésus et de Marie, on la voyait tout en feu, et il lui semblait qu'on la plongeait dans une chaudière d'huile bouillante, et cpie toutes ses entrailles étaient brûlées; c'était un des saints de sa grande dévotion. Elle souffrait extraordinairement le jour de la fête de> saints Innocents, de sorte qu'il semblait qu'elle allait à tout moment expirer; elle jiensaitavoirle corps percéde flèchesde toutes parts le jour de la fête de saint Sébastien, et on l'a vue ce jour-là les bras liés derrière ses épaules par une force in\iucible, de telle manière qu'on ne pouvait jias les mettre dans leur état ordinaire. Elle endurait de cruels tourments aux mamelles le jour do sainte .\gathe ; ses douleurs étaient extrêmes à la fête de Notre-Dame de Pitié; ses peines violentes à la fête de sainte Marguerite vierge martyre. Le jour de la fête du.
OEIVRES COMPLETES DE BOIDON
saint Pierre, elle paraissait extérieurement avec des marques qui avaient rapport avec une personne que i"on aurait crucifiée. Et le jour de saint Laurent on vovait sa chair comme toute rôlie, ce ijui sur|)renait ceu-x qui en ignoraient la cause. Elle endurait à 'a fête de saint Kartliélemi des tourments que l'un ne peut pas dire ; mais ses supplices augmentaient lorsque dans un même jour l'Eglise célélirait la fêle de plusieurs sainis martyrs. Elle en a soulTert d'incroyables le jour de la fête de tous les Sainis : c'était une victime destinée h la mort, mais dont le sacritice n'a [las été achevé en quelques jours, mais qui a duré l'esiiace de [)lusieurs années. Or elle n'a pas souffert en lantde manières seulement les jours des fêles des sainis martyrs, mais en toutes les lètes considérables de l'année, et plusieurs autres jours qui lui étaient d'une particulière dévotion. L'on peut dire avec vérité qu'elle a passé sur la croix toutes les fêtes de Notre-Seigneur Jésus-Christ , el celles de son immaculée Mère, les fêtes des saints anges, de saint François, de sairite Thérèse, de sainte Catherine de Sienne, de sainte Rose et de plusieurs autres. Elle endurait des tourments extraordinaires les trois ou quatre premiers jours des mois; les trois jours qui précèdent le carême, elle avait une faim inexplicai-ile, des feux ardents en la bouche et dans la gorge, qui la consumaient; son corps demeurait comme s'il eût été froissé de coups. Tous les jeudis et vendredis ses douleurs étaient singulières ; en un mot la multitude et la différence de ses souffrances étaient si grandes qu'il n'est pas possible de les spéciûer. Elle a dit à une personne de confiance qu'elle n'avait aucune partie de son corps oîi elle ne souffrît, et elle passait souvent les jours entiers dans ces travaux que l'imagination, disaitelle, aurait peine à se figurer.
Elle a déclaré à son directeur que souvent on lui perçait le côté comme avec un dard, ce qui se faisant à diverses reprises, lui causait beaucoup de douleurs, et son côté en paraissait visiblement enflé d'une manière extraordinaire ; il lui semblait quelquefois qu'on lui a(ipliquait une couronne d'épines, d'autres fois, ce qui lui arrivait ordinairement les vendredis durant jilusieurs années, qu'on lui enfonçait des clous dans les mains et dans les pieds, ce qui rendait ces parties si douloureuses, qu'elle n'y pouvait toucher fans beaucoup de peine. Je proteste ici avec grande sincérité que ses tourments ne peuvent [las être expliqués, que ce que j'en ai connu, surpasse de beaucoup tout ce que je viens d'écrire, et que je ne ()arle point de plusieurs faveurs que je laisse sous silence. L'.-Vpôtre écrivant aux Galates (vi, 7), leur lia : Au reste qu'aucun de vous ne me donne d'inquiétude ; c'est assez que je porte dans mon corps les marques ou les stigmates du Stigneur Jésus, c'est-à-dire , les marques des fouets, des coups de pierres, des chaînes, que cet homme apostolique avait soufferts, el des meurtrissures volontaires qu'il
.s'était procurées en châtiant son corps. ^'otre bonne sœur pouvait dire quelque chose de semblable. Aussi était- elle contigurée, pour ainsi parler, à notre l)on Sauveur dans sa mort, par la participation à ses souffrances, qui l'ont le plus grand bien de cette vie, el qui nous unissent le plus étroitement avec lui.