L'AMOUR DE DIEU SEUL ~ PAHT. II
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mon, pour la consolation de ceux qui sont à son service, puisciue nous apiirenoiis du saint Kvaiigile que le di;ible rayant transportti dans la ville sainte et l'ayant mis au iiaut du frontispice du temple, il le tenta de se jeter en bas. Plusieurs grands saints et .saintes ont été exeicés par cette tentation. Nous avons reinanjué dans la vie du saint îiomme le P.Seurin, jésuite, dont l'imiiression a été faite en notre absence, comme celle de [dusieurs autres livres que la divine Providence nous fait donner au public, ce qui est cause (iu"ils sont pleins de fautes considérables, ce qui n'arrive pas sans la conduite de la mèinc divine Providence, qui veut que l'humiliation nous suive, et dont nous avons un gr>ind sujet de la bénir, et de l'en remercier et gloritier; nous avons remarqué, dis-je, qu'il a souffert cette tentation d'une manière violente
Nous fiouvoiis ici dire qu'elle a été extraordinaire dans la sœur Marie-Angélique, qui l'a eue presque continuellement deux années, et qui eu a été attaquée jusqu'à la fin de sa vie. Le diable se servait de toutes' l'hoses pour lui en donner des pensées : si elle voyait du til, il lui suggérait de s'étrangler; si elle rencontrait un couteau, il la pressait de se tuer; si elle se trouvait sur le bord d'une rivière, il la poussait à se noyer; si elle était en quelque chambre haute, il lui donnait envie de se précipiter. Or saint Bonaventure appelle avec sujet ces tentations très-pénibles et très-fâcheuses; et ceux qui n'y ont pas jiassé, ou à qui Dieu n'en a pas donné la lumière, ne peuvent pas comiirendre combien elles sont affligeantes. Elle disait quelquefois d'une manière pitoyable, dans la vue de sa faiblesse naturelle, que l'on prît garde à elle; mais le Seigneur était le protecteur de sa vie, et elle n'avait rien à craindre.
Cependant l'âme est toute dans la peur, dans la pensée qu'elle a d'être justement abandonnée de Dieu pour ses fautes. Le ciel est pour elle, dit saint Bonaventure, un ciel d'airain. L'évoque de Tarassonne, parlant de sainte Thérèse, é.crit qu'elle se croyait séparée de Dieu, et qu'elle ne trouvait aucune consolation en cette horrible tempête, parce que la grâce était si cachée qu'elle n'en voyait pas la moindre étincelle, et il ne lui semblait jias l'avoir jamais eue. L'on a beau faire, tout devient inutile, au moins à l'égard de l'apitui sensible que l'on cherche; toutes les lumières qui pourraient faire connaître la bonté de (xi état s'éclipsent; les grâces, dit encore le même évêqiie , écrivant de sainte Thérèse, qu'elle avait reçues de Notre-Seigneur lui paraissaient un songe et une imagination; elle voyait seulement la multitude de ses offenses, pour augmenter davantage sa mort; elle n'avait que des rebuts, des plaies, des contrariétés du ciel, comme si Dieu lui eût tourné le dos, ou qu'elle eût été son ennemie. Elle ne recevait aucun soulagement de la jirière, et même elle n'entendait pas ce qu'elle disait. La Mjlitude lai causait de la
peine, la conversation lui était un tourment; elle ne pouvait soull'rir (pie personne lui parlât; et enlin, pour me servir des paroles de la sainte même, elle ne savait où donner de la tête.
Voilà l'état de la sœur Marie-Angélique; mais il en faut ajouter un autre dont la jieine n'a rien de semblable, et iju'elie a jiorté avec les autres : ce sont les teniaiions contre la foi. Car encore dans les autres, la l>ensée qu'il y a un Dieu peut soutenir en quelque manière : la vue de ce qu'il s'esl fait homme et (ju'il est mort pour nous; des divins mystères qu'il a opérés, des miséricordes de la très-douce Vierge, des assistances charitables des bons anges et des saints, ne laisse pas de donner quelque secours. Mais que fera l'âme, quand il lui semble qu'il n'y a point de Dieu? Je sais bien que dans le fond de son âme sa créance est plus forte que jamais, et sa foi plus vive dans cet état ; mais les ténèbres dont elle est couverte sont si épaisses qu'elle n'a[ieryoit rien de ce qui se passe dans l'intime de sou intérieur, et elle s'imagine être et vivre sans foi, sans espérance et sans charité; ce qui lui est un tourment inexplicable. Tout ceci n'est qu'une i)artie des peines intérieures de notre bonne sœur; car, comme nous l'avons remarqué, elles ne se peuvent nombrer.
C'est de la sorte que son âme et son corps étaient immolés à la grandeur de Dieu ; mais le ciel et la terre contribiiaieiit à son sacrifice, et elle n'y oubliait rien de ses soins soutenus et animés de la vertu divine. L'on a vu ce qu'elle a fait, lorsque nous avons traité de ses mortifications ; ajoutons seulement ici qu'elle se traitait avec une rigueur étonnante dans toutes sortes d'occasions. Comme le changement de linge lui donnait quelque petit plaisir, elle portait îles chemises si longtemps qu'elles restaient à demipourries. Elle ne se déciiaussait |)a>, ce qui était cause çjue ses pieds étaient ulcérés, la peau déchirée et pleine de pus; elle y avait des maux très-sensibles, et elle marchait comme si elle n'y eût pas eu la moindre douleur, sans en rien paraître. L'on a remarqué que, s'étant abandonnée à la divine Providence pour en recevoir les secours sans les demander, auparavant que l'on sût ce dessein, souvent dans ses pauvres repas elle manquait de pain, soit parce que l'ayant mis devant elle on l'avait retiré par mégarde, soit parce qu'on lui eu avait coupé un fort fietit morceau; mais il faut dire ici qu'étant tourmentée de temps en temps d'une faim extraordinaire, l'on ne peut expliquer ce qu'elle a souffert, se privant de ce peu de nourriture qui lui était nécessaire.
Les hommes contribuaient à son sacrifice par les exercices crucifiants qu'elle eu a portés, et en bien des manières, mais surtout par des souffrances étranges qu'elle a endurées pour en impélrer la conversion, La divine Providence s'est même servie des démons, comme il a été montré, qui oi.t
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ŒUVRES COMPLETES DE BOLDON
déchargé sur elle leur rage avec des efforts étonnants. Klle (^tait immolée de la sorte sous les coups qu'elle recevait de la terre et de l'enfer; mais le ciel voulut encore s'y joindre. Les saints et les anges bienheureux aideront à sacritier cette victime. Saint Elie lui paraît accompagné du bienheureux P.
Jean de la Croix; il lui déclare qu'il fallait que ses grands désirs de souffrances fussent accomplis. Ces grâces lui étaient un secours bien sensible; mais quand le temps des croix arrivait, et qu'elle devait exécuter ce que les saints lui avaient fait connaître, ils la quittaient, et ils ne l'assistaient [ilus de leur présence. Il y a dans le diocèse d'Evreui un village proche de la ville de Louviers, appelé Aguigny, qui est justement célèbre, à raison du glorieux martyre qu'ont enduré les saints martyrsMauxe où Maxime; leurs reliques précieuses, qui y sont gardées, attirent les peuples qui y viennent pour les honorer, pour implorer leurs assistances et y adorer Dieu, qui les a rendus si glorieux "par leurs huuuliations ei leurs croix. Notre bonne sœur étant tourmentée d'un grand mal de tête, quelques personnes furent d'avis de la conduire en ce lieu saint pour obtenir quelque soulagement par les mérites des glorieux martyrs. La seule proposition la rebuta, car sa disposition intérieure était bien éloignée de chercher du soulagement dans ses maux ; cependant la charité qui souffre tout la ût condescendre à la volonté dos autres : elle y a alla donc, mais avec des sentiments bien différents de ceux qui la conduisaient. Son intention, dans ce pèlerinage, fut d'obtenir l'augmentation de ses peines, et ses vœux furent écoutés favorablement des saints martyrs : elle en revint avec une augmentation notable (le son mal de tête.
Les anges bienheureux lui aidaient dans les longues et cruelles disciplines qu'elle se donnait ; et elle a déclaré à son directeur qu'elle s'en voyait visiblement soutenue dans ce temps-là, et lorsqu'elle se la donnait d'une force qui faisait peur, comme quelques personnes qui l'ont entendue l'ont assuré, et avec une vitesse surprenante durant l'espace de cinq heures. Elle a été liée comme avec des cordes [lar une puissance secrète, et ses membres demeurés attachés sans les pouvoir remuer; mais elle connaissait que cela se faisait par le ministère des saints anges, qui travaillaient à la rendre conforme à Jésus-Christ attaché sur la croix : c'est sur ce bois sacré que cet adorable Sauveur s'est écrié à hauie voix, comme nous l'apprend l'évangéliste saint .Matthieu (xxvii, 46), et comme nous le dit l'Apôtre [Hebr. v, 7), avec un cri |)uissant el avec des larmes, lorsqu'il a été abandonné de son Père. C'est ce qui nous enseigne de la manière la plus forte et la plus efficace combien c'est une chose terrible de porter les rigueurs de la iustice divine. Cet homme qui s'écrie à haute voix, d'un cri puissant ei avec larmes, est néanmoins un Homme-Dieu. Ah ! que peuvent donc de pures créatures dans des
états qui ont quelque rapport à cel'ui de notre divin Maître ? Non , ce que les hommes, <:e que les démons, ce que les anges bienheureux peuvent faire souffrir est bien audessous des peines qui arrivent immédiatement de Dieu, cet être inûniment puissant. O hommes I si vous le saviez, et .si vous connaissiez combien c'est une chose épouvantable de tomber entre les mains divines 1 Ah ! un Homme-Dieu pleure et crie, il crie à haute voix, lui qui est l'innocence même, qui ne peut pécher ; ses saints, qui ont vécu dans une grande pureté, tremblent sous les coui>s de sa divine main. Hé 1 que feront donc les âmes criminelles? La sœur Marie- Angélique, a|)rès avoir passé par le feu et l'eau des tribulations qu'elle s'est procurées par elle-même, suivant le mouvement de l'esprit de Dieu t]ui l'y (lortait, que les hommes, les démons, les saints, les anges bienheureux lui ont causées, enfin s'est vue exercée par la sévérité de la justice de Dieu, mais d'une étrange manière; elle pouvait dire i)Our lors : Pendant que mes os sont brisés et que les ennemis qui me persécutent me couvrent de confusion par leurs reproches, en médisant tous les jours • Oh. est votre Dieu? pendant que j'ai été resserrée sans pouvoir sortir, mes yeux étaient tout languissants de douleurs, que j'ai crié vers vous, mon Dieu 1 durant tout le jour . Pourquoi m'avez-vous oubliée? il semble que vous m'ayez effacée de votre mémoire, et que vous m'ayez repoussée de votre main; votre fureur s'est appesantie sur moi, et vous avez fait fondre sur moi tous les fléaux de votre colère.
Elle souffrait de la sorte d'une manière inexplicable à l'intérieur et à l'extérieur; mais ce qui est bien terrible, c'est qu'elle jiortait une pure croix ; je veux dire que ses peines, qui étaient extrêmes, ne lui pertuoliaienl pas le moindre soulagement. Elle n'avait |ias la liberté, au milieu de tant dtj douleurs qui l'environnaient de toute part, de prendre un moment de satisfaction, ni durant la nuit , ni durant le jour , en aucune chose du monde, ni d'en recevoir d'aucune créature , Dieu s'étant réservé ce pouvoir, qui la consolait selon son bon lilaisir divin, par des grâces singulières qu'il lui faisait de temps en temps. Elle disait qu'il lui semblait qu'il y avait en elle un esprit ilominaiit qui ne lui laissait |)as prendre le (ilus |ietit plaisir, el qui lui faisait faire tout ce qu'elle avait on horreur. C'était cet esjirit qui, dans les soulèvements que la nature lui donnait de vilains crachats qu'elle avalait, comme il a été dit, la faisait jeter avec force sur ces ordures pour les prendre ; ses peines étaient donc sans le plus petit soulagement, et elle était dans une entière privation de tous les plaisirs même des plus innocents et dus plus permis, et de ceux qui n'ont pas été déniés aux saints. Chose admirable , que dans les jours qu'elle ne prenait pour toute nourriture qu'un (leu de pain et d'eau, étant (luelquefois tourmentée d'une faim exlrôine, ce qui lui devait nalu-
Cf.!)