L"\MOUR DR DIEU SEUL, — PART. II
des artisnns et dos iicrsonnos de l.i lie du .jieuple. KUe « soutleit pour des coiniiiunautés eir.ières; mais nous sommes obligé; ici de dire rpie l'on ne doil pas appliquer à aucune eoiimuiiiaiilé do la ville d'Kvreux ce (|ui sera dit ci-aprc^-s, ni h aucune personne particulière de la ville môme; car notre lion Sauveur lui a t'ait porter de terribles croix, non - seulement |iour des personnes qui étaient en il'aulres |)rovincos (]ue celles où elle denieurail, mais encore [lour celles qui étaient en d'autres royaumes. Quel(]uefois elle eotniaissail les personnes pourcpji elle endurait de grands touriuenls; d'autres lois elles lui étaient montrées sans en avoir la eonnaissanco distincte. On lui faisait bien voir, par exemple, (|n'elle soiill'iail pour une comnuinauté, ou bien |)our un ecclésiastique ou religieux, ou pour un séculier; ces jH'rsoiMies lui étaient montrées, mais sans lui dire qui elles étaient en particulier. Un jour je fus étrangement surpris lorsqu'elle me demanda s'il y avait une personne considérable qui s'appelait d'un nom, et ce qui est assez extraordinaire, ([u'eile me spécilia, qui résidait dans une ville éloignée de [dus de trente liencis d'Kvreux , parce que Notre- Seigneur lui avait fait voir qu'il voulait qu'elle fût a|)plii]uée [lOur cette personne en sa sainte [irésence. Or, il est très-assuré qu'elle n'avait jamais entendu parler de cette personne, et quelle ne savait pas si elle était au monde. De [dus elle ne pouvait savoir en aucune manière les raisons qui l'obligeaient île prier l'our cette personne, qui étaient néanmoins très-véritables, et qui regardaient le bien de l'Eglise. Souvent, quand elle se trouvait eliargée des péchés des autres, elle entrait dans une telle confusion qu'elle n'osait lever les yeux.
Elle a souU'ert pour les avares, et dans ce temps elle ressentait des horreurs pour la jiauvreté ; celte venu, qui lui était si chère, qu'elle aimait si tendrement, pour qui même elle avait des trans|)orts ravissants, lui était h dégoût; elle n'y voyait rien que d'odieux, son imagination n'était rempkie que de biens temporels, toutes ses inclinations l'y portaient avec ardeur; elle était tourmentée [lar des craintes que le bien lui manquAt, et il lui sendilait que la terre n'était pas suffisante pour rassasier le désir qu'elle sentait des commo lités de la vie. Klle a soufTort pour les gourmands, et pour lors elle était tourmentée d'une faim canine, de telle manière qu'il lui semblait en cet état qu'elle aurait pu manger le cuir des souliers. « Je ressentais, disait-elle, une rage de faim, et il me semblait è tout moment ((ue j'allais défaillir, étant réduite à l'extrémité; je dévorais des yeux tout ce qui se (iréscnlait, et vous eussiez dit que les démons étaient déchaînés peur me faire prendre une miette de |)ain avant le repas ; d'autre [lart les personnes qui ignoraient mon état me sollicitaient avec empressement de prendre quelque chose ; il me venait à l'esprit que si je venais à mourirje serais homicide de moi-même.» Cependant elle demeurait invincible dans ses
peines, quoique tentée extiaordinairement, et même par la vue que les démons lui donnaient de mets très-délicieux dont ils lui faisaient sentir l'odeur. Si ensuite l'heure du repas arrivait, ou la faim cessait, ou ce (ju'elle mangeait lui paraissait anu^r commo du liel. A peine avait-elle pris s(jn pauvre repas, qu'elle était tourmentée tout de nouveau de la faim, et si elhi voyait manger une servante dans ce temps-là, cela servait encore beaucoup à augmenter ses peines. Durant les trois derniers jours qui précèdent le carême, sa faim était inexplicable ; des feux ardents lui brûlaient la bouche et la gorge et son corps était tout froissé de coups.
Elle a souilert d'une manière extraordinaire pour les impurs, elle a soulfeit pour les blasphémateurs, et. dans cet état, son imagination était rem|j|ie de tentations terribles contre Dieu. Les tourments qu'elle souH'rait aux l'êtes île PAques marquaient as^ez que c'était [<our les mauvaises communions qui se font en ces saints jours. Elle a soutfert pour la vanité des dames, mais d'une façon si alUigeante, qu'on aurait de la fieineà le dire. Oh! si ces dames vaines savaient ce qu'elles sont et ce qu'elles font, et le compte terrible qu'elles rendront <\ Dieu 1 La vénérable sœur Marguerite du Saint-Sacrement, dont nous avons [larlé plusieurs fois, disait que ces dames vaines qui aiment tant leur beauté et la délicatesse, étaient la joie du diable, et qu'elles seraient le pavé de l'enfer.
Elle a souffert pour la profanation des églises, et ce lui était un grand tourment de remarquer le peu de res[)ect que l'on y garde; elle était touchée vivement des plus petites irrévérences; une posture un jieu indécente l'aQligeait, comme de ne luetlie qu'un genou en terre. Ceux qui ne connaissent guère Dieu, ne comprendront pas cette peine; ceux qui sont pénétrés de sa divine lumière l'entendront et ils sauront qu'une seule parole prononcée en la présence du corps adorable d'un Dieu, sans nécessité, ou, s'il y a de la nécessité, proférée d'un ton qui ne marque |ias assez la sainte crainte où l'on est en la présence d'un Dieu, devant qui les puissances des cieux treuiiilent, est quelque chose d'effroyable. Le saint cardinal de Bérulle était bien éclairé de ces divines lumières, lorsque, dans l'une des saintes visites à un couvent de religieuses carmélites, il ordonna que si l'on venait dire quelque chose de pressé à la mère prieure, lorsqu'elle serait au chœur, elle eu sortit seulement pour dire un oui ou un non, pour marquer à l'infinie Majesté son respect envers un Dieu qui y réside d'une manière si spéciale : au moins, dans une nécessité, l'on y doit répondre ei: peu de paroles et à voix basse, et d'une façon qui témoigne qu'on a vraiment la foi de la présence de l'adorable Jésus en la divine eucharistie. C'est à quoi les religieuses doivent prendre garde, et à ne se pas donner trop de liberté lorsqu'elles balayent leur chœur ou qu'elles y font d'autres choses nécesaires, sous prétexte du rideau qui est à la
grillo. Kilos ne devraient jaiuai qu'il v eût des i^rilles à leurs églises qui servi-ient de jiarloir; et enlin la maison de Dieu e>t une maison d'oraison, cW non jias de conversation.
Mais est-ce une chose qui se puisse comprendre, que l'aveuglement infinimentétonnani de ceux qui agissent dans nos églises comme en des halles, y parlant, causant, ha* dinant; qui y entrent comme dans un marché public? ^■ous diriez que Dieu ne mérite pas de ces gens qu'au moins ils lui donnent le peu de temps qu'ils restent dans nos temples, qu'il faut en diminuer |iar leurs entretiens les uns avec les autres* ainsi on les verra en attendant que la messe commence, causer impunémeni, et à peine est-elle finie qu'ils recommencent leurs discours sans attendre qu'ils soient sortis du lieu saint. O Dieu 1 quelle disposition pour un sacrifice si redoutahie, oii un Dieu s'immole pour eux, et quelles actions de grâces I N'est-ce pas de la même manière que l'on se j)rél)are à entendre la parole île Dieu dans les sermons? La plupart des personnes qui y viennent ne s'y tiisposent-elles pas par ces profanations? Je ne dis rien de ces profanateurs qui parlent et (|ui s'entretiennent durant les divins mystères même, ou la célébration des saints o(Iices,ou lorsque le corps adorable du Dieu qu'ils font profession de leconnaître pour tel, est exposé sur les autels. Je ne dis rien des minisires de ce Dieu infiniment grand, qui, bien loin d'ap|)orter quelque ordre aux irrévérences, les coamiettent eux-mêmes avec scandale. Je ne puis m'empêcher ici de soupirer fortement sur ces malheureuses [irofanations, qui rendent 1.1 vie ennuyeuse. Oui, je voudrais aller crier en la vertu du grand Maître à qui on insulte d'une manière si elfroyabledans tous les lieux où il se trouve des maisons qui lui sont dédiées : O enfants des hommes! jusqu'à quand serez-vous [lesants de cœur? jusqu'à (jnand traiterez-vous un Dieu, je le répète, un Dieu, avec si (leu de respect? Viles créatures que vous êtes, pauvre etchétif néant, encore un peu, encore un peu et vous le verrez venir en sa majesté. > ous paraîtrez, bon gré, mal gré, devant ce Juge redoutable, devant ce grand Dieu des éternités ; vous verrez ce que c'est que d'insulter à une grandeur infinie. J'esjière avec le secours de son divin Esprit, s'il me laisse encore quelque temps de vie, pouvoir au moins donner au public un petit traité des horreurs de ces profanateurs ; puisse son aimable providence le faire voir non-seulement dans ce royaume, mais dans plusieurs autres, pour faire entendre mes soupirs de tous côtés sur un désordre si lamentable ! Hé quoi ! sera-t-il dit que nous lisions encore tous les jours les lamentations d'un ancien projihète sur la désolation d'une ville, et que nous ne gémissions pas inconsolablement sur les églises désolées, dont toute l'auguste majesté de l'ancien tem[)le'n'élait quela tigure? O mon Seigneur et mon Dieu ! ne nou» laissez |ias dan's une si étrange insensibilité.
ŒUVRES COMPLETES DE DOUDON
nuais (leruiettie
Notre bon Sauveur nous a assez marqué combien les irrévérences des temples lui étaient sensibles, durant le temps de sa vie mortelle; mais combien de fois a-t-il paru depuis son entrée glorieuse dans les cieux, [)0ur s'en plaindre aux saintes âmes à qui il a fait voir combien ces profanations seront un jour sévèrement Spunies. Le zèle de la sœur Marie-Angéli(jue lui faisait faire des réparations continuelles [lour ces désordres, duiyntses veilles devant lelrès-saint Sacrement de l'autel, et elle y passait quelquefois les nuits tout entières; elle y paraissait en état de criminelle, la corde au cou, le cierge en main, et en de certains temps, et même durant les plus grands froids de l'hiver, nu-pieds et nu-jambes, criant miséricorde [lour ces misérables profanateurs, afin de détourner de dessus la terre la colère de Dieu, que ces malheureux y attirent.
Elleasouffert pour les mauvaises doctrines que l'esprit du démon insinue dans les esprits, et à qui la vaine sullisance et la superbe del'hommedonnent lieu.EUea soutfert pour le relâchement de la pauvreté, qui se glisse imperceptiblement dans les communautés religieuses, où tout doit être commun, sans qu'aucune personne religieuse y ait rien de propre; celles qui n'ont pas de parents ou amis qui les assistent, y devant être traitées comme celles qui en reçoivent des secours, parce qu'enfin tout ce qui est ofl'ert ou donné aux communautés religieuses doitêtre mis en commun, comme les biens des premiers Chrétiens, qui étaient distribués généralementà tous les ti<lèles, aussi bien aux pauvres de naissance qu'aux autres, et l'on ne réservait rien de (larticulier pour les riches qui donnaient leurs biens. Comme le relâchement s'introduit peu à peu dans les ordres les (lius saints, celui de la pauvreté y a eu entrée par des pensions pour des particuliers et par des présents qu'on leur fait. 11 est vrai que les religieuses à qui ces choses sont données ne les gardent jias entre leurs mains, qu'elles n'en disposent pas sans la permission de la supérieure, mais en vérité souvent ce n'est qu'une cérémonie ; car après tout c'est un argent qui s'emploie tout pour elles, et l'on dit même à la supérieure quelquefois qu'il y a encore de reste, qui n'a [las été employé. 11 est rare que cet argent aille pour le bien de la communauté, que l'on en fasse part à une religieuse qui n'a aucun secours de parents ou d'amis; il y a même des supérieures qui disent qu'elles ne l'oseraient faire; ainsi il est vrai que l'on permet ces choses, mais ce sont des relâchements que l'on permet. Apparemment un avare ne serait pas fâché si on lui gardait fidèlement son argent, et on le délivrerait d'un grand soin en lui faisant ce {tlaisir.
La sœur Marie-Angélique a grandement soutfen pour un relâchement dont Notre-Seigneur lui faisait connaître l'aversion qu'il en avait; et dans ces temps de souffrance, c'était une chose étonnante que les éloigne-