‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 159 sur 436 · I.AMOIR DV. DIEU SEUL. - l'AUT. H · texte numérisé non relu

I.AMOIR DV. DIEU SEUL. - l'AUT. H

lueiits qu'elle avait lie la sainte pauvreté, aussi bien que lorscju'ellc endurait jioiir les avares, coiumo il a été liéj.^ remarqué; o\\<i portait lies impressions qui lui en donnaient des horreurs; elle ne pouvait pas entendre prononcer le raot<de providence sans frémir; elle portait des aversions pour les personnes qui lui avaient conseillé de s'y aliandonner. Si les religieuses Ursuliiies" lui faisaient passer quelque cnose h manger, elle en avait de la pejne, parce que cela ressentait la pauvreté; elle ne pouvait pas môme suppoiter d'en voir faire les moindres actes aux autres. Un jour, raccommodant (}uclques-unes de ses bardes et y mettant des pièces, parce qu'elles étaient tout usées, elle en eut une pein'e si extrême que les larmes lui coulaient des yeux en si grande abondance que ses bardes en furent toutes mouillées. Elle a [lorté aussi de fortes croix iioiir le défaut de clôture, qui est un antre mal rj'ji se glisse encore beaucouii dans les n?aisons religieuses, le démon n'oubliant rien pour y diminuer les saintes observances.

Ce qu'elle a enduré pour une personne particulière est assez remarquable. C'était une personne de piété, mais dont les scrupules l'avaient réduite eu de grandes extrémités, et l'avaient mise dans unaitacliemetit singulier à son propre jugement, ce qui o>t le malheur des âmes scrupuleuses, et dont le diable se sert pour les fendre inhabiles dans le service de Dieu, sous [irélexte du service de Dieu même, ce qui est une dangereuse illusion. Ainsi ces âmes toujours occupées de leurs peines, de leurs confessions, de leurs fautes, selon leur lumière, de doute si elles consentent au péché ou non, de desseins de réitérer des confessions générales, de pensées qu'elles manquent à se bien accuser de leurs fautes, d'unaginalions, pour ne pas obéir, que c'est qu'on ne connaît pas bien leur état, passant ainsi leur vie dans l'embarras d'esprit; elles ne font qu'y rêver dans tous leurs exercices de l'oraison, de la comaïunion, et de tous les autres, y étant malheureusement désoccupées de Dieu. C'était l'élat de la personne dont nous parions, et dont notre bon Sauveur tit voir le cœur à notre bonne sœur, comme une pierre tout environnée de glace, et dont la dureté était extraordinaire ; lui marquant par cette vue combien elle était attachée à sa propre lumière. Elle en portait des impressions au milieu de l'été, qui lui faisaient souffrir des froids extrêmes; elle l'a vue plusieurs fois proche d'un abiine épouvantable oii elle était en grand danger de tomber, et elle eut connaissance de trois défauts qui lui avaient particulièrement causé son état, et qu'elle a reconnus être très-véritables. Il serait ditlkile d'expliquer son application à Dieu pour celte âme, de dire les longues el rudes disciplines qu'elle a prises pour elle, et les autres mortitications corporelles qu'elle a exercées. Elle a une fois jeûné deux carêmes de suite au pain et à l'eau, c'est-à-dire quatre-vingts jours, pour obtenir la miséricorde de Dieu sur cette âme.

OECVRES COMPL. DE Bot'DON. III.

Enfin les tourments qu'elle a endurés pour les pécheurs de toutes sortes de conditions et états, soit extérieurement soit inlérieurenient, sont inexplicables. Je ne puis omettre ce que j'ai oublié de remarquer, jiarlant des profanations de la sainteté de nos églises, qu'elle ressentit vivement un notable accroissement de ses maux, è raison des irrévérences qui se firent dans une église au sujet d'une belle voix que l'on y avait fait chanter. Car voici l'aveuglement et la dureté d'un i^raiid nombre de Chrétiens dans les jours môme où les [dus insensibles devraient être plus saintement touchés; c'est bien dans ces temjis que Dieu pourrait nous f;iire ce reproche doiil.il a chargé les Juils dans l'ancienne loi : Ce peuple m'honore des terres, mats son cœur esl bien e'ioiijne'de moi. [Matih. xv; 8.) C'est un usage fort ordinaire en différents lieux que l'on choisit une belle voix pour chanter les lamentations de Jérémie, qui se récitent en i'oflice des derniers jours de la semaine qu'on appelle sainte, à raison de la sainteté des ravstères divins dont on y renouvelle tous les ans la mimoire, et parce que ce sont les jours dans lesquels tous les Chrétiens doivent être plus séparés d'eux-mêmes et de tout l'être créé, et (il us unis à Dieu. Mais voici un abus digne de larmes : dans les plus grandes villes, non-seulement ce qu'on appelle le beau monde s'y trouve en foule, mais les places s'y louent bien cher; et en attendant matines, que l'on nomme communément les ténèbres, chacun s'y entrelient comme dans un lieu profane ; grand nombre môme ne cessent pas leurs discours quand I'oflice commence. Mais, tiès lors que la belle voix se fait entendre, il se fait un silence universel, et la leçon n'est pas [i!utôt finie, qu'un bruit s'élève de tout côté, de toutes sortes de [lersonnes qui parlent. O mon Dieu! est-ce ainsi donc que vous ê'es traité par des gens qui disent qu'ils croient en vous"? Une lielle voix aura le pouvoir de leur faire garder à tous le silence, et votre divine présence ne l'aura pas! il faut dire de plus que, si durant le temps (ju'elle se fait entendre, l'on parlait et l'on faisait du bruit, l'on prendrait bien la liberté de dire que l'on eût à se taire; mais l'on rougirait, ù mon Seigneur ! de donner le même avis lorsque l'on vous insulte. O Chrétiens, qui ne l'éies que de nom, est-il possible que vous donniez tout à votre plaisir, lorsque, l'Eglise étant tout occupée des douleurs de son Sauveur, vous ne devriez penser qu'au renoncement de vous-mêmes, el à porteivotre croix à la suite du grand Maître qui a donné cette doctrine pour (>remière legon à tous ceux qui font profession d'être ses disciples : première leçon, hélas! que souvent l'on n'a pas encore afiprise, lorsqu'on est sur le point de mourir. Je laisse à penser, vu les suites qui eu arrivent, s'il est poui' la gloire de notre Sauveur de faire chanter de belles voix dans le temps de sa douloureuse passion. Au moins je sais bien que jilusieurs bonnes âmes en soulfrent de f rau-

(tLVKES COMl'LF.TKS DK BOLDON;

(les |H'iiie<, !\u>si liieii i|ne notre bdiiiiL' MVUf, à raison il(.(S iirévLTt'nces (jiii en Arrivent dans nos temples, liunl le res(peit doit être bien uraïul, et plus uirnnd qu")l ne se peut dire.et dont le défaut est une nianjoe (lu peu d'esprit de Dieu. C'est ce ipii lit dé- ( ouvrir à la sœur Marie-Angéliiiue l'illusion u'une personne qui passait pour une sainte dans l'esprit de plusieurs ; car, ayant reniariiué qu'elle ne gardait pas lout le respect (pie l'on aurait d\\ attendre d'une âuie trèsjiieuse, lorsqu'elle était dans les églises, elle connut qu'elle n'avait pas une véniable \erlu, te qui était une vérité qui parut pu- Lliqueuienl dans la suite du temiis.

>iais voici encore un témoignage aduiilable de la divine charité que le Sain'.-Ksprit avait mise dans son cœur, et qui ciuivient })arfaitoment à l'état de soufl'rance (ju'elle jiorlait pour les autres. Une personne, |iar une conduite de Dieu, endurait beaucoup de la part des dénions, ce qui assurément est une des |»lus fortes croix que l'on jiorte en celte vie; elle en eut une parfaite connaissance et entra dans le dessein de s'olfrir à Dieu pour être à sa place. Klle exécute, avec le secours divin, ce qu'elle avait pensé; elle .'.e donne donc à Dieu dans l'union de notre bon Sauveur pour soutl'rir tous les tourments que l'autre endurait ; son oll'rande »st aussitôt acceiaée; la voilà livrée au pouvoir des démons pour en être crnelleuient tiiurmenlée sebm les desseins de l'aimable IMOvidence de Dieu, et cet acte u'une clialilé héroïque a été la source des vexations diaboliques qui lui out duré jusqu'à la mort.

Tout cela ne suffisait pas au cœur charilahle de la sœur .Marie-.Vngélique. Comme îous les Chrétiens sont les membres de Jé- >us-Chri>t, (jui, dans ia doctiine de l'Apôtre, sont liés les uns avec les autres, elle «ievaii, après avoir servi de victime pour ceux qui scjMl sur ia terre, êlre encore immolée pour le soulagement des dmes qui sont sous la terre, parmi les feux et lesflamiiies du purgatoire. Comme ces âmes sont m des peines extrêmes, qu'elles ne [)euvent se soulager-, et même qu'elles sont hors d'élat de demander du secours, si ce n'est ji.ir une conduile extraordinaire de la divine l'rovitience, et que d'autre part elles î>oul dans la pureté du seul amour de Dieu M'ul, elles méritent bien que l'on n'oublie lien pour leur donner quelque assistance i.ans leurs maux ; c'est à quoi notre bonne .^leur a été ap|)liquée d'une manière trèssingulière, faisant de grandes pénitences et des austérité» extraordinaires jiour leur soulagement.

Certainement cc que les Pères de l'Eglise et les docteurs nous ajiprennent de leur tlat, et ce qui est conforme h plusieurs révélations que de grands saints en ont eues, est plus que sullisant jiour nous loucher vivement ei pour nous jiorter ellicacement i\ leur donner tous les secours [lossibles; car les Pères et les docteurs nous enseigneiii que leurs lyunaenls surpassent toutes les

peines de cette vie présente, l-'n voil?! Assez, IMemièreuvMii, pour ne pas tarder à les assister, dillérant les services (jne l'on fait pour ces âmes ; et il est toujours plus à (iropos de les avancer, ainsi que les autres bonnes œuvres que l'on fait à leur intention. Lorsque le feu t)reiid quelque part^ on s'empresse d'\- porter secours, et l'on blâme avec raison celui qui hésite ii y courir, soit de nuit soit de jour. Peut-on faire moins ]iour (les Ames qui lirûlenl qu'on ne ferait jiour une chétive maison? L'indiirérence sur ce point ne serait-elle pas un signe qu'on croit peu au feu du purgatoire, aussi bien qu'aux autres vérités chrélieniies ? 11 faut faire olfrir le très-saint sacrifice de la messe autant de fois qu'on le peut laire, et au j>lustôtetdès le même jour du décès, si cela se pouvait. Secondement, on doit leur procurer l(jus les secours possibles: en premier lieu, par le très-saint sacrilice de la messe; en second lieu, par l'application des indulgences que l'on peut gagner pour les défunts; car c'est une application des mérites de noire bon Sauveur Jésus-t^hrist, ce qui est inestimable : el, pour ce sujet, ceux qui ont des médailles bénites doivent savoir le pouv(jir qu'elles donnent |)ourcela, ou celui qu'ils peuvent avoir par d'autres voies , comme à raison des associalions ou des ordres dont ils sont, ou en (lueiqu'autre manière. En troisième lieu, par des œuvres de miséricorde, auiuônes, visites des hôpitaux, des ()risons, des pauvres honteux et autres choses semblables. En quatrième lieu, par des jeûnes, veilles, disciplines et autres mortifications corporelles, sans oublier celles de l'esprit, que l'on fieut offrir pour elles. En cinquième lieu, par prières, oraisons, et même les jaculatoires, soupiianl souvent )iour leurs besoins en la }iréseiice de Dieu, et demandant è notre bon Sauveur la|iplication de ses satisfactions. C'est là le sfiuverain reuiède à leurs maux : offrir au Père éternel les peines intérieures et extérieures de son Fils bien-aimé, toutes ses actions, souffrances, tous ses mérites et satisfactions [lour ces pauvres âmes. Troisièmement, l'on ne doit pas se lasser de les secourir; car enfin les jugements de Dieu sont des abîmes, et il y a eu môme des saints qui ont beaucoup souffert dans ces flammes purifianles pour quelques fautes très-légères. L'histoire ecclésiasiKjue nous apj)rend qu'il y a eu des personnes illustres, même par leur piété, qui y ont été conciamnées jus- ([u'aujourdu jugement; et saint Bernard fui repris par son abbé de ce qu'après bien des années il avait cessé de prier pour l'âme de son père qui était décédé. Ai)rès tout, il n'y a rien à craindre, puisqu'il y a toujours assez de pauvres âmes dans ces feux, qui sont dans le besoin de ces secours. La grandeur des peines de ce lieu purifiant avait été montrée à la sœur Marie-Angélique ; et en plusieurs occasions on lui avait fait connaître les souffrances de plusieurs âmes en partii^ulier. (]eu-x qui savent l'histoire eccléiiaslique n'ignorent pas que de temps eu

MS

i;.\Morn dk dieu seui..- part. m.

temps Dion toiil hnn n"ail manifcsld lY'iat de (iiicli]u<'s âmes dans ce lien ik- .s(i|)|)li(;cs ; ce qui a été remarqué par des personnes d'une profonde éru<lilion, comme par le savant cardinal Bellarmin. C'est ce qui est arrivé plusieurs fois h noire sœur; elle en parlait (i"uiie manière terrible, selon les vues qui lui en étaient données. KIlea vu, au milieu de ces feux, allumés par la justice vengeresse de Dieu, plusieurs |icrsoiines d'une l-'rande piété, et qui soutiraient d'une manière très-pitoyable; elle a été (jucUpiefois étonnée de la longueur de leurs tourineiits, et|tourdes fautes (|ui sont peu connues paiini le conmiun des justes. Mais qui pourrait pénétrer la grandeur de la sainteté iidinie de Dieu, et l'exirème pureté (pii est nécessaire pour lui être iiarfailement uni"? l'nion glorieusement divine, qui, à proportion qu'elle doit être grande dans le ciel, demande une moindre ou plus parfaite purgaiion, que la divine Providence fait ordinairement parles peines ((u'elle fait soulfrir, comme l'enseigne saint Denis, et, après lui, les docteurs de la vie mystique; et c'est ce qui est cause .souvent que des âmes d'une grande piété endurent beaucoup dans le purgatoire, à raison du haut degré de gloire où elles doivent être élevées dans la béatitude éternelle. Notre bonne sœur, ( omuie il a été dit, se chiUiait le corps i)ar iiuantité d'austérités corpoielles pour ces Ames souîlrantes, se revêtant de haires, [loitaiit des ceintures de fer, et prenant quehjuefois trois fois par jour la discipline; mais, de plus, elle était crucitiée par des douleurs qui n'avaient pas une cause naturelle, et qui lui faisaient endurer des tourments inexplicables pour leur soulagement. C'est ce qui lui arrivait particulièrement le jour que l'Kglise fait la méiuoire des Irépas.-és , et durant toute J'octave.

Au reste, toutes ses croix pour les vivants et pour les morts n'ont pas été sans bénéilictions. L'on a vu arriver des changements extraordinaires par une heureuse conversion dans [ilusieurs personnes pour le.^quelles elle a été appliquée; plusieurs âmes du purgatoire en ont reçu de notables secours ; il est vrai qu'il s'en est trouvé dans lesquelles on n'a pas remarqué ces effets, soit que la divine Providence les réserve pour le temps qu'elle a destiné pour ce sujet, par le

mauvais usage qu'elles font des grflces qui leur sont données ; ce qui ne doit pas surprendre à l'égard des croix de la .sœur Marie- Angélique, |iuisque même la mort de Jésus- Christ, (pii a ré|tanilu son sang pour tous les lioiiimcs, n'aura pas sonclfet en tous, comme l'enseigne le saint concile de Trente, la plupart des hommes ne faisant pas un véritable usage des grâces qui leur ont été méritées par leur Sauveur.

ORAISON A LA TIIÈS-SAINTE TniNITÉ.

Oglorieuse et suradorable Trinité des personnes divines dans l'unité d'i:ne seule essence 1 Dieu d'inlinie majesté ! qui est égal h vous? Combien faites-vous sentir d'alllictions cuisantes et pénibles à ceux qui vous servent, les conduisant |iar des voies admirables pour les faire arriver sur la montagne sainte de la perfection de votre pur amour, montagne que votre droite s'est acquise, chassant devant eux les anges rebelles qui s'opposaient à vos d' sseins, et les couvrant d'une éternelle ignominie. C'est sur cette montagne bien-aimée que vous avez bâti un sanctuaire divin, comme une haute forteresse sur une terre que vous avez fondée pour durer toujours, qui sert de demeure sacrée à ceux qui vous aiment, et de lieu d<ï repos pour jamais, de lieu de rafraîchissement après les avoir fait passer par le feu et l'eau de toutes sortes de tribulations. C'est dans ce sanctuaire qu'ils vous offrent des holocaustes jiarfaits, après tant d'agonies soufl'ertes, après tant de morts, et qu'ils vous y rendent les vœux que leurs lèvres ont prononcés et que leur bouche a faits lorsqu'ils étaient dans l'afiliction. Ce sont ces conduites, ô très-sainte et suradorable Trinité 1 mon Dieu 1 que ma langue médite pendant tout le jour, et que ma plume écrit pour faire cotinaître votre puissance et votre justice, et combien votre sagesse est admirable. Venez donc, vous tous qui craignez Dieu, et écoutez combien Dieu fait de grâces aux âmes qui lui sont vraiment lideles dans son service, et combien il est doux de ne servir que lui seul. O Dieu seul 1 Dieu seul 1 et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ, sans qui nous ne sommes rien et nous ne pouvons rien!

Ainsi soit-il, ainsi soit-il, ainsi soit-il

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