‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 166 sur 436 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Sa dévotion à l'immaculée Mère de Dieu, aut bienheureux anges ei aux saints.

Dieu tout bon ayant destiné, dans l'ordre de sa divine providence, la très-heureuse A'ierge comme le canal sacré par lequel il réjjand ses grâces, et s'en servant comme d'un moyen pour conduire les âmes à la plus hauie et plus inlime union, c'est un bonheur inénarrable de lui appartenir spécialement par une dévotion singulière. Bienlieureux donc ceux qui ont reçu du ciel une faveur si grande! bienheureux ceux qui sont appliqués particulièrement à son service et qui font une profession extraordinaire de l'honorer I bienheureux ceux qui sont saintement zélés pour ses sacrés intérêts, et qui travaillent fortement à l'établissement de sa gloire 1 ils [leuvent attendre les plus signalées miséricordes de notre bon Sauveur, ils peuvent esjiérerles plus saintes grâces. J'ose ici dire ciue quand une personne parlerait le langage des hommes et des anges , elle ne pourrait jamais assez expliquer le bonheur d'une âme qui sert eu vérité cette aimable et grande reine du ciel et de la terre.

C'est une faveur qui a été accordée à la sœur Marie-Angélique, Dieu la destinant à

Œb'VRLS COMPLETES DE ROIJDON.

une émiiicntc «ainteté , il s'est voulu servir ^. son égar.l ilu moyen oriiinaire qu'il prend pour iMever les âmes à une Imule iierfection;il lui avait inspiré dès son enfance une application partieulière Jisa très-pure ilère, et depuis elle lui avait une giande dévotion; cet esprit de piété lui a dnié [tendant toute sa vie , et "lUi a continué jusqu'à la mort; elle avait recours à elle comme à sa bonne mère, et de vrai son cœur malernel a [ilus de tendrcisse pour les hommes qu'aucune mère qui ait jamais été et qui sera jamais. C'était à cette mère de la belle dilection qu'elle s'adressait pour obtpnir les grâces de l)ieu, et elle a dit (juclquelois aux personnes qui souhaitaient qu'elle ]iriât ]iour elle: « allez h la très-sainte Mère de Dieu, elle est la grande maîtresse , Dieu ne lui refuse rien, et lui accorde tout. «La vénérable sœur Marguerite du Saint-Sacrement, religieuse Carmélite, dit à la mort, que la sainte Vierge lui avait fait connaître qu'elle l'avait prise pour l'oU'rir à son Fils en sacrilice , et ensuite elle s'écriait : « ô que cette grâce a été grande! » Elle a été aussi fuite à notre sœur, et, comme il a été dit, elle alla en pèlerinage à une chapelle proche de Caen, dédiée à Dieu sons l'invocation de Notre-Dame de la Délivrance , pour remercier cette obligeante maîtresse de lui avoir obtenu les terribles croix dont elle a été honorée.

Comme cette glorieuse reine est la dame du Carmel, c'est ce qui lui donnait une liaison si étroite avec cet ordre que cette souveraine a favorisé entant de manières, et jiint elle s'est déclarée si hauteiueiH la protectrice. Notre sœur en |)Ortait le scapuiaire, (ju'elle avait reçu dans la cha()elle du désert des Pères Carmes déchaussés jiroche de la ville de Louviers, dans le diocèse d'Evreux, auparavant laclôture de ce désert. Nous avons écrit des privilèges accordés à ceux qui le portent dignement, dans un petit livre que la divine Providence nous a fait donner au pulilic, sous le titre d'Avis citlholiques tOHchunl In dévotion à la bienheureuse Vierge. Elle avait beaucoup de dévotion aux douleurs de la Mère de Dieu, et on ne saurait croire les tourments qu'elle endurait le jour qu'on en célèbre la fête, sous le titre de Notre-Dame de pitié: cette bonne Mère voulant ainsi lui faire part de ce qu'elle a eu de plus cher an monde et de ce qu'elle accoide à ses plus considérables favoris. Mais il faut avouer qu'elle excellait on la dévotion de son immaculée conce[»tion; elle avait un zèle d'un feu tout divin pour soutenir ce privilège, dont elle parlait avec une ferveur surprenante. L'on n'ignore pas l'autorité des révélations de sainte Brigitte: or, celte sainte dit nettement que la glorieuse Vierge luia déclaréqu'ellea été préservée du péché originel. Après ce qui est écrit dans un livre si autorisé, et qui est entre les mains de tout le monde, je puis bien écrire que notre sœur a cru avoir reçu une lumière du ciel qui confirmait cette véjiié^ mais quantité Ue miracles rajtportés

par des auteurs graves et d'une singulière piété en sont une forte preuve.

L'intérêt que nous prenons (ce que nous estimons une faveur très-singulièredeDieu) à tout ce qui regarde l'honneur de celte reine du ciel, et très-particulièrement à tout ce qui touche son immaculée conception, nous oblige de faire connaître ici que le petit Office de cette Conception Immaculée, reçu dans foule l'Eglise universelle, a été encore approuvé récemment par notre saint père le Pape Innocent XL 11 est vrai, comme il a été remarqué par une savante plume, et nous en raiiportons les propies termes, qu'il y a quelques années qu'on mit à l'index à Rome un livre italien imprimé îi Milan, dans lequel se trouvait l'office de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu; la défense ne tombait pas sur l'office même de la Conception, qui est connu et autorisé dans l'Eglise, il yalongtemps,et quia encore été approuvé depuis peu par Innocent XL !\Iais ce décret regardait d'autres choses fausses ou téméraires qui se trouvaient imliriniées dans le même livre : et d'ailleurs c'était uniquement pourriialie, et nullement pour le reste du monde où ce livret n'avait garde de paraître. C'est ce que nous avons appris de feu M. François Pallu , évêque d'Héliopolis, à son retour de Rome, lorsqu'il a [lossé par la France pour s'en retourner aux pajs étrangers, lieux de sa mission apostolique, et entrer dans la Chine où il est mort comblé de grâces et de mérites, et dont la glorieuse mémoire est en bénédiction. .Mais ne sait-on pas bien que tout l'ordre de saint François fait l'office, et célèbre la messe de l'Immaculée Conce|ition de Notre-Dame , le jour de la fête et pendant toute l'octave, et tous les samedis de l'année qui ne sont jias empêchés? Si les religieux de cet ordre séra|ihique, et môme plusieurs diocèses font l'office publiquement , et de plus célèbrent la messe de la conce(>tion immaculée de la Mère de Dieu, et cela dans toute l'Eglise universelle où ces religieux se trouvent, quelle apparence y aurail-il d'interdire un petit office qui n'est récité que par des ()articuliers?

Notre bonne sœur était touchée sensiblement quand il s'agissait de l'honneur de ce privilège de sa bonne maîtresse, qu'elle désirait honorer autant qu'elle le pouvait faire dans l'oidre de Dieu, que l'on doit toujours regarder en toutes choses. Ainsi elle avait fait cette glorieuse dame son héritière de tout ce qu'elle pouvait avoir, et comme elle n'avait aucun bien temporel, s'en étant ilépouillée par le vœu de pauvreté, elle lui avait donné la dispo^ition de tout son bien spirituel, autant qu'elle le pouvait faire; ayant remis entre ses [)ures mains toutes ses bonnes œuvres, autant qu'elles sont satislacloires, pour en donner la valeur selon son bon plaisir à qui bon lui semblerait. C'est ainsi qu'elle honorait une si bonne mère, lui cédant tout ce qu'elle pouvait saus aucune réserve ; ce qui no doit pas étonner, car si tous les jours l'on ollre bien à Dieu

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