I.AMOUU DE DIKU SEL'L. - PAllT. III
pour les vivants ou les morts les bonnes œuvres (jne le Saint-Ks|)rit nous fait faire. l'I qu".iiiisi on les donne à ces |ier>onnes, on peut bien en lais.ser !a (Jis|iosition à la Mère ilo Uieii, qui s'imi servira mieux (lue nous, les ajuiliiiuanl, sans aucun doute, en la manière ([ue son Fils bion-aiuié en sera plus gloritié.
Après la dévotion de l'immaculi^e Mère de Dieu, l'un deses plus puissants attiaits était le mouvement intéiieur qu'elle avait d'honorer les saints anges. Cette dévotion, (|ui est solitle, mais ipii n'est |ias l)icn commune, s'est trouvée dans les plus gi'ands saints en un degré éminent. Saint François d'Assise faisait un carême entier, jeOnant pendant quarante jours en leur lunineur, et spécialement en l'Iioinieur de leur glorieux jirince l'archange s;iinl .Michel. Sainte Eli- .>abelli, reine de Portugal, faisait la môme ( bose. Notre-Seigneur a bien voulu luimôme marquer des pratiques à sainte Melctliide pour honorer les neuf chœurs de ces aimables esprits, et il est très-juste, puisque, selon la doctrine de l'Apôtie [Hcbr. i, 1'*), ils sont députés pour nous servir. L'ingratitude que les hommes ont pour l'ordinaire envers ceux qui les gardent immédiatement, et qui pour ce sujet sont appelés anges gardions, ne se peut exprimer : car peut-on se figurer une méconnaissance moins supportable? Avoir toujours auprès de soi un esprit céleste, un graiid prince de la cour du paradis, i)arfaitement aimable, parfaitement aimant, qui nous oblige incessamment et jiar toute sorte de biens, et n'avoir i>as l'honnêleté Oe l'en remercier au moins plusieurs fois chaque jour, c'est ce qui ne se peut souffrir; mais, hélas ! combien y a-t-il de [lersonnes qui n'y pensent pas même une fois le mois, une fois l'année? Il y a plus, il s'en trouve plusieurs qui n'y font pas de réflexion une seule fois dans toute leur vie ; tant il est vrai que les esprits infectés par le péché sont pleins d'horribles ténèbres. Mais l'application est encore plus rare à tous les autres esprits bienheureux de ces troupes célestes : ces vues nous ont porté à donner au public un livre de la dévotion à tous leurs neuf chœurs, et la divine Providence a voulu s'en servir pour en établir le culte en la sœur Marie-Angélique.
Dès sa jeunesse, elle se sentait portée singulièrement à les aimer; elle avait recours àeux, à leurs puissantes intercessions, et elle exhortait les autres à s'y adresser. La divine Providence ayant fait faiie un long voyage à son directeur, en des pays dont les chemins étaient fâcheux et durant nu hiver rigoureux, elle faisait réciter tous les jours les litanies des saints anges [lour la protection de la liivine Providence sur ce voyage. Elle honorait très-spécialement le glorieux archange saint Michel, et elle allait visiter une chapelle dédiée à Dieu sous son invocation, qui est sur une montagne proclie ia ville d'Evreux, avec une piété éditiante; ce lui était une mortification, lorsque ses maladies ou autres maux l'empêchaient d'y
aller, principalement les jours que plusieurs personnes de cette ville prennent pour y aller remire leurs respects à ce prince de la milice céleste. Nous bénissons la divine l'rovidem;e d'avoir inspjié à quelques persounes de s'unir ensemble pour aller une fois tous les mois à ce saint lieu, ou à quel- (lue autre chapelle dédiée à Dieu en l'honneur de cet archange, et là elles y font célébrer le très-saint sacrili'O de la messe; plusieurs y communient, et l'on a soin de prier un prédicateur pour y faire quehpiefois l'exhortation. Nous ne i)ouvons df)uter que la très-sainte et suradorable Trinité, la fin de toutes choses, n'^'ii soit glorifiée, cpi'elle n'y répande ses bénédictions, et que les bons anges ne favorisent d'une protection spéciale toutes ces personnes.
La sœur Marie-Angélique en avait une heureuse expérience,"'ayant été secourue dans ses maux extrêmes par les saints anges, et très-particulièrement par saint Michel. Un jour sa chère tante, qui demeurait avec elle, l'ayant vue réduite en des angoisses inexplicables, elle ise sentit [iressée de promettre à Dieu d'aller quarante fois à la chapelle de Saint-Michel, qui est sur la montagne, pour en obtenir la délivrance; et voilà que tout à coup elle fut délivrée de ses peines. Une autre fois sa môme tante lui obtint la môtne liberté, ayant promis de faire une neuvaine en l'Iionneur des douleurs intérieures de notre bon Sauveur, dans une chapelle de la cathédrale consacrée à son agonie.
La bonne sœur conversait familièrement avec ces bienheureux esprits, grâce qui a été accordée à un grand nombre d'âmes détachées des choses de la terre ; et c'est ce qui était assez ordinaire parmi les solitaires, qui, s'étant séparés des créatures visibles de la terre, jouissaient familièrement de la société des saints anges du ciel. L'Eglise, dans les leçons de l'OlEce et l'oraison de la fête de Sainte-Françoise, remarque cette grâce, qui est rare dans ce siècle, parce que les affections y sont toutes terrestres et les conversations pleines d'attachements, ce qui est cause que très-jieu de personnes peuvent dire avec l'Apôtre : Notre conversaiion est dans les deux. [Philip, ii. •20.)
Notre sœur, qui était angélique d'effet aussi bien que de nom, dont l'esprit était dans le ciel pendant que son corps était sur la terre, avec la grâce de la conversation céleste de ces bienheureux esprits, plusieurs fois ils lui ont paru en des visions intellectuelles, et d'autres fois sous des formes sensibles ; elle les a vus selon leurs différentes élévations dans la gloire, et selon les diverses oi)éraiiuns qu'ils exercent ; elle voyait aussi, en de certaines occasions, les anges gardiens des autres, et une fois elle remarqua que les anges d'un nombre de personnes assemblées, et qui par lear état doivent beaucoup être là Dieu, en étaient tous un jieu éloignés, faisant connaître par cet éloignement extérieur la tiédeur de leurs
()i:i;\RES COMPLETES DE BOUDON.
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âmes; il n'v on avait qu'une seule ue ee nombre qui avait son bon ange proclie d'elle.
Ces charitables esprits l'assistaient visiblement dans ses exercices lie piété, soit pour lui aider à la pratique de l'oraison, soit à celle de la mortiiication; et dans l'étonneuient où l'on était de ce qu'elle prenait la discipline durant cinq heures de suite et d'une vitesse incroyable, elle a avoué à son directeur qu'elle était secourue visiblement par les saints anges. Nous avons dit que son lion ange gardien, qu'elle pensait être de l'ordre des séra|)hins, jiar une lumière spéciale qui lui en avait été donnée, l'a éveillée pendant longtemps toutes les nuits pour faire l'oraison, lorsqu'elle couchait encore en sa petite chambre, et elle en a reçu des dons très-singuliers, cet esprit d'amour lui lançant quelquefois des dards sacrés qui lui faisaient des plaies d'un amour tout sérajihique. Le bienheureux P. Jean de la r.roix, cet aigle sublime des docteurs mystiques, a traité de ces blessures dans ses livres, remjilis d'une doctrine céleste, et qui ont une si grande ajiprobation ; et il enseigne nue Dieu, immédiatement, ou par ses séraphins, fait ces blessures d'amour en de certaines âmes, lorsqu'il les veut élever à ses |ilus intimes unions.
Notre sœur était aussi portée par un esprit d'une piété singulière à honorer les saints, et entre autres saint Joseph, le protecteur et le pation des âmes retirées, aflligées, et qui sont appliquées à l'oraison ; saint Elie, sainte Thérèse, le bienheureux P. Jean de la Croix , sainte Madeleine, saint François d'Assise, saint Pierre d'Alcantara, sainte Catherine de Sienne et sainte Rose; et l'honneur qu'elle leur rendait n'était pas sans de grands eft'ets, en recevant des secours très-ellicaces. L'une de ses dévotions était d'aller en l'église de Saint-Taurin, apôtre d'Evreux, et d'y visiter son tombeau ; mais je ne puis omettre les sentiments d'une piété spéciale qu'elle avait f>our l'aimable saint Jean l'évangéliste. El comment ne |)as beaucoup aimer cet heureux disciple de l'amour (pie Jésus aimait, cet enfant bien-aimé de la très-pure Vierge, qui lui avait été donné en cette qualité au pied de la croix par Jésus mourant, et à qui il l'avait donnée jiour mère? Ces vues nous donneraient envie de crier de toutes paris, à l'amour de ce favori d'un Uieu homme, do ce discijjle si aimé, si aimant et si aimable.
Elle avait encore une dévotion très-édifiante aux jirécieuses reliques des saints ; elle en (lortait sur elle avec de profonds res- ])ects ; elle en recevait de puissants secours, et quelquefois les diables la tourmentant cruellemennl, l'ont quittée à leur seule vue. Le docte saint Jérôme écrit que de son temps, et c'était dans les premiers siècles de l'Eglise, les démons frémissaient en leur jirésence. Les premiers fidèles tenaient à grande grâce de les toucher, et saint Grégoire le Grand a envoyé, même comme un <ioa très-considérable, A une personne de
qualité, un linge qui les avait seulement touchées.