‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 168 sur 436 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

SfA" grâces extraordinuires.

Nous répétons ici ce (jne nous avons déclare dans l'éclaircisseraoïil qui est au commencement do cette histoire, que nous laissons au jugement de Dieu les grâces extraordinaires qui sont des dons gratuits, dont nous avons parlé en cette \"ie, et dont nous parlerons sans vouloir rien décider ; mais nous en écrivons comme de choses probaliles; nous les proposons, à l'imitation des saints Pères, ù l'imitation des giands [lersonnages qui, dans tous les siècles, ont écrit des vies des saints, à l'imitation des personnes d'érudition et de [liété, qui ont écrit des mêmes sujets de notre tem|is, comme il est facile de remarquer dans les vies qu'ils ont données au [lubiic. Nous ne faisons donc rien qui n'ait été pratiqué |iar les saints docteurs et par les auteurs d'une grande autorité; mais de plus nous agissons dans l'esprit de l'Eglise, qui de nos jours propose aux fidèles , dans les leçons des nouveaux oflices insérés dans le bréviaire romain, des grâces tout à fait extraordinaires de plusieurs saints et saintes, commodes motifs propres à faire admirer la grandeur et la puissance de Dieu, qui les a opérées en eux, et à animer an service d'un si grand Seigneur et Maître ; et il ne faut pas s'imaginer que cette conduite ne s'observe qu'après que la même Eglise les a déclarés bienheureux, puisqu'on a écrit de ces merveilles auparavant leur canonisation et béatiQcation, quoiqu'à la vérité elles n'aient pas eu pour lors la même autorité, n'étant appuyées que sur le témoignage des liommes.

Cette vérité est facile à discerner dans les vies de tant de personnes décédées en odeur de sainteté, et qui sont données au [mbiio et bien autorisées, conmie les vies de l'éminentissime cardinal de Bérul.'e, du P. César de Bus, du P. Jean de la Barrière, du P. Ivan, du P. de Malaincourt, tous fondateurs illustres d'ordres ou de congrégations ; de Mgr Alain do Soliniac, évêque de Cahors, de M. Gallemand, docteur de la faculté de Paris, et supérieur des religieuses Carmélites de France, selon la réforme de sainte Thérèse ; du P. Baltha^ar Alvarès, du P. Régis, du P. Barzée, du frère Alphonse Bodriguez, tous religieux de la Compagnie de Jésus; du P. deCoiidren, général de la congrégation de l'Oratoire, de M. Le Noblets , missionnaire apostolique delà Grande-Bretagne, du frère Jean de Saint-Samsom, Carme réformé, de la mère de Ciiantal, première religieuse de la Visitation de Sainte-Marie, d'Anne de Saint-Barthélemi, de Marie de l'Incarnation, de la mère Madeleine de Saint- Joseph, de la sœur Catherine de Jésus, de la sœur Marguerite du Saint-Sacrement, mères religieuses Carmélites ; de la mère Agnès de Sangiac, religieuse Dominicaine ; de la mère Marie de l'Incarnation, religieuse Ursuline; de Mme de Cardonne; de Marie de Valence,

dont la vie est si i)lciiie lie choses adiiiiia- Mes, cl qui néanmoins a ét6 aminnivéo par une assembU'C île docteurs de la laciillc' de Paris, pour rexaiuiner selon l'ordre qui leur en avait été donné par la feun reine Marie <J'Autii(l)e,de glorieuse mémoire. Nous rerivoyons le lecteur h ce que nous avons dit plus amplement sur ce sujet, dans l'éclaircissement dont nous venons de parler.

Ce})endant nou^ renianiuerons encore ici que la sœur Marie-Angélique no s'arrêtait pas à ce (jui se passait de singulier en elle. Les maîtres de la vie spirituelle, et grands docteurs, qui ont écrit des faveurs [>articuiiôres que Noire-Seigneur t'ait à do certaines

ûmes, enseignent qu'il y en a qi tes avec tant ue corlituile,(ii

|ui leur sont données avec tant de certitude, (ju'elles n'ont |ias lieu d'en douter, selon leur lumière, quoiijue néanmoins, si elles sont véritahiemenl liumbles, elles les soumeltent sincèrement au jugement de leur directeur ou supérieur; c'est ce cjui est arrivé à noire sœur, qui, quoique [ilusieurs de ces grâces extraordinaires lui fussent plus évidentes que si elle les eût vues des yeux de son corps, après tout ne s'y arrêtait point, et élait étonnée des directeurs qui y donnent trop de créance; c'est ce qui la pressa un jour d'avertir avec respect un directeur qui n'agissait pas en celte matière avec assez de précaution, 3t qui donnait lieu à être trompé. Elle ne s'appuyait ([ue sur la seule foi, et <>st ce qui doit être le solide fondement d'une âme qui est véritablement conduite par l'esprit de Dieu.

■ Cependant ce Dieu dont les bontés sur-

f)assent tout ce que l'on peut penser, no aisse pas de- combler de faveurs les ûmes qui l'aiment juireuient et qui ne cherchent que sa seule gloire ; c'est ce que l'on peut voir en la conduite de son aimable jtrovidence sur notre bonne sœur. Il ne la traitait pas seulement comme sa servante, ce qui est un honneur incoiiiparable, mais comme son amie, lui manifestant ses secrets; elle on recevait des lumières admirables, et il lui faisait cmnaître ses grandeurs avec des clartés si vives , qu'elle en demeurait saintement extasiée. C'est ce qui lui a causé tant d'extases et tant de ravissements qui lui ont été fort ordinaires; elle a été aussi élevée de terre, ce ([ue l'histoire des saints nous apj)rend être arrivé bien des fois , comme à saint François d'Assise, saint Pierre d'AIcantara, sainte Thérèse et un grand nombre d'autres. Notre bon Sauveur la lit entrer dans une conversation familière avec ses anges bienheureux et ses saints, ce qui nous enseigne l'union de l'Eglise triom|ihante avec la militante, et la communion des saints; ce qui ne doit pas beaucou|) étonner, si l'on considère que nous ne faisons tous qu'un corps en Jésus-Christ, et que nous souuncs plus unis ensemble que les membres du corps naturel. Cette conversation céleste se faisait jiar des espèces intelligibles, qui ne sont pas tirées des sens, mais formées de Dieu dans l'esprit, selon la doctrine de l'angeliquc douleur, qui enseigne que les csiièces

I/AMOIJU m DIKU SLUl,. - PAUT. III. 7-22

intelligibles sont quchpiefois infus("S do Dieu, sans rt'Mtreinis(! de l'imagination; c'est ce qu'on apjicdle vue intellectuelle, qui ne laisse pas d(! faire voir ceipii est corporel, mais c'est sans aucune image tirée des sens ; queliiuefois elle se taisait par des images sensibles, mais introduites par le ministère des saints angiis, ([ui conversaient familièrement avec elle, ce (|ui est arrivé aux solitaires des déserts; et l'Kglise, dans les leçons et l'oraison de sainte Françoise, nous apprend que colle faveur lui a été ordinaire, ce (|ue nous avons déjà remarqué dans le chapitre précédent.

Elle a eu di-s apparitions fré(iuenles de plusieurs saints et saintes, particulièrement de saint Elle, de sainte Thérèse, de sainte Catherine de Sienne; elle a eu ilurant jiresque ton le une année une piésence du bienheureux P. Jean de la Croix, iiremier Carme déchaussé; dans ses soulfrances elle a été assistée d'une grande servante de Dieu et de son immaculée Mèie, nonuuée Marie des Vallées, qui est morte après (juarante-sept années de peines terribles qu'elle a souffertes avec une patience héroïque, et, d'autre part, ayant mené une vie innocente et pratiqué les vertus dans un éminent degré. Elle la voyait sous la même forme et habit qu'elle avait lorsqu'elle vivait encore sur la terre, et elle eu recevait de puissants secours pour porter chrétiennement ses croix; elle s'entretenait saintement avec elle , et elle en était beaucoup soutenue dans la guerre que les diables lui faisaient.

Mais puisque la divine Providence a voulu que nous parlassions de cette grande servante de Dieu et de son immaculée Mère, nous nous sentons obligé d'éclaircir ([uelques dillicultés que quelques-uns ont eues h son sujet: l'on a objecté quelques visions que l'on a rapportées d'elle, qui paraissent peu ■ la grandeur et de la majesté de en "

dignes de

Dieu; mais, sans entrer en discussion de ces visions, nous pouvons assurer qu'elle ne s'y arrêtait nullement, et que nous lui avons même ouï dire de sa propre bouche, qu'elle craignait d'être trompée en i)lusieurs de ces sortes de choses extraordinaires qui lui arrivaient, bien loin de s'y jittacher; d'autre part, il n'e.U pas assuré et il n'est pas probable qu'elle les ait eues en la manière ijue plusieurs [)ersonnes en parlent; et comme on ne les trouve qu'en de certains manuscrits, dont on a fait des copies, les copistes ont pu aisément se tromper en ajoutant beaui-oup de choses dans les descriptions qu'ils en ont faites , comme nous avons remaniué en l'éclaircissement des grâces dont nous parlons en celte Vie. Le malin es|)rit a mêlé plusieurs fois ses illusions avec les dons les [dus solides de l'esjiril de Dieu, dans de grands saints, ce qui n'a pas empêché qu'ils n'en aient reçu de véritables secours très - singuliers ; après tout, la sainteté ne consiste pas dans les choses extraordinaires, mais dans un entier détachement de soi-même et de tout l'être créé, et une haute union avec Dieu, et c'est

OEIVRES COMPLETES DE BOLDON

ce qui s'est trouvé d'une manière éminenle en celle personne. Toutes les personnes les plus éclairées qui l'ont connue, en ont jugé lie la sorte. Le feu P. Coton, relij^ieux de la Compagnie de Jésus, dont l'érmlition et la })iélé sont assez connues, homme d'aulre pari très-expérimenté dans la connaissance des élats extraordinaires, l'avant examinée, en conçut une telle esiime, (ju'il avait résolu de' faire tous les ans un voyage à Coulances, ville de la basse Normandie, où elle demeurait, pour aller la voir et s'entretenir avec, elle du royaume de Dieu. L'on a encore l'original de Tune des lettres qu'il lui a écrites, qui marque assez l'estime qu'il en faisait. Le leu P. de Saint-Jure, religieux delà même Compagnie, dont les livres funt connaître ses lumières dans les voies intérieures, a[irès l'avoir entretenue, non-seulement approuva sa conduite , mais témoigna une extrême confiance en ses prières. Le feu P. Le Jeune, personnage très-éclairé dans les matières de la vie spirituelle, el reîigicux aussi de la Compagnie de Jésus, a|irès l'avoir vue, fit la même chose. Le révérend P. Louis d'Argenton, religieux Capucin, dont les œuvres spirituelles marquent assez l'esprit intérieur, et qui a été provincial dans son ordre, l'avait connue intimement et avait été même son confesseur; mais il ne parlait qu'avec un grand respect et beaucoup de vénération des grâces de Dieu qui étaient en elle. C'est le jugement qu'en ont fait tous ceux qui l'ont connue, et qui ont eu expérience des conduites de la vie spirituelle. Feu H. de Renlj et feu M. de Bernières de Caen, tous deux très-savants dans la science des saints, ont fait plusieurs voyages exprès à Coutances pour se recommander à ses prières.

Au contraire, tous ceux qui n'en parlent })as avec estime ne l'ont jamais connue et n'en savent rien que sur des rapports qui jie sont pas véritables. Un docteur de Paris, qui était v'icaire général du diocèse où elle demeurait , et à qui il appartenait d'en juger, ayant été prévenu à son désavantage avant que de la connaître, non-seulement changea de sentiment et l'approuva , dès qu'il l'eut vue et examinée, mais il fit même sa défense dans un 'J'raité qu'il écrivit, où il montra qu'elle était conduite par l'esprit de Dieu.

Nous nous sommes trouvés en un monastère de Carmélites où il y avait une religieuse estraordinairement favorisée de Dieu; ce monastère était bien éloigné de la ville de Coutances, et la religieuse dont nous parlons n'avait jamais entendu parler de Marie des Vallées ; cependant Notre-Seigneur lui endoiina la connaissance, lui faisant voir et lui apprenant le lieu où elle demeurait , et en même temps lui disant qu'elle était l'une des perscmnes qui présentement apaisaient sa colère justement irritée pour les péchés des hommes. Cette connaissance surnaturelle fut cause de celle que M. de Henty eut avec cette servaute de Notre-Seigueur et de sa très-pure Mère; car ayanl une liaison

très-parliculière de grâce avec ce monastère de Carmélites, et ayant appris en confiance ce qui se passait en cette religieuse de ce couvent à son égard, il prit la résolution de l'aller voir, et eut ensuite une grande union avec elle en Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Nous avons connu de grands serviteurs de Dieu qui ont fait de longs voyages pour voir une âme si chérie de Notre-Seigneur et particulièrement pour la grandeur, la durée cl la multitude de ses croix, qui en ont tous été é lifiés, et ont reçu beaucoup de grâces jiar son moyen ; c'est ce qui est arrivé à pluf sieurs après sa précieuse mort. Mgr. François de Laval , premier évoque de Québec dans le Canada, exorcisant une possédée, et le diable se rendant rebelle contre les exorcismes, cet esprit d'enfer fut contraint de sortir el de lai-ser la personne libre, après que l'on eut imjiloré le secours de Marie des Vallées secrètement et en la manière que cela se peut faire , avant le jugement public de l'Eglise. Le témoignage que je dois à la vérité m'a- obligé <'e faire celle digression, dans la pensée que j'ai eue que l'honneur de notre bon Sauveur et de sa très-sainte Mère était intéressé dans celui de leur bonne et fidèle servante.

La sœur Marie-Angélique en a reçu beaucoup d'assistances, comme nous l'avons dit, et elle lui était souvent montrée. Mais notre bon Sauveur a voulu lui-même se faire voir à sa servante en différentes apparitions : les trois personnes divines de la suradorable Trinité, par leur toute-puissance, so sont montrées à elle sous des images spirituelles, et qui lui donnaient des lumières admirables.

Un jour de la fêle de tous les saints, elles lui découvrirent d'une manière qui ne se peut expliquer, quelque chose des beautés ravissantes du paradis ; elle vit cet heureux séjour comme dune grandeur immense, la ■gloire des saints et leurs différents degrés dans leurs élévations glorieuses ; elle y vit distinctement plusieurs personnes ; mais au-dessus de tous les bienheureux la trèssainte Vierge, proche de l'humanité sainte, dans une gloire ineffable ; et au milieu de toutes ses vues surnaiurelies, et parmi tant de faveurs, elle ne sortait jamais de la vue de son rien. « J'étais, disait-elle, comme un ver de terre que l'on placerait'au milieu de i'or, de l'argent, et des choses les plus précieuses, el qui ne laisse pas d'être toujours un ver de ierre. »

Mais le Seigneur très-haut qui regarde les choses basses, el voit de loin celles qui bont hautes {Psal. cxxxvii, 6j , qui résiste aux superbes, et donne grâce aux humbles {Jac. IV, 6), prenait plaisir à la combler de ses faveurs. Elle a été communiée plusieurs fois miraculeusement pendant ses veilles aux (lieds de son bon Sauveur, ce qui ns doit pas tant surprendre, si l'on considère ce qui est de foi, que ce Dieu fait homme »e donne si souvent iion-seulemenl à des personnes qui l'aiment ])uu, mais à plusieurs qui s'aj>proi lient indignement de la commu-

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