‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 17 sur 436 · I.IIOMMK i)K DIKU. — PART. I · texte numérisé non relu

I.IIOMMK i)K DIKU. — PART. I

Pnroles qui notis font assp/ voir qu'il e>l |)ii'ii (lillirih! <J"avoir une vi-rit;ible foi, et de désirer encore l'iionncur du iu(jnde. L'Houinie-Dieu, à ((ui tout honneur a|i|iariient, déclare hautement en saint Jean iju'il ne cherche point sa filoiro (viii, 50), et l'homme pécheur tjui mérite des l'onfusions éternelles la recherclierait-il? Après une déclaration si expresse d'un Dieu , d"uii<' majesté inlinie, et qui est la grandeur môme, riiomnie qui n'est qu'un néant, jiourra-t-il dire qu'il ne peut pas s'empêihcr de s'attacher au point d'honneur? O grandeur suradoraliiel ô mon DJeul vous ne l'avez pas seulement dit, (jue vous ne cherchiez point >otre gloire, mais vous nous l'avez enseigné par vos divins eieniples. Hélas 1 où vous éles-vous réduit? 0 Dieu qui êtes la gloire d'Israël I n'est-ce pas en vcdie personne que le Prophète a dit : Je suis un ver de terre et non un homme, l'opprobre des hommes et le mépris du peuple. Tous ceux (jui m'ont vu se sont moqués de moi ; ils ont parte de moi dans leurs discours, et ont secoué la tête. Ma viyueur s'est desséchée comme l'argile cuite au feu. Ma langue s'est attachée à mon palais , et vous m'avez réduit à la poussière de la mort. Jls ont percé mes mains et mes pieds, ils ont compté tous mes os. iPsal. xxi, 7, 8, 16, 17, 18, 19.)

0 mon Dieu ! n'est-ce pas à vous que l'on a préféré les larrons et les homicides? n'est-ce pas vous (]ue l'on a accusé d'intelligence avec Uéelzébut, le prince des diables, que l'on a abandonne comme criminel de lèse-majesté divine et humaine, et qui avez été jugé coupable dans tous les tribunaux où l'on vous a coniluil, qui avez été traité de fou fiar un roi et toute sa cour, et qui enfin êtes mort ignominieusement sur un gibet? Mais, mon âme, que ces vérités sont bientôt dites! et combien de fois les avonsnous répétées ! combien de fois les Chrétiens les ont-ils entendues! Mais que leur inleliigen'je est rare ! mais où trouvera-t-on leur pratique? Cet Homme-Dieu qui est l'opiirobre du monde, es! le Seigneur et le Créateur du ciel et de la terre. Nous le croyons pour tel. Nous disons hautement qu'il est notre roi, notre souverain ; nous faisons profession d'être ses disciples, et ce|)endant quel rapport à ce divin Maître? Il dit néanmoins que sa volonté est que ses disciples le suivent (A/a/^/i. svi, 2i), et n'estil pas intiuiraent juste? Ah! misérables que nous sommes, nous prenons des voies tout opposées à celles qu'il a tenues. Quand il nous aurait dit, quand il nous aurait enseigné jiar ses exemples que nous lissions tous nos fctforts pour acquérir de l'honneur parmi le monde, pourrions-nous y travailler avec plus d'ardeur?

Mais ce qui jette dans le dernier étonnement, c'est que souvent ceux qui font une profession plus spéciale d'imiter cet adorable exemplaire que le Père éternel nous a proposé, ceux mêmes qui prêchent avec force les grandes vérités dont nous parlons, ne laissent i)as encore de s'attacher au misé-

rable point d'honneur, et de rechercher la gloire des hommes à niême temps qu'ils la combatlmt. " H n'est jias, dit sainte Thérèse (car nous ne faisons que rapporter ses jjaioles), jusqu'au prêtre, au religieux et h la religieuse; les personnes mômes, dit aussi celte gran<le sainte, qui sont en réputation de vertu, font encore estime de certains points d'honneur, jiarce (ju'elles disent que c'est prudence, que c'est pour conserver leur autorité, et afin de faire plas de protit. » Mais l'Ame éclairée se lit de ces personnes, et sait bien qu'elles prolileiaient incomparablement davantage en loulanl aux pieds celte autorité d'état pour Jésus-Christ. « 0 monde 1 ô monde I » s'écrie-l-clle dans un autre lieu de l'histoire de sa Vie, « comment ton honneur piend-il accroissement, parce qu'il y en a bien [leu qui te connaissent? et combien s'augmenlera-t-il davantage, si nous pensons que nous servirons mieux à Dieu [lar cette voie? » H semble à présent que l'on ne donne pas bonne édification, si l'on ne paraît avec autorité. El'le rapporte, dans un autre endroit : que l'on allègue pour excuse que notre siede est (JitTérent des précédents. Mais le Dieu que nous servons n'est-il pas toujours le même? Avons-nous un autre Evangile? Dieu, dans notre siècle, nous a-t-il révélé d'autres vérités à croire? 11 faut, disait le P. Seurin, « aller généreusement à la ruine de ses lausses maximes et du respect humain, donnant à Jésus-Christ, avec vigueur et simplicité, toute la réputation que l'on doit attendre des créatures, ne se souciant point de ce que l'on [leut dire ou penser de nous; mais il remarquait avec sainte 'Ihérè-e, a que ces sages modificateurs en tout ce qui est de saint et de généreux, par un teinjiérament de l'esprit humain qui vient de la folie originaire à noire nature corrompue et autorisée [lar l'esprit du monde, se rencontrent même quelquefois dans les cloîtres et jtarmi les personnes qui sont en estime de vertu. »

« Ma fille, » disait Nptre-Seigneur à laséraphique sainte dont nous venons de parler, « jetez les yeux sur moi, et vous verrez que je suis pauvre et méprisé. Vous vous trompez lourdement, si vous voulez avoir égard aux coutumes et aux lois du siècle. » H lui dit ces paroles sur ce qu'on lui conseillait de ne donner la qualité de fofklateur du monastère des Carmélites de Tolède, qu'à une personne qualifiée. Oui, mon Seigneur et mon Dieu, très-airi;able Jésus, nous dé-irons de vous regarder. Ah ! que nos yeux se ferment plutôt pour un jamais, que cesser de s'arrêter sur vous ! C'est vous seul que nous voulons voir tiès-uniquenient.

Que les créatures s'en aillent , que le monde se retire ; elles ne sont ni notre modèle, ni noire règle ; les prudents etles sages du monde ne sont point notre voie, notre vérité et notre vie. Ah ! c'est vous seni, adorable Sauveur de nos âmes, ce ne sont point les [ihiloso|tlies du siècle, que nous devons écouter : von^ êtes celui que le Père

ORl'YUES COMPLETES DE nOUDON.

éternel nous commande creiitemli'o. Ah I que de toute l'étendue de notre cœur nous désirions entendre vos divines leeons! Vous avez dit autrefois que vous étiez Tunique iiiailr.e(3/a»/i. xxin, 8) : oui, c'est une giande vérité ijuc nous eonlessons; oui, nous ne voulons point reconnaître d'autre maître que vous ilans le sens que vous l'avez dit : quf tout le monde dise tout ce qu'il voudra, et tous ses sages; vous seul êtes la vérité infailiiliie. Vous avez dit en saint Jean ( V, 39) : Examine: les Ecritures, puisque c'cit par elles que vous pensez aroir la rie éternelle. Ce sont elles aussi qui rendent témoignage. C'est, mon Sauveur, de ces divines Ecritures que nous devons prendre nos maximes. Mais quel aveuglement comparable aux Chrétiens qui en deuieuient d'accoi-d, qui connaissent que c'est jiar elles que nous avons la vie éternelle, et cejiendan! qui en suivent [leu les sentiments, et qui tiennent des maximes qui en sont éloignées'? Ce sont elles, comme vous nous l'assurez, qui rendent témoignage de vous.

Ah! ce sont donc ces divines paroles à qui nous devons croire, et qui doivent être notre règle. Voil.'i, mon àme, la règle et les constitutions de notre ordre, de la religion chrétienne où nous avons la grAce de vivre, et dont nous avons fait profession au saint ba]ilème. Laissons donc, laissons penser et dire aux mondains ou à ceux qui favorisent leur esprit, ce qu'ils voudront; pour nous, il est bon de nous attacher à Jésus-Christ et à son Evangile.

Cependant quel n)03en de s'arrêter à cet adorable crucilié, de bien étudier à son école sur le mont du Calvaire, d'où il donne de si divines leçons de la chaiio de sa croix, et de faire encore cas du [loint d'honneur? Un prince, jetant les yeux sur un crucilix, sur l'image de ce Dieu mourant dans la dernière des ignominies, s'écria : Pensez-vous que l'on croie cela? Il voulait dire que si on le croyait, il ne serait pas |iossible de vivre dans les sentiments où l'on est. « Non, disait le P. Seurin, je ne puis penser qu'il y ait rien dans le cœur que l'exemiilc de Jésus-Christ ne nous oblige de ijuitter, et en [>arliculier ce vieil haillon délabré de notre jiropre intérêt, qui est notre faux honneur. » Nous voyons en Notre-Seigneur toutes les choses que l'on i)eut f.iire pour déshonorer une personne : (ju'il est opprimé en toutes manières, et qu'il meurt sans que personne le tire d'j ses opprobres. Mais pourquoi toutes ces choses humiliantes, sinon pour nous montrer que J)ieu veut que nous allions à lui |iar cet état. « Combien une âme, ajoutait-il, i)cut-elle plaire à Dieu qui a lent pensées de son honneur, de sa réputation, de son crédit, choses qu'il faudrait avoir immolées h Jésus-Christ, comme des victimes à la porte du prétoire où il a perdu son honneur. » — « \ ous pensez vous unir à Jésus-Christ, dit sainte Thérèse, outragé de vains et de faux témoignages, et vous voudrez conserver votre honneur"? cela est iui(io.s.sible. •>

Cette sainte enseignait « que la voie cou traire était une voie égarée; » et notre serviteur de Dieu avec elle, «, qu'il n'y aurait que de l'erreur et du bien faux et iuqiarfait dans ceux (jui ne bravent pas le resi>ect humain dans le désir de contenter Dieu seul ; que la vraie vertu consiste en un mépris de tout ce qui jiaraît purement humain ; et que pour acquérir la liberté du cœur, il en faut arracher les soins inquiets que l'on peut avoir pour son honneur, et en retirer ses pensées comme d'une folie, faisant mourir en soi le dessein d'ôtre considéiableenquoi que ce soit de la vie [irésente, battant en ruine tous les sentiments que l'on peut avoir de contraire ; qu'il ne fallait faire aucun établissement pour être ciuehpie chose aux yeux du monde; que sans avoir égard à quelque raison que ce soit qui vienne de nos propres intérêts, ni à aucune inclination naturelle ou habituelle contractée, il faut rejeter de nous tout dessein d'être considéré parmi les créatures, et tendre dans tous les emplois et états à ce qui nous humilie ; que les respects humains nous serrent le cœur avec des liens très-forts, et nous crèvent les yeux. »

Je cite volontiers sainte Thérèse par l'inclination de grâce qu'il a plu à la divine Providence me donner fiour elle et pour l'ordre tlu (Jarmel. Celait bien aussi la grande inclination que le P. Seurin avait eue dès sa tendre jeunesse; mais j'en rapporte les sentiments fréquemment. L'Eglise appelle sa doctrine une doctrine du ciel : Celui qui est de la terre écoule volontiers les paroles de la terre. Pour vous , qui n'avons point reçu l'esprit du monde, nous nous arre'tuns à ce qui vient de l'Esprit de Dieu. (Joan. ni, 31.) Or, sainte Thérèse enseigne d'une manière forte les maux et dommages qui arrivent du [oint d'honneur; elle déclare donc 0 iiue le point d'honneur fait des ravages dans les voies de Dieu ; qu'il n'y a (loint de venin (jui donne la mort si irrémissiblemcijt comme il détruit la perfection ; que le mointire i>etit point de ce maudit honneur est une jieste; que la personne qui va par là tient un chemin égaré, comme nous l'avons déjà dit, et qu'il lui est impossible d'être parfaitement unie à Jésus-Christ; qu'après tout, le pis est que l'on s'imagine être obligé de l'avoir, et que c'est le diable qui le persuaile. » Elle prie Notre-Seigneur « de la vouloir ilélivrer de ces gens qui craignent l'infamie, et qui se veuleiit servir avec tant de soin du point d'honneur. «

Le P. Seurin déjilorail l'aveuglement du grand nombre de (^Ihrétiens qui se prosteinent devant l'image de Jésus crucitié, 1 adorent et le reconnaissent pour leur Dieu, et cependant sont éloignés de sa sainte vie, et ont des mœurs toutes contraires. Ce n'est pas sans sujet, à la vérité, que l'Eglise dans son usage fait placer l'image de Jésus à la croix dans les lieux les plus éminents et les plus visibles de ses temples ; car en proposant cette image à tous les fidèles, elle désire qu'elle fxcite dans leur mémoire lo

souvenir ilc sn mnrt ignominieuse, afin qu'à nièuie teui|is ils nin'ieniKMit à mourir h tout ce qu"il y a de ^r;tnil ii;ins le sièrie : mais le mallieur est qu'onlinairenient l'on en demeure dans l'exlérieur, et que l'on donne bien lieu à Dieu de nous faire ce reproi-he : Ce peuple m'hunore des lèvres, mais son cœur esl bien eluiyne de moi. {Mallh. xv, S.)

Notre serviteur do Dieu, dans une lettre à une religieuse, disait : « 11 nous vaudrait mieux être ladres, et mis nu bout d'un champ abandonné de tous comme des personnes insu|iporlnbles, que de tenir le liaul du [lavé, et paraître quelque ctiosi; de grand par nos l)elles paroles ou autrement. Il estimait que riiumiliatio!! était la chose du monde le plus il désirer ; (]u"il n'y avait rien qui nous fit entrer plus avant dans les bonnes grdces d'un Dieu fait homme ; » et il a pratiipié ce qu'il a dit avec une fidélité admirable. Mais nous réservons à en foire voir des exemples merveilleux dans notre seconde partie, lorsque nous traiterons de son imitation de la vie de notre Sauveur dans l'union admirable qu'il a eue avec le divin Maître. Seulement nous remarquerons ici que son esprit de mort au point d'honneur a éié une grâce qu'il a possédée d'une manière singulière, et que l'on peut dire avoir été en lui l'une de ses grâces particulières. L'on ne peut dire jusqu'où l'a mené ce don <le Jésus-Christ ; mais il est certain que comme un véritable enfant de saint Ignace il a excellé dans la pratique de ce qu'il recommande en ses constitutions, de mépriser tout ce que le monde aime, et désirer de tout son cœur le contraire, jusqu'à être tenu jiour fou, s'il se peut faire sans en donner l'occasion. 11 est vrai que saint Ignace regardait comme une chose très-précieuse le désir du mépris, jusqu'à être rendu méprisable en ce qui est de plus cher à la nature raisonnable, en la réputation ; il est vrai que, selon la doctrine de ce saint une personne que tout le monde foulerait aux pieds comme le rebut public, serait parvenue au comble du véritable honneur par la conforiàilé à un Dieu fait homme.

Mais n'est-ce j^as par ces degrés des plus profoniis anéantissements que l'adorable Jésus est monté à sa gloire? // esC monté, dit l'Apôtre aux E[ihésiens , parce qu'il est descendu ; et parce qu'il était descendu au plus profond de la terre {Ephes. ly, 9), c'està-dire, selon le sentiment de saint Jean Chrysostome, « dans les parties les plus basses au-dessous desquelles il n'y en a point d'autres, il est monté au-dessus de tous les cieux. )> Il s'est humilié soi-même, dit encore saint Paul aux Philippiens (ii, 8), en obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix. Voilà le dernier des anéantissements dans un Homme-Dieu; voilà le dernier degré où peut conduire l'amour du mépris; voilà le dernier coup de mort pour le point d'honneur; c'est (lourquoi aussi Dieu l'a élevé par-dessus toutes clioses, et lui a donné un nom qui esl au-dessus de tout nom. [Ibid., y.j « Car il a été élevé en Dieu, » dit saint Hi- OElvres compl. i>e Bocdos. 111.

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