‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 183 sur 436 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Les miracles que Dieu a opérés par sainCTaurin pendant sa vie.

Ce n'est pas une chose extraordinaire que le don des miracles aux hommes apostoliques qui i)rèchent l'Evangile aux infidèles, car, c'est pour eux qu'il est donné selon la doctrine du grand Apôtre. Ainsi il dit aux Corinthiens que les preuves de son apostolat ont paru par des figures, par des prodiges, et par des miracles. (// Cor. xn, 12.) Et il est écrit des autres a|)ôlres qu'ils fatsaient beaucou|) de miracles et de prodiges. Saint Luc (vin, 1) nous apprend que notre Sauveur îes envoya prêcher le royaume de Dieu et donner la santé aux malades; et il leur dit en saint Matthieu (x, 8) : rendez lasanlé aes

ŒUVHF.S COMPLETES DE BOl'DON.

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malades, ressuscitez les morts, chassez les démons. Il les envoyait comme son Père l'avait envoyé avec la puissance de faire des miracles. Aussi saint Marc ^xvi,20) rapporte qu'ils s'en allèrent prêcher partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant leur parole par les miracles dont elle était suivie. Il est dit, dans /«A- Actes des apôtres (xiv, 3), (jue c'est le témoignage que le Seigneur rendait à la parole qu'ils prêchaient par sa grâce, et c'est le témoignage qu'il a rendu à la parole de l'Evangile que saint Taurin a jirèché dans le pays u'Evicux.

Comme il a été l'un des dignes successeurs des prenners apôtres en sa mis.vion évangélique, il a eu une puissance semblable ;bien loin donc d'avoir de la difliculté à croire qu'il ait eu ledondes miracles, il serait bien difficile d'en penser autrement. Nous avons déjà remarqué qu'il avait ressuscité Euphrasie, la fille de son hôte ; mais après cela huit aveugles recouvrèrent la vue, et quatre muets la parole et l'ouïe ; et après qu'il eut obligé Je démon de se montrer sous la forme sensible dont il a été. ()arlé, il no demeura jiresque aucun de ceux qui étaient malades qui ne fût guéri. Il guérit encore un paralytique qu'on lui amena avec sa sœur qui élait sourde et muette, lorsqu'on le conduisait au village de Gisay, ayant jeté sur eux de l'eau qu'il avait bénite.^

Tous ces prodiges donnèrent lieu à la conversion de toute la ville d'£vreux;et les bourreaux qui le tourmentaient, ceux même qui avaient conspiré unanimement sa mort, en furent si vivement touchés que, par un changement de la droite du Très-Haut , ils reçurent la foi. On vit en peu de temps tous les [leuples des lieux circonvoisins, d'esclaves du diable qu'ils étaient, devenir heureusement les disciples de Jésus-Christ ; et enfin le règne de Dieu fut établi dans tous les cœurs.

Nous avons dit que le préfet Licinius avait fait emprisonner Léonille, sa femme, parce qu'elle avait déclaré hautement qu'elle voulait être chrétienne, liais étant épouvanté jiar la grandeur et la multitude des miracles que le saint faisait , la crainte du Seigneur le saisit, qui fut le commencement de la divine sagesse qui lui ouvrit les yeux aux saintes lumières de la grâce. Il mit bas toute la fierté qui lui était naturelle, et que le démon fortifiait, pour porter le joug de Jésus- Christ, On peut assez juger de son naturel féroce par le traitement cruel qu'il faisait à saint Taurin qui était son proche parent: ce qui avait été si sensible à Léonille, safemme, qu'elle n'avait )m s'empêcher de lui en faire beaucoup de reproches: mais ce loup, qui courait après les brebis de Jésus-Christ pour les dévorer, devint lui-même un agneau.

Ce changement entier arriva après la résurrection de son fils Marin, et de Paschal sonécuyer. Ils s'étaient tous deux précipités allant à la chasse; et la nouvelle en ayant été apportée à Licinius, il en demeura outré de douleur. Ce ([u'ayant appris Léonille, elle lui fit dire que s'il voulait croire en Jé-

sus-Christ, elle no doutait nullement que Taurin, qu'il tenait dans les chaînes, ne redonnât la vie à des personnes qui lui étaient si chères, et dont la mort préci[utée causait une consternation générale dans le pays. On vit pour lors cette vérité accomplie d'ans ce préfet , l'affliction donne rintclligence. Il fit emmener devant lui le saint, et lui ayant demandé s'il pourrait ressusciter les personnes mortes , il lui répondit avec une grande foi que tout est possible à ceux qui croient en Jésus-Christ.

Ils s'y engagea donc, mettant sa confiance au Seigneur ipii ne laisse jamais dans la confusion ceux qui espèrent en lui. Seulement il pria qu'on fit porter les corps dans l'église consacrée à Dieu, sous l'invocation de son immaculée Mère , ayant dessein d'im|ilorer le secours du bras tout-puissant de Dieu, dans un sanctuaire dédié en l'honneur de celle qui impètre toutes sortes de faveurs de sa souveraine majesté. Y étant ensuite allé, et le peuple s'y étant assemblé, saint Taurin ayant levé les yeux vers le ciel, dit hauteraeut: Seigneur, souvenez-vous de la promesse de votre Fils bien-airaé , qui nous a assurés que vous accorderez tout ce qui vous sera demandé de sa part. Je vous demande donc en son saint nom, et en témoignage de la vérité de la religion que je prêche, que vous redonniez la vie à ces personnes mortes. Après ces paroles , s'étant apjjroché du coriis mort de Marin, fils du préfet, et l'ayant pris par la main, il lui commanda au nom de Jésus-Christ de se lever: et aussitôt il ressuscita au grand étonnement du préfet, son père, et de tout le peuple. 11 leur enseigna ce qu'il avait appris en l'autre vie, les supplices éternels qui sont préparés pour les infidèles, et j)Our les pécheurs, et les glorieuses récompenses que Dieu destine à ceux qui vivent dans la religion chrétienne, et qui l'adorent en esprit et en vérité, comme le vénérable vieillard Taurin, qu'il avait vu au milieu d'une troupe admirable d'esprits célestes jjrier pour eux tous ; et ayant reçu l'ordre de l'un de ces bienheureux esprits de recevoir de lui le saint baptême.

Ces paroles, jointes à un miracle si étonnant, donnèrent lieu à la conversion de Licinius, et de tous ceux qui étaient proches de lui, et d'un grand nombre d'autres personnes: et tous ensemble avec Léonille qui avait déjà résolu d'être Chrétienne, reçurent le saint baptême, magnifiant Dieu qui faisait des merveilles si [irodigieuses par son serviteur. Ensuite le saint ayant encore fait mettre en prières tout le peuple, alla au corjis mort de Paschal, et il le ressuscita comme son maître.

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