I.HOMME I>K DIEU. — PART. T
pour la faïuillo, il lui f.iit ré|)On>e " qu'il n'en n lie la joie ([u'autaiit i|ul' In eiiose lui pouna ailler à seivir Uicu; que loul cela ne doit faire aurune iui|iressioti. » Il écrivait de la sorte, n'étant encore âj-'é que d'environ trente-trois ans; et tlès ce teiups-là il pouvait dire avec son Maître -.Qui est ma mère cl qui sont mes frvrcs .' Quicoivitie fera la fulonte de mun Pcre ([tti esl dans les deux, celui-là est mon frère il mu sœur et ma mère. [Matlh. xii, i8.) Il pouvait dire avec l'Anùtre, (ju'il ne connaissait plus personne; il ne savait que Jésus-Chri>t ; c'est lui qu'il \ovait en toutes choses (/ Cor., ii, 2.) Car cjnel nio.vcn d'aimer ce que l'on ne connaît lias ■? l'arlanl de la liaison qu'il a eue avec
la uièr
li a été une
^re Jeanne des An^es , iiui liaison très-i^rande de grâce, il assure « qu'il n'y a rien d'iiumain et i!e naturel; qu'il n'y a que Dieu seul i]ui l'ait cette union. « C'est }iOuri)uoi cette vertueuse mère lui ayant mandé qu'elle çùl bien désiré de le voira ]a (in de sa vie, il lui fait réponse , « qu'elle se dénué île ce désir; qu il n'y a rien de désirable que Dieu; que quoiqu'il la voulût bien voir volontiers, si la divine Providence eu dis()Osait de la sorte, cej.endatit qu'il lui semble que le désir qu'il en a est facile à quitter ; » c'était une marque de son détacliement.
11 estimait « que le chemin qui nous mène îi Dieu est une grande amplitude par le délaissement général de toutes les créatures et par le goût de l'infinie gramieurde Dieu ; que jiour ce sujet il fallait vider Vàme de toutes les choses créées et de soi-même, la laissant en Dieu si pleine et si contente, que rien ne la pût plus fâcher en ce monde. Il enseignait particulièrement aux âmes désireuses de la perfection , qu'il fallait copier les Thérèse, les Catherine et autres grandes amantes de Jésus, et non pas de petites fdies pleines de timidité, de faiblesse et d'amour-propre ; que l'âme qui ne réserve dans s.)ri cœur aucune attache ni à cette mère, ni à cette sœur , ni à celte personne, ni à cette demeure, ni à ce petit meuble, ni à quelque créature que ce puisse être, sous quelque i)rétexte que ce soit, est capable
des grandes grâces de Notre-Seigneur; que toute sultlimité île sentiment pour Dieu devait se terminer à cet esprit parfait de mort; qu'il ne fallait point aller à Dieu à demi, ni composer avec lui ; que les gens de bi>n môme, si l'on n'y prenait bien gaivle, étaient un grand empêchement à la pure union avec Dieu ; que Ion devait imiter saint Laurent Ju>tinien qui disait « qu'il vivait parnn les gens de Dieu, comme s'il eût été dans les déserts de l'Afrique. » C'est ce qui l'obligeait de recommander fortement de ne se pas même trop engager dans les bonnes conversations. Dans une lettre à une religieuse, il lui dit : « Si vous ne voulez point perdre le temps, ne soutfrez point du tout de fréquentes visites dans les pailoirs, et même de religieux, sous prétexte qu'on aime leur inT.titut. o II mande à une autre, « qu'elle fera unechose digne de l'ca-
prit de Dieu, de ne se point laisser aller aux besoins que (juantilé do celle-; de son sexe s'imaginent avoir do parler beaucoup aveu les homiues ; (juc ces communications fyéquentes sont un grand abus (]ui tient toujouis les âmes petites, fragiles et captives. » Il écrit à une autre religieuse i|ui lui avait fait savoir que la conduite il'un serviteur de Dieu était divine, et qu'elle recevait une grande satisfaction dans l'explication qu'il leur faisait de la sainte Ecriture : « Ces liaisons sont bien à craindre, quelque prétexte ([u'il y ait ; vous me dites que sa conduite est divine, c'est une grande (larole qui se véritie en bien peu ue personnes. Je vous prie d'examiner devant Notre-Seigneur, si cette atfection que vous avez, tend h l'humain. » C'est un grand mal aux âmes de sortir tant soit peu de l'esprit de mort. Les liaisons qui viennent de l'esprit de Dieu crucifient la nature, mettant dans le recueillement, rendant les vérités de la foi plus nettes, déterminant davantage h l'esprit d'une entière mort; les autres se terminenlà ladistraction, h l'égarement, à la dilatation dans l'extérieur, et retirent du recueillement. C'est ce (jui le rendait exact à ne rien souffrir d'humain dans les personnes qui avaient quelque rapport avec lui. « Il leur disait que si elles voulaient qu'il reçût volontiers leurs lettres, qu'elles lui é<Ti vissent toujours sans compliment, sans lui marquer aucune reconnais-sance et aucune atl'ection ; que ces choses» bien loin de le lier avec elles, lui donnaient de la froideur et de l'éloignement ; qu'il no se faut point consoler avec la créature, mais uniquement en Dieu seul. » Ensuite il soupirait avec le bienheureux P. Jean de la Croix sur le peu de personnes qui entrent dans l'esprit de mort de l'Evangile, et pour eux et pour les autres. « Je vois, » disaitil, "■ si peu d'âmes courageuses qui aillent à Dieu seul et sans aucune réserve ! )j
a II yen a, » dit le grand saint François de Sales, «qui, à la vérité, aiment Dieu, puisqu'ils l'aiment souverainement : car l'amour est véritable, soit qu'il tienne l'âme si fortement attachée à ses divines lois, qu'elle ne les voudrait violer pour aucune chose du monde, et qu'elle prêche non-seulement par ses paroles, mais par une disposition sincère de son cœur, de plutôt tout quitter, de |)lulôt tout souffrir, et de mourir même, que d'offenser le Dieu qu'elle aime, par aucune ofl'ense notable. » C'est là le preuner degré du véritable amour, et sans lequel l'on ne peut être dans l'amitié de Dieu ; or cet amour est encore ordinairement très-imparfait dans la plupart des âmes, parce qu'il est accompagné de plusieurs autres amours de la créature ; amours qui h la vérité laissent toujours au divin amour la préférence, et ne le blessent en rien de consiiiérablc, mais qui par leur mélange en empêchent beaucoup la perfection. 11 faut pour y tendre efficacement, que l'amour divin retranche toutes les superlluiiés de ces autres amours; ce qui arrive lorsque l'àme aime seulcuienl ce que Dieu veut, et en la manière que Dieule veut.
a Ames heureuses! » s'écrie le gUirieux saint FrançûiideSalys, «puisqu\'llesi<iiiieiil Dieu, et leurs auiis en Dieu, et leurs ennemis pour Dieu ; » ce qui faisait dire au P. Seurin, « qu'il ne pouvait s'empêcher de serrer bien avant dans sun cœur les personnes c]ui lui étaient les plus opposées ; cju'elles lui étaient bien chères, uarce qu'elles l'élaient à Jésus- Christ, et qu il nous fallait toujours agir en sa divine union. » Ces dmes aiment [)lusieurs choses avec Dieu, mais pas une sinon en Dieu et pour Dieu ; c'est Dieu qu elles aiment comme les premières, mais en toutes choses et toutes eho.ves en Dieu.
« Mais au-dessus de toutes ces âmes, » dit encore le saint évèque, « il y en a une trèsdignement unique, qui non-seulement aime Dieu sur toutes choses, comme les premières qui sont encore beaucoup imparfaites, comme nous venons de le remarquer, mais n'iiime que Dieu en toutes choses ; de sorte qu'elle n'aime pas plusieurs choses comme celles qui sont en l'autre degré, quoique degré irès-avancé, mais une seule chose qui est Dieu ; et parce que c'est Dieu seul qu'elle aime, elle l'aime également pour tout hors de toutes choses et sans toutes choses. Cette sacrée amante n'aimo pas plus son roi avec l'univers, que s'il était tout seul sans l'univers. » Cette ditférence des deux derniers degrés de l'amour sera entendue parfaitement de peu de personnes. Et sans doute la bienheureuse ex[iérience du degré le plus sublime oili le pur amour se trouve, où il n'y a que Dieu seul, en donnera la vraie intelligence, qui est toute autre que celle que l'on peut tirer par le raisonnement. Pour lors l'on découvre dans une grande lumière, que c'est toute autre chose de n'aimer que Dieu seul en toutes choses, et d'aimer toutes choses pour Dieu,
Do ces âmes du pur amour, ajoute le saint évêque de Genève, que le divin époux appelle ses uniques, le bienheureux Henri de Suzo rapporte qu'il lui fut révélé « que de son temps il n'y en avait pas une douzaine dans tout le monde qui fussent dans ce sublime étal: » cependant, autant qu'il est permis à l'homme d'en avoir des conjectures fortes, l'on peut dire que le grand et fidèle serviteur de Dieu, le P. Seurin, y était arrivé. L'on aura dans toute la suite de cet ouvrage toutes les marques que l'on en peut avoir. Nous dirons seulement qu'il vovait tellement Dieu seul en toutes choses, et l'aimait si uniquement, qu'il a assuré quelquefois bonnement à des personnes de conliance, « qu'il effaçait de sa mémoire les personnes qui lui devaient être les plus chères, et qu'il j.ortait une séparation de toute idée de sexe ou de condition. « Ecrivant à un religieux de sa conq)agnie, il lui mande, « qu'il le voit en Dieu, qu'autreinent il ne (lourrait pas se souvenir de lui. » C est bien aimer Dieu seul, c'est bien ne plus aimer que Dieu seul, lorsque même on fl perdu l'idéfi de toute autre chose : en vé-
OFl VRES COMPLETES DE BOL'DON. 8(
rite c'est bien être mort à l'amitié des créatures.
Levez-vous, Seigneur, jugez votre propre cause; que l'homme ne se fortifie point; que les peuplessoicnt jugés devant vous; faitesles paraître en votre divine présence, afin qu'ils ne paraissent plus ;que l'homraecesse de se regarder en détournant les yeux de votre grandeur infinie ; car c'est ce ijui l'élève dans la vue des excellences que vous lui avez données, et ce qui le fortifie dans la pensée qu'il est quelque chose. Qu'il arrête donc uniquement ses yeux sur ce que vous êtes, qu'il se juge, qu'il jiorte jugement des autres devant l'être infini de voire majesté suradorable, qu'il y découvre qu'il n'est rien, qu'il y connais^se le néant lies autres, et qu'il .sache que vous êtes le seul qui êtes; qu'il soupire, qu'il pleure ensuite sur ses erreurs, de s'être attaché, d'avoir aimé ce qui n'était pas, pour ne plus désirer, pour ne plus aimer que vous seul. Ahl quand sera-ce'? quand sera-ce, ô Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul?