CHAPITRE XL
De son esprit de mort aux biens surnaturels.
L'Apôtre écrivant aux Henreux ( iv, 12), leur enseigne que la parole de Dieu est vivante et eflicace ; qu'il n'y a point d'épée à deux tranchants qui pénètre si avant, et qui s'insinue entre l'âme et l'esprit. Par la parole de Dieu, selon les [dus graves auteurs, il faut entendre le \'erbe, principe de vie et infiniment puissant, qui pénètre dans le plus profond des êtres par sa connaissance et par ses o[)éralion», mais il y jiénètre comme une épée à deux tranchants, pour y couper, pour y détruire non-seulement toutes les attaches aux biens naturels et moraux, mais encore aux biens surnaturels ; il s'insinue entre l'âme et l'esprit, dans les ligaments des os et dans les moelles ; il discerne les pensées et les intentions du cœur ; c'est-à-dire, qu'il n'y a rien de si caché qu'il ne pénètre pour y séparer ce qui est du vieil homme. De la viennent les peines surnaturelles que nous lisons dans les vies de ]ilusieurs saints, qui leur ont été causées par la sainleléde Jésus-Christ, purifiant dans leurs âmes les moindres et les plus secrètes imperfections ; ce qui faille purgatoire de la vie présente.
« L'amour, «dit saint François de Sales, «sépare de tout ; il dénué môme l'âme des aU'ections les plus aimables, comme sont celles qu'elle avait aux consolations spirituelles, aux exercices de piété, à la perfection des vertus, qui semblaient être la projtre vie do l'âme dévote. Oui, Théotime, le même Seigneur qui nous fait désirer les vertus en notre commencement, c'est lui-même qui nous ôte les atl'ections sensibles des vertus et de tous les exercices spirituels, afin qu'avec plus de tranquillité et de sim[)licité nous n'afi'ectionnions rien que le bon plaisir de sa divine majesté. Nous ne devons point affectionner la pratique des vertus ni les exer-r
L'HOMME ni: dieu. — paiu. i.
cicesdc la dévotion, ni on rcvôtir notre cœur, sinon .'> mesure que nous savons que c'est le bon plaisir (le Dieu. Nous devons paisihlcinenl doQieurer revêtus de noti'e aljje<liiin parmi nos laiiilesses et nos iniporfeftioiis, jusqu'à ce que Dieu nous exalte ft la pratique des excellentes actions. H solaut di^nuer <les affections sensibles, petites et gramles, voir môme de notre avancement ii la perfection ; et il faut souvenlexaminernolrccceur, pour voir s'il est hien prôt à se dévêtir, comme lit Isaio, de tous ses habits. »
Le pur amour est nu, car il est dé|)0uill6 de toutes choses. Comme il régnait dans une grande plénitude en la personne du saint homme, le l*. Seurin, il y avait fait un ville parfait, et il y était ojiérant et edieace pour jiorter dans les autres celte é|)ée h deux tranchants (pour me servir delà comparaison de l'Apôtre) qui y divise et retranche les moindres atiai'hes aux choses les plus saintes. C'était l'un des grands iioints de sa doctrine, que toute attache aux biens môme spirituels causait de grands empêchements à la parfaite union avec Dieu. Ml de vrai, c'est à Dieu seul qu'il nous faut uniquement arrêter. Il est lui seul notre tin, et non |ias ses ddus ni ses grâces. L'Apôtre nous dit aux Romains (xv, 8, 3), que Jésus-Christ n'a pris aucune com[ilaisance en soi-même.
Il avance une proposition générale qui compren(i son entendement, sa mémoire, tous les trésors de sciences et les richesses de la grâce qui étaient en lui, où il n"a jioint cherché de se plaire. H faut avouer que cette vérité est puissante, et (ju'elle est bien capable de nous faire voir dans un grand jour qu'il n'y a qu'en Dieu seul que nous devions mettre notre plaisir, et non pas dans les moyens qui y conduisent comme dans notre fin.
Cependant, non-seulement c'est un défaut très-commun parmi les jiersonnes spirituelles de s'attacher à de certains moyens ; mais encore c'est une erreur fort ordinaire de leur esprit, de s'imaginer que la véritable dévotion y consiste. Ainsi, l'on voit trèssouvent ces personnes mettre la dévotion où elle n'est pas, et ne la pas mettre où elle est ; on les voit s'inquiéter dans les privations des lumières et des goûts sensibles, se plai-i gnant de ce qu'elles n'ont pas de dévotion, ou se réjouir dans la jouissance des consolations, s'imaginant en avoir beaucoup, comme si la dévotion consistait dans le sensible et non jias dans une détermination forte et prom[ite de la volonté, de servir Dieu selon son bon plaisir. Notre serviteur de Dieu remarquaitqu'il arrivait souvent à l'âme qui tend vraiment à la perfection, une grande épreuve dans la soustraction de tout le sensible; mais que pour lors il faut s'armer de la foi, s'arrêtaiit à ce que l'on croit, sans se mettre en peine de ce que l'on sent. Par exemple, la foi apprend que Dieu est esprit; qu'il veut être adoré en esprit (Joan. iv,2'»], et ((u'ainsi il le faut servir delà sorte, sans se mettre en peine du sensible ; qu'il faut renoncer h toutes choses, et qu'ainsi il faut s'en déga-
ger, et cela sans se limiter à de certaines années, et se lasser jamais ; que le moycMi de trouver Dieu est de ne s'attacher à aucun sentiment qu'il doiin»! ; qu'il ne se faut mettre en peinede lamanièrcdont ilnoustraite; que la liaison que nous dovons avoir avo.c lui, doit être |ilus intime i|uc le sentiment; que nous devons sans cesse marcher dans la vérité, qui ne se fait pas toujours sentir, l'arl.int d'une dame, il lui écrit : « Je souhaite flirt que son cœur s'établisse en l'amour de Jésus-Christ, et que rien ne l'embarrasse ni ne la séduise par trop d'adhérence à son goût sensible ; qu'elle ne se détourne jamais de la solide recherche de Dieu, ipii dpniandn un dégagement de toutes choses, et du goût môme de l'âme. »
C'est pourquoi Dieu toujours bon et trèsmiséricordieux a coutume d'en sevrer les Ames, qui, comme des enfants, demeureraient toujours prises à ces douceurs, si jiar une conduite toute miséricordieuse il n'y apportait le remède par leur privation. Dans cette vue notre serviteur de Dieu écrit : « que depuis l'une desfètes de lairès-sacrée Vierge et la fête de saint Jose()h, il a eu de grands mouvements de sortir dehors toutes ces opérations douces et sensibles ; qu'il en a fort prié Noire-Seigneur, qui lui a donné en ce sujet un secours fort notable. » La mère Jeanne des anges ayant fait de grandes préparations pour la fête de la sainte purification de Notre-Dame, tout à coup les larmes qui lui coulaient auparavant à torrents, lui furent ôtées, et toutes les tendresses de dévotion qu'elle goûtait dans une joie inexplicable : ce qui l'ayant étonnée, et s'imaginant à l'ordinaire n'être pas bien, le Père lui dit : -' Voilà, ma tille, le don de la sainte Vierge qui nous a tirés de l'enfance pour nous donner une viande solide. » Celte bonne mère avait ensuite tant de lumières de cette vérité, qu'elle s'écriait : « Que d'imperfections dans les larmes 1 que d'amour-propre dans les tendresses ! que de recherches de soi-même dans les douceurs ! » Ce n'est pas que ces grâces ne soient excellentes, mais le rejaillissement qui s'en fait sur les sens est dangereux, la créature se prenant partout où elle rencontre son plaisir. Les viandes corporelles sont un don de Dieu, mais combien en fait-on mauvais usage à raison de la satisfaction que la nature y rencontre 1
C'est donc le sujet qui en cause la privation aux bonnes âmes, et même aux plus grands saints : et c'est dans cet état qu'elles doivent marquer à Dieu leur fidélité, [lersévérant constamment dans tous leurs exercices, qu'elles doivent faire pour Dieu et non pas pour la consolation qu'elles y jieuvent trouver. Ainsi l'âme véritablement détachée d'elle-même ne regarde p^as entoutcequ'ella fait, si elle y a du goût ou de la répugnance, si elle en a de l'aversion ou si elle y est portée, si elle y trouve de la douceur ou de la peine, si elle est dans la lumière ou ûan^ les ténèbres ; elle n'y considère que la gloif^ de Dieu seul, inilépëndamment de son propre bien ou mal ; si Dieu y est glorifié, ellu
fa)t )a dioso, quand elle en devrait souffrir jiii..e uiarlvres; s'H n'en reçoit pas deriionlieur, elle ne le fera jamais, quand il devrait lui en arriver tous les plaisirs imaginables. Si Jâme quitte ses exercices ou eu tout ou en pirlie, parce qu'elle est dans la peine, c'e.-t Inen une marque qu'elle s"y cherchait elleuiCiiie et non [kis le bon filaisir divin : car si c'était Dit;u, comme il est toujours le même, il est toujours digne des mêmes honneurs. Le P. Seurin remarquait une lentation dans cet état lie peine, dont le diable alllige quelquefois les personnes qui commencent à servir Dieu: c'est qu'il leur embrouille tellement l'esprit, et leur fait voir les voies du salut si atfreuses, qu'elles .se mettent dans l'imagination qu'il vaut bien mieux aller à Dieu par une voie plus commune et ordinaire ; qu'elle n'est point sujette à tous ces travaux, C'est une tentation dont le prince des ténèbres se servit pour tâcher de délourper le glorieux saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, du généreux dessein 4ue la grâce lui avait donné pour se donner L'iii.ièremeni à Dieu.
Mais il lui faut résister par la foi, comme nous l'enseigne le prince des apôtres.
(/ Petr. V, 9.) « C'est dans la foi, » di^ail le P, Seurin, •<■ que le bien solide de l'homme se trouve. »— « Je voudrais, «disait-il, « avoir une vois de trompette et une plume d'airain pour la prêcher et pour l'écrire. » C'est par la foi que les saints ont remporté leurs plus glorieuses victoires, et dans des temps où il semblait en apparence que la nature triomphait par ja privation de toute lumière, et par Tabgencede toute vertu reconnue, comme il est arrivé pendant tant d'années à la vertueuse pière de Chantai, qui pensait être sans foi, sans espérance et sans charité, lorsque ces vertus agissaient le plus efficacement dans le fond de son âme : car c'est enûn dans les désirs intérieurs que Dieu toufbon se communique le plus, quoique l'âme le sache moins. « Notre serviteur de Dieu assurait qu'une personne qui travaille avec peine, sans satisfaction et goût sensible, peut nonseulement arrivera la ])erfection, mais obtenir de Dieu de très-grandes et admirables bénédictions ; qu'une âme qui ne sent aucuns goû^s dans tous ses excercices, et qui n'en veut jamais sentir, à qui la seule foi suffit, sera iiiOndée d'une multitude des plus fjrécienses grâces du ciel. »
Dans cet état de pure foi, il faisait un sacrifice général de tous ses merveilleux desseins, de tous ses emplois, de tous les biens qu'il pouvait faire avec le secours divin. Kcrivanl au sujet de son retour à Loudun à M. de Laubardemont, pour lors intendant de •la province , il lui dit : « Je rue suis mis lieva.Tl Dieu dans une imrfaitu inditîérence, modérant l'alfcction que Dieu m'a donnée pour cette allaire, et la réduisant aux fermes d'une absolue dépendance de son pouvoir. » C'était l'une de ses remarques, « qu'il fallait modérer Tindination trop active dans les meilleurs desseins et les plus Mintb exercices; que c'était une maladie
OEIYRES COMPLETES DE BOL DON. 88
fort générale , qu'il fallait guérir par la mortilication des saillies de la nature. » Mais non-seulement il modérait ses affections à l'égard de ses meilleurs desseins, mais il j)reiiait ses délices (comme il l'assure luimême) à les perdre tous dans le bon plaisir divin. Ecrivant à une personne qui lui voulait communiquer doses états intérieurs, il lui mande qu'il ne faut rien désirer en particulier; « que pour lui c'est un état dont il ne veut jamais sortir ; qu'il ne faut rien vouloir du tout pour demeurer {larfaitement libre ; qu'il n'est trompé en rien. i>arce qu'il ne s'attend à rien. »
Mais son esprit de parfaite mort a paru d'une manière admirable dans le détachement d'une chose où la filupart des personnes spirituelles se trouvent arrêtées, je veux dire dans l'atl'aire du salut; et certainement il est bien vrai que c'est une grande affaire, mais qui est bien grande puisqu'elle a une suite infinie. 11 faudrait bien savoir ce que c'est que l'éternité, pour pénétrer à fond ce que c'est que le salut. Hélas t que servira tout le succès possible dans toutes les autres affaires, si l'on ne réussit pas bien en celleci? Que profite à l'homme, dit notre Maitrede gagner tout le monde, s'il vient à perdre son âme? [Matth. xvi, 26.) Il est donc bien juste de faire tout son possible pour être sauvé. Je condamne de tout mon cœur comme vrai enfant de l'Eglise la pernicieuse doctrine des hérétiques, qui sous prétexte d'amour parfait, blâmaient ou la crainte des peines de l'enfer ou le désir du salut dans le ciel, et enseignaient que les mouvements que l'on en avait ne servaient qu'à rendre l'homme plus hj'pocrite. Il est vrai que ces vues sont intéressées, mais leurintérêt est saint. Après cette déclaration , je ne puis m'emiiôcher de dire que bien que l'intérêt du salut soit bon et saint , j'aurais un grand désir qu'il fût seul absorbé en l'intérêt de Dieu seul.
Saint François de Sales remarque trèsbien sur ce sujet, « que le salut précisément pris n'est pas notre tin ; qu à la vérité Dieu tout bon veut que nous soyons sauvés tous jiour l'aimer et le glorifier tous ensemble. » La gloire donc de Dieu est la fin du salut et de toutes choses. C'est donc à l'intérêt de Dieu ciue l'iuteiêt de notre salut se doit terminer. Je voudrais donc bien ici que les hommes tissent réflexion sur cette véiilé, et qu'ensuite ils considérassent que s'il est bon de dire : v< il faut se sauver, je veux me sauver, nous n'avons autre chose à faire qu'à nous sauver; pourvu que je fasse mon salut, je ne me soucie pas du reste, w parce que tous ces désirs du salut doivent renfermer la fin du salut , qui est Dieu, il est encore bien plus raisonnable de dire :« Je veux glorilier Dieu; je n'ai autre chose à faire qu'à recliercher sa gloire ; pourvu qu'il soit giorilié, je suis content. » J'avoue que j'ai de la jieine à comprendre comment les hommes et les Chrétiens sont si occupés de ce qui les regarde, quoique ce soit en bonnes choses, et pensent si peu à ce qui touche Dieu dans une même aff'aire. Je veux une
LIIOMME DK DIEU. — PAllT. I.;
trouve el l'intérôt de ti^ressoiiieiit daii
l'inlerôt de Dieu s'y sa créature; mais èoinmeiU la créature ft ses intérêts [louiroiil-ils nous oixu^ier au préjudice de Dieu et de sa gloire?
Je coiil'esse ingénument que cette vue m'a louché vivi-meiit le canir il y a longtenips, et que |>res.sé de la grandeur inlinie de l'être suradorable de Dieu et de ses divins intérêts, j'aurais désiré de toute retendue de mon cœur et de toutes les forces de mon âme, que l'on se lût perdu glorieusement dans cet abîme inlini, pour n'y voir plus que Dieu seul, jiour n'v aimer plus que Dieu seul, pour n'y cherclier plus d'autres intérêts que ceux de Dieu seul dans l'union avec notre Seigneur Jésu^^-ùliiist. C'est ce qui m'a fait donner au public le jietit livre de Dieu seul. C'est ce qui m'a obligé de répéter jilusieiirs chosesqui regardent ses intérêts dans mes ouvrages. C'est ce qui m'a pressé de les réitérer dans celui-ci. C'est tout ce que je veux savoir, c'e>t tout Ce que je veux dire durant tout le cours de ma vie, et à ma mort et après ma mort, Dieu seul et ses seuls intvrcls. .\1j! si l'on a dit que le temps de l'Evangile e.^t le ciel ouvert et l'éternité commencée, jiourquoi n'y ferons-nous pas ce qui se fait et dans le ciel et dans la bienheureuse éternité"? Dieu n'y sera-t-ii pas toutes choses en tous? Pourquoi voudrons-nous qu'il ne soit qu'en [lartie ici-bas? Je sais bien qu'il n'y sera jamais dans la même perfection que dan> le ciel; mais au moins laissons-nous pleinement à sa divine grâce, alin qu'elle agisse dans son étendue. Notre .Maître céleste ne nous a-t-il pas enseignée prier son Père, que sa volonté s'accomplisse en la terre comme au ciel ? [Malth. VI, 9.) Non, je ne me lasserai jamais de dire, avec le secours divin : « Dieu seul, Dieu seul, et toujours Dieu seul 1 »
Saint Bernard donne un grand prix à celui qui a fait une action en l'amour de Dieu, non fiarce que Dieu lui plait , puisque ce n'est pas au contentement de cet amour de notre complaisance (jue notre amour se doit borner; non jiourle plaisir de plaire à Dieu, si ce n'est que parce qu'il lui plaît que nous lui plaisions; non pour le [jlaisir que nous jiienons de lui |ihiire, mais parce ijue l'action que nous faisons plaît à Dieu. Dieu mérite d'être servi el aimé parce qu'il est ce qu'il est ; et il faut vouloir ce qu'il veut parce qu'il le veut, et non pas parce que cela s'accorde avec ce que nous voulons. « De cette manière, b dit saint François de Sales, « l'on n'aime pas le jiaradis parce qu'il est paradis, mais à raison du Dieu du paradis; l'on n'aime pas le salut parce qu'il est ni'tre salut, mais pour la gloire du Dieu du salut. »
L'âme pour lors rejette toute sorte d'intérêt, quelque ^aint qu'il pul^se être, et elle n'admet purement que le seul intérêt de Dieu seul. Le saint homme dont nous parlons a fait voir celle vériié en sa personne d'une manière bien éclatante et tout à fait admirable. Qui en consilérera bien les circonstances, verra clairement que son désin-
capable de mort h l'égai auront peu
inléiêt qui est le plus nudier, el que son esjirit de I des choses les plus saintes, l'exemples ()ui pui>sent leur être comparés. Ouelquefois il arrive qu'une ûine durant sa ferveur et au milieu du beau jour de la grâ'e, s'oubliant facilement de soi-même (car il est ai>é en ce temps-là) et lierdant de vue toute créature, ne respirera j)lus (jue Dieu seul et ses intérêts ; mais, la lumière qui l'érlairait si doucement s'étant éclipsée, changera bien de sentiment el se trouvera dans l'iniiiiiétude et ia peine sur ce qui la regarde. l)'auties fois on voit des âmes cheminer avec la même vigueur au milieu de leurs peines et de leurs obscurités, mais ce n'est (pie pour un temps ; à la tiii elles se lassent dans des voies si dures et si pénibles , et les tourments qui les fatiguent les font rentrer en elles-mêmes elles occupent d'elles-mêmes. La con^tance impuable du P. Seurin dans la j'ure vue de Dieu seul l'a rendu admirable dans sa force et dans sa persévérance.
Dieu ayant (lermisau diable (comme nous le dirons ci-après ) de l'observer, il s'était emparé de son imagination de telle manière, et lui obscurcissait si fortement les puissances de l'âme, qu'il pensait être réprouvé. Par une im|)ression maligne que cet esprit lui faisait porter, il avait une [lersuasion extrême que c'était fait de son salut, et qu'il serait éternellement damné jiour ses ciimes, quoique ( comme nous l'avons remarqué) il n'en ait jamais fait, ayant conservé son innocence baptismale, 'l'ous les raisonnements que r.on |ieut faire, toutes les choses t|ue l'on peut dire servent de peu dans cet étatlà, l'âme n'étant pas libre à l'égard de l'impression qu'elle porte, quoiqu'elle le soit dans son fond pour n'y pas tomber jiar aucun péché volontaire avec le secours de la grâce qui luiestaboiuiammentdonnée, bien qu'elle ne s'en aperçoive pas. Or, cette impression lui a duré vingt années et dans une désolation générale oe toutes parts.
11 pouvait bien liiie po:ir lors avec le Psalmiste : « Les eaux (^nt pc'uélre jusque dans mon âme. Je suis enfonce dans un abîme de tiuue où je ne trouve point de fond. Je suis tombé dans la profondeur de ta mer, et la tempête me submerge. {Psal. Lvviu, 2-3. ) Les duuleurs de la mort m'ont environné: les douleurs de l'enfer in ont assiégé; les filets de la mort i.i'ont prévenu. [Psal. ivu, 3-6. ) On m'examine en enfer comme une brebis. J'ai été dévoré par la mort. {Psal. xxi, 18. ) Ceux gui me haïssent sont en plus grand nombre que les cheveux d" ma tel,;. Les ennemis qui me persécutaient injustement se sont fortift-s [Psal. LS.VIII, a) ; ils m'ont attaqué de toutes parts, m'ont tenu assiégé ; ils m'ont environné comme des abeilles irritées; ils ont été em^ brasés, comme un feu qui brûle dans les épines. J'ai été poussé avec effort. J'ai été près de tomber, muis le Seigneur nia soutenu ; le Seigneur est ma force et ma gloire; il a été mon Sauveur {Psal. cxvii, 11, li); il m'a rnvoyé du ciel et il m'a pris ( Psa!. liv, V j; ù
m'a retiré du milieu des grandes eaux. (Psal. LS.VIII, 15.) Car y a-t-il un aulre Dieu (pie le Seiijneur' ou qixl nuire Dieu y u-t-il que noire Dieu, le Dieu qui m'a rvve'lu de forer et qui a rendu ma voie tans tache ? «\(Psal. xvii, 32, 33.) El de vrai, son tliiie est demeurée pure devsnl Dieu [laruii tous les oiagos; el il a été U'I'eiuent uni h Dieu lorsqu'il pensait en êire séparé pour jamais, que c'est pour lors (lu'il lui a rendu de jilus foits témoignages de son partait désintéressement et de l'unique ailaclie qu'il avait jiour ses seuls intérêts dans un oubli étonnant de ses propres inléiêts éternels. Ne peut-on |ias dire que dans cet état son âme était un spectacle ravissant à tout le jiaradis, lorsque dans le détachement liu paradis même il ne se souciait que du Dieu du paradis? On le voyait au milieu de ses peines de l'enfer, monter en chaire et y parler avec tant de force du divin amour, i[ue ses auditeurs fondaient en larmes : lui-même ne pouvait pas retenir les siennes, .■ih 1 qui aurait jamais pu conjecturer les moindres choses de son état tout crucifiani? Que ses auditeurs auraient été étonnés, s'ils eussent su que le [iiédicateur qui les exhortait si divinement à l'amour de Dieu, était persuadé qu'il ne l'aimerait jamais 1 Comment tant d'amour dans un homuje qui pensait être sans amour? Mais, dans la vérité, jiourlors le divin amour régnait dans toute sa pureté au plus profond du centre de son âme. Il en avait de belles preuves, si l'impression maligne qu'il souffrait ne lui eût fermé les yeux. Il disait aux personnes de confiance qui savaient ses peines :« Qu'il jirêcherait toujours le divin amour; qu'il y exhorterait incessamment tout le monde à raison du mérite de Dieu; que, quoiqu'il vît que par sa faute il s'était rendu indigne de l'aimer, et qu'il n'aurait jamais de part aux bienfaits de son amoui', tejjendant qu'il n'oublierait jamais rien pour l'établissement du divin amour. 11 sulht que Dieu le mérite, disait-il, il ne nous faut considérer que le seul mérite de Dieu seul. » En vérité l'on pouvait bien dire que beaucou]) d'eaux n'avaient pu éteindre la divine charité qui l'animait secrètement {Cant. viii, 7), el que son amour n'était pas seulement fort comme la mort {Ibid., 6), mais plus fort que l'enfer môme. 0 mon Dieu, qu'il est bon de vous aimer de la sorte 1
CHAPITHE XII.
De la nécessité de l'esprit de mort.
N'apprenons point des créatures la nécessité de resjirit de mort, jiuis.pie c'est une science quelles enlendent si peu. Ecoutez un Homme-Dieuqui veut bien nous en faire des leçons, et vo\ez ce qu'il en enseigne on saint Luc (xvi, 28-33J : Qui d'entre vous désirant liàtir une tour, ne s'assied pas auparavant pour supputer la dépense qu'il lui faut faire, et nu considère s'il aura de (juoi l'achever, de peur qu'apris en avoir jeté le fondement, s'il ne la pouvait achever, il ne fût la risée de tout le peuple qui dirait en le voyant : voilà un homme qui a commencé un
bâtiment et qui ne l'a pu achever? Où est le roi qui voulant aller faire lai/ucrre à un autre roi, ne lient pas auparavant conseil, pour considérer s'il peut avec dijr mille hommes s'opposer <) celui qui vient contre lui avec vinqt mille / Que si cela ne se peut,n'enroie-l-il pas tnif ambassade à son ennemi, lorsqu'il est encore loin, pour lui demander la paix ? Jl en est de même de vous : quicowpie ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut pas être mon disciple. Donc, selon le témoignage du Fils de Dieu, sans l'esprit de mort ou de dégagement il ne faut point s'engager h être chrélien. Et par la comparaison qu'il vient de faire, ce serait une chose ridicule de [irélendre, sans cette condition, à laqualiléde son disci|)ie. Oh! qi^'il serait à désirer que les comparaisons duFtls de Dieu fussent vivement imprimées dans l'esprit de tous les Chrétiens, et qu'ensuite ils méditassent et avec grande attention, et avec grand loisir ces paroles divines : // en est de même de vous : quiconque ne renonce pas à tout ce qu'il possède, ne peut pas être mon disciple !
Mais comment le pourrait-on être sans cette condition, puisque dès le premier (las que l'on fait en la religion chrétienne par lo saint baptême, l'on reçoit un esprit de mort? Nous sommes ensevelis avec lui dans le baptême pour mourir avec lui {Col. u, 12) :'et il le faut bien nécessairement en qualité de ses memlires ; car le chef étant mort, il faut que tous les membres meurent. Mais dans cette union si étroite, comme est celle des membres avec leur chef, ayant l'honneur d'être faits enfants de Dieu, c'est ce qui nous oblige à l'imiter : ce qui ne se peut pas faire que jiar la sainteté, ((ui dit une mort générale aux choses créées. Imitez Dieu comme ses irès-chcrs enfants, s'écrie l'Apôtre aux Ephésiens. {Ephes. v, I.) Et toute la religion chrétienne, dit saint Augustin, se réduit à imiter Dieu. Car si l'imitation de Dieu est excellente à toute créature, elle est comme naturelle aux enfants: d'où vient que dans l'Ecriture { remarque un interprète) être l'enfant de quelqu'un, c'est l'imiter. Or, comment imiterons-nous ce Dieu iiiliniment saint, si ce n'est par la séparation des créatures ?
Mais le Saint-Es[)rit qui nous apprend que rien de souillé n'entrera au royaume des deux {Apoc. XXI, 27), ne nous enseign(!-t-»l pas celte vérité que l'esprit de mort est d(! la dernière nécessité? ( Rom. viii, 13). Car s'en peut-on môme tigurer une plus grande que celle d'arriver à sa dernière lin, que celle de voir Dieu et de jouir de lui, que celle qui regarde notre l)onheur éternel ? Cojiendant, [lar le proiire témoignage du S>iint-Es|)rit, il faut être sans tache, il faut n'avoir pas la moindre imperfection pour voir et jouir de Dieu. U faut donc être dans un [laifait dégagement de soi-même et de toute autre chose créée : il faut donc être mort ù tout. L'angôliMue Docteur estime que « l'âme doit être aussi pure comme elle l'était lorsqu'elle est sortie des mains de Dieu
l.iIOMME PE DIEU.
l'.VIïT. I.
jiiMii' lin ôlrc réuriio diiiis le ciel. » L'i'.s[irit (If iiiorl est donc d'iiiii; nécessité iiulis|ieiiialilf.
U mon Dieu ! voilà île ^lamles et de fortes vérités que votre divin esprit nous a révélées ; inais corahien les Chrétiens en sontils |>eu touchés ! Tous disent, ô mon Dieu, qu'ils veulent jouir de votie vision bienheureuse ; mais ()eu pensent, jicu s'entretiennent du parfait dégagement ([ui y est nécessaire. Je sais que l'on allègue le jiurgatoire qui délivrera Filme de toutes ses taches. Riais combien les ténèbres des hommes sont-elles grandes en toutes choses ! O mon Seigneur, que vous êtes peu connu, et que vous êtes peu aimé ! Il est vrai (}uo dans le purgatoire votre amour y sera pur, mais il y sera nécessaire. L'on vous y aimera nécessairement. Ah 1 laut-il que les hommes soient assez misérables, dans la liberté que vous leur donnez en cette vie, de n'en pas faire un pur usage [lour vous aimer ? O grandeur intinie, ne vous aimerons-nous lioint entièrement, pendant que nous vous jjouvons aimer librement, au moins autant <jue la (•ondition de l'état présent le peut permettre ? Quelle hlcheté ! quelle bassesse I quelle indignité à une âme chrétienne de ne se pas donner entièrement à vous, pendant qu'elle le peut faire avec votre divin secours, réservant le don entier d'elle-même eu l'autre monde ! Ah ! pourquoi ne pas faire avec une pleine liberté ce qu'il faut faire par une nécessité inévitable? O mon Seigneur et mon Dieu, que les hommes vous connaissent peu 1 que les hommes ont peu d'amour pour vous !
Je vois bien présentement la cause de la grandeur des peines que l'on souUVedans le purgatoire ; qu'il est juste que l'âme soit jiunie pour avoir si peu aimé Dieu, pour ne s'être pas entièrement séparée de l'attache aux créatures; qu'ilest juste, pour n'être pas sortie de la créalure, qu'elle soittourmentée par ce qu'il y a de plus affligeant dans l'être Créé. Elle s'est détournée de Dieu, elle en soutl'rira la peine du dam par la privation de sa bienheureuse jouissance pour un temps : et cette jieine surjiasse tout ce que l'on en peut dire. Elle s'est tournée vers la créature, elle en soutl'rira la peine du sens, qui, selon saint Augustin, saint Grégoire et saint Thomas, est plus grande que tout ce que l'homme peut souû'rir en cette vie. Sainte Madeleine de Pazzy ayant vu les grandeurs de ces peines par une lumière surnaturelle qui lui fut donnée, s'écrie : « 0 Dieu, je n'ai plus de coeur de vivre en terre, ui de converser avec les créatures après une vision si terrible. Pitié, pitié ! Miséricorde, miséricorde 1 O sang de Jésus, éteignez ces flammes, délivrez-en les pauvres âmes. » Je ne suis fias étonné après cela si saint François Xavier, au milieu d'un monde d'all'aire's qui le pressaient de toutes parts, accablé sous les fatigues extrêmes de ses fonctions apostoliques en tant de royaumes, de terres et de lieux, allait encore les nuits crierpar les rues : .S'oitvcnez-vous de prier pour les âmes du pui'gn-
loirc. Certainement dans ce sujet, aussi bien cpie dans les autres, l'on remarque peu de foi dans les lidèles. l'necliétive maison brûle, chacun crie ; l'on sonne les cloches pour en avertir, tout le monde y court : et des âmes à l'image d'un Dieu, rachetées par le prix iritini de son sang, seront tourmentées dans des feux allumés par sa divine justice, et l'on ne s'en met point en peine; ou si l'on s'y applique, on les oublie bientôt. C'est une chose bien remarquable que la correction que reçut saint Bernard de son abbé saint Etienne dans cette occasion. Comme il y avait bien ilc^i années que le père du saiiit était mort : après s'être beaucoup ajipliqué devant Dieu pour le soulagement de son âme, il avait cessé d'y i)eiiser; mais son jiieux abbé lui en fit la correction, lui remontrant ([ue les jugements de Dieu étaient des abîmes et que les âmes souffraient bien jilus longtemps en purgatoire qu'il ne pensait.
Si l'on avait un degré de vive foi,'que ne ferait-on pas ? lipargiierail-on les prières et les aumônes, les jeûnes et autres macérations cor|)orelles, et tous les autres exercices de jiiété pour ces pauvres âmes ? N'aurait-on pas tout le soin possible de leur ajipliquer les indulgences qui se peuvent gagner iiour elles ? car c'est le grand remède, puisque le sang du Fils de Dieu, les mérites do sa sainte et douloureuse passion leur sont donnés i)ar ce moyen. N'aurait-on pas soin de leur apidiquer des communions, d'offrir et de faire offrir le très-saint sacrifice de la messe pour elles? Bienheureux: les miséricordieux, dit le Fils de Dieu, car ils obtiendront miséricorde. [Mallh. v, 7.j Mais quelles personnes en ont plus de besoin que ces âmes, et à raison île la grandeur des peines qu'elles endurent, et [larce qu'elles ne peuvent en aucune manière se soulager ni demander du secours à personne?
Ajjrès tout, que faisons-nous ? Y a-t-il un aveuglement semblable au notre ? Nous voyons bien (au moins le devons-nous voir) la nécessité indispensable de lamortihcation, du dégagement de nous-mêmes, et de teute antre chose, ]iuisque sanscette condition nous n'arriverons jamais à notre bienheureuse fin. Mais ce qui nous en em[iêche, c'est la jieine qu'il faut prendre pour mener une vie véritablement mortifiée. 11 faut se faire une sainte violence; c'est par elle que l'on emporte le royaume des cieux, et c'est ce que l'on ne veut pas. Or, voici notre folie et notre enchantement : on ne peut pas se résoudre à la peine qu'il se faut ilonnc" en cette vie pour entrer dans resjirit de dégagement ; et l'on nese soucie pas d'en souffrir d'incomjiaiablement plusgrandes en l'autre monJe pour l'avoir et arriver à la pureté nécessaire pour être uni parfaitement à Dieu. Vous diriez, à entendre [)arler la jilupartdes personnes des tourments du purgatoire, que ce n'est presque rien, des personnes qu'une bluette de feu ferait crier, et qui seraient saisies de la dernière frayeur s'il leur fallait supporter l'ardeur du" feu d ici-bas durant un demi^
OECVRÉS COMPLETES DE I50L00N.
quart (i'iieure. Il semble qu'en l'autre vie elles ne seront plus elles-mêmes, ou liieii qu'elles y seront inGapatiie-i de soutlVir [lar tout ce (l'u'il y a de plus allligearii (étrange erreur), comrùe si pour passer d'un lieu dans un autre l'on changeait de nature.
Or, tout le contraire arrivera de ce que nous pensons; parce que notre âme dans la "éparation du corps est bien plus cafiablede douleur. C'est la dontrine dosaini Thomas, qui enseigne que « l'âme doit èirt.' in.omparablement allligée, si qiiel(]ue primipe doulourcMixagit Kumédiatement sur elle ; parce que toute la sensibilité du corps et des organes vient originairement d'elle. » Et ce grand et angélique doeteurl'onde son raisonnement sur cette maxime générale : que ce i|ui e>t le principe en chaque genre, doit remporter au-dessusde tout ce (jui (lariicipe au même genre par la déiiendance de l'écoulement de ce principe. Or, l'âme est le principe de toutes les sensibilités dans le corps, et sans l'âme le corps n'a aucun sentiment. L'âme même dans le corps perd beaucoup de sa vigueuret de sa sensibilité, puisqu'elle en est dépendante dans l'étroite alliance qu'elle a avec lui. Les esprits animaux qui sont les instruments de ses fonctions, s'éjiuiseiit et la laissent dans l'impuissance. l)ans sa séparation elle est toujours égale, toujours inl'atigabledanssa sensibilité. Quand donc riiomme ne considérerait que ses intérêts, puisque le parfait dégagement est absolument nécessaire à son bonheur éternel, il lui devrait être bien plus doux de travailler de toutes ses forces en la vie présente, quelque peine qu'il lui en coulât, que d'attendre les coups de la justice de Dieu en l'autre monde, dans les feux et les Ilammes du purgatoire.
Toutes ces grandes vérités marquent assez l'obligatioiî indispensable que nous avons de travailler incessannuentà la inorlilication de nous-mêmes, et au dégagement de toutes choses. Mais il fautavouer que les exemples des saintes personnes qui ont exercé les vertus, nous est un motif bien puissant pour nous porter efficacement à leur [uatique. C'est i)Our(iuoi Dieu qui est la bonté même, qui est raagnilique dans ses faveurs, et dont les miséricordes éclatent dans tous ses ouvrages, donne à ses fidèles des saints pour fitre les modules de leur vie. C'est ce qui faisait dire à TApôlre aux Corinthiens ; Imilcz vioi comme j'imite Jesus-Chrisl. [l Cor. xi, V.) Saint Grégoire le llrand remarque que comme Dieu le créateur a tellement dis[iosé le cours des étoiles, qu'elles viennent les unes ajirès les autres pour nous éclairer durant les ténèbres de la nuit; de même dans l'ordre de la grâce il suscite de temps en temiis et dans tous les siècles des personnes illustres en sainteté, pour nous servir de guides dans les voies oljscures et dangereuses de cette vie. » Le siècle où nous vivons n'a pas manqué de ces secours : et si Dieu dans ceuxqui nous ont précédés y a produit des saints comme autant de témoins contre nous, il lésa multipliés dans le nôIre jiour
nous rendre inexcusables en sn divine présence. Le grand cardinal Bellarmin était t)ien dans ce sentiment, (|ui appelait le siècle où nous sommes, le fiècle des saints. C'était aussi la pensée du grand serviteur de Dieu, le père de Gondraii, personnage d'une lumière et d'une vie angélique.
Mais entre toutes ces brillantes étoiles que Dieu a posées dans le ciel de son Eglise en ces dernierstemps, l'on peut dire avec justice que le P. Jean-Joseph Seurin, religieux de laCom|uignie de Jésus, a été une lumière des plus lumineuses, et par la clarté de ses lumières célestes, et par la sainteté de sa vie. Saint Jean Chrysostome prêchant à son peuple, et l'un de ses auditeurs ayant tout à coup perdu la vie par une mort subite, ce grand homme cessa incontinent de parler; mais il se lit apporter dans la chaire le corjjs de cet liomme nouvellement moit, et il se contenta ;)Our achever le sermon de le montrer <i la multitude nombreuse de personnes qui l'écoulaient, croyant que la vue de ce mort serait une parole au cœur de ses auditeurs plus touchante et plus efficace que tout ce qu'il iiourrait dire. J'ai pensé de même qu'ayant h traiter de l'esprit de mort, qui est l'esprit de l'homme de Dieu, je ne pouvais rien faire pour l'imprimer plus efficacement, que de produire l'un de ces bienheureux morts qui meurent au Seigneur, Comme la mémoire en est toute récente, ayant passé de cette vie dans l'éternelle depuis peu d'années, les exemples en sont plus touchants.
11 est bien difficile de méditer la doctrine évangélique de ce saint homme touchant la sainte haine de soi-même, sans en recevoir des lumières ardentes qui nous découvrent et nous fassent aimer la pureté du dégagement de toutes choses ; mais sa vie chrétienne et religieuse qui n'était qu'un© vie de mort, est quelque chose de bien pressant |iour nous animer fortement à nous revêtir de cet esprit de mort en la vertu de Jésus-Christ. A son imitation, il était mort à toutes choses, à son corps, à ses sens, à sa vie animale et spirituelle, à tout ce que l'on a de plus cher en ce monde, à ses paienls, à ses amis, à sa réputation, à son honneur, aux moyens même les [ilus saints. Son cœur saintement généreux pour Dieu seul, portait un vide entier de tout ce qui n'était pas Dieu; aucune créature n'y avait plus d'entrée ; il n'était seulement ouvert qu'à Dieu seul. Voilù uu modèle d'une haute sainteté, en ce qu'elle dit séparation de l'être créé. Cependant cet illustre mort n'avait pas une nature plus excellente ni plus forte que la nôtre. Il a vécu dans une chair fragile Gommo celle que nous avons. Il a eu plus de tentations, plus de diliicultés, plus de croix que nous n'en avons; mais il s'est surmonté soi-même avec le secours de la grâce, et nous nous laissons vaincre. Il a résisté fortement aux démons par la gram'eur de sa foi, et nous leur cédons par la faiblesse de la nôtre. 11 a mortifié les memlnes de son corps, son esprit, et toutes les inclinations
I/linMMF. DE DIF.r.
PAnT. II.
(le la n.'i'tirc corrompue, pl iinii.s vivon.s toujours de la vie (lu vii'ii liouiuie, .suiviuil ses iiiouvcuients et nous laiss;uit eni|)Otter h ses air-clions. Il est hieii leiups de luius réveilver de iir)tre sunuueil, pane oui! notre salut est niaiiileiiant |irorhe, par le secours des exemples (pic le t;raiid et lidi'le serviteur de J(Vsus-("lMist , riiouune de Dieu, nous a laissés. 1^ nuit est passée, ses obscurités (Haut dissipées par les clartés de cette lirillanle étoile. Le jour est avancé par se.s rayons hiniiiieux. Laissons donc les(euvres(le ténèbres à la vue des actions de cet (Mifeiit de lumière. Mourons à toutes cliose.s avec lui par le dépouillement du vieil homme, pour nous revêtir avec lui de Notre-Seij^neur Jésus- Christ, et ne plus vivre (]ue de sa vie. Couine nous Tavons vu enseveli avec notre adorable Sauveur, mourant avec lui, considérons-le en notre seconde partie, marchant dans une nouvelle vie, Jésus vivant uniquement en lui.
OR.MSON A l.\ TRÈS-SACRÉK VIEUGE
AUX PIEDS DE JÉSUS MOtBANT StU LE CALVAIRE.
Très-sainte Vierge, la plus heureuse et la plus aflligée des créatures, comme vos grandeurs sont un océan immense de giAces qui vous élèvent au |ilus haut des cieux, à la tète de tous les anges et de tous les saints, vo,> [leines sont une mer impénétrable de douleurs qui vous abaissent jusque dans l'abîme des plus profondes croix. C'est dans cet abîme, incompaiable A'ierge, que vous avez été jetée aux pieds de Jésus mourant
sur le ('alvaire. Dans oet état, ou milieu do tant de peines et de tant de douleurs, l'amour vous ayant toute irucifiéo avec votre Fils bien-aiuié, vous avez été établie la mère de tous les hoiniues. Nous vous avon.s été donnés |iour entants par votre Fils adorable en la pcrsontu! du discijile de l'amour, saint Jean l'évangélisto. Ci.inde et ailmirable \ ierge, glorieuse .Mère de Dieu, très-douce mère des hommes, prosternés à vos pieiis, nous vous demandons avec toute humilité, (pie vous vou.s montriez toujours notre n)ère,(]ue vous nous obteniez la grAce d'être h jamais vos véritables enfants. Ainsi, ù A'iergc très-puissante, ù mère très-tidèle, jirenez soin auprès de l'adorable Jésus de nous en impétrer res[irit de mort b toutes choses, un dégagement entier de ce qui n'est pas Dieu, qui est une condition nécessaire pour jiorter dignement la (jualité glorieuse de vos enfants. Impétrez-nous de votre Dieu et de votre fils quelque part à l'esprit de mort, qu'il a coinmufii(}ué si abondamment à son lidèle serviteur et au vôtre dont nous décrivons en ce petit ouvrage les grâces. Faites ([ue par la lecture (lèses anéantissements nous marchions toujours par les saintes voies du rien, rien dans les sens extérieurs, rien dans les sens intérieurs, rien dans 1 entendement, rien dans la mémoire, rien dans la volonté, rien de rim[ierfection, delà corruption de la nature, ]iour arriver glorieusement à Dieu seul, qui est le grand et nnirpie tout. Ahl Dieu seul. Dieu sei.l. Dieu seul; perte de tout l'être créé, pour se laisser abîmer dans l'incréé. Ainsi soit-il.