‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 23 sur 436 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

JDe sa grande union aire Notfe-Seigueur Jésus-Chrisl.

I) y a plusieurs unions <li(ïérei;les, qui nous lient saintement à notre aimable Sauveur : il y a une union de foi ; mais ipiand elle n'est point animée du divin amour, elle sert de peu. Il y a une union de grâce, je parle de la grAc'e sanctifiante; et celle union est commune à tous les justes. Mais il y a une union extraordinaire qui se fait par un éjiancheuient d'un amour rare, et par des communications sacrées de faveurs toutes particulières, que le? maîtres de la vie intérieure appellent le mariage spirituel , et que le saint Epoux célèbre quelquefois avec des cérémonies singulières, comme nous le lisons de sainte Catherine d'Alexandrie et de sainte Thérèse. Et c'est à celte bienheureuse union qu'est arrivé d'une manière très-éminenie le Père Seurin. Dans celle union, l'âme participe à une hauteur, à une grandeur et à une puissance admirables ; elle entre dans un domaine qui est au-dessus de toutes choses, en la qualité glorieuse d'épouse de celui qui en est le souverain. Ceux qui sont arrivés à cet état divin, sont les saints dont parle le Psalmiste [Psal. cxlix, 5-9), qui seront comblés de joie dans leur gloire , qui auront les louanges de Dieu dans leur bouche, des e'pc'es tranchantes dans leurs mains pour prendre vengeance des nations, pour chûtier et punir les peuples, pour charger de chaînes leurs rois prisonniers, et pour mettre dans les fers les plus nobles et les plus illustres de leurs princes, pour exécuter sur eux le jugement de Dieu, car enfin c'est la gloire qui est réservée à tous les saints du Seigneur.

Mais comme celte union se fait par des opérations toutes divines et extraordinaires, voici comme elle fut accordée au Père Seurin dans une nuit de la veille de la fêle de l'Ascension de Notre-Seigneur. 11 fut éveillé tout à coup vers le minuit, et pour lors il vit l'adorable Jésus descendre dans la chambre où il était avec une grande majesté et douceur, qui s'unit à lui d'une manière ineflable. Or, depuis cette heureuse faveur il lui semblait avoir un nouvel esprit et une nouvelle âme, qui était comme l'âme de son âme (c'est de la manière que parle saint Augustin de l'esprit viviûant de Jésus), il voyait Jésus en lui comme un autre luimême, qui y produisait des mouvements tout divins, qui soutenait tout son intérieur, et lui donnait même à l'extérieur quelijuefois des forces au delà de la nature.

Dans cette union il portait des impressions merveilleuses de ses divins mystères; quelquefois de son enfance; d'autres fois de sa passiou ou de la grandeur et majesté de sa personne divine. Il porta à Loudun une disposition singulière de la grâce de l'en-

fance ; en sorte que son âme dans ses facultés, dans ses idées et ses imaginations , était réduite à la petitesse, et simplicité qui avait i)eau(oup de rapport à celle des enfants. C'est ce qui ne doit ()as sur|irendre dans un homme savant et Agé pour lors de plus de trente-se|il ans, si l'on considère qu'un Dieu qui est la grandeur môme et la sagesse infinie, a bien voulu être emmailloté et [)leurer sous la forme d'un enfant. Quelijuefoisil portait l'opération de l'agonie de Notre-Seigneur; en sorte que son esprit, tout possédé par l'esprit de cet aimable Sauveur, en était tout renqili ; et cela se répandait même jusqu'à l'extérieur , son corps tombant en défaillance et dans un état semblable aux personnes qui agonisent , comme il a été vu par des religieux graves et dignes de foi; Jésus-Christ pour lors im- [irimait tellement en son âme et en son corps les sentiments de son agonie, qu'il devenait une image vivante de ce Sauveur agonisant.

Mais comme le sacrement de l'Eucharistie renferme les plus hautes grâces dans leur source, et que l'on y trouve non-seulement les moyens les jtlus divins de l'union aruoureuse avec Jésus, mais Jésus même la Dieu de l'amour; le désir de le posséder par ce sacrement admirable, le mettait dans des langueurs indicibles; en sorte qu'il no savait que devenir. Il a écrit que « le désir de la communion vivifiante du corps de Jésus le faisait mourir d'amour. » Ces disjiositions sont peu connues, parce qu'il y a bien peu de pur amour. Sainte Thérèse le savait bien par son expérience, lorsqu'elle assure « qu'elle se sentait si pressée de la communion, que quand on lui aurait présenté des lances dans >a poitrine pour l'arrêter lorsqu'elle s'en a()prochait, elle n eût pas laissé de passer outre. » C'est parce que l'amour qui tend toujours à l'union, trouve son dernier accomplissement en cette vie dans la sacrée communion, où l'amour essentiel réside sans bornes et sans mesures, où l'homme qui communie dignement devient une même chose avec Jésus, comme de deux morceaux de cire fondus ensemble, il ne s'en fait qu'une même masse. C'est la comparaison dont se servent les Pères. C'est dans ce sacrement que la douceur est contenue en son origine. S'il y a si peu de personnes qui la goûtent, disait le P. Seurin, « c'est parce que l'on goûte trop les créatures. > Saint François de Borgia, homme parfaitement détaché, assurait « qu'il goûtait plus de joie dans une communion, que l'on ne pourrait faire dans une chose où Dieu aurait mis ensemble tout ce qu'il y a dans l'être' créé qui pourrait donner quelque plaisir. » Mais quels feux sacrés ne produirait pas Jésus réellement présent en la divine Eucharistie, lui qui assure (I.wc., xii, 49) qu'il est venu apporter le feu divin de l'amour saint en la terre "?

Ce fut cette vue qui porta le Père à donner souvent la sainte communion à la Mère des Anges, mettant son principal appui contrs

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(FI VRES COMPLETES DE BOL'DON

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