IIS
les démons, en Jésus opéraiil par sa grâce au Irès-diviii sacrement de l'autel. JI ciut que si celte âme recevait dignement ce sacrement, ce lui serait un grand moyen pour la faire avancer dans les voies du puramour; re qu'il souliailait ardemment, et ce que redoutaient davantage les malheureux c>prits, qui seront à jamais sans cet amour. Il ne fut jias trompé dans ses espérances, car en peu de temps cette Ame fut toute changée ; et la force de la divine nourriture qu'elle prenait en la communion, parut aussi distinctement el aussi clairement aus yeux du Père, que «araît celle du l'eu matériel quand iléthaulTe les choses froides, et celle du jiain à soutenir et réparer les forces du corps ; de sorte qu'il voyait croître [leu à peu la dévotion en cette âiiie, sa liberté s'augmenter, et la tyrannie du démon s'alfaiblir. Soupirons ici sur l'aveuglement de plusieurs Chrétiens qui se privent malheureusement des effets du divin amour, en se privant de Jésus qui est l'amour même en la sainte Eucharistie. Mais il laut l'iiimcr véritablement jiour s'unira lui ; et pour i'aim.er il faut cesser de s'aimer soi-même et les autres créatures [lar les altaclies que l'on y a; ce sont les rudes chaînes qui arrêtent tant de personnes et que peu veulent rompre. On voudrait bien Jésus; on voudrait bien son amour, mais l'on veut aussi le monde et l'amour du monde, et le même Jésus nous a déclaré positivement, que personne ne peut servir deux maîtres. [Matth. VI, 2i.)
Comme îe P. Seurin ne servait que Dieu seul dans une union intime avec Jésus-Christ, il portait d'une manière puissante les effets que cause une union si sainte. Elle produisait en lui des attraits même sensibles pour tout ce que la nature a le [)lus en horreur; un [tarfait méjiris de la vie jirésente et de tout ce qui arrive, regardant comme rien tout ce que le monde estime davantage ; une force et une vigueur admirable pour entrc- [irendre tout ce qu'il y a de plus difficile dans le service de Dieu, et pour s'y soutenir au milieu de toutes les contrariétés ; une élévation haute vers les choses célestes, et une continuelle impression des biens de l'autre vie ; mais surtout elle lui causait une paix dont parle l'Apùtre {Philip, iv, 7j, qui surpasse tout sentiment, qui est comme un océan qui abîme et surnage tous les autres biens et richesses, absorbant l'âme dans les richesses de Dieu. 11 disait que cette paix se faisait, comme jjarle le Psalmiste [Psal. cxxi, 7), par une grande vertu et par une force divine, parce quil fallait avoir triomphé de tous les ennemis de la vraie vertu. Mais aussi ensuite, l'abondance arrive dans ses tours, dit le même Psalmiste, c'est-à-dire Taffluence de toutes sortes de grâces.
O mon Dieu, que les hommes ne vousconnaissent-ils ! que ne savent-ils les biens et les douceurs que vous réservez à vos fidèles serviteurs! « 11 est vrai, disait le Père, qu'il se faut déiiouiller de toutes choses, persévérer dans cette nudité, et tenir sou tccar inaccessible a tout désir propre, pour
arriver h la parfaite union avec Jésus-Christ» et en posséder ensuite heureusement les effets, dont l'un des plus grands est une paix inexplicable.» Mais que la guerre, quelque rude qu'elle soit, qu'il faut déclarer et soutenir contre la nature et ses passions, contre la pro[ire humeur et les moindres mouvements de l'amour-propre, devient douce si l'on considère la paix où elle se termine I O Jérusalem ! ôâme fidèle ! ô âme séparée de l'être créé, chante les louanges du Seigneur, Sion, chante les louanges de ton Dieu qui a établi la paix pour une heureuse fin à tous tes combats, te couronnant de la sorte de ses ]j|us douces miséricordes. Heureux et divin état! où l'âme ayant perdu toute créature, trouve Jésus seul, qui étant aussi bien vrai Dieu que vrai homme, lui donne dans son union un repos qui est un avant-goût de la félicité du paradis. Pour lors, quand celte âme serait noyée dans une merde toutes les peines de la vie, elle a son centre dans un océan de paix immense, et de tous côtés elle ne trouve que paix : elle en est tellement pénéfrée, quelle ne res[)ire que paix; elle ne vit que de jiaix ; elle ne soupire et elle n'aspire qu'après la paix. Que si on voulait mettre sa chair, ses nerfs, ses os, sou âme et ses puissances sous le firessoir, il n'en sortirait autre chose, dit la divine Catherine de Gênes, qu'une expression de paix ; c'est une jiarticipation glorieuse de la paix même et du repos divin des trois personnes de la suradorable Trinité : Càv celui, dit l'Apôtre (/ Cor. VI, 21], qui adhère à Dieu, devient un même esprit avec lui.
Quelle désolation, de voir si peu d'âmes dans cette parfaite adhérence, quoiqued'ailleurs elles soient comblées des plus grandes grâces de Dieu, parce qu'elles se trouvent arrêtées par des liens subtils qui ne laissent jias de les tenir toujours dans la créature, soit par queliiue petit reste de point d'honneur, soit par quelque fatijlesse d'amitié ou par quelque légère recherche de soi-même en quoique ce puisse être! Ainsi ayant quelque partie d'elles-mêmes qui n'est pas jilongée en Dieu seul, pour petite qu'elle soit, elles ne sont pas entièrement dans leur centre, et par une suite nécessaire ne peuvent l^as être dans un [larfait repos. Hélas ! combien en voit-on qui demeurent dans ce repos immuable, au moins dans leur fond, si la partie inférieure est agitée 1 N'est-ce pas une chose assez commune, même chez les personues spirituelles, qu'un certain mouvement inquiet, causé par leurs propres désirs et inclinations, quoique sous les prétextes les plus divins? Pour peu de mélange que l'amour de nous-mêmes glisse dans l'amour saint, il ne sera jamais pur ; s'il n'est jiur, le cœur ne sera jamais entièrement vide, s'il n'est pas parfaitement vide, il y aura autre chose que Dieu seul; s'il y a autre chose que Dieu seul, il ne sera jamais dans un entier repos, qui se trouve uniquement en Dieu seul dans l'union de Jésus- Christ.
Or celle union produisait encore quelque-
Ilj