‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 231 sur 436 · LETTRE XLV · texte numérisé non relu

LETTRE XLV

A LA M EUE

Konté admiralile de Dieu de nous avoir destinés au bonheur éternel, qui n'est autre que la participation du bonheur de Dieuméme.

DIEU SELL

.Mes chères tilles,

Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. C'est à ce Dieu seul en trois personnes qu'il nous faut tendre et aspirer sans cesse. 11 est notre principe, notre centre et notre fin. Vérité infiniment consolante parmi toutes les peines intérieures et extérieures de ia vie, et qui nous découvre dans un si grand jour l'infinie douceur de l'aimable Providence. Car, quelle bonté de nous destiner un bonheur parfait et infini, et pour toute une éternité, bonheur qui n'est autre que la participation du bonheur de Dieu même, jiour des [.eines d'une vie qui passe sitôt ! Nous attendons donc une félicité parfaite qui ne nous fera pas seulement entrer dans la joie des saints , des anges, passeulementdansla joiede la très-heureuso Vierge, mais dans la joie de Dieu même. Le grand Ajiôtre sécrie que ce que ce Dieu a préparé à ceux qui l'aiment, est ce que l'œil n'a jamais vu, ce que l'oreille n'a jamais entendu, ce qui n'est jamais tenu en la pensée de l'homme. [1 Cor. Il, 9.) Et, en effet, qui pourrait jamais se former aucune idéede la félicité dun Dieu? Ce|iendant voilà ce qui nous est préparé dans l'excès de ses infinies miséricordes. Oh! être bienheureux du bonheur de Dieu ! S'il fallait périr mille fois à toutes les heures du jour, y aurait-il à délibérer? Que l'Apôtre a grand sujet de dire que toutes les soujfrances de la vie, telles qu'elles puissent être, sont bien légères en comparaison, et ne sont que,des peines d'un moment! {Il Cor. IV, 17.) Car, toute la vie n'est, à |iropremeiit parler, qu'un moment, comiialée à l'éternité. Et, pour des /;cmes si légères, si on les compare au poids d'une gloire immense et éternelle et jiour des peines d'un instant. Dieu tout bon et très-miséricordieux donne des plaisirs, des joies, des grandeurs infinies et qui dureront éternellement. Que nos âmes et que tout ce que nous sommes adorent, bénissent, louent , aiment et glorifient à jainai.^ une si douce et si aimableProvidence des trois personnes divines. C'est ce mystère suradorable de la trè>-sainte Trinité qui fait à |)résent notre occupation par sa grande et infinie miséricorde.

Son aimable et divine providence nous arrête partout dans les lieux où elle nous fait passer. Elle nous arrête pré-cntement dans une ville, environ pour quinze jours, où je pensais n'être qu'un jour. Quatre coiu-

OEUVRKS COMPLETES DE bOLDON.

munaulés qui v sont nous y donnent de l'occupation, et nousy donnons l'i-xpicice de la letiaiie aux UrsuJines. OiJinairement il iaul v (irôcber ou exhorter deux fois par jour. L'on nous attend à une autre ville, dans un autre diocèse, pour y donner les exercices de la retraite, encore aux Ursulines, qui commenceront, avec le secours divin, à la fête de Saint-Martin. Apparemment la divine Providence nous arrêtera dans ce diocèse jusqu'après la fête de la Présentation de Notre-Uame. Les chemins sont bien mauvais en ce pays, cela demande le secours de vos prières ; les jours courts pour cheminer, la saison froide à un homme qui n'a (ju'un habit pour les grandes chaleurs ; mais, en vérité, tout cela n'est rien. Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Je salue vos bons an^es, etc.

Ce 5 de novembre, dans l'octave de la fe'le df tous les Suints.

LETTRE XLVL

iVe voir que Dieu seul en toutes choses. Récréation de saint François. Zèle de Boudon ; succès de ses jyrédications.

DlEli SEUL.

Mes chères filles, Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. En vérité, c'est toujours ce que j'ai à dire et c'est tout ce que je puis dire. C'est toujours ce que j'ai à dire, car dans toutes sortes do lieux et dans toutes les ditîérences des temps, je vois qu'à proprement parler, il n'y a que Dieu seul ; je ne trouve que lui seul; partout je vois qu'il est le grand tout; partout je vois que les créatures ne sont rien, et c'est ce qui faitque c'est tout ce que je puis dire. Quand j'ai dit Dieu seul, tout est dit. L'on peut cependant dire dans un bon sens ; Dieu premièrement, Dieu principalement ; mais, laissant à chacun sa manière d'agir, la nôtre est de dire : Dieu totalement, Dieu entièrement, Dieu en premier lieu, Dieu en second lieu. Dieu en troisième lieu, et Dieu seul toujours, quand il le faudrait répéter une inflnité de fois. C'est lui seul qu'il nous faut regarder en toutes choses sans réserve, et sa seule vue chasse toute autre vue. 11 ne faut plus voir d'autres intérêts que ses seuls intérêts ; son honneur doit faire tout notre honneur. Ah 1 si toutes les créatures ne sont rien, comment pouvoir s'y arrêter? Quelle illusion d'en rechercher l'amitié, de s'y plaire ou de s'inipiiéter si elles ne nous correspondent pas! Quelle illusion d'y chercher sa consolation, d'y prétendre décharger son cœur dans les peines, d'y mettre sa conliance ! Quelle illusion de se mettre en peine de leur iirivation, • le leur délaissement, de leurs conliadiclions ou rebuts! Quelle folie jjIus grande que de rechercher ce (jui n'est rien, aimer rien, s'inquiéter du rien, s'appuyer sur rien, vouloir se consoler de rien, s'allliger de la privation oudes contradictions du nen ! Ah 1 n'ayons plus d'autre plaisir que le bon plai-

sir divin, d'autre consolation qu'en Dieu seul, d'autre volonté que la sienne, dans la()uelle il est infiniment juste que toute créature perde sa propre volonté, sans jamais être assez présomptueuse et assez téméraire pour vouloir examiner un seul moment les raisons des c;onduites de son adorable, et toujours, quoi qu'il arrive, infiniment adorable providence. Car, que peut dire le rien à la conduite du grand tout ? Convient-il à un malheureux et chétif néant de vouloir pénétrer les desseins impénétrables d'un Etre infini? La soumission donc, sans réserve à tout ce qui lui plairadisposer de nous, et nous ne devons jias nous laisser aller au moindre petit mouvement de la plus légère opposition à ses ordres.

J'adore de tout mon cœur ceux de son aimable providence qui me sert toujours partout de la meilleure des mères. Elle nous arrête jiartout où nous passons ; et dans des lieux oii à peine je crois rester un jour, je m'y trouve engagé pour près de quinze.

Ai)paremraent donc elle ne me ramènera à Evreux que vers le commencement de janvier; mais aussi il me semble qu'elle m'y arrêtera pour le reste de l'hiver , que j'espère, sous la protection divine , passer avec vous. Je vous avais écrit que la difficulté des chemins demandait le secours de vos prières. Dans un de nos voyages, nous nous sommes trouvé en état de faire la récréation de saint François; car c'est dans ces choses que ce grand saint la mettait. M'étant trouvé engagé dans une forêt, au milieu des grandes neiges qui couvraient tous les chemins, et proc'lie de la nuit, au milieu des loups que l'on voyait courir près de nous, nous nous en allions nous perdre dans cette forêt, la nuit, lorsque la divine Providence, ma bonne mère, me donna le mouvement de retourner sur nos pas, et de reprendre le chemin que nous avions frayé, personne n'y étant passé. Nous trouvâmes dans cette forêt, à l'entrée, un pauvre cabaret, oii l'on nous dit de prime abord qu'il y avait peu de bois pour nous chauffer, nous que la neige avait tout mouillé, nos habits étant même j)ercés. Ensuite on nous met dans un petit lieu où il n'y avait point de porte, point de draps pour nous coucher, pas un pauvre oignon pour nous faire du potage, à un jour gras cependant, point de vin pour boire, point de chandelle pour nous éclairer. 11 n'y avait ni foin, ni avoine pour le cheval, mais un meunier qui était proche en donna. Nous passâmes ainsi la nuit avec bien de la miséricorde de notre bon Sauveur, qui voulait bien nous faire cet honneur de nous donner ce petit ra|)[>ort à sa naissance dans retable de Bethléem. Les neiges étaient si hautes, que quoique j'eusse un grand et bon cheval , il ne pouvait presque marcher; et cette journée, depuis onze heures du matin jusqu'au soii-, nous ne sûmes faire que deux lieues. Le lendemain, arrivant à une hôtellerie, le maître qui, étant du pays, n'eu ignore pas les chemins, nous dit qu'il s'ét.nt perdu dans la forêt où nous étions , et q ;'!•.

LETTRES

A MADAME DE ROUVES.

nr,i

fut obligé de iirendrc un cliarhoniiior pour le coiuluii'O, qui prit un cIil'v.iI ; et que tous deux avec leurs chcv.iux tomljOreiit (l;nis les neiges. Ce l'ut une provideiico liien (loui:e qui nous (iressa de retourner sur nos jias.

La nécessité m'a obligé d'aecepter une soutane que je viens diï prendre au nom de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Nous consacrAmcs mercredi dernier à faire une solennité de saint Joseph. Je lis un sermon sur la fôte, et je célébrai la messe où il y eut une excellente musique. Une de nos intentions fut d'olfrir le très-saint sacrilice de la messe en l'honneur de ce grand saint, à votre intention.

Le concours des peuples h nos petits discours s'augmente. Hier, une église cathédrale oii je prêchai était pleine de tous côtés; et les jours ouvriers môme il s'y trouve une allluence de toutes sortes de personnes. La divine Providence est une granUe maîtresse; elle sait bien disposer des choses, quand elle le veut. Nous n'avons fait que jiasser par des villes, où les soirs la chambre où nous étions était toute pleine de personnes et des plus qualifiées, qui venaient a(in que nous leur jiarlassions du royaume de Dieu. Cela me faisait souvenir des premières années d'Evreux (:20.) Mais il n'y a rien de meilleur que la privation : nos dernières années en cette ville ont été bien plus heureuses que ces premières. La divine Providence nous fait prêcher ordinairement deux fois par jour, et elle nous occupe le r^ste des jours nous donnant plus de force que jamais. Son bon plaisir divin soit uniquement accompli en toutes choses I Je suis, etc.

La veille de la fête de la Présentation de NoCre-Daine.

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