‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 248 sur 436 · LETTRE LXVII · texte numérisé non relu

LETTRE LXVII

Confiance entière en la Providence ; motif de cette confiance. Détails sur le voyage de Bavière.

niEC SEL'L.

Mes cliôros filles,

Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Que son aimable providence soit notre seul et unique appui pour jamais. C'e.vt une déplorable illusion que de se confier en autre chose : la créature n'étant rien, tous ses soins et toutes ses industries peuvent-ils être quelque chose ? Que peuvent donc attendre ceux qui y mett"ent leur espérance? Peut-on espérer du néant autre chose que le rien '? Il n'en va pas de même de ceux qui se confient au Seigneur : ils sont comme les montagnes les plus inébranlables; ils demeurent immobiles dans l'union avec le Dieu de leur espérance qui n'est point sujet au changement, et s'il

semble quelquefois les laisser à eux-niêirio, ce n'est que pour les unir plus étioitemert et pour «ugnicnter leur forci-. Il [)rotesie qu'il est aveu eux dans la triliulation {Psal. xc, 15); ce cpi'il faut entendre des croix intérieures et extérieures, soit au corps, soit en l'esprit, soit en ce qui arrive des choses extérieures et de la part îles créatures. C'est |iour lors qu'il faut espérer contre tout ce (pli peut le p.lus diminuer noire espérance; et puisque !e sujet que nous en avons est une bonté infinie, quelque chose qui puisse arriver, nous devons être fermes dans notre confiance; car ce qui est infini n'a [loint de bornes. Vivons donc et mourons dans une entière confiance en la douce Providence des trois personnes suradorables de la trèssainte Trinité , dans l'union avec l'âme sainte de Jésus.

Les secours les plus doux d'une si aimable Providence me suivent et ra'accompagi;ent partout ; cela me met dans des étonnements surpreiiants.il faut vous faire part d'une grande grâce que cette n;ême Providence m'a faite. L'on m'a montré le chef de saint Henri, empereur, tout à nu, et môme on me l'a mis entre les mains pour avoir la grâce de le toucher. L'on m'a montré aussi le chef de sa virginale épouse sainte Cunégonde tout à découvert. Qu'à jamais puissions-nous cbantir les miséricordes du Dieu de tous les saints, qui se plaît tant àibien faire, et même à ses indignes serviteurs.

Le jour que je suis parti de Paris, il me prit un mal à un doigt de la main ; il me dura j)lus de huit jours ; et cela était incommode : je n'y ai rien fait, le laissant à la divine Providence, ma bonne et fidèle mère, quoiqu'on chemin un chirurgien voulût m'y appliquer quelque remède. La même divine Providence a suscité de bonnes filles que j'ai trouvées, qui m'y ont mis de l'oseille cuite avec du beurre frais; et je me suis trouvé guéri.

Je vous l'ai dit: notre voyage est tout plein des bénédictions de la divine Providence. Apparemment je serai en chemin jusque vers la fin du présent mois de juin. La divine Providence, ma bonne mère, aura soin de tout. Ne manquez pas de me faire excuser au chapitre. Je salue très-particulièrement M. et madame Aubery, et paitout je me souviens avec bien de la reconnaissance de leur grande chanté. Je salue aussi mademoiselle d'Outrebois et toute sa famille à qui je suis très-obligé. Je vous prie aussi de bien saluer la mère supérieure des Ursulines ettou!ela communauté, et madame de Montreuil. Je salue leurs bons anges et les vôtres, etc., et suis, etc.

Ce2 juin. Jour de samedi consacré en l'honneur de l'immaculée Mère de Dieu.

(25) C'était l'homme qui le comtuisait à jjiod dans ses visiies arcbidiacoiinles. OElvres cojjpi.. i>e BotDO>;. 111.

UELVUES COMPLETAS Dl EOl'DON.

l.ETTULLXVIll.

A LA UÈME.

En revenant d'Allemagne il tombe malade à Nancy.

DlEl- SEUL.

Mes chères filles,

Dieu seul dnns l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Son aimable et divine providence, qui est toujours également infiniment adorable et infiniment aimable, soit toujours adorée, aimée et glorifiée, en quelque état qu'elle nous puisse mettre, et de quelque manière qu'elle dispose des choses. Elle nous a envoyé une Iwnne fièvre double-tierce, le 22 d'août, jour de l'octave de la fête de la triomphante Assomption de notre glorieuse Dame : voilà le présent que nous reçûmes ce jour-là par notre grande reino; et cela comme nous étions proche de Nancy. En vérité, il faut dire que la divine Providence me sert partout de la meilleure et de la plus fidèle des mères. Naturellement parlant je devais tomber malade plutôt, en ayant toutes les causes, il y avait du temps ; et i! semble que cette bonne mère les suspendait: car qu'aurais-je fuit dans les chemins d'.Mlemagne, si j'y fusse demeuré malade ? Elle a donc attendu, cette miséricordieuse mère, à laisser agir le cours naturel de la maladie jusqu'à ce que nous soyons arrivés à Nanc\ , oà il y a bientôt un mois qu'elle nous arrête. De prime abord le médecin craignait (loiir notre chétive vie; dont Il ne faut pas faire état : présentement je n'ai plus ou j^eu de fièvre ; mais je suis dans des abbattements et des faiblesses bien grandes; j'ai un dégoût universel de toutes choses, aveu des douleurs dans le corps.

Les religieuses de Notre-Dame du Refuge m'ont reçu chez elles avec une charité tout entière, et l'on m'y rend toutes les assistances jiossibles : les bonnes filles n'oublient rien du tout; leur médecin, leur chirurgien me servent avec tous les soins que Ion peut désirer. La divine Providence m'ayant mis dès le commencement de ma vie sous les soins maternels de l'admirable Mère de Dieu d'une manière toute s;jéciale, elle veut toujours continuer sa même conduite [uir une miséricorde ineffable. Elle a donc voulu que Jes filles de la glorieuse Dame qui m'a toujours servi de refuge m'aient logé chez elles. Plusieurs autres communautés, et

f)lusieurs jjersonnes séculières m'ont oQ'eit a môme grâce. Présentement je suis dans l'attente des ordres de la divine Providence, pour être arrêté, ou pour avoir la liberté de m'en aller, seulement son bon plaisir divin soit fait en loules choses, et voilà ce qui doit faiie noire tout. J'écris à Monseigneur |.our le su|)plier de commettre jiour mes visites M. le curéde Réanville, doyende 'V'ernoû ; et fiuis la plujiart étaient faites avant mon départ. Je salue, etc.

ANa)tcy, ce 18 septembre, fêle de saint Thomas de Villeneuve.

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